Zamia incognita

Zamia incognita est une cycadale de Colombie, répandue le long de la vallée du Magdalena (départements d’Antioquia, Boyacá, Caldas et Santander), où elle pousse sur des collines bien drainées en forêt tropicale humide, entre 200 et 500 m d’altitude. Cette espèce du genre Zamia, à tige souterraine et à grandes folioles larges et brillantes, a été récoltée dès 1889 mais n’a été reconnue comme espèce distincte qu’en 2009 : d’où son nom, « inconnue ». Elle est classée en danger par l’UICN (évaluation de 2022), et sa pollinisation par de petits coléoptères a été étudiée en détail.

L’essentiel sur Zamia incognita

  • Nom accepté : Zamia incognita A.Lindstr. & Idárraga (2009), accepté par The World List of Cycads (version 2026.08.15) ; POWO n’a pas pu être consulté directement
  • Anciens noms et synonymes : aucun synonyme ; des spécimens anciens avaient été rattachés à Zamia poeppigiana, Zamia melanorrhachis ou Zamia muricata
  • Famille : Zamiaceae, ordre des Cycadales
  • Noms communs : aucun nom attesté, en français ou dans une autre langue
  • Répartition naturelle : Colombie, vallée du Magdalena (Antioquia, Boyacá, Caldas, Santander), de 200 à 500 m d’altitude
  • Statut UICN : en danger (EN), critères B2ab(iii,v), évaluation de 2022
  • CITES et autres protections : annexe II de la CITES (graines exemptées par l’annotation #4) ; annexe B dans l’Union européenne
  • Rusticité documentée : aucune donnée (voir Rusticité)
  • Exposition et substrat : dans la nature, sous-bois ombragé mais assez ouvert, sur des collines bien drainées, sol sablo-argileux acide, parfois sur calcaire ; aucune recommandation de culture publiée
  • Port et dimensions adultes : tige tubéreuse souterraine à affleurante, jusqu’à 22 cm ; 2 à 3 feuilles (rarement 4) de 0,9 à 1,5 m ; folioles de 30 à 40 cm sur 4,7 à 7 cm
  • Toxicité : aucune donnée propre à l’espèce ; à considérer comme toxique, comme toutes les cycadales (voir Toxicité et précautions)

Comment reconnaître Zamia incognita

Zamia incognita est un Zamia de taille moyenne, sans tronc visible, qui porte deux ou trois feuilles dressées à arquées garnies de grandes folioles obovales, coriaces et brillantes, dentées dans leur partie terminale. Son cône femelle, court, en forme de tonneau, paraît presque sans pied. Description d’après le protologue (Lindström & Idárraga, 2009) :

  • Tige : tubéreuse, souterraine à émergente, de forme irrégulière, jusqu’à 22 cm de long et 15 cm de large ; l’apex se divise assez souvent en deux. Cataphylles molles, étroitement triangulaires, de 2,5 à 6 cm.
  • Feuilles : 2 ou 3 (rarement 4), de 93 à 153 cm, dressées à arquées, vertes ou roses à leur sortie. Pétiole de 33 à 86 cm (rarement 92 à 116 cm), portant peu à beaucoup d’aiguillons dans sa partie basse ; rachis de 11 à 42 cm (rarement jusqu’à 152 cm), peu épineux ou inerme.
  • Folioles : 13 à 32 par feuille, obovales à lancéolées, coriaces, vert brillant, de 30 à 40 cm (parfois 22 cm) sur 4,7 à 7 cm (parfois 4,1 cm), dentées sur 25 à 75 % de leur longueur à partir du bout, à marge enroulée, espacées de 4 à 9 cm, à pointe acuminée.
  • Cônes mâles : environ 7,5 cm sur 2,7 cm, sur un pédoncule de 3 à 6 cm.
  • Cônes femelles : solitaires ou par deux, en forme de tonneau, souvent d’apparence sessile, de 7 à 11 cm sur 7 cm, couverts d’un duvet brun ; pédoncule de 3,5 à 7,6 cm.
  • Graines : globuleuses, d’environ 20 mm de long et 15 à 19 mm de diamètre ; enveloppe charnue crème à rose pâle avant maturité (graines mûres non observées par les auteurs).

Hybrides

Aucun hybride n’est connu. À La Dorada (Caldas), Zamia incognita pousse avec Zamia imbricata, décrite en 2021, mais aucune forme intermédiaire n’a été observée (Calonje et al., 2021).

