Cycas szechuanensis

Cycas szechuanensis appartient au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels. Peu d’espèces ont une histoire nomenclaturale aussi embrouillée : décrite en 1975 à partir de plantes cultivées dans un temple bouddhiste du mont Emei, au Sichuan, elle n’est pourtant pas originaire de cette province ; longtemps connue des horticulteurs sous le synonyme Cycas fairylakea, du nom d’un jardin botanique de Shenzhen ; et membre du déroutant complexe de Cycas taiwaniana, qui a occupé les systématiciens pendant des décennies. Derrière ce brouillard taxonomique se cache une belle plante de jardin : un cycas de taille moyenne, relativement vigoureux, aux longues frondes gracieuses, adapté au climat chaud et humide du sud-est de la Chine — mais aujourd’hui en danger critique dans la nature.

Comment reconnaître Cycas szechuanensis ?

C’est un cycas arborescent de taille moyenne. Le tronc (caudex) est court, trapu et dressé, atteignant environ 1 à 2 m de hauteur pour 15 à 25 cm de diamètre à maturité, et conserve les bases foliaires persistantes. La croissance, lente à l’échelle des cycas, est jugée plutôt rapide pour une espèce chinoise lorsque la plante reçoit chaleur et humidité.

La couronne porte 6 à 20 feuilles pennées remarquablement longues — de 120 à 380 cm — qui s’arquent gracieusement, donnant aux sujets âgés une silhouette ample, presque tropicale, très différente de la couronne compacte et hémisphérique du cycas du Japon (Cycas revoluta). Les folioles sont planes (et non enroulées), étroitement linéaires, et disposées en peigne dense le long du rachis ; leur couleur est un vert frais et vif, non glauque. Les jeunes feuilles émergent enroulées en crosse, couvertes d’un feutrage qui se résorbe au déploiement.

L’espèce est strictement dioïque. Les cônes mâles sont ovoïdes à cylindriques. Les mégasporophylles femelles — caractère au cœur du débat taxonomique — varient selon la forme observée : dans les populations dites fairylakea du Guangdong, elles sont serrées en une structure compacte et globuleuse, à lame stérile largement ovale et à marge pectinée portant des lobes subulés, chacune portant 2 à 4 ovules ; dans la forme szechuanensis au sens strict (surtout connue de plantes cultivées), elles sont décrites comme plus lâches, à surface distale plus rugueuse. Les graines sont subglobuleuses, d’environ 2,5 à 3 cm, à tégument externe (sarcotesta) jaune pâle sur le frais.

Hybrides connus

Aucun hybride horticole nommé ni hybride naturel formellement décrit n’est attesté pour Cycas szechuanensis. Le débat porte ici sur la délimitation des espèces (notamment l’inclusion de Cycas fairylakea) et non sur une hybridation. Comme dans l’ensemble du complexe de Cycas taiwaniana, des flux de gènes anciens entre lignées ont été mis en évidence par les analyses moléculaires.

Confusion avec d’autres espèces

Cycas szechuanensis appartient au complexe de Cycas taiwaniana, groupe de cycas subtropicaux chinois et taïwanais morphologiquement très proches. Les comparaisons les plus utiles : Cycas taiwaniana, endémique de Hainan, très semblable sur le plan végétatif et distingué surtout par la biologie moléculaire et des détails des mégasporophylles ; Cycas revoluta, aux folioles à marges nettement enroulées, aux feuilles plus courtes et à la couronne plus compacte ; Cycas taitungensis, de Taïwan, aux folioles planes comme Cycas szechuanensis mais d’un milieu montagnard et nettement plus résistant au froid ; et Cycas diannanensis, du bassin du fleuve Rouge au Yunnan, aux feuilles plus courtes et à folioles ondulées, montagnard et bien plus rustique.

Un point pratique mérite l’attention : dans le commerce, des plantes étiquetées Cycas fairylakea sont, sous la taxonomie actuelle, le même taxon que Cycas szechuanensis ; et des plantes vendues sous le nom Cycas taiwaniana sont souvent mal identifiées et peuvent en réalité être Cycas szechuanensis ou un autre membre du complexe. Une provenance vérifiée auprès d’un fournisseur sérieux est donc essentielle.

