Zamia pumila

Zamia pumila est une petite cycadale à tige souterraine des Grandes Antilles, présente dans l’est de Cuba, en République dominicaine et dans le sud de Porto Rico, où elle pousse en forêt et en fourré, sur serpentine, marbre ou roches volcaniques. C’est l’espèce type du genre Zamia : Linné l’a publiée en 1763 comme seule espèce de son nouveau genre, et son type est la gravure, publiée en 1697, d’une plante née à Amsterdam de graines rapportées d’Hispaniola. Son nom est aussi l’un des plus mal appliqués des cycadales : donné dès 1789 au coontie de Floride, étendu en 1980 à l’ensemble des Zamia des Antilles et de Floride, il reste porté dans le commerce par le coontie, aujourd’hui Zamia integrifolia. Zamia debilis, nom publié en 1789 sur le même type, en est un synonyme. L’UICN la classe vulnérable.

L’essentiel sur Zamia pumila

  • Nom accepté : Zamia pumila L. (1763), espèce type du genre, accepté par The World List of Cycads (version 2026.08.15) ; POWO n’a pas pu être consulté directement
  • Anciens noms et synonymes : Zamia debilis L.f. (1789), Zamia latifoliolata Prenlel. (1872), Zamia allison-armourii Millsp. (1900), Zamia media var. commeliniana J.Schust. (1932), Palmifolium pumilum (L.) Kuntze et Palmifolium debile (L.f.) Kuntze (1891) ; dans le commerce, le nom est très souvent porté par Zamia integrifolia (voir Taxonomie)
  • Famille : Zamiaceae, ordre des Cycadales ; complexe de Zamia pumila, auquel l’espèce donne son nom
  • Noms communs : aucun nom français ; « guáyiga » en République dominicaine et « marunguey » à Porto Rico, noms indigènes des Zamia en général ; « yuquilla de sabana » (espagnol) selon Species+
  • Répartition naturelle : Cuba (est : provinces de Holguín et de Guantánamo), République dominicaine, Porto Rico (sud) ; absente de Haïti selon Eckenwalder (1980)
  • Statut UICN : vulnérable (VU), critère A2acd, évaluation publiée en 2022
  • CITES et autres protections : annexe II de la CITES (inscription de tout le genre, annotation #4 : graines exemptées) ; annexe B dans l’Union européenne
  • Rusticité documentée : aucune mesure pour l’espèce ; une pépinière spécialisée la range parmi les Zamia caribéens qui tolèrent des températures proches de 0 °C ; les valeurs publiées sous ce nom concernent en général le coontie (voir Rusticité)
  • Exposition et substrat : dans la nature, forêt sempervirente et fourré épineux sur serpentine à Cuba, sous-bois de forêts secondaires sur marbre, serpentine ou roches volcaniques à Porto Rico, lisières et sous-bois en République dominicaine ; en culture, substrat minéral drainant et calcaire (pépinière spécialisée)
  • Port et dimensions adultes : tige souterraine d’environ 6 cm de diamètre, 4 à 12 feuilles dressées de 60 à 150 cm, 4 à 10 paires de folioles larges de 1 à 3 cm (Flora de la República de Cuba)
  • Toxicité : aucune donnée propre à l’espèce ; à considérer comme toxique (voir Toxicité et précautions)

Comment reconnaître Zamia pumila ?

C’est un Zamia à tige enterrée, qui porte un petit nombre de feuilles dressées garnies de peu de folioles, mais de folioles larges, dentées dans leur tiers supérieur. Le nombre de paires de folioles, moins de dix de chaque côté, et la taille des cônes sont les meilleurs repères botaniques ; en pratique, la provenance compte autant que la morphologie.

La description la plus précise trouvée est celle de la Flora de la República de Cuba (González Géigel, 2003), qui traite l’espèce au sens étroit, d’après les plantes de l’est de Cuba :

  • Tige : souterraine, d’environ 6 cm de diamètre.
  • Feuilles : 4 à 12, dressées, de 60 à 150 cm ; les jeunes feuilles portent un duvet brun-roux qui disparaît avec l’âge. Le pétiole, de 20 à 80 cm, est sans aiguillons, à peu près demi-cylindrique et plat dessus.
  • Folioles : 4 à 10 de chaque côté du rachis, alternes à subopposées, largement linéaires, de 10 à 30 cm sur (0,8-)1 à 3 cm, raides, cartacées, à sommet obtus ; la marge est nettement dentée dans le tiers supérieur, par des dents aiguës bien marquées.
  • Cônes mâles : cylindriques, de 6 à 11 cm sur 1,5 à 3 cm, un peu atténués au sommet, sur un pédoncule de 4 à 8 cm ; écailles à duvet brun-rouge.
  • Cônes femelles : ovoïdes, de 8 à 14 cm sur 2 à 3 cm, terminés par une longue pointe conique, sur un pédoncule de 5 à 10 cm.
  • Graines : ovoïdes, de 1,5 à 2,5 cm sur 1 à 2 cm, à enveloppe charnue orange à rouge orangé. Nombre de chromosomes : 2n = 16.

