Cycas bifida est l’une des cycadales les plus singulières du genre Cycas. Originaire du sud de la Chine et du nord du Vietnam, cette espèce fascine les collectionneurs par ses frondes bipennées aux folioles bifurquées, un caractère exceptionnel chez les cycadales. Rare en culture, elle constitue un défi gratifiant pour le jardinier averti.
Étymologie et histoire taxonomique
Le nom spécifique bifida dérive du latin bifidus (« fendu en deux »), en référence aux folioles dichotomiquement divisées qui caractérisent l’espèce. L’histoire taxonomique de Cycas bifida est marquée par plusieurs remaniements nomenclaturaux qui ont semé la confusion dans le commerce horticole pendant des décennies.
L’espèce fut reconnue pour la première fois dans la littérature occidentale par le botaniste britannique Sir William Thiselton-Dyer en 1902, qui la décrivit comme une variété de Cycas rumphii : Cycas rumphii var. bifida Dyer (Journal of the Linnean Society, Botany, 26 : 560, 1902). Ce n’est qu’un siècle plus tard que le spécialiste australien des cycadales Ken D. Hill (1948–2010) éleva ce taxon au rang d’espèce à part entière dans sa révision du genre Cycas au Vietnam (Hill, Nguyen & Loc, 2004, The Botanical Review, 70(2) : 134–193).
Pendant longtemps, Cycas bifida a circulé dans le commerce et la littérature sous les noms de Cycas micholitzii (un taxon que Hill restreint aux plantes du centre du Vietnam et du Laos) et de Cycas multifrondis (aujourd’hui considéré comme synonyme). La Flora of China a longtemps traité cette espèce sous Cycas micholitzii, ajoutant à la confusion. Le nom correct et accepté est désormais Cycas bifida (Dyer) K.D.Hill.
Synonymes :
- Cycas rumphii var. bifida Dyer (basionyme)
- Cycas rumphii subsp. bifida Dyer
- Cycas multifrondis D.Yue Wang (synonyme)
Aire de répartition et habitat
Cycas bifida est présente dans deux pays d’Asie du Sud-Est continentale :
- Chine méridionale : sud de la province du Guangxi et est de la province du Yunnan.
- Nord du Vietnam : provinces de Cao Bằng, Lạng Sơn et Tuyên Quang.
L’espèce pousse à basse altitude, entre 100 et 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son habitat typique est constitué de forêts mixtes sempervirentes et décidues, basses et assez denses, ou de bambouseraies, le plus souvent sur des sols de terra rossa rouge développés sur des affleurements calcaires karstiques abrupts. On la rencontre aussi, plus ponctuellement, sur des sols sableux ou limoneux dérivés de schistes, de granites et de métasandstones.
Un fait remarquable : certaines populations de Cycas bifida se trouvent dans des zones de la frontière sino-vietnamienne encore parsemées de champs de mines, vestiges des conflits militaires du XXe siècle. Ces mines constituent paradoxalement une protection involontaire contre le braconnage. La réserve naturelle de Longgang, dans le comté de Longzhou (Guangxi, Chine), a été spécifiquement créée pour la protection de cette cycadale.
Statut de conservation (UICN)
Cycas bifida est classée Vulnérable (VU) sur la Liste rouge de l’UICN, selon les critères A2cd (Hill, 2010). Le nombre d’individus matures est estimé entre 10 000 et 12 000. Bien que l’espèce soit localement abondante, de nombreuses sous-populations sont aujourd’hui gravement appauvries par les effets combinés de :
- La collecte de plantes sauvages pour le commerce horticole, les stipes et les graines étant recherchés par les collectionneurs.
- La déforestation pour l’agriculture et la sylviculture.
- La fragmentation de l’habitat, qui isole les populations et limite les flux génétiques.
Comme toutes les Cycadaceae, Cycas bifida est inscrite à l’Annexe II de la CITES, ce qui signifie que le commerce international de spécimens sauvages est réglementé et nécessite des permis d’exportation.
