Encephalartos trispinosus

Parmi les cycadales cultivables en extérieur dans les zones tempérées d’Europe, Encephalartos trispinosus occupe une place de choix pour les collectionneurs et les jardiniers attirés par les plantes à fort caractère architectural. Originaire de la province de l’Eastern Cape en Afrique du Sud, cette espèce du genre Encephalartos séduit par ses frondes pennées d’un gris-vert à bleu métallique, sa tendance à former des touffes compactes et son adaptation à des hivers où le gel n’est pas exceptionnel dans son habitat naturel. Vulnérable selon la Liste Rouge de l’UICN et protégée par la CITES, elle ne peut être acquise et déplacée que dans le strict respect de la réglementation internationale sur le commerce des espèces menacées.

Encephalartos trispinosus au jardin botanique de Francfort

Taxonomie

  • Classe : Cycadopsida
  • Ordre : Cycadales
  • Famille : Zamiaceae
  • Genre : Encephalartos Lehm.
  • Espèce : Encephalartos trispinosus (Hook.) R.A.Dyer
  • Statut UICN : Vulnérable (VU)
  • CITES : Appendice I (spécimens sauvages : interdiction de commerce international)

L’épithète trispinosus signifie « à trois épines » en latin. Hooker, qui a nommé la plante en 1863, l’explique ainsi : les folioles ont une forte tendance à porter, sur leur bord inférieur, deux grands lobes épineux qui, avec l’épine terminale, justifient le nom trispinosa. C’est un caractère visible à l’œil nu sur une plante adulte.

La plante a d’abord été publiée par Hooker comme variété d’Encephalartos horridus (Encephalartos horridus var. trispinosa, Curtis’s Botanical Magazine, planche 5371, 1863), d’après une plante dont un spécimen a été conservé à Kew en 1880. Schuster (1932) la rangeait encore dans Encephalartos horridus, Hutchinson et Rattray (1933) puis Henderson (1945, « forme B1 ») dans Encephalartos lehmannii. R. A. Dyer l’a élevée au rang d’espèce en 1965, dans le Journal of South African Botany, en jugeant les plantes des basses vallées des rivières Bushmans et Fish assez distinctes, nombreuses, répandues et homogènes pour former une espèce, plus proche d’Encephalartos horridus que d’Encephalartos lehmannii. Il reconnaissait qu’on ne peut pas prouver que la plante de Hooker venait de cette région, et retenait comme typique une récolte de Galpin de 1898 (n° 3083), avec cône femelle, identifiée à l’époque d’après la planche du Botanical Magazine.

Habitat et répartition naturelle

Encephalartos trispinosus est endémique de la Province de l’Eastern Cape (Cap Oriental) en Afrique du Sud, avec des populations liées à des vallées fluviales telles que la Great Fish River, la Bushman’s River et la Kowie River, dans les districts d’Albany, Bathurst, Fort Beaufort et Peddie, à des altitudes approximatives de 100 à 600 mètres.

La publication de Dyer (1965) situe l’espèce dans la végétation buissonnante de type karroïde et les fourrés des basses vallées des rivières Bushmans et Fish, et cite des récoltes des anciennes divisions d’Alexandria, Bathurst, Albany, Victoria East et Peddie ; elle ne mentionne ni la Kowie, ni Fort Beaufort, ni d’altitudes. Dyer y précise que ni Encephalartos horridus typique, cantonné aux districts d’Uitenhage et de Port Elizabeth, ni Encephalartos lehmannii n’atteignent la rivière Bushmans.

Les environnements naturels de l’espèce correspondent à des mosaïques végétales de macchia épineuse et de thicket (boisement dense), souvent sur crêtes rocheuses et pentes exposées, avec des sols drainants et pierreux. Le climat est de type méditerranéen à subtropical : étés chauds et secs, hivers doux à frais avec des gelées légères à modérées possibles, précipitations réparties principalement en automne-hiver.