L’ancienne version de cette page donnait une tige de 3 à 25 cm, des feuilles de 60 à 120 cm, 5 à 30 paires de folioles de 0,5 à 2 cm de large et un pétiole « armé d’aiguillons courts », présenté comme un critère d’identification : ces chiffres ne reposaient sur aucune source, et le pétiole armé comme le grand nombre de folioles sont contredits par la flore de Cuba, qui donne un pétiole inerme et au plus dix paires de folioles.

Le protologue de Linné, lui, ne contient aucune description : il renvoie seulement à des ouvrages plus anciens (voir Taxonomie). La planche de Commelin qui sert aujourd’hui de type montre une jeune plante à tige tubéreuse et à quelques feuilles, dont les folioles sont dentées vers la pointe, accompagnée de trois graines ; le texte décrit des folioles lisses, allongées, étroites, luisantes et raides, finement crénelées vers leur extrémité.

Hybrides

Aucun hybride n’est décrit. À Porto Rico, l’étude génétique de Meerow et collaborateurs (2012), fondée sur 31 marqueurs microsatellites et dix populations, n’a trouvé de mélange génétique qu’entre Zamia pumila et Zamia portoricensis, les deux espèces du sud de l’île, et aucun avec Zamia erosa, l’espèce de la côte nord. Les auteurs interprètent les deux espèces du sud comme issues d’une séparation géographique.

Confusions possibles

Les confusions autour de Zamia pumila sont d’abord des confusions de nom, héritées d’une histoire nomenclaturale embrouillée (voir Taxonomie). Les principales :

  • Zamia integrifolia, le coontie de Floride, de Géorgie, des Bahamas, des îles Caïmans et de Cuba : c’est la plante la plus souvent vendue sous le nom de « Zamia pumila ». La fiche du coontie de l’université de Floride précise que cette plante est connue « à tort » sous ce nom. La flore de Cuba l’en distingue par des folioles beaucoup plus étroites, de 5 à 7 mm, et nombreuses (souvent 14 à 22 paires), et par des cônes femelles tronqués net au sommet.
  • Zamia erosa, de la côte nord de Porto Rico, de Cuba et de la Jamaïque, longtemps appelé Zamia amblyphyllidia : ses folioles, larges elles aussi, sont plus nombreuses (en général plus de dix paires), à pointe émoussée, et ses cônes plus petits (cônes mâles de 4 à 8 cm, cônes femelles de 6 à 10 cm). À Cuba, des plantes de cette espèce ont été publiées sous le nom de « Zamia debilis », synonyme de Zamia pumila (flore de Cuba) ; à Porto Rico, une étude de 1989 sur la population de Cambalache, sur la côte nord, domaine de Zamia erosa, emploie aussi ce nom ; et selon la flore de Cuba, de jeunes plantes de l’espèce ont reçu par erreur le nom de Zamia latifoliolata, autre synonyme de Zamia pumila.
  • Zamia portoricensis, du sud-ouest et du centre-sud de Porto Rico : elle vit dans les mêmes régions de marbre et de serpentine, mais ses folioles sont étroites (environ 5 mm dans la description originale) et entières ; c’est l’espèce génétiquement la plus proche.
  • Zamia angustifolia (Bahamas et est de Cuba), Zamia stricta (est de Cuba) et Zamia pygmaea (ouest de Cuba) : les deux premières ont des folioles étroites de quelques millimètres, la troisième est une plante naine à petits cônes, que Sauvalle appelait en 1873 « Zamia pumila ».
  • Zamia furfuracea, du Mexique, aux folioles épaisses et duveteuses et au pétiole épineux : sans rapport de parenté étroit, mais Linné, dans le protologue de Zamia pumila, citait déjà des illustrations que Linné fils rattachera en 1789 à Zamia furfuracea, espèce aujourd’hui connue comme mexicaine.

Pour une plante de collection, l’indice le plus sûr reste une provenance documentée de Cuba, d’Hispaniola ou de Porto Rico. Une plante vendue comme « Zamia pumila » sans origine est le plus souvent un coontie.

