Cycas cantafolia

Cycas cantafolia est un grand cycas des falaises de granite de l’État de Johor, dans le sud de la péninsule malaise, où il ne pousse que sur une chaîne de collines au pied du Gunung Ledang, l’ancien mont Ophir. Espèce du genre Cycas, il n’a été décrit qu’en 2010, alors que le Gunung Ledang compte parmi les sites les mieux prospectés de Malaisie. Son nom, « feuille qui chante », traduit le nom de paku lagu que lui donnent les Temuan, un peuple autochtone de la région, d’après le bruissement de ses feuilles dans le vent. The World List of Cycads le classe vulnérable.

L’essentiel sur Cycas cantafolia

  • Nom accepté : Cycas cantafolia Jutta, K.L.Chew & Saw (2010), selon The World List of Cycads ; POWO n’a pas pu être consulté directement
  • Anciens noms et synonymes : aucun
  • Famille : Cycadaceae
  • Noms communs : aucun nom français attesté ; paku lagu et paku mas chez les Temuan (Malaisie)
  • Répartition naturelle : Malaisie péninsulaire, État de Johor, collines à l’ouest de l’extrémité sud du massif du Gunung Ledang
  • Statut UICN : vulnérable (VU, critère D2) selon The World List of Cycads, sans année indiquée ; les auteurs de l’espèce proposaient en 2010 la catégorie en danger critique
  • CITES : annexe II (inscription de toute la famille) ; annexe B dans l’Union européenne
  • Rusticité documentée : aucune donnée ; espèce tropicale, à cultiver hors gel en France (voir Rusticité)
  • Exposition et substrat : dans la nature, falaises de granite abruptes entre 200 et 500 m d’altitude, racines dans les fissures de la roche nue
  • Port et dimensions adultes : tronc souvent couché, jusqu’à 5,5 m ou plus, à base renflée atteignant 64 cm de diamètre ; feuilles jusqu’à 200 cm
  • Toxicité : non étudiée pour l’espèce ; toutes les parties des Cycas sont toxiques (voir Toxicité et précautions)

Comment reconnaître Cycas cantafolia ?

Cycas cantafolia se reconnaît à son tronc à base fortement renflée, à son écorce grise devenant liégeuse et profondément fissurée, à ses grandes feuilles plates, et à ses plantes femelles dont les feuilles fertiles serrées forment un dôme fermé au sommet du tronc. D’après la description originale de Jutta, Chew et Saw (2010) :

  • Tronc : souvent couché, jusqu’à 5,5 m ou plus ; 25 cm de diamètre au plus étroit, base renflée en bulbe atteignant 64 cm ; anneaux nets dans la partie haute ; écorce gris clair, devenant liégeuse avec de profondes fissures polygonales.
  • Feuilles : 50 ou plus, vert foncé et semi-brillantes dessus, plus pâles dessous, jusqu’à 200 cm, plates (folioles opposées à 180°), portant jusqu’à 330 folioles ; duvet blanc qui tombe quand la feuille s’étale ; pétiole de 45 à 50 cm, glabre, épineux sur 60 % de sa longueur.
  • Folioles : linéaires, droites ou un peu arquées, de 220 à 275 mm sur 8 mm, à bords légèrement enroulés et pointe aiguë ; nervure médiane saillante sur les deux faces.
  • Cataphylles : étroitement triangulaires, de 88 à 112 mm, velus, l’extrémité hirsute.
  • Cônes mâles : ovoïdes, jaune doré ou orange, d’environ 33 cm sur 13 cm avant la libération du pollen ; épine terminale des microsporophylles molle, courte (3 mm).
  • Mégasporophylles : de 18 à 22 cm, à duvet gris à brun clair, serrés en un dôme bas qui enferme le bourgeon ; limbe elliptique de 60 à 65 mm sur 40 mm, découpé en peigne peu profond, avec 25 à 30 épines latérales molles de 10 à 18 mm et une épine terminale de 36 à 50 mm ; de 1 à 4 ovules glabres.
  • Graines : presque rondes, aplaties, de 35 à 39 mm sur 35 à 37 mm ; enveloppe charnue jaune, non pruineuse, avec une couche fibreuse ; coque lisse.