Statut de conservation et CITES

Encephalartos trispinosus est classée Vulnérable (VU) sur la Liste Rouge de l’UICN. Les principales menaces qui pèsent sur les populations sauvages sont :

  • Collecte illégale d’exemplaires dans la nature pour alimenter le marché des plantes ornementales ;
  • Surpâturage des troupeaux qui endommagent les jeunes plants et les semis ;
  • Fragmentation de l’habitat liée à l’agriculture et à l’urbanisation.

La protection CITES Appendice I signifie que tout commerce international de spécimens sauvages est strictement interdit. Seuls les exemplaires issus de cultures légales (propagation artificielle) peuvent faire l’objet d’un commerce légal, accompagnés d’une documentation officielle. Avant tout achat, vérifier impérativement l’origine légale du spécimen et demander les documents CITES au vendeur.

Description et qualités ornementales

Port et stipe

Encephalartos trispinosus présente généralement un stipe court (jusqu’à environ 1 mètre de hauteur et 25 à 30 cm de diamètre selon Dyer, 1965, la plante étant simple ou ramifiée à la base) et est souvent policaule grâce à la production de rejets basaux : il tend donc à former un bouquet compact dans le temps, plus « sculptural » qu’arborescent. Cette tendance à la cespitation lui confère un aspect massif et architectural très apprécié en collection.

Frondes

Le trait le plus distinctif est la coloration des frondes : gris-vert à bleu métallique, avec une rigidité des folioles caractéristique. Les frondes sont pennées ; Dyer (1965) leur donne 0,75 à 1,25 m de long, pétiole de 15 à 22 cm compris, et les décrit vert glauque quand elles sont jeunes, puis vertes avec l’âge, glabres, à rachis raide, souvent recourbé et tordu vers le sommet, avec un collier blanc sale autour du renflement basal laineux. Les folioles médianes, linéaires-lancéolées ou oblongues-lancéolées, souvent un peu arquées, mesurent 10 à 18 cm sur 1,5 à 2,5 cm ; elles se terminent par une épine de 6 mm au plus, et certaines ou toutes portent sur le bord inférieur un ou deux lobes piquants, parfois tordus, de 1 à 3 cm, ce qui donne son nom à l’espèce. Vers la base de la feuille, les folioles sont espacées, plus petites et surtout entières. Leur disposition est régulière, créant un aspect « en peigne » bien ordonné, légèrement différent de l’aspect plus tordu d’Encephalartos horridus, avec lequel l’espèce est parfois confondue.

Cônes et graines

D’après Dyer (1965), les cônes sont solitaires, vert bleuté ou vert jaunâtre, sur un pédoncule court et épais. Les cônes mâles, subcylindriques et amincis aux deux bouts, mesurent 25 à 35 cm de long et 6,5 à 7,5 cm de diamètre ; leurs écailles médianes, d’environ 2,5 cm, ont une face externe prolongée en bec de 7 mm. Les cônes femelles, largement cylindriques, en tonneau ou en œuf, mesurent 45 à 50 cm de long et 16 à 18 cm de diamètre ; leurs écailles médianes mesurent 8 à 9 cm de long, 6 à 7 cm de large et 4 cm d’épaisseur. Les graines, rougeâtres à orange jaunâtre, mesurent environ 5 cm de long et 2 cm de diamètre. Dyer avertit que ces mesures reposent sur peu de matériel et que la taille des cônes varie sans doute davantage.

Distinction avec Encephalartos horridus

La confusion entre les deux espèces est fréquente chez les jeunes exemplaires. Les différences pratiques :

  • E. horridus tend à avoir des folioles à torsion plus prononcée, donnant un aspect « hérissé » et plus agressif ;
  • E. trispinosus présente des folioles plus régulières et droites, avec des épines bien visibles mais moins contournées ;
  • E. trispinosus a une plus grande tendance à former des touffes multi-tiges.