Taxonomie

Zamia pumila L. est un nom accepté par The World List of Cycads ; POWO n’a pas pu être consulté directement. C’est l’espèce type du genre Zamia, lui-même genre type de la famille des Zamiaceae. Son histoire nomenclaturale est l’une des plus compliquées des cycadales : le nom a désigné tour à tour une plante d’Hispaniola, le coontie de Floride et l’ensemble des Zamia des Antilles, avant d’être ramené à une espèce des Grandes Antilles. Les étapes ci-dessous ont été vérifiées dans les textes originaux quand ils étaient accessibles.

Le protologue de Linné (1763)

Linné publie le genre Zamia et son unique espèce, Zamia pumila, dans la deuxième édition du Species Plantarum (volume 2, page 1659, 1763). L’entrée, lue dans le scan de l’exemplaire du Missouri Botanical Garden, ne contient aucune description : elle aligne quatre références antérieures, une phrase de Miller (« Palma fructu clavato polypyreno »), la planche 58 de Commelin (« Palma prunifera humilis non spinosa insulae Hispaniolae… »), deux figures de Plukenet (« Palma americana, foliis polygonati brevibus leviter serratis & nonnihil spinosis, trunco crasso ») et une planche de Trew et Ehret (« Palmifolia femina »), avec l’habitat « in America meridionali ». Le genre Zamia est un nom conservé, face à Palma-filix Adans., publié la même année (flore de Cuba).

Selon Eckenwalder (1980), un auteur, Smith (1961), avait relevé que ce protologue mêle deux espèces actuelles et en avait conclu que Miller (1768) avait déjà fixé le nom sur les références de Plukenet et de Trew, si bien que Zamia pumila aurait dû désigner l’espèce mexicaine aujourd’hui appelée Zamia furfuracea, et la plante des Antilles s’appeler Zamia debilis. Eckenwalder a écarté cet argument : Miller décrivait un Palma pumila de son cru, sans renvoyer à Linné, ce qui ne vaut pas choix d’un type. L’article de Smith n’a pas été consulté.

Le démembrement de 1789 : integrifolia, debilis et furfuracea

Dans l’Hortus Kewensis de William Aiton (volume 3, pages 477-478, 1789), Linné fils répartit les éléments du Zamia pumila de son père entre trois espèces nouvelles, ce que montre la lecture du texte :

  • Zamia furfuracea, donnée comme originaire des Antilles (« West Indies ») et cultivée dès 1691 à Hampton Court, reçoit les références de Plukenet et de Trew ;
  • Zamia integrifolia, plante de l’est de la Floride introduite en 1768 par John Ellis, reçoit le nom « Zamia pumila Sp. pl. 1659 », mais « exclusis synonymis », c’est-à-dire sans les références citées par Linné ;
  • Zamia debilis, des Antilles, introduite en 1777 par Kennedy et Lee, reçoit la planche de Commelin.

Le coontie de Floride a donc d’abord été présenté comme le Zamia pumila de Linné privé de ses références, et Eckenwalder (1980) qualifie Zamia integrifolia de « renommage » de Zamia pumila. C’est l’origine de la confusion qui dure encore dans le commerce. The World List of Cycads indique que le nom Zamia integrifolia a été proposé à la conservation avec un type conservé (Stevenson et Reveal, 2011), proposition recommandée par le comité de nomenclature des plantes vasculaires (Applequist, 2012) ; le texte de la proposition n’a pas pu être lu (site de l’éditeur inaccessible), et nous n’en exposons donc pas les motifs.

Typification et synonymes

En 1980, Eckenwalder choisit comme lectotype de Zamia pumila la planche 58 du premier volume de l’Horti Medici Amstelodamensis de Jan Commelin (1697), conservée à Amsterdam. Ce choix, repris par la Flora de la República de Cuba et par The World List of Cycads, a deux conséquences : il rattache le nom à une plante d’Hispaniola, et il rend Zamia debilis, fondé sur la même planche, homotypique de Zamia pumila. Eckenwalder traite d’ailleurs Zamia debilis comme un nom illégitime, alors que The World List of Cycads le range simplement en synonymie. La flore de Cuba fait de même pour Zamia media var. commeliniana J.Schust. (1932), dont elle désigne le lectotype en 2003.