Taxonomie

Cycas szechuanensis a été décrit par W.C. Cheng et L.K. Fu en 1975, dans Acta Phytotaxonomica Sinica (volume 13(4), page 81), à partir de plantes cultivées au temple de Fuhu (伏虎寺, « temple du Tigre tapi ») sur le mont Emei, au Sichuan ; l’holotype est conservé à l’Institut de botanique de l’Académie chinoise des sciences (PE). L’épithète szechuanensis renvoie au Sichuan (ancienne transcription « Szechuan »). L’espèce est rangée dans la section Asiorientales, au sein du complexe de Cycas taiwaniana.

L’ironie du nom est que Cycas szechuanensis n’est pas originaire du Sichuan : les plantes du temple étaient des sujets cultivés d’origine sauvage inconnue, établis de longue date comme ornementaux, tandis que l’aire naturelle de l’espèce se situe bien plus à l’est, au Guangdong et dans le sud-ouest du Fujian. Cette confusion de localité type a marqué la taxonomie de l’espèce depuis l’origine.

Le « problème fairylakea » est l’autre versant de cette histoire. En 1996, D. Yue Wang décrit Cycas fairylakea à partir de spécimens cultivés au jardin botanique du Lac aux fées (仙湖植物园, Xianhu) de Shenzhen ; ces plantes avaient d’abord été prises pour Cycas taiwaniana. En 2021, l’étude moléculaire de Feng et collaborateurs conclut que les deux taxons sont conspécifiques et place Cycas fairylakea en synonyme de Cycas szechuanensis, traitement aujourd’hui suivi par POWO et l’UICN. Cette synonymie reste toutefois contestée par certains chercheurs chinois : une étude de 2024 (Liang et collaborateurs) a choisi de conserver le nom Cycas fairylakea, au motif qu’il figure sur la liste officielle chinoise des plantes sauvages protégées, que l’échantillonnage de l’étude de 2021 était incomplet, et que des observations de terrain suggèrent des différences de structure des mégasporophylles entre les deux formes. Les principaux synonymes retenus par POWO sont Cycas fairylakea D.Yue Wang (1996), Cycas longlinensis Hung T.Chang & Y.C.Shong (1997) et Cycas szechuanensis subsp. fairylakea (D.Yue Wang) N.Liu (2004).

Dans la nature

En incluant les populations autrefois rapportées à Cycas fairylakea, Cycas szechuanensis se répartit dans la province du Guangdong, avec des prolongements dans le sud-ouest du Fujian (Zhao’an) et peut-être l’est du Guangxi (région de Wuzhou). C’est une distribution de l’est de la Chine, entièrement distincte des cycas du fleuve Rouge au Yunnan et de ceux du Jinsha. Parmi les localités connues du Guangdong figurent Shenzhen (réservoir de Meilin, parc forestier de Tanglangshan), Shaoguan, Meizhou, Zhaoqing (réserve nationale de Dinghushan), Jiangmen, Taishan et Yangjiang. La distribution est très fragmentée : de nombreuses petites populations isolées, séparées par les terres agricoles, l’urbanisation et les infrastructures.

Contrairement aux cycas de falaises sèches ou de fourrés montagnards, Cycas szechuanensis croît dans une forêt subtropicale humide sempervirente de feuillus (souvent secondaire), milieu mésique relativement luxuriant. Il affectionne les sols fertiles et acides, le long des ruisseaux et sur les pentes rocheuses escarpées, à très basse altitude (25 à 300 m). Le climat de son aire est subtropical humide, à influence de mousson : températures moyennes de 20 à 22 °C, étés chauds (32 à 36 °C) et très humides, hivers doux (5 à 12 °C en janvier, avec de rares et brèves descentes vers 0 à −3 °C), pluviométrie abondante de 1 500 à 2 200 mm sans saison sèche sévère, et exposition aux typhons. Point important pour la culture : l’espèce n’est pas adaptée à une sécheresse hivernale et attend une certaine humidité toute l’année.

