Cycas ferruginea

Cycas ferruginea appartient au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels. C’est un cycas calcicole des karsts du sud de la Chine (Guangxi) et du nord du Vietnam, voisin de Cycas sexseminifera et de Cycas tropophylla. Son nom évoque son caractère le plus spectaculaire : l’abondant duvet roux, couleur de rouille, qui couvre ses jeunes pousses. C’est une espèce rare, protégée au plus haut niveau en Chine.

Comment reconnaître Cycas ferruginea ?

Le trait le plus marquant est le tomentum : les jeunes feuilles, le pétiole et les organes en croissance sont densément couverts d’un duvet d’un roux profond, couleur de rouille, qui a donné son nom à l’espèce. Ce feutrage roux, particulièrement dense, est un bon repère, même s’il s’atténue avec l’âge des feuilles.

C’est un cycas de taille modeste, au tronc généralement court, souvent en partie souterrain ou peu émergé, couronné d’un petit nombre de feuilles pennées atteignant environ 2 m de long. Les folioles, lancéolées, portent une nervure médiane unique ; les jeunes feuilles émergent enroulées en crosse, comme chez tous les cycas. Les graines sont brunes, ovoïdes, atteignant environ 3 cm de long.

L’espèce est dioïque. Comme les autres cycas de la section Stangerioides, elle présente des cônes mâles à sporophylles molles, des ovules glabres et un sclérotesta verruqueux.

Hybrides connus

Aucun hybride horticole nommé ni hybride naturel formellement décrit n’est attesté pour Cycas ferruginea. L’espèce appartient à l’ensemble des cycas calcicoles sino-vietnamiens, morphologiquement proches, ce qui invite surtout à la prudence dans les identifications de terrain.

Confusion avec d’autres espèces

Cycas ferruginea est étroitement apparenté à Cycas sexseminifera et à Cycas tropophylla, avec lesquels il partage les falaises calcaires du Guangxi et du nord du Vietnam. Il se distingue avant tout par son tomentum roux particulièrement dense et persistant sur les jeunes pousses. De Cycas tropophylla, le cycas de la baie d’Ha Long, il se sépare en outre par des feuilles non fortement carénées en V. La distinction d’avec Cycas sexseminifera repose sur des caractères plus fins des feuilles et des sporophylles ; les analyses moléculaires (génome chloroplastique) rapprochent par ailleurs Cycas ferruginea d’un groupe incluant Cycas debaoensis, Cycas bifida et Cycas szechuanensis, tous de la même radiation sino-vietnamienne.

Taxonomie

Cycas ferruginea a été décrit en 1994 par Fa-Nan Wei, dans la revue Guihaia (14(4) : 300, fig. 1). L’holotype, récolté par F. N. Wei (n° 1986), provient d’une plante cultivée au jardin botanique de Guilin (Guangxi), introduite du district de Longzhou, dans le sud-ouest du Guangxi ; il est conservé à l’herbier de l’Institut de botanique du Guangxi (IBK). L’épithète vient du latin ferruginea (« couleur de rouille »), en référence à l’abondant tomentum d’un rouge profond qui couvre les jeunes pousses.

L’espèce est rangée dans la section Stangerioides, le vaste groupe sino-vietnamien caractérisé par des sporophylles mâles molles, des ovules glabres et un sclérotesta verruqueux.

Dans la nature

Cycas ferruginea est réparti dans l’ouest du Guangxi, en Chine, et dans le nord du Vietnam (provinces de Lạng Sơn et de Thái Nguyên). C’est un calcicole rupicole : il croît dans les fentes de rochers semi-ombragées, au sein de forêts de feuillus installées sur les reliefs calcaires, à des altitudes de 200 à 500 m, sous un climat subtropical de mousson. Il est également cultivé au jardin botanique de Guilin, dans le Guangxi.

Sur le plan de la conservation, l’espèce est évaluée « Quasi menacée » (NT, critère B1ab(iii,v)) sur la Liste rouge de l’UICN, et figure en Chine sur la liste des plantes sauvages protégées au titre de la protection nationale de première classe — un statut qui souligne sa rareté et la pression sur ses habitats karstiques. Comme toute la famille des Cycadaceae, l’espèce relève en outre de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture.