Les listes de synonymes divergent selon les sources :

  • The World List of Cycads : Zamia debilis L.f. (1789) et Palmifolium debile (L.f.) Kuntze, Zamia latifoliolata Prenlel. (1872), Zamia allison-armourii Millsp. (1900), Zamia media var. commeliniana J.Schust. (1932), ainsi que Palmifolium pumilum (L.) Kuntze (1891) et Zamia pumila subsp. pumila ;
  • Species+, la base de la CITES : les mêmes noms principaux, plus Encephalartos pumilus Sweet et Zamia humilis Salisb., que The World List of Cycads ne mentionne pas ;
  • Eckenwalder (1980) : une liste beaucoup plus longue, puisqu’il y versait aussi Zamia integrifolia, Zamia angustifolia, Zamia media, Zamia floridana, Zamia portoricensis, Zamia erosa, Zamia lucayana, Zamia stricta et une vingtaine d’autres noms, aujourd’hui répartis entre plusieurs espèces.

L’ancienne version de cette page citait aussi Zamia laeta Salisb. et Zamia dentata Voigt : le premier n’apparaît dans aucune des sources consultées, et le second est rangé par The World List of Cycads dans la synonymie de Zamia integrifolia. Les types des deux synonymes fondés sur des récoltes viennent de République dominicaine : Zamia latifoliolata, décrit d’après une récolte de Prenleloup sur la route de Punto de la Torrecilla, et Zamia allison-armourii, d’après une récolte de Millspaugh près d’un cours d’eau qui se jette à Saint-Domingue.

De l’espèce unique d’Eckenwalder aux huit espèces actuelles

Au fil des siècles, environ 35 noms ont été publiés pour les Zamia des Antilles, et les auteurs en ont reconnu d’une seule à quatorze espèces ou plus (de Candolle, 1868), selon Eckenwalder. Dans sa révision publiée dans le Journal of the Arnold Arboretum (volume 61, pages 701-722, fascicule daté d’octobre 1980), fondée sur environ 1 500 spécimens d’herbier, plus de 500 plantes cultivées au Fairchild Tropical Garden et des observations de terrain aux Bahamas et en Floride, Eckenwalder conclut que la variation des folioles est continue et réunit tous les Zamia des Antilles, de Floride et de Géorgie en une seule espèce, Zamia pumila, divisée en deux sous-espèces : la sous-espèce pumila, répandue, et la sous-espèce pygmaea, de l’ouest de Cuba. The World List of Cycads et la flore de Cuba datent cette combinaison de 1981.

Selon la flore de Cuba, Stevenson (1987) a montré que cette réduction était trop radicale ; son article, « Again the West Indian zamias », n’a pas été consulté, et l’ancienne version de cette page lui prêtait sans source la reconnaissance de « six espèces ». L’étude génétique de Meerow et collaborateurs (2012) traite les trois Zamia de Porto Rico comme trois taxons distincts et en analyse les relations. Pagán-Jiménez et Lazcano-Lara (2013) résument la situation : selon l’approche taxonomique, le complexe compte de une à neuf espèces. La pépinière Cycadales.eu énumère les huit espèces aujourd’hui « officielles », toutes acceptées par The World List of Cycads : Zamia angustifolia, Zamia erosa, Zamia integrifolia, Zamia lucayana, Zamia portoricensis, Zamia pumila, Zamia pygmaea et Zamia stricta. L’ancienne version de cette page ajoutait Zamia amblyphyllidia comme neuvième espèce « contestée » : c’est en réalité un synonyme de Zamia erosa depuis 2010.

Concrètement, pour le lecteur : un texte ou une étiquette antérieurs aux années 1990 qui parle de « Zamia pumila » peut désigner n’importe quel Zamia des Antilles ou de Floride, et très souvent le coontie. C’est le cas, par exemple, de l’étude de pollinisation de Tang (1987), intitulée « Insect pollination in the cycad Zamia pumila », conduite d’après son résumé sur une population sauvage de Floride, donc sur ce que l’on appelle aujourd’hui Zamia integrifolia.

Étymologie et histoire

L’épithète vient du latin pumilus, « nain » ou « bas », et fait allusion à la petite taille de la plante (Haynes, 2022, repris par The World List of Cycads).

L’histoire de l’espèce commence dans un jardin d’Amsterdam. Jan Commelin raconte, au chapitre 58 de son Horti Medici Amstelodamensis (1697), qu’en 1690 un chirurgien nommé Batenburg lui a donné des fruits et des graines rapportés d’Hispaniola, avec une brève description : sept ou huit feuilles sortent du sol, et entre elles un fruit rougeâtre, en partie enterré, formé de nombreux fruits serrés comme un épi de maïs, au goût agréable de jujube. En 1691, Commelin examine ces fruits, d’un joli rouge, à noyau allongé, dur, triangulaire et blanchâtre, les sème sur couche de fumier de cheval et obtient des plantules à cinq feuilles d’environ un empan. C’est la gravure de cette plante, la « Palma prunifera humilis non spinosa insulae Hispaniolae », qui sert aujourd’hui de type au nom Zamia pumila.