En Chine, les populations de Cycas bifida sont considérées comme en danger au niveau national. Toutes les espèces du genre Cycas présentes en Chine figurent parmi les plantes de première classe protégées au niveau national, et plusieurs sont classées comme « espèces végétales aux populations extrêmement réduites » (PSESP).
Une étude publiée en 2025 (ScienceDirect) a montré que Cycas bifida est confrontée à des menaces croissantes liées au changement climatique, notamment les sécheresses et les vagues de chaleur, qui perturbent sa physiologie et son métabolisme lipidique.
Liens de parenté au sein du genre Cycas
Cycas bifida appartient à un groupe informel d’espèces du genre Cycas caractérisées par des feuilles à folioles divisées (bipennées à tripennées), parfois appelé le « complexe des Cycas à feuilles de fougère ». Ce groupe, endémique de la Chine méridionale et du nord de l’Indochine, comprend notamment :
- Cycas micholitzii Dyer — Folioles bi- à tripennées se divisant dichotomiquement deux ou trois fois, donnant un port très particulier, peu évocateur d’une cycadale. Distribution : centre du Vietnam et Laos.
- Cycas debaoensis Y.C.Zhong & C.J.Chen — Feuilles tripennées spectaculaires. Endémique du Guangxi (Chine). Espèce très recherchée en collection.
- Cycas multipinnata C.J.Chen & S.Y.Yang — Également tripennée, proche de Cycas debaoensis. Distribution : Yunnan et Guangxi (Chine), nord du Vietnam.
- Cycas dolichophylla K.D.Hill, T.H.Nguyên & P.K.Lôc — Feuilles très longues, folioles indivises mais exceptionnellement étroites. Vietnam et Yunnan.
- Cycas simplicipinna (Smitinand) K.D.Hill — Acaule, grandes frondes dressées à folioles larges et indivises. Distribution : Chine, Vietnam et Thaïlande.
Dans la clé dichotomique des Cycas de Chine proposée par Hill (2008), Cycas bifida se distingue de Cycas debaoensis par ses folioles divisées une seule fois (dichotomie simple), tandis que Cycas debaoensis et Cycas multipinnata présentent des folioles à division multiple (bi- ou tripennées).
Hybridations naturelles et horticoles
Le genre Cycas est connu pour sa propension à l’hybridation naturelle lorsque différentes espèces coexistent à proximité. K.D. Hill a documenté des cas d’intergradation morphologique impliquant Cycas bifida, en particulier :
- Cycas bifida × Cycas multipinnata — Des populations présentant des caractères intermédiaires ont été observées dans les zones de contact entre ces deux espèces. Cycas longipetiolula, autrefois décrite comme une espèce distincte, est aujourd’hui souvent considérée comme un hybride ou une forme intergradante entre Cycas bifida et Cycas multipinnata. Elle n’est connue qu’en culture dans le comté de Jinping (Yunnan).
- Cycas bifida × Cycas dolichophylla — Des formes intermédiaires ont également été signalées.
- Cycas bifida × Cycas diannanensis — Des hybrides présumés sont cultivés au Jardin botanique de Fairy Lake à Shenzhen.
Ces « essaims hybrides » (terme de K.D. Hill) compliquent la tâche des collectionneurs qui acquièrent des plantes sur le marché. Il est fréquent de recevoir sous le nom de Cycas bifida des plantes présentant des caractères intermédiaires avec d’autres espèces du complexe. Pour identifier une Cycas bifida typique, il faut vérifier que les folioles se divisent une seule fois (dichotomie simple) et non deux ou trois fois.