Culture

L’origine calcicole et rupicole de Cycas ferruginea oriente vers un substrat très drainant, volontiers calcaire (alcalin), une exposition lumineuse à mi-ombragée (l’espèce poussant dans des fentes semi-ombragées) et un climat chaud. Les arrosages sont réguliers durant la végétation, mais le drainage doit être impeccable, l’espèce étant adaptée aux parois où l’eau ne stagne pas. Son tronc compact et son tomentum roux décoratif en font un cycas recherché des collectionneurs, mais il reste rare en culture. La croissance est lente, comme chez la plupart des cycas.

Multiplication

La multiplication se fait par semis, à partir de graines fraîches. L’espèce étant dioïque, l’obtention de graines viables suppose des pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. La sarcotesta charnue est nettoyée avant le semis ; les graines demandent de la chaleur et un substrat drainant maintenu légèrement humide pour germer, lentement. Compte tenu de la rareté de l’espèce et de son statut de protection, seul du matériel issu de semis et de sources légales doit être recherché : le cultiver à partir de graines légitimes contribue à sa conservation ex situ.

Maladies et ravageurs

Les ennemis sont communs à l’ensemble des cycas cultivés : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), particulièrement redoutable sous climat chaud et humide, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges. La chenille du papillon Luthrodes pandava (le « bleu des cycas »), ravageur des jeunes pousses de cycadales dans la région indo-pacifique, peut s’attaquer aux jeunes feuilles. La pourriture des racines et du tronc, liée à un excès d’humidité ou à un mauvais drainage, est le principal trouble physiologique — d’autant plus à surveiller chez une espèce adaptée aux substrats secs et parfaitement drainés.

Rusticité

Issu des karsts subtropicaux du sud de la Chine et du nord du Vietnam (200 à 500 m), Cycas ferruginea est sensible au gel et à réserver aux climats chauds (zones de rusticité USDA de l’ordre de 10 à 11). Son origine, sur des collines calcaires de basse à moyenne altitude pouvant connaître des hivers frais dans le nord de son aire, suggère une certaine tolérance à de courts épisodes frais, mais aucun retour d’expérience chiffré et fiable spécifique à cette espèce n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés. Dans le doute, et partout où des gelées sont possibles, la culture en bac hivernée à l’abri reste la solution la plus sûre.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre et fiablement documenté n’est associé à Cycas ferruginea en particulier. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. Le statut de protection de l’espèce et son inscription à la CITES proscrivent en outre tout prélèvement dans la nature.

FAQ

Que signifie l’épithète ferruginea ? « Couleur de rouille », en référence à l’abondant tomentum d’un roux profond qui couvre les jeunes pousses de la plante.

Où pousse-t-il à l’état sauvage ? Sur les karsts calcaires de l’ouest du Guangxi (Chine) et du nord du Vietnam (Lạng Sơn, Thái Nguyên), dans des fentes de rochers semi-ombragées, entre 200 et 500 m.

Quels sont ses plus proches parents ? Cycas sexseminifera et Cycas tropophylla, autres cycas calcicoles de la section Stangerioides ; les données moléculaires le rapprochent aussi de Cycas debaoensis, Cycas bifida et Cycas szechuanensis.

Est-il menacé ? Oui : il est classé « Quasi menacé » (NT) par l’UICN et bénéficie en Chine d’une protection nationale de première classe.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté, répartition et statut : https://powo.science.kew.org/results?q=Cycas%20ferruginea

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/search?q=Cycas+ferruginea

Cycad List, The World List of Cycads (cycadlist.org) — type, étymologie et statut UICN : https://cycadlist.org/scientific_name/125

Bibliographie

Wei, F.N. (1994). [Cycas ferruginea F.N.Wei.] Guihaia 14(4) : 300, fig. 1. [Description originale (protologue).]

Hill, K.D. (2008). The genus Cycas (Cycadaceae) in China. Telopea 12(1) : 71-118. [Cadre de classification infragénérique du genre en Chine ; placement en section Stangerioides.]

Yang, X., Deng, T., Tang, W. & Wu, T. (2022). Characterization of the complete chloroplast genome of Cycas ferruginea, a vulnerable species. Mitochondrial DNA Part B 7(6) : 1056-1058. [Génome chloroplastique ; relations phylogénétiques avec Cycas debaoensis, Cycas bifida et Cycas szechuanensis.]

Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Étymologie des noms de cycadales.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]