À Porto Rico, l’espèce a connu une disparition apparente puis une redécouverte. Le plan d’action de l’UICN pour les cycadales (Donaldson, 2003) indiquait qu’elle était commune dans le centre-sud de l’île jusque vers 1920, d’après les nombreuses récoltes d’herbier, mais que des recherches poussées étaient restées vaines et qu’il fallait la présumer éteinte à Porto Rico. Elle figure pourtant parmi les trois taxons étudiés sur l’île par Meerow et collaborateurs (2012), et en 2013 Jaime Pagán-Jiménez et Julio Lazcano-Lara ont retrouvé de petits groupes sauvages sur des roches volcaniques du piémont centre-sud, en cherchant sur les cartes anciennes et récentes les lieux qui portent le nom indigène des Zamia, « marunguey » (voir Dans la nature).

Noms communs

Aucun nom français n’est attesté : on emploie le nom scientifique. Les noms vernaculaires connus désignent les Zamia en général plutôt que cette seule espèce :

  • « guáyiga », en République dominicaine, nom de la plante et du pain qu’on en tirait (Pagán-Jiménez, 2016) ;
  • « marunguey » ou « marungüey », à Porto Rico, l’un des noms indigènes du genre, conservé dans plusieurs noms de lieux comme le Camino los Marungueyes, entre Ponce et Peñuelas (Pagán-Jiménez et Lazcano-Lara, 2013) ;
  • « guáyara », « yuca cimarrona » et « yuquilla », à Cuba, noms donnés par la flore de Cuba pour l’ensemble du genre ;
  • « yuquilla de sabana », nom espagnol que Species+ attribue à Zamia pumila ; d’autres noms en « yuquilla » s’appliquent à d’autres Zamia cubains.

En anglais, Linné fils l’appelait en 1789 « Dwarf Zamia », mais ce nom désignait alors la plante de Floride ; le nom « coontie » est celui de Zamia integrifolia. L’ancienne version de cette page donnait au nom « marunguey » une origine taïno : les sources lues le disent seulement indigène.

Dans la nature

The World List of Cycads place l’espèce à Cuba, en République dominicaine et à Porto Rico. Eckenwalder (1980) notait que les Zamia sont absents de Haïti ; Pagán-Jiménez et Lazcano-Lara (2013) citent au contraire Haïti parmi les pays où le complexe est présent, sans préciser l’espèce. L’ancienne version de cette page présentait les populations haïtiennes comme « possiblement éteintes » : aucune source consultée ne le dit.

À Cuba, la flore de Cuba ne la signale que dans l’est de l’île, dans les provinces de Holguín (Loma de la Estrella, La Cueva) et de Guantánamo, en forêt sempervirente mésophile et en fourré xéromorphe subépineux sur serpentine. L’ancienne version de cette page la situait dans le centre de Cuba, ce que la flore ne confirme pas.

En République dominicaine, les photographies de terrain réunies par The World List of Cycads proviennent du Distrito Nacional et des provinces de Santo Domingo, San Cristóbal, Peravia, La Romana, La Altagracia et Samaná. En janvier 1985, Robert Ornduff a étudié trois populations : une population semi-cultivée sur les pelouses du Jardin botanique national de Saint-Domingue, une population en lisière de forêt secondaire à Boca Chica et une population à l’ombre d’une forêt peu perturbée à Bayahibe. D’après le résumé de son étude, le sex-ratio est équilibré dans les deux premières, mais 73 % des plantes à cônes sont mâles à Bayahibe ; les femelles produisent des cônes bien plus souvent là où les conditions sont favorables (un tiers des femelles du jardin botanique deux saisons de suite, aucune à Bayahibe).

À Porto Rico, l’espèce vit dans le sud de l’île, comme Zamia portoricensis, sur des zones discontinues de marbre et de serpentine du centre-sud et du sud-ouest, séparées des calcaires du nord, domaine de Zamia erosa, par les roches volcaniques de la cordillère Centrale (Pagán-Jiménez et Lazcano-Lara, 2013). Les groupes découverts en 2013 près du Camino los Marungueyes, entre Ponce et Peñuelas, poussent sur des roches volcaniques, une première pour l’espèce : à environ 164 m d’altitude sur une pente d’environ 45° pour le premier, entre 180 et 220 m sur des pentes de 30 à 70° pour les deux autres, en sous-bois de forêts secondaires semi-décidues mêlant espèces exotiques et indigènes, comme le manguier et le palmier Acrocomia media.