Description morphologique
Stipe (tronc)
Le stipe de Cycas bifida est principalement souterrain ou très court, formant un caudex en dôme de 20 à 60 cm de diamètre. La partie aérienne ne dépasse généralement pas 20 cm de hauteur. C’est une espèce essentiellement acaule, ce qui contraste avec la majorité des cycadales cultivées qui développent un tronc visible au fil des ans. Phil Bergman (Jungle Music Nursery, Californie) rapporte un caudex ne dépassant pas 25 cm (environ 10 pouces), en grande partie enterré.
Feuilles
La couronne porte de 3 à 8 feuilles (rarement davantage), longues de 2 à 4 mètres et larges de 40 à 80 cm. Les frondes sont d’un vert foncé brillant, de texture papyracée à coriace. Le pétiole mesure de 0,5 à 2 mètres de long et est armé d’épines courtes mais acérées (attention lors de la taille).
Le caractère diagnostique de l’espèce réside dans ses 27 à 44 paires de folioles, chacune dichotomiquement divisée (bifurquée) une seule fois, très près de la base. Les folioles individuelles sont linéaires, de 10 à 38 cm de long et 1,5 à 3 cm de large. Cette bifurcation donne aux frondes un aspect de fougère, inhabituels chez les cycadales, et confère à la plante un attrait ornemental exceptionnel. Les feuilles sont dressées à arquées, avec de longs pétioles jaillissant du caudex.
Cônes mâles
Le cône mâle (microsporangiate) est solitaire et dressé, de forme fusiforme à cylindrique, mesurant de 15 à 23 cm de long et 4 à 6 cm de large. Il est couvert d’un duvet tomenteux jaune clair. Les microsporophylles mesurent 1,2 à 2 cm de long, avec une épine apicale dressée et 1 à 3 dents minuscules de chaque côté.
Mégasporophylles et graines
Contrairement à la plupart des autres genres de cycadales qui forment des cônes femelles compacts, le genre Cycas se distingue par des mégasporophylles libres, disposées en rosette lâche autour de l’apex du stipe. Chez Cycas bifida, les mégasporophylles mesurent de 8 à 12 cm de long, sont couvertes d’un tomentum brun-rouge dense, et portent 6 à 8 ovules sur une lame ovale.
Les graines sont ovoïdes, avec une sarcotesta (enveloppe charnue) jaune à jaune-brun et une sclérotesta (enveloppe dure) aplatie.
Rappel de toxicité : comme toutes les cycadales, toutes les parties de Cycas bifida sont hautement toxiques pour l’humain et les animaux domestiques en raison de la présence de cycasine et de macrozamine (glycosides azoxiques).
Comparaison avec Cycas debaoensis
Cycas debaoensis Y.C.Zhong & C.J.Chen est probablement l’espèce avec laquelle Cycas bifida est le plus souvent confondue par les collectionneurs novices. Toutes deux partagent un habitat karstique calcaire dans le Guangxi et des feuilles divisées spectaculaires. Cependant, elles se distinguent sur plusieurs critères :
| Caractère | Cycas bifida | Cycas debaoensis |
|---|---|---|
| Division des folioles | Bipennée — dichotomie simple (1 division) | Tripennée — dichotomie multiple (2 à 3 divisions) |
| Aspect de la fronde | Folioles en « fourche », aérée | Folioles très ramifiées, aspect buissonnant et touffu |
| Longueur des feuilles | 2 à 4 m (jusqu’à plus de 4,5 m signalés) | 2,5 à 3 m |
| Nombre de folioles par feuille | 27 à 44 paires | 30 à 50 folioles |
| Stipe (diamètre) | 20 à 60 cm, presque entièrement souterrain | Environ 20 cm, partie aérienne pouvant atteindre 70 cm |
| Altitude | 100 à 300 m | 700 à 1 000 m |
| Distribution | Guangxi, Yunnan (Chine) ; nord du Vietnam | Endémique du Guangxi (Chine) |
| Statut UICN | Vulnérable (VU) A2cd | En danger (EN) |
| Résistance au froid (estimée) | Environ –5 à –7 °C (brèves gelées) | Environ –8 °C (signalé en Californie) |
En résumé, Cycas bifida se reconnaît à ses folioles « en fourche » à division unique, tandis que Cycas debaoensis présente des folioles beaucoup plus finement et répétitivement ramifiées, donnant un aspect de fougère dense. Pour le collectionneur, la distinction la plus fiable reste le nombre de divisions des folioles : une seule chez Cycas bifida, deux à trois chez Cycas debaoensis.