Confusions possibles

Le protologue compare l’espèce à Zamia cupatiensis, aujourd’hui synonyme de Zamia ulei pour The World List of Cycads, et l’en distingue par ses folioles larges, obovales et brillantes, ses feuilles plus longues et son cône femelle court, obovale, à pédoncule peu visible. Les auteurs écartent aussi les espèces auxquelles les spécimens d’herbier avaient été rattachés :

  • Zamia poeppigiana : folioles toujours étroites et lancéolées, même au stade plantule, alors que celles de Zamia incognita sont toujours larges et obovales ; selon les auteurs, elle ne pousse pas en Colombie et serait endémique du Pérou ;
  • Zamia melanorrhachis : limitée au nord de la Colombie ;
  • Zamia muricata : connue en Colombie seulement à l’extrême nord-est, surtout présente dans le nord du Venezuela ;
  • Zamia imbricata, sur le même site : petites folioles fines de 4 à 12 cm, imbriquées.

Taxonomie

Zamia incognita est un nom accepté par The World List of Cycads ; POWO n’a pas pu être consulté directement. L’espèce a été décrite en 2009 par Anders J. Lindström, du jardin botanique tropical de Nong Nooch (Thaïlande), et Álvaro Idárraga, de l’herbier de l’université d’Antioquia, dans le deuxième volume de la revue Phytotaxa (pages 29 à 34), sous le titre « Zamia incognita (Zamiaceae): the exciting discovery of a new gymnosperm from Colombia ».

Les auteurs rappellent que la Flora de Colombia (Stevenson, 2001) recensait 16 espèces de Zamia dans le pays, dont sept endémiques, et que des récoltes nouvelles imposaient déjà une mise à jour. Ils ont trouvé plusieurs spécimens impossibles à rattacher à une espèce connue, que la Flora avait placés dans Zamia poeppigiana, Zamia melanorrhachis ou Zamia muricata. Ils soulignent aussi que les relations entre les nombreux Zamia décrits récemment restaient pratiquement inconnues et que seule la génétique permettrait de les éclaircir. Les auteurs de 2021 indiquent que l’espèce n’appartient pas au clade manicata, d’après la phylogénie moléculaire du genre.

Étymologie et histoire

L’épithète incognita vient du latin incognitus, « inconnu » : selon le protologue, elle rappelle que l’espèce est restée inconnue jusqu’à sa description (Haynes, 2022, repris par The World List of Cycads).

Des spécimens d’herbier, parfois fertiles, avaient été récoltés dès 1889, notamment dans le Santander et dans le haut Magdalena, mais personne n’en avait remarqué la singularité. L’holotype a été récolté le 28 janvier 2008 dans le département d’Antioquia, à 478 m d’altitude, par Álvaro Idárraga, Anders J. Lindström et María Cristina López-Gallego (n° 3460) ; il est conservé à l’herbier de l’université d’Antioquia (HUA), avec un isotype à l’herbier du jardin botanique de Medellín (JAUM).

Noms communs

Aucun nom commun n’est attesté pour cette espèce, en français comme en espagnol.

Dans la nature

Zamia incognita est répandu le long de la vallée du Magdalena. Selon le protologue, il pousse sur des collines bien drainées, souvent près des crêtes, en forêt tropicale humide, dans un sous-bois ombragé mais assez ouvert, sous une canopée d’environ 20 m. Le sol étudié contenait 46 % de sable et 39 % d’argile, était pauvre en phosphore et acide ; certaines populations poussent sur un sol recouvrant des affleurements calcaires. Parmi les plantes associées figurent les palmiers Astrocaryum malybo, Bactris pilosa et Oenocarpus bataua. Les plantes adultes ont été vues avec de jeunes cônes en novembre et en janvier.

Une pollinisation par des coléoptères

La pollinisation de l’espèce a été étudiée dans la vallée du Magdalena Medio par Valencia-Montoya et ses collègues (2017). Des expériences d’exclusion, privant les cônes femelles du vent, des insectes, des deux ou d’aucun, ont montré que les coléoptères du genre Pharaxonotha sont des pollinisateurs efficaces et que le vent ne joue aucun rôle. En suivant des coléoptères marqués de poudres fluorescentes, les chercheurs les ont vus entrer dans les cônes femelles jusqu’aux micropyles des ovules ; ils ont parcouru de 5 m à près de 22 m entre un cône mâle et un cône femelle. Les auteurs parlent d’un mutualisme dépendant d’un pollinisateur spécifique, ce qui compte pour la conservation : une population trop réduite ou trop dispersée risque de ne plus être pollinisée.