Ces groupes sont petits : une dizaine de plantes pour le plus fourni (quatre mâles et cinq femelles identifiés), cinq ou six et six dans les deux autres, souvent espacées de plusieurs dizaines de mètres. Les plantes sont surtout adultes ou âgées ; les auteurs ont trouvé des cônes femelles pourris aux ovules non fécondés et pas de plantules autour des femelles, signe d’une absence de reproduction récente, peut-être liée à l’éloignement des sexes, à la disparition locale du pollinisateur ou à un faible recrutement, même si un petit groupe de jeunes plantes a été vu près d’une femelle. D’après les habitants âgés interrogés, les anciennes activités agricoles ont été la principale cause de déclin.

Le pollinisateur de l’espèce n’est pas documenté dans les sources lues. L’ancienne version de cette page la présentait aussi comme plante hôte du papillon Atala (Eumaeus atala) dans les Antilles : les sources consultées ne documentent ce lien que pour le coontie de Floride.

Statut de conservation et réglementation

Zamia pumila est classée vulnérable (VU) sur la Liste rouge de l’UICN, au titre du critère A2acd, selon l’évaluation de J.D. Bösenberg publiée en 2022 (The World List of Cycads) : ce critère correspond à une réduction passée des effectifs, observée et déduite du recul de l’habitat et de l’exploitation. Le plan d’action de l’UICN de 2003 la classait quasi menacée (NT), avec 5 000 à 10 000 plantes, un déclin faible dû à la destruction de l’habitat, une forte réduction de l’habitat au cours des trente années précédentes et aucune population connue en aire protégée, l’espèce étant alors tenue pour éteinte à Porto Rico.

Comme toutes les espèces du genre sauf Zamia restrepoi, Zamia pumila relève de l’annexe II de la CITES, où les Zamia figurent depuis le 4 février 1977. Le commerce international des plantes est donc autorisé, mais il exige un permis d’exportation délivré par le pays d’origine. L’inscription porte l’annotation #4 : les graines, le pollen, les plantules et cultures de tissus obtenues in vitro et transportées en conteneurs stériles ne sont pas soumis à la CITES. Dans l’Union européenne, l’espèce relève de l’annexe B du règlement (CE) n° 338/97, dont la liste en vigueur est fixée par le règlement (UE) 2026/1383, applicable depuis le 29 juin 2026.

Species+ donne une fiche propre à Zamia pumila (annexe II de la CITES par l’inscription de la famille, annexe B de l’Union européenne), relue le 13 octobre 2026 ; statut UICN relevé sur The World List of Cycads, la Liste rouge n’ayant pas pu être consultée directement. Ces informations ne remplacent pas les textes officiels : vérifiez la réglementation en vigueur avant tout achat ou échange, demandez au vendeur les justificatifs de provenance et préférez des plantes issues de semis en culture.

Culture

La vraie Zamia pumila est rare en culture en France, et les conseils publiés pour elle seule manquent : The World List of Cycads cite un court article sur sa culture dans le centre de la Floride (Broome, 2009), qui n’a pas pu être consulté. Les indications disponibles sont celles d’un groupe d’espèces.

Selon la pépinière spécialisée française Cycadales.eu (2023), qui illustre son article d’une photographie de l’auteur avec un Zamia pumila, les huit Zamia de Floride et des Caraïbes sont les plus faciles du genre : ils tolèrent des températures proches de 0 °C, supportent bien les hivers de type méditerranéen et la sécheresse, et viennent presque tous de sols calcaires. La pépinière conseille :

  • Substrat : drainant, légèrement à franchement calcaire, composé d’environ 80 % de matières minérales ; ces espèces supportent mal les conditions acides.
  • Eau : tous types d’eau, y compris calcaire.
  • Hiver : 1 à 10 °C, avec des remontées vers 15 à 20 °C en journée ; bonne tolérance aux périodes fraîches prolongées si le substrat reste plutôt sec sans être desséché.
  • Été : 15 à 20 °C la nuit et 25 à 30 °C le jour, jusqu’à 40 °C avec des arrosages abondants ; au moins quatre à six mois de chaleur estivale par an.

Ce sont des consignes générales, pas des essais sur cette espèce. L’étude d’Ornduff (1987) donne un indice complémentaire : au Jardin botanique national de Saint-Domingue, les plantes installées en plein air sur des pelouses dégagées produisaient des cônes beaucoup plus régulièrement que les plantes de sous-bois.