Racines coralloïdes et symbiose avec les cyanobactéries
Comme la plupart des cycadales, Cycas bifida développe des racines coralloïdes (apogeotrophes), des structures racinaires spécialisées qui croissent vers la surface du sol et hébergent des cyanobactéries symbiotiques. Ces racines ont une morphologie unique, renflée et ramifiée, qui leur donne l’apparence d’un corail.
Une étude de Zheng et collaborateurs (2018), utilisant des techniques de séquençage de nouvelle génération, a révélé une diversité endophytique remarquable dans les racines de Cycas bifida. Les bactéries les plus représentées appartiennent aux familles des Nostocaceae, Sinobacteraceae, Bradyrhizobiaceae, Bacillaceae et Hyphomicrobiaceae. Parmi les champignons, les Nectriaceae, Trichocomaceae et Incertae sedis dominent.
Les racines coralloïdes hébergent une proportion significativement plus élevée de cyanobactéries (principalement Nostoc) que les racines normales. Cette symbiose fixatrice d’azote est considérée comme un facteur clé ayant permis aux cycadales de survivre aux conditions géologiques et climatiques drastiques au cours de leur évolution, sur plus de 200 millions d’années.
Implication pour le cultivateur : les racines coralloïdes sont essentielles à la santé de la plante. Il est important de ne pas les endommager lors du rempotage et de ne pas utiliser de substrats stérilisés qui élimineraient les micro-organismes symbiotiques. Un substrat bien drainé mais non stérile, enrichi en matière organique, favorisera le développement de cette symbiose.
Culture en pot
Cycas bifida se prête bien à la culture en pot, ce qui est une bonne nouvelle pour les collectionneurs vivant hors des zones tropicales et subtropicales. Sa croissance lente et son stipe compact permettent de la maintenir en conteneur pendant de longues années.
Substrat
Le substrat doit être très drainant, tout en conservant une certaine capacité de rétention d’eau. Un mélange type pour cycadales convient bien :
- 1/3 de terreau de qualité (ou compost mûr)
- 1/3 de perlite ou pierre ponce grossière
- 1/3 de pouzzolane ou écorce de pin compostée
Cycas bifida préfère un pH neutre à légèrement acide. En substrat calcaire, compenser par des apports de matière organique acide (écorce, tourbe) et de chélate de fer pour prévenir la chlorose.
Exposition
Mi-ombre à ombre lumineuse. Dans son habitat naturel, Cycas bifida pousse en sous-bois, dans des conditions de lumière filtrée. En culture, elle s’accommode du soleil matinal mais doit être protégée du soleil direct de l’après-midi, qui peut blanchir et brûler les folioles. Phil Bergman recommande une lumière filtrée ou un soleil matinal uniquement.
Arrosage
Arrosage régulier pendant la période de croissance (printemps-été), en laissant le substrat sécher en surface entre deux arrosages. Cycas bifida tolère de brèves périodes de sécheresse mais prospère avec une humidité régulière. Réduire nettement les arrosages en hiver, surtout si la plante est maintenue au frais.
Fertilisation
Fertiliser uniquement lorsque le bourgeon terminal commence à gonfler, signalant le début du cycle de croissance annuel. Utiliser un engrais équilibré à dominante azotée (N), dilué à la moitié de la dose recommandée. Les cycadales sont sensibles à l’excès de fertilisation.