Hybrides

Aucun hybride naturel ou horticole n’est documenté dans les sources consultées.

Confusions possibles

En Malaisie péninsulaire, l’espèce la plus proche est Cycas clivicola, qui partage le cône femelle fermé et les feuilles non carénées. Selon la clé de Jutta et al. (2010), Cycas clivicola se distingue par des mégasporophylles profondément découpés en peigne, avec jusqu’à 54 épines latérales pouvant atteindre 40 mm, par une nervure médiane saillante seulement dessous sur le sec, et par son habitat strictement calcaire ; Cycas cantafolia vit uniquement sur le granite. Cycas litoralis, du bord de mer, et Cycas macrocarpa, des forêts de crête, ont des cônes femelles ouverts. En Thaïlande, Cycas tansachana et Cycas chamaoensis, eux aussi à cône fermé, ont un limbe de mégasporophylle arrondi et non ovale ; Cycas tansachana a aussi des graines plus grandes.

Taxonomie

Cycas cantafolia est accepté par The World List of Cycads ; POWO n’a pas pu être consulté (site protégé). M. Jutta, K.L. Chew et L.G. Saw l’ont décrit en 2010 dans « A new species of Cycas (Cycadaceae) from Peninsular Malaysia », Blumea 55(3) : 249-252. Le type, une plante femelle, a été récolté le 10 janvier 2009 à Bukit Belading, dans le district de Ledang (Johor), par Jutta et Chew (numéro FRI 59721) ; l’holotype est à l’herbier de l’Institut de recherche forestière de Malaisie, à Kepong (KEP).

Les auteurs placent l’espèce dans la section Indosinenses, que K.D. Hill (2008) définit par des cônes mâles fermes, des ovules glabres, un grand limbe de mégasporophylle découpé en peigne et une couche fibreuse dans l’enveloppe charnue des graines. Aucun changement de nom n’a affecté l’espèce depuis sa description.

Étymologie et histoire

L’épithète associe les mots latins canto, « chant », et folium, « feuille ». Elle traduit le nom de paku lagu donné à la plante par la communauté temuan, qui évoque le bruit des feuilles agitées par le vent (Jutta et al., 2010 ; Haynes, 2022). Les Temuan l’appellent aussi paku mas, « cycas d’or », à cause de la couleur des cônes mâles.

La découverte est due au hasard : le deuxième auteur, K.L. Chew, a remarqué des cycas cultivés dans un jardin local, ce qui a conduit à trouver plusieurs populations sur une chaîne isolée de collines granitiques au pied du Gunung Ledang. Les auteurs soulignent que cette grande plante, très visible, avait échappé aux botanistes comme aux collectionneurs, alors que le Gunung Ledang est l’un des sites les mieux prospectés de la péninsule. C’était aussi la première mention confirmée d’un Cycas de l’intérieur des terres dans l’État de Johor.

Noms communs

Aucun nom français attesté n’a été trouvé. Les noms connus sont ceux de la langue temuan, rapportés par la description originale et repris par le Système d’information sur la biodiversité de Malaisie (MyBIS) : paku lagu et paku mas. Le mot paku entre aussi dans les noms malais d’autres Cycas de la péninsule, comme paku laut pour Cycas edentata et paku aji pour Cycas clivicola (MyBIS) : ces noms ne suffisent donc pas à identifier l’espèce.

Dans la nature

Cycas cantafolia est endémique d’une chaîne de collines de faible altitude, à l’ouest de l’extrémité sud du massif du Gunung Ledang, dans le Johor. Selon Jutta et al. (2010), il y est localement abondant sur des falaises de granite à pic, entre 200 et 500 m d’altitude, le plus souvent enraciné directement dans les fissures et les crevasses de la roche nue. La pollinisation est assurée par des charançons ; les auteurs rapportent que les charançons récoltés sur ses cônes mâles diffèrent de ceux des autres Cycas de Malaisie péninsulaire, un argument de plus pour en faire une espèce distincte.