En France, sur le forum des Fous de palmiers, des amateurs soulignaient en 2009 et 2010 qu’il était difficile de trouver de « vrais » Zamia pumila, l’un d’eux affirmant que les plantes vendues sous ce nom par un fournisseur étaient en fait des Zamia floridana, c’est-à-dire des coonties ; un cultivateur de l’Hérault et de l’Ain proposait en septembre 2009 quelques graines de « vrai » Zamia pumila rapportées de République dominicaine en août, alors mises à germer. Aucun résultat de culture ultérieur n’a été retrouvé.

Multiplication

L’espèce se multiplie par semis. Elle a des plantes mâles et des plantes femelles : pour obtenir des graines, il faut les deux sexes et, hors de son aire, une pollinisation à la main. Aucune donnée de germination propre à l’espèce n’a été trouvée. Les graines échappent aux contrôles de la CITES grâce à l’annotation #4, mais il faut s’assurer de leur provenance : les graines vendues sous ce nom peuvent être celles du coontie.

Maladies et ravageurs

Aucun ravageur ni aucune maladie propre à la vraie Zamia pumila n’est documenté. Pour les Zamia caribéens, la pépinière Cycadales.eu désigne comme principal risque la pourriture des racines dans un substrat trop humide par temps frais, à prévenir par un substrat minéral et un hiver plutôt sec. Les paragraphes de l’ancienne version de cette page sur les cochenilles, dont Aulacaspis yasumatsui, les acariens et Phytophthora étaient génériques et sans source propre à l’espèce.

Rusticité

Aucune mesure fiable de résistance au froid n’existe pour la vraie Zamia pumila des Grandes Antilles. Les zones USDA 10b à 11 et la valeur de −2 °C de l’ancienne version de cette page ne reposaient sur aucune observation datée. Les données de rusticité publiées sous le nom de « Zamia pumila » concernent presque toujours le coontie, Zamia integrifolia, et ne doivent pas être transposées. Pour le groupe caribéen, la pépinière Cycadales.eu ne parle que de températures « proches de zéro » ; seul Zamia integrifolia y est dit capable de supporter le gel, avec des dégâts foliaires dès −5 °C.

En France

Aucune culture en pleine terre n’a été signalée en France pour Zamia pumila, quelle que soit la zone (littoral méditerranéen, façade atlantique, Bretagne, intérieur continental, montagne), et aucun épisode de gel daté ne la concerne. Les quelques retours de froid publiés sous ce nom sur les forums français portent sur des plantes d’identité incertaine, très probablement des coonties, et ne sont pas repris ici.

À titre de comparaison seulement, et sans pouvoir le transposer à cette espèce : au Jardin zoologique tropical de La Londe-les-Maures, dans le Var, un Zamia integrifolia a survécu à −7 °C en février 2012, avec des dégâts sur le feuillage. Si votre plante étiquetée « Zamia pumila » est en réalité un coontie, ce sont les données de cette espèce qui comptent. Pour une plante d’origine antillaise documentée, faute d’essai, la culture en pot, hivernée hors gel en serre froide ou en véranda lumineuse, reste le choix prudent.

Repères internationaux

Aucun relevé de froid fiable n’a été trouvé pour une plante de provenance antillaise. La confusion se retrouve ailleurs en Europe : en avril 2009, un participant du forum italien Tropicamente installé à Ravenne présentait « Zamia pumila » comme la plus résistante au froid, parce qu’elle viendrait du sud-est des États-Unis, où on la cultive jusqu’en zone 8 : cette description est celle du coontie. Dans la nature, l’espèce vit sous un climat tropical à saison sèche, sans gel.

Toxicité et précautions

Aucune étude de toxicité propre à Zamia pumila n’a été trouvée. Le risque est en revanche documenté dans le genre et chez les autres cycadales : des glycosides toxiques (cycasine, macrozamine, méthylazoxyméthanol) ont été trouvés chez les Zamia, et l’ASPCA cite pour Zamia furfuracea la cycasine et la BMAA, un acide aminé neurotoxique, avec chez le chien, le chat et le cheval des vomissements, des diarrhées sanglantes et une atteinte du foie ; les graines sont la partie la plus dangereuse. Pour les Zamia des Antilles, le danger est aussi attesté par l’histoire : au XVIIIe siècle, le frère Iñigo Abbad y Lasierra rapportait que, dans le sud de Porto Rico, les années où l’on mangeait le pain de « marunguey », beaucoup de gens en mouraient (Pagán-Jiménez, 2016) ; à Cuba, la flore rapporte que des morceaux de tige de Zamia frits servaient de mort-aux-rats (d’après Roig, 1963). Faute de preuve contraire, considérez la plante comme toxique : graines et feuilles hors de portée des enfants et des animaux, gants pour nettoyer les graines. En cas d’ingestion, appelez sans attendre un centre antipoison, un médecin ou un vétérinaire.