Dyer (1965) reconnaissait lui-même que la limite entre les variantes des deux espèces n’est pas toujours nette. Il signalait en outre, deux milles en amont sur la rivière Bushmans et dans la basse vallée de la Fish, des plantes supposées hybrides, qui semblent combiner les caractères d’Encephalartos trispinosus et d’Encephalartos altensteinii, deux espèces présentes sur place ; il n’excluait pas l’intervention d’Encephalartos arenarius et d’Encephalartos latifrons. Une plante sans origine connue doit donc être identifiée avec prudence.

Rusticité au froid

La rusticité d’Encephalartos trispinosus est modérée, adaptée aux jardins méditerranéens tempérés avec précautions :

  • Tolère des gelées légères à modérées (−3 à −7 °C) pour des périodes courtes, sur substrat parfaitement sec et drainant ;
  • Des gelées fortes prolongées (en dessous de −8 °C) peuvent être fatales, surtout si les frondes sont exposées à la pluie et au froid simultanément ;
  • Le microClimat est décisif : un mur orienté sud, une avancée de toit ou une pergola peut faire toute la différence entre succès et échec.

En France, la culture en pleine terre est envisageable en Provence côtière, sur la Côte d’Azur, dans les zones très abritées du Languedoc et du Pays Basque côtier. Dans les régions plus froides, la culture en bac avec hivernage en serre froide (+5 °C minimum) est recommandée.

Culture en pleine terre

Choix du site

Critères essentiels pour réussir la culture en extérieur dans une zone marginale :

  • Exposition : plein sud à sud-ouest, minimum 6 à 8 heures de soleil direct en saison ;
  • Protection : abri des vents froids du nord et des pluies battantes hivernales (mur, haie, avancée de toit) ;
  • Éviter : fonds de vallée, zones creuses où l’air froid se dépose, secteurs sujets aux inondations.

Substrat et plantation

Préparer un lit drainant avec un large drainage grossolano en fond de fosse si le sol est lourd. Substrat idéal : 50 à 70 % de matériaux inertes (pouzzolane, lapilli, graviers siliceux, perlite grossière), complété par 30 à 50 % de fraction terreuse. Réaliser si possible une butte de plantation surélevée de 20 à 30 cm pour éloigner les racines des zones de saturation temporaire.

Culture en bac

La culture en bac est souvent la solution la plus adaptée dans les régions tempérées non côtières : elle permet de maîtriser l’exposition aux pluies et au froid, et de déplacer la plante selon les saisons. Préférer des bacs stables et profonds avec un drainage abondant. Substrat de type cactées à macroporosité élevée. Arroser plus généreusement en été (toutes les 2 à 3 semaines), presque pas en hiver.

Multiplication

La multiplication peut se faire par :

  • Rejets basaux : prélever les rejets au printemps avec un maximum de racines, laisser cicatriser à l’ombre, puis repiquer sur substrat drainant ;
  • Graines : disponibles rarement et uniquement auprès de collections légales certifiées ; germination lente ; croissance très lente (plusieurs années avant un plant présentable).

Important : ne jamais prélever ou acheter de spécimens d’origine sauvage. Exiger les documents d’origine légale (propagation artificielle) pour tout achat de cycadale du genre Encephalartos.

Références

  • Dyer, R. A. (1965). Encephalartos trispinosus. The Cycads of Southern Africa. Bothalia 8(4).
  • Dyer, R. A. (1965). New species and notes on type specimens of South African Encephalartos. Journal of South African Botany 31(2) : 111-121, pl. 19-20 (Encephalartos trispinosus p. 112-116). [Publication du nom au rang d’espèce ; texte intégral lu (numérisation de l’Internet Archive) : description, dimensions, cônes, répartition, histoire du nom, hybrides supposés. Littérature primaire.]
  • Hooker, J. D. (1863). Encephalartos horridus var. trispinosa. Curtis’s Botanical Magazine, t. 5371. [Basionyme ; cité par Dyer (1965), non consulté.]
  • UICN (2010). Encephalartos trispinosus. Liste Rouge des espèces menacées.
  • CITES (2024). Appendice I — Encephalartos spp.
  • Plants of the World Online (POWO) — Kew Gardens