Statut de conservation et réglementation

The World List of Cycads classe Cycas cantafolia vulnérable (VU, critère D2), un critère qui traduit une population ou une aire très restreinte, sans citer l’évaluation correspondante. Une évaluation signée par M. Jutta et A. Lindström a été publiée dans la version 2023-1 de la Liste rouge de l’UICN ; elle n’a pas pu être lue. En 2010, les auteurs de l’espèce proposaient la catégorie en danger critique (CR A3c ; B2ab(iii) ; C1) : toute la zone était alors destinée à l’exploitation de carrières, et ils redoutaient à terme des prélèvements pour le commerce ornemental. Ils rappelaient aussi que l’espèce pousse très lentement, se reproduit irrégulièrement, met longtemps à mûrir ses graines et subit une forte mortalité des graines et des plantules.

Comme toutes les espèces de la famille des Cycadaceae, Cycas cantafolia est inscrit à l’annexe II de la CITES. Species+, la base officielle de la CITES et de l’Union européenne, présente cette inscription au niveau de la famille, avec l’annotation #4 (version en vigueur depuis le 5 mars 2026) : les graines, le pollen et les plantules ou cultures de tissus obtenues in vitro en conteneurs stériles sont exemptés, mais les plantes vivantes restent soumises aux permis. Dans l’Union européenne, l’espèce relève de l’annexe B du règlement (CE) n° 338/97, dans la version fixée par le règlement (UE) 2026/1383 de la Commission du 22 juin 2026. Aucune protection nationale française propre à l’espèce n’a été trouvée. Species+ a été consulté le 3 octobre 2026 : vérifiez la réglementation en vigueur avant tout achat, import ou vente, et demandez la preuve que la plante est issue de culture. Ces informations ne remplacent pas les textes officiels.

Culture

Aucune donnée de culture publiée n’a été trouvée pour Cycas cantafolia, et l’espèce n’apparaît sur aucun des forums consultés (Fous de palmiers, Tropicamente). Sa découverte à partir de plantes cultivées dans un jardin de la région montre qu’elle est cultivée localement. Son milieu, des fissures de granite à basse altitude dans le sud de la péninsule malaise, suggère une culture en serre chaude, au soleil et en substrat très drainant ; ce n’est pas documenté pour l’espèce.

Multiplication

La multiplication se fait par semis ; aucune donnée propre à l’espèce n’a été trouvée. Les auteurs de la description signalent une forte mortalité des graines et des plantules dans la nature.

Maladies et ravageurs

Aucune donnée propre à l’espèce n’a été trouvée. Comme tous les Cycas, elle est exposée à la cochenille asiatique des cycas, Aulacaspis yasumatsui, et à la pourriture des racines en substrat détrempé.

Rusticité

En France

Aucun retour de culture en France n’a été trouvé, et aucune température supportée n’est documentée. Aucune zone française ne peut être conseillée pour la pleine terre : la culture se fait en pot, hors gel.

Repères internationaux

Aucune valeur de résistance au froid n’a été publiée, et aucun retour de culture en extérieur n’a été trouvé hors de son aire. L’espèce vit à moins de 500 m d’altitude, dans le sud de la péninsule malaise.

Toxicité et précautions

Aucune donnée de toxicité propre à Cycas cantafolia n’a été trouvée, mais le risque est documenté pour le genre : chez les Cycas, toutes les parties de la plante sont toxiques, et les graines le sont le plus. Le principal composé en cause est la cycasine (Université d’État de Caroline du Nord ; ASPCA). Chez le chien, le chat et le cheval, l’ASPCA signale des vomissements, des diarrhées parfois sanglantes, une jaunisse et des lésions du foie pouvant être mortelles.

Portez des gants pour manipuler les graines et leur enveloppe charnue, ramassez celles qui tombent et gardez plantes et graines hors de portée des enfants et des animaux. En cas d’ingestion, contactez sans attendre un centre antipoison, un médecin ou un vétérinaire.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel de Cycas cantafolia n’est décrit dans les sources consultées, en dehors des noms temuan qui témoignent de sa place dans la culture locale.

Questions fréquentes

Que signifie « cantafolia » ?

« Feuille qui chante » : le nom latin traduit le nom temuan paku lagu, qui évoque le bruissement des feuilles dans le vent.

Où pousse Cycas cantafolia ?

Uniquement en Malaisie péninsulaire, dans l’État de Johor, sur des falaises de granite au pied du Gunung Ledang (mont Ophir).