Usages traditionnels

Les Zamia ont été une nourriture importante dans les Grandes Antilles, avant et après l’arrivée des Européens. Selon Pagán-Jiménez et Lazcano-Lara (2013), des grains d’amidon de leurs tiges souterraines ont été trouvés sur des outils de préparation des aliments et dans le tartre dentaire de populations précolombiennes, entre environ 5 000 et 450 ans avant le présent, à Porto Rico, en République dominicaine, à Cuba et sur d’autres îles ; leur usage comme source d’amidon est aussi décrit à l’époque coloniale à Porto Rico, à Hispaniola et à Cuba. L’amidon ne permet pas de savoir quelle espèce était consommée. À Cuba, la flore de Cuba indique, d’après Roig (1963), que dans certaines régions du centre et de l’est de l’île on extrayait l’amidon de la tige des Zamia pour nourrir les jeunes enfants.

Bartolomé de Las Casas a décrit le pain de guáyiga d’Hispaniola : la tige, râpée en une pâte blanche, était façonnée en boules laissées au soleil jusqu’à ce qu’elles noircissent et grouillent de larves, puis aplatie en galettes cuites dans un pot de terre ; dans la chefferie de Higüey, cet aliment comptait davantage que le maïs, la patate douce et le manioc (Pagán-Jiménez, 2016). Selon le même auteur, des boulettes de marunguey se préparaient encore de la même façon dans le centre-sud de Porto Rico jusqu’au milieu du XXe siècle, et l’est et le sud d’Hispaniola connaissent toujours des plats à base d’amidon de guáyiga, comme la chola, l’arepa de guáyiga et un feuilleté. Les habitants âgés des lieux étudiés à Porto Rico se souvenaient aussi de l’usage alimentaire de la plante (Pagán-Jiménez et Lazcano-Lara, 2013). Ces préparations longues visaient à éliminer la toxine : elles ne doivent jamais être imitées.

L’ancienne version de cette page attribuait ces usages aux seuls Taïnos, décrivait un lavage « à grande eau » suivi d’une fermentation de plusieurs jours, et citait une exploitation industrielle en Floride avec une étude de 2022 : ces détails, soit non vérifiés, soit propres au coontie, ne sont pas repris.

FAQ

Zamia pumila et Zamia integrifolia sont-ils la même plante ?

Non. Zamia pumila est l’espèce des Grandes Antilles (Cuba, République dominicaine, Porto Rico) ; Zamia integrifolia est le coontie de Floride, des Bahamas, des îles Caïmans et de Cuba. La confusion remonte à 1789, quand Linné fils a donné au coontie le nom de Zamia pumila privé de ses références, et elle persiste dans le commerce.

Pourquoi est-elle si importante en botanique ?

Parce que c’est l’espèce type du genre Zamia, publiée par Linné en 1763 : quel que soit le découpage futur du genre, le nom Zamia restera attaché au groupe qui la contient. Son type est la gravure, publiée en 1697, d’une plante semée à Amsterdam à partir de graines d’Hispaniola.

Comment la reconnaître ?

Par des feuilles dressées portant peu de folioles (moins de dix paires) mais larges de 1 à 3 cm, dentées dans leur tiers supérieur, un pétiole sans aiguillons et des cônes assez grands. La provenance documentée reste le critère le plus sûr.

Zamia debilis est-il une autre espèce ?

Non. Ce nom, publié en 1789 pour la plante des Antilles gravée par Commelin, repose sur le même type que Zamia pumila et en est un synonyme.

Où pousse-t-elle ?

Dans l’est de Cuba, en République dominicaine et dans le sud de Porto Rico, en forêt ou en fourré, sur serpentine, marbre ou roches volcaniques.

Est-elle menacée ?

Oui. L’UICN la classe vulnérable (2022), pour une réduction passée de ses effectifs ; à Porto Rico, on l’a crue éteinte avant de la retrouver en 2013, en petits groupes qui ne semblent plus se reproduire.

Est-elle rustique en France ?

Ce n’est pas documenté. Les valeurs de rusticité publiées sous ce nom concernent le coontie ; pour la vraie Zamia pumila, une pépinière spécialisée parle seulement de tolérance à des températures proches de zéro. Le pot hiverné hors gel reste le choix prudent.

Est-elle toxique ?

Oui, il faut la considérer comme toxique. Les cycadales contiennent des toxines graves, et les anciens usages alimentaires des Zamia des Antilles demandaient de longues préparations, qui n’évitaient pas toujours les intoxications.

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Sites de référence

Bibliographie

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