Rempotage
Rempoter tous les 3 à 4 ans, au printemps, dans un pot à peine plus grand. Manipuler les racines coralloïdes avec précaution et ne pas les enfouir trop profondément.
Culture en pleine terre
La culture en pleine terre de Cycas bifida est possible dans les régions à climat méditerranéen doux, subtropical ou tropical. Les conditions à réunir sont les suivantes :
Température
L’espèce est considérée comme relativement résistante au froid pour une cycadale tropicale. La rusticité est généralement estimée à la zone USDA 9b, soit des minimales ponctuelles autour de –3 à –5 °C. Phil Bergman (San Diego, Californie) signale une résistance « jusque dans les low 20’s °F » (environ –5 à –7 °C) pour de brèves gelées. Toutefois, les dégâts foliaires peuvent survenir à des températures plus élevées, et un gel prolongé détruira la couronne. La plante peut repousser à partir du caudex si la gelée est brève.
Attention : ces données de rusticité sont des estimations prudentes. Les retours d’expérience sont encore limités car l’espèce est rare en culture depuis peu de temps.
Sol
Sol profond, très bien drainé. Cycas bifida pousse naturellement sur des calcaires karstiques, mais aussi sur des schistes, granites et grès métamorphisés. En pleine terre, un sol calcaire convient à condition qu’il soit bien drainé. Éviter les sols lourds et engorgés en hiver.
Exposition
Mi-ombre dans les jardins subtropicaux et tropicaux. Protéger de la chaleur directe de l’après-midi. Idéalement, sous la canopée légère d’arbres à feuillage caduc qui laissent filtrer la lumière hivernale.
Précautions hivernales en climat méditerranéen
Sur la Côte d’Azur et dans les zones les plus douces du littoral méditerranéen français, une plantation en pleine terre est envisageable dans un emplacement abrité (pied de mur sud ou sud-ouest, sous couvert arboré). Un paillage épais du caudex (15 à 20 cm de feuilles mortes ou d’écorces) et un voile d’hivernage sur la couronne lors des épisodes de gel offriront une protection supplémentaire. Le maintien du sol au sec pendant l’hiver est essentiel pour limiter les risques de pourriture du caudex en période froide.
Retours d’expérience en culture
Étant donné la rareté de Cycas bifida en culture, les retours d’expérience restent relativement épars. Voici une synthèse des observations rapportées par des collectionneurs sur les principaux forums anglophones (PalmTalk, Dave’s Garden, Agaveville), francophones (Palmiers & Cycadales), italiens et japonais :
Succès rapportés
- Croissance en climat méditerranéen : la pépinière Aloes in Wonderland (Santa Barbara, Californie) cultive l’espèce avec succès en extérieur. Le climat frais et doux de la côte californienne semble convenir.
- Facilité de culture en pot : la pépinière française Cycadales.eu confirme une « culture facile » en pot, à mi-ombre, avec arrosage et chaleur en été.
- Rusticité aux Canaries : Canarius (Îles Canaries) rapporte que les Cycas bipennés de Chine préfèrent les hivers frais et humides de l’archipel à l’été chaud et sec.
- Attrait ornemental précoce : même les jeunes plantes sont attractives grâce à l’élégance des frondes plumeuses.
Difficultés signalées
- Nombre de feuilles limité : la plante ne porte typiquement que 3 à 4 feuilles simultanément (parfois jusqu’à 8), ce qui peut paraître maigre pour un collectionneur habitué aux couronnes fournies de Cycas revoluta.
- Sensibilité au plein soleil : les folioles blanchissent et se dessèchent si la plante est exposée au soleil direct, surtout l’après-midi.
- Vulnérabilité au cochenille asiatique : le genre Cycas est particulièrement sensible à l’échelle (Aulacaspis yasumatsui), une cochenille dévastatrice, surtout en climat tropical humide (Floride, Hawaï). En climat méditerranéen sec, ce problème est moins prononcé.