Comment le distinguer de Cycas clivicola ?

Par la roche et les mégasporophylles. Cycas cantafolia vit sur le granite et a des mégasporophylles peu découpés, à 25-30 épines de 18 mm au plus ; Cycas clivicola vit sur le calcaire et a jusqu’à 54 épines de 40 mm.

Pourquoi a-t-il été découvert si tard ?

Personne ne l’avait remarqué avant 2009, alors que le Gunung Ledang est bien prospecté ; c’est en voyant des plantes cultivées dans un jardin local qu’un des auteurs a retrouvé les populations sauvages.

Est-il menacé ?

Oui. The World List of Cycads le classe vulnérable, et ses auteurs le jugeaient en danger critique en 2010 à cause d’un projet de carrières.

Est-il rustique ?

Probablement pas, vu son origine tropicale de basse altitude, mais aucune donnée n’a été publiée ; en France, il se cultive en serre chaude.

Est-il toxique ?

Oui, très probablement. Il n’a pas été étudié, mais toutes les parties des Cycas sont toxiques, surtout les graines.

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Sites de référence

  • The World List of Cycads (version 2026.08.15), Cycas cantafolia : https://cycadlist.org/scientific_name/81 — auteurs, protologue (Blumea 55(3) : 249-252), type (Jutta & Chew FRI 59721, Bukit Belading, 2009 ; HT KEP), répartition, statut UICN VU D2, étymologie. Liste de référence des cycadales, éditée pour le Montgomery Botanical Center, fiable ; consultée directement le 3 octobre 2026.
  • Species+ (UNEP-WCMC), Cycas cantafolia : https://speciesplus.net/species#/taxon_concepts/65517/legal — annexe II de la CITES (inscription de la famille Cycadaceae, annotation #4) et annexe B de l’Union européenne (règlement (UE) 2026/1383). Base officielle de la CITES et de l’UE, fiable ; consultée directement le 3 octobre 2026.
  • Malaysia Biodiversity Information System (MyBIS), Cycas clivicola K.D. Hill : https://www.mybis.gov.my/art/380 — liste des quatre Cycas de Malaisie péninsulaire et noms temuan de Cycas cantafolia, d’après la Flora of Peninsular Malaysia (Jutta, 2012). Portail gouvernemental de la biodiversité, fiable.
  • ASPCA Animal Poison Control, Sago Palm : https://www.aspca.org/pet-care/aspca-poison-control/toxic-and-non-toxic-plants/sago-palm — toxicité des cycadales pour les chiens, les chats et les chevaux. Centre antipoison vétérinaire, fiable ; donnée de niveau genre.
  • NC State Extension Plant Toolbox, Cycas revoluta : https://plants.ces.ncsu.edu/plants/cycas-revoluta/ — cycasine présente dans toutes les parties de la plante. Service de vulgarisation universitaire, fiable ; donnée de niveau genre.

Bibliographie

  • Jutta, M., Chew, K.L. & Saw, L.G. (2010). A new species of Cycas (Cycadaceae) from Peninsular Malaysia. Blumea 55(3) : 249-252. doi:10.3767/000651910X544438 [Protologue : description, comparaisons, clé des espèces de Malaisie péninsulaire, habitat, conservation ; texte intégral lu.]
  • Hill, K.D. (2008). The genus Cycas (Cycadaceae) in China. Telopea 12(1) : 71-118. doi:10.7751/telopea20085804 [Définition de la section Indosinenses ; texte intégral lu.]
  • Jutta, M. (2012). Cycadaceae. In R. Kiew et al. (éd.), Flora of Peninsular Malaysia, série II, vol. 3 : 149-160. Forest Research Institute Malaysia, Kepong. [Flore nationale ; citée par MyBIS, non consultée.]
  • Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. doi:10.11646/phytotaxa.550.1.1 [Étymologie de l’épithète ; citée par The World List of Cycads, texte non consulté.]
  • Calonje, M., Stevenson, D.W. & Osborne, R. (2026). The World List of Cycads, version 2026.08.15. Montgomery Botanical Center, Coral Gables. doi:10.5281/zenodo.21958524 [Liste de référence : nom accepté, protologue, type, répartition, synonymes, statut UICN ; consultée directement.]