Statut de conservation et réglementation

Zamia incognita est classé en danger (EN) par l’UICN, selon les critères B2ab(iii,v), dans une évaluation de Cristina López-Gallego publiée en 2022 (The World List of Cycads). Le critère B porte sur une zone d’occupation réduite, associée au déclin de la qualité de l’habitat et du nombre d’individus matures. En 2009, les auteurs de la description proposaient seulement « vulnérable » : plusieurs populations étaient connues, la plupart hors des aires protégées et sur des terrains privés ; la déforestation et la transformation de l’habitat étaient la principale menace, et plusieurs populations très perturbées étaient réduites à des plantes dispersées.

Comme tous les Zamia à l’exception de Zamia restrepoi, Zamia incognita relève de l’annexe II de la CITES, où le genre figure depuis le 4 février 1977. L’inscription porte l’annotation #4 (version issue de la CoP20, en vigueur au 5 mars 2026) : les graines, le pollen, les plantules et cultures de tissus obtenues in vitro et transportées en conteneurs stériles, ainsi que les fleurs coupées de plantes reproduites artificiellement, ne sont pas soumis à la CITES. Le commerce international des plantes elles-mêmes exige en revanche un permis d’exportation. Dans l’Union européenne, l’espèce relève de l’annexe B du règlement (CE) n° 338/97, dont les annexes en vigueur sont fixées par le règlement (UE) 2026/1383, applicable depuis le 29 juin 2026. Species+, la base officielle de la CITES, nomme l’espèce et confirme ce statut (consultation du 3 octobre 2026).

Ces informations générales ne remplacent pas les textes officiels : vérifiez la réglementation en vigueur avant tout achat ou échange, demandez au vendeur les justificatifs de provenance et préférez des plantes issues de semis en culture.

Culture

Aucune recommandation de culture propre à Zamia incognita n’a été publiée, et aucun retour de culture n’a été trouvé sur les forums consultés.

Son milieu suggère une culture en serre chaude, à mi-ombre, dans un substrat drainant légèrement acide, arrosé régulièrement ; ces conditions n’ont pas été validées par des essais publiés.

Multiplication

Aucune donnée propre à l’espèce. Comme tous les Zamia, elle a des plantes mâles et des plantes femelles, et se multiplierait par semis de graines fraîches. Dans la nature, la pollinisation dépend de coléoptères spécifiques ; en culture, une pollinisation manuelle serait nécessaire en leur absence.

Maladies et ravageurs

Aucun ravageur ni aucune maladie propre à l’espèce n’est documenté. En culture, les Zamia craignent surtout la pourriture en sol froid et détrempé, et les cochenilles.

Rusticité

Aucune donnée de résistance au froid n’existe pour Zamia incognita. Il vit en forêt tropicale de basse altitude, entre 200 et 500 m ; aucune observation ne dit s’il supporte le moindre gel.

En France

Aucun résultat de culture n’a été publié en France métropolitaine pour Zamia incognita, ni en pleine terre ni en pot, quelle que soit la zone (littoral méditerranéen, façade atlantique, Bretagne, intérieur continental, montagne). Une recherche sur le forum des Fous de palmiers et sur le forum italien Tropicamente n’a donné aucun retour de culture pour cette espèce, et aucun épisode de gel daté ne la concerne. Seule une culture en serre chaude est envisageable.

Repères internationaux

Aucun relevé de froid n’a été trouvé hors de France, ni sur les forums ni dans les jardins botaniques.

Toxicité et précautions

Aucune étude de toxicité propre à Zamia incognita n’a été trouvée. Le risque est en revanche bien documenté chez les cycadales : leurs tissus, et surtout leurs graines, contiennent de la cycasine et de la macrozamine, que la digestion transforme en méthylazoxyméthanol, toxique pour le foie et le système nerveux, ainsi qu’un acide aminé neurotoxique, la BMAA. Dans le genre Zamia, l’ASPCA classe Zamia furfuracea parmi les plantes toxiques pour les chiens, les chats et les chevaux. Faute de preuve contraire, considérez la plante comme toxique : graines et feuilles hors de portée des enfants et des animaux, gants pour nettoyer les graines. En cas d’ingestion, appelez sans attendre un centre antipoison, un médecin ou un vétérinaire.

Usages traditionnels

Aucun usage n’est documenté pour cette espèce.

FAQ

Pourquoi l’appelle-t-on Zamia incognita ?

Parce qu’elle est restée « inconnue » très longtemps : des spécimens existaient dans les herbiers depuis 1889, mais personne n’avait reconnu une espèce distincte avant 2009.

Où pousse-t-il ?

Dans la vallée du Magdalena, en Colombie (Antioquia, Boyacá, Caldas, Santander), sur des collines bien drainées en forêt humide, entre 200 et 500 m d’altitude.

Comment le reconnaître ?