Sur le plan de la conservation, Cycas szechuanensis est évalué « En danger critique » (CR A2acd) sur la Liste rouge de l’UICN, avec un déclin estimé à plus de 80 % sur trois générations, dû à la destruction de l’habitat (expansion urbaine et agricole du Guangdong) et au prélèvement de grands sujets pour le commerce ornemental. Sous le nom Cycas fairylakea, le taxon est inscrit comme plante sauvage protégée de premier niveau en Chine, la catégorie la plus élevée. Plusieurs populations sont protégées (zone de protection du réservoir de Meilin à Shenzhen, réserve de Dinghushan), et des collections ex situ sont maintenues au jardin botanique du Lac aux fées et au jardin botanique de Chine du Sud. Certaines populations présentent un déséquilibre des sexes en faveur des femelles (2 pour 1 à 3 pour 1), ce qui peut limiter la reproduction. Comme toute la famille des Cycadaceae, l’espèce relève de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture.

Culture

Derrière sa nomenclature confuse, Cycas szechuanensis est une plante de jardin attrayante et l’un des cycas chinois les plus faciles sous climat subtropical ou méditerranéen doux, à condition de comprendre son besoin d’humidité estivale et sa tolérance limitée au froid.

Il accepte du plein soleil à la mi-ombre : dans son habitat de lisière forestière, il reçoit une lumière mêlée, directe et filtrée, et tolère plus d’ombre que Cycas revoluta. Le substrat doit être drainant mais capable de retenir l’humidité : à la différence des cycas de milieux secs, l’espèce pousse en sol forestier fertile et organique. Un mélange associant 40 à 50 % de minéral (pouzzolane, perlite, sable grossier) et 50 à 60 % d’organique (écorce de pin, compost de qualité, fibre de coco) convient bien, avec un pH plutôt acide (5,5 à 6,5). Les arrosages doivent être réguliers et généreux durant la végétation — l’espèce est plus exigeante en eau que les cycas adaptés à l’aridité —, réduits en hiver sans jamais laisser un dessèchement prolongé. Une hygrométrie modérée à élevée et une fertilisation au printemps et en été (engrais à libération lente pour palmiers, avec oligo-éléments) favorisent une croissance soutenue. Le revers de cette préférence pour l’humidité est le risque de pourriture racinaire : un arrosage généreux ne signifie jamais un substrat détrempé, et le drainage doit rester parfait.

Multiplication

La multiplication se fait par semis. Les graines fraîches et fécondées germent assez facilement, en un à trois mois à 28-30 °C dans un substrat drainant (perlite-pouzzolane ou écorce de pin-perlite). Les semis croissent plus vite que ceux de la plupart des cycas chinois en conditions chaudes et humides, avec une nutrition adaptée. L’espèce étant dioïque, l’obtention de graines suppose un pied mâle et un pied femelle et, le plus souvent, une pollinisation manuelle. Compte tenu du statut « En danger critique », seul du matériel issu de semis et de sources légales doit être acquis : cultiver l’espèce à partir de graines légitimes contribue à sa conservation ex situ.

Maladies et ravageurs

Les préférences chaudes et humides de Cycas szechuanensis le rendent un peu plus sensible que les espèces de climat sec à la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), qui prospère précisément dans ces conditions : inspection régulière, intervention précoce à l’huile horticole et quarantaine des nouvelles acquisitions sont essentielles. Les cochenilles farineuses et les araignées rouges peuvent également survenir. La pourriture racinaire (Phytophthora) est la principale maladie ; elle se prévient par un substrat bien drainé et l’absence d’engorgement, comme chez tous les cycas.

Rusticité

L’aire naturelle de Cycas szechuanensis — les basses terres du Guangdong et du sud-ouest du Fujian — ne connaît qu’un gel occasionnel et bref (0 à 5 nuits de gel par an dans la plupart des stations, beaucoup de populations côtières restant hors gel), avec des minima absolus d’environ −3 à −5 °C lors d’épisodes rares. En culture, cela se traduit par une rusticité estimée autour des zones USDA 9a-9b pour des sujets établis en sol drainant : de brèves gelées à −3/−5 °C peuvent être tolérées avec des dégâts au feuillage, mais la survie du caudex sous −5 °C reste incertaine et peu testée. L’espèce est moins résistante au froid que Cycas revoluta (qui survit, caudex intact, jusqu’à −8/−10 °C), et bien moins que les espèces montagnardes comme Cycas panzhihuaensis ou Cycas diannanensis.