- Croissance très lente : comme la plupart des cycadales, Cycas bifida teste la patience du cultivateur. Une à deux poussées de feuilles par an sont la norme.
- Confusion taxonomique à l’achat : les plantes vendues sous le nom de Cycas bifida peuvent être des hybrides ou des espèces voisines (voir section Hybridation).
Multiplication par semis
Le semis est la principale méthode de multiplication de Cycas bifida. L’espèce ne produit pas de rejets (contrairement à Cycas revoluta), ce qui rend le semis d’autant plus important.
Pollinisation
Comme toutes les cycadales, Cycas bifida est dioïque : chaque plante est exclusivement mâle ou femelle. En culture, l’obtention de graines fertiles nécessite une pollinisation manuelle à l’aide d’un pinceau fin, en transférant le pollen d’un cône mâle sur les ovules d’une plante femelle. La pollinisation doit intervenir au bon stade de maturité des mégasporophylles. Bart Schutzman (IPPS, 2015) a publié un compte rendu détaillé de la pollinisation réussie de Cycas bifida en culture.
Après-maturation des graines
Un point crucial et souvent méconnu : les graines de Cycas bifida contiennent un embryon immature au moment de leur libération par la plante. Il est nécessaire de laisser les graines en après-maturation (stockage au sec et à température ambiante) pendant 2 à 4 mois avant de tenter le semis. Des graines sacrifiées peu après la récolte montrent des embryons très petits, confirmant cette immaturité (Schutzman, 2015).
Protocole de germination
- Nettoyage : retirer entièrement la sarcotesta (enveloppe charnue) des graines. Porter des gants : la chair du fruit est toxique et peut provoquer des irritations cutanées.
- Après-maturation : stocker les graines nettoyées au sec et à température ambiante (20 à 25 °C) pendant 2 à 4 mois.
- Trempage : faire tremper les graines dans de l’eau tiède pendant 24 à 48 heures avant le semis.
- Semis : déposer les graines à la surface d’un substrat de sable lavé grossier, de perlite ou de pierre ponce pure. Enfoncer d’un tiers environ dans le substrat.
- Conditions : maintenir une température constante de 25 à 30 °C (idéalement sur tapis chauffant). Humidité constante mais pas d’eau stagnante. Bonne circulation d’air pour prévenir les moisissures.
- Germination : la germination peut prendre de 6 à 18 mois, mais la majorité des graines viables germent dans les 2 mois suivant la mise en conditions optimales. La germination est hypogée : la radicule apparaît en premier.
- Surveillance : inspecter quotidiennement pour détecter les premiers signes de germination et les éventuelles moisissures. Exposer progressivement les jeunes plants à la lumière pour durcir les tissus.
Le taux de germination des graines fraîches et correctement maturées est généralement bon, pouvant atteindre 80 % dans des conditions optimales.
Bibliographie
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Hill, K.D., Nguyen, H.T. & Loc, P.K. (2004). The Genus Cycas (Cycadaceae) in Vietnam. The Botanical Review, 70(2) : 134–193. doi:10.1663/0006-8101(2004)070[0134:tgcciv]2.0.co;2
Hill, K.D. (2008). The genus Cycas (Cycadaceae) in China. Telopea, 12(1) : 71–118.
Hill, K.D. (2010). Cycas bifida. The IUCN Red List of Threatened Species 2010 : e.T42059A10615518. doi:10.2305/IUCN.UK.2010-3.RLTS.T42059A10615518.en
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Zheng, Y. et al. (2018). Highly diverse endophytes in roots of Cycas bifida (Cycadaceae), an ancient but endangered gymnosperm. Journal of Microbiology. PubMed 29721831
Schutzman, B. (2015). A simple and efficient method of germinating cycad seeds. Combined Proceedings, International Plant Propagators’ Society, 65 : 89–94.
Whitelock, L.M. (2002). The Cycads. Timber Press, Portland, Oregon.