À ses deux ou trois feuilles portant de grandes folioles obovales, brillantes et coriaces, de 30 à 40 cm, dentées au bout, et à son cône femelle court en forme de tonneau, presque sans pied.

Qui pollinise ce Zamia ?

Des coléoptères du genre Pharaxonotha. Une étude de 2017 a montré par des expériences d’exclusion que le vent ne joue aucun rôle et que ces insectes transportent le pollen sur 5 à 22 m.

Est-il menacé ?

Oui. L’UICN le classe en danger depuis l’évaluation de 2022, en raison de la déforestation de la vallée du Magdalena ; la plupart des populations sont sur des terrains privés.

Est-il rustique ?

Non, selon toute vraisemblance. Aucune donnée de froid n’existe et il vit en forêt tropicale de basse altitude ; il relève de la serre chaude.

Est-il toxique ?

Il faut le supposer. Aucune analyse propre à l’espèce n’existe, mais les cycadales étudiées contiennent des toxines graves, surtout dans les graines.

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Sites de référence

  • The World List of Cycads (version 2026.08.15), Zamia incognita : https://cycadlist.org/scientific_name/483 — auteurs, protologue, type, répartition, statut UICN (EN, évaluation de 2022), étymologie. Liste de référence du groupe de spécialistes des cycadales de l’UICN ; consultée directement le 3 octobre 2026.
  • Plazi TreatmentBank, traitement de Zamia incognita (Phytotaxa 2, 2009) : https://tb.plazi.org/GgServer/summary/25408796FFB8E276FF78FF3D7A3CFE60 — texte du protologue : diagnose, description, type, habitat, sol, flore associée, répartition, statut proposé, observations. Article à comité de lecture ; texte intégral consulté par Plazi.
  • Phytotaxa, Two new species of Zamia from the Magdalena-Urabá moist forests ecoregion (2021) : https://doi.org/10.11646/phytotaxa.497.1.1 — sympatrie avec Zamia imbricata, absence d’hybrides, rappel de l’étude de pollinisation. Article à comité de lecture ; texte intégral consulté.
  • Species+ (PNUE-WCMC), Zamia incognita : https://speciesplus.net/species#/taxon_concepts/65546/legal — annexe II de la CITES (inscription du genre depuis le 4 février 1977, annotation #4), annexe B de l’Union européenne. Base officielle de la CITES et de l’UE ; interrogée le 3 octobre 2026.
  • Règlement (UE) 2026/1383 de la Commission : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=OJ:L_202601383 — annexes du règlement (CE) n° 338/97 en vigueur depuis le 29 juin 2026. Texte officiel.

Bibliographie

  • Lindström, A.J. & Idárraga, Á. (2009). Zamia incognita (Zamiaceae): the exciting discovery of a new gymnosperm from Colombia. Phytotaxa 2 : 29-34. doi:10.11646/phytotaxa.2.1.5 [Protologue ; texte intégral consulté (Plazi).]
  • Valencia-Montoya, W.A., Tuberquia, D., Guzmán, P.A. & Cardona-Duque, J. (2017). Pollination of the cycad Zamia incognita A. Lindstr. & Idárraga by Pharaxonotha beetles in the Magdalena Medio Valley, Colombia: a mutualism dependent on a specific pollinator and its significance for conservation. Arthropod-Plant Interactions 11(5) : 717-729. doi:10.1007/s11829-017-9511-y [Article à comité de lecture ; consulté par extrait de recherche et métadonnées Crossref.]
  • Calonje, M., Castro Hernández, J., Coca, L.F., Jaramillo, D. & Aristizábal, A. (2021). Two new species of Zamia (Zamiaceae, Cycadales) from the Magdalena-Urabá moist forests ecoregion of northern Colombia. Phytotaxa 497(1) : 1-19. doi:10.11646/phytotaxa.497.1.1 [Texte intégral consulté.]
  • López-Gallego, C. (2022). Zamia incognita. The IUCN Red List of Threatened Species 2022 : e.T187838A1829016. doi:10.2305/IUCN.UK.2022-1.RLTS.T187838A1829016.en [Évaluation de la Liste rouge ; référence relevée sur The World List of Cycads et vérifiée sur Crossref, page de la Liste rouge non consultée (accès bloqué).]
  • Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. doi:10.11646/phytotaxa.550.1.1 [Source des étymologies reprises par The World List of Cycads ; non consulté directement.]
  • Calonje, M., Stevenson, D.W. & Osborne, R. (2026). The World List of Cycads, version 2026.08.15. Montgomery Botanical Center, Coral Gables. doi:10.5281/zenodo.21958524 [Liste de référence ; consultée directement.]