Sous climat doux (méditerranéen côtier, Californie côtière, nord de la Floride, Australie côtière), la culture en pleine terre est envisageable ; en limite de zone, il faut un microclimat abrité et un drainage parfait. Ailleurs, la culture en bac hivernée à l’abri s’impose — mais, à la différence des espèces de climat sec, Cycas szechuanensis ne doit pas être tenu complètement au sec en hiver : un local frais (8 à 12 °C), lumineux, avec un arrosage occasionnel, convient. Aucun retour d’expérience détaillé et fiable au-delà de ces estimations n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Cycas szechuanensis n’est documenté de façon fiable. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine et la macrozamine : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. Le statut « En danger critique », la protection de premier niveau en Chine et l’inscription à la CITES proscrivent en outre tout prélèvement dans la nature.

FAQ

Vient-il vraiment du Sichuan ? Non : le nom est trompeur. Le type a été récolté sur des plantes cultivées au temple de Fuhu (mont Emei, Sichuan), mais l’aire naturelle de l’espèce se situe à l’est, au Guangdong et dans le sud-ouest du Fujian, à plus de 1 000 km de là.

Est-ce la même chose que Cycas fairylakea ? Selon la taxonomie actuelle (POWO, d’après Feng et al. 2021), oui : Cycas fairylakea est un synonyme de Cycas szechuanensis. La synonymie reste cependant contestée par certains chercheurs chinois, et le nom fairylakea demeure dans l’usage réglementaire en Chine.

Quelle est sa rusticité ? C’est une espèce subtropicale chaude, à tolérance limitée au froid : zone USDA 9a-9b estimée. De brèves gelées à −3/−5 °C peuvent être supportées avec dégâts au feuillage ; au-delà, la survie est incertaine.

A-t-il besoin de plus d’eau que Cycas revoluta ? Oui. Il pousse en forêt subtropicale humide à pluviométrie élevée, sans saison sèche sévère, et réclame des arrosages plus réguliers en végétation — mais toujours avec un drainage parfait.

Où peut-on s’en procurer ? Quelques pépinières spécialisées proposent ponctuellement des plants de semis, parfois sous le nom Cycas fairylakea. Il faut s’assurer d’une multiplication par semis (et non d’un prélèvement sauvage) et du respect de la CITES (Annexe II).

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté, synonymie (dont Cycas fairylakea et Cycas longlinensis) et répartition : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:297042-1

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales et protologue : https://www.ipni.org/n/297042-1

GBIF (Global Biodiversity Information Facility) — taxon et occurrences : https://www.gbif.org/species/2683226

Cycad List, The World List of Cycads (cycadlist.org) — fiche taxonomique, type et statut UICN : https://cycadlist.org/scientific_name/221

UICN, Liste rouge des espèces menacées — statut En danger critique (CR A2acd) : https://www.iucnredlist.org/species/42041/10635911

Liang et al. (2024), Frontiers in Ecology and Evolution — écologie des populations du Guangdong (sous le nom Cycas fairylakea), en libre accès : https://www.frontiersin.org/journals/ecology-and-evolution/articles/10.3389/fevo.2024.1490107/full

Bibliographie

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Wang, D.Y. (1996). [Cycas fairylakea D.Yue Wang.] In F.X. Wang & H.B. Liang (éds.), Cycads in China : 54. Guangdong Science and Technology Press. [Description du synonyme fairylakea.]

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Feng, X.Y. et al. (2021). Species delimitation with distinct methods based on molecular data to elucidate species boundaries in the Cycas taiwaniana complex (Cycadaceae). Taxon 70(3) : 477-491. [Mise en synonymie de Cycas fairylakea sous Cycas szechuanensis.]

Liang, D. et al. (2024). Comparative ecological traits and environmental responses of two distinct populations of the critically endangered Cycas fairylakea in Guangdong, China. Frontiers in Ecology and Evolution 12 : 1490107. [Écologie des populations du Guangdong.]

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