Cycas tropophylla

Cycas tropophylla appartient au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels. C’est une espèce endémique du nord-est du Vietnam, propre aux karsts calcaires de la région de la baie d’Ha Long et de l’île de Cát Bà. Décrite en 2004, c’est un cycas de petite taille, spécialiste des falaises calcaires nues, remarquable par ses feuilles fortement carénées qui lui ont valu son nom.

Comment reconnaître Cycas tropophylla ?

C’est un cycas de taille modeste, au tronc atteignant environ 1 m, couronné de jusqu’à une trentaine de feuilles d’un vert foncé à vert grisâtre, longues de 0,7 à 1,2 m. Le caractère le plus distinctif est la forme des feuilles : elles sont nettement carénées, pliées en V en coupe transversale (les folioles opposées s’insérant en gouttière sur le rachis) — une particularité unique parmi les cycas du nord du Vietnam, à l’origine de l’épithète tropophylla. Comme chez tous les cycas, chaque foliole porte une nervure médiane unique et les jeunes feuilles émergent enroulées.

L’espèce est dioïque. Comme les autres cycas de la section Stangerioides, elle présente des cônes mâles à sporophylles molles, des ovules glabres et un sclérotesta verruqueux. La description chiffrée complète des organes figure dans le protologue (Hill, Nguyễn et Lôc, 2004).

Hybrides connus

Aucun hybride horticole nommé ni hybride naturel formellement décrit n’est attesté pour Cycas tropophylla. L’espèce partage toutefois ses karsts avec d’autres cycas calcicoles apparentés, ce qui invite à la prudence lors des identifications de terrain.

Confusion avec d’autres espèces

Cycas tropophylla est étroitement apparenté à Cycas sexseminifera et à Cycas ferruginea, deux cycas calcicoles avec lesquels il partage la même préférence pour les substrats calcaires. Il s’en distingue avant tout par ses feuilles fortement carénées (à section en V), alors que les feuilles de Cycas sexseminifera, espèce largement répandue sur les calcaires du nord du Vietnam et du sud de la Chine, sont plus planes. Sa répartition très restreinte, limitée aux karsts de la baie d’Ha Long et de Cát Bà, est également un bon indice.

Taxonomie

Cycas tropophylla a été décrit en 2004 par K. D. Hill et Phan K. Lôc, dans la révision du genre au Vietnam publiée par Ken Hill, Hiệp T. Nguyễn et Phan K. Lôc (« The Genus Cycas (Cycadaceae) in Vietnam », The Botanical Review 70(2) : 134-193, l’espèce étant traitée pages 168-170, figure 10). L’identifiant nomenclatural IPNI est 60436313-2 et l’holotype est conservé à l’herbier de l’Institut d’écologie et des ressources biologiques de Hanoï (HN). L’épithète tropophylla vient du grec trŏpis (« quille de barque ») et phyllon (« feuille »), en référence aux feuilles distinctement carénées, uniques parmi les cycas du nord du Vietnam — un nom qu’il ne faut donc pas interpréter comme renvoyant à des feuilles « tropophylles » (saisonnières).

L’espèce est rangée dans la section Stangerioides, le vaste groupe sino-vietnamien caractérisé par des sporophylles mâles molles, des ovules glabres et un sclérotesta verruqueux. Dans l’analyse combinée morphologique et moléculaire de Hill (2004), elle s’y rattache au voisinage de Cycas ferruginea et de Cycas sexseminifera.

Dans la nature

Cycas tropophylla est endémique du nord-est du Vietnam, dans les provinces de Hải Phòng (île de Cát Bà) et de Quảng Ninh (baie d’Ha Long). Il pousse sur l’île de Cát Bà et d’autres îles de la baie, ainsi que sur les falaises calcaires du continent voisin. C’est un strict calcicole rupicole : il croît sur les faces calcaires nues des escarpements karstiques, pratiquement sans sol autour des racines, sous un climat tropical de mousson à saison sèche marquée — des conditions exposées et drainantes auxquelles ses feuilles coriaces et carénées sont bien adaptées.

Sur le plan de la conservation, l’espèce est aujourd’hui évaluée « Vulnérable » (VU, critères A2c+4c ; B1ab(iii,v)) sur la Liste rouge de l’UICN, après avoir été classée « Quasi menacée » lors de l’évaluation de 2010. Sa rareté, son aire restreinte, son attrait ornemental (qui l’expose au prélèvement) et la pression touristique et industrielle sur les karsts de la baie d’Ha Long justifient cette vigilance. Comme toute la famille des Cycadaceae, l’espèce relève de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture.

Culture

L’origine rupicole et calcicole de Cycas tropophylla dicte ses exigences en culture : un substrat très drainant, volontiers calcaire (alcalin), une exposition lumineuse à légèrement ombragée et un climat chaud, tropical à subtropical. Les arrosages sont réguliers pendant la végétation mais le drainage doit être parfait, l’espèce étant habituée aux parois où l’eau ne stagne jamais. Sa petite taille, son port compact et ses feuilles carénées décoratives en font un cycas recherché des collectionneurs. La croissance est lente, comme chez la plupart des cycas.

Multiplication

La multiplication se fait par semis, à partir de graines fraîches. L’espèce étant dioïque, l’obtention de graines viables suppose des pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. La sarcotesta charnue est nettoyée avant le semis ; les graines demandent de la chaleur et un substrat drainant maintenu légèrement humide pour germer, lentement. Compte tenu de la rareté de l’espèce et de son statut « Vulnérable », seul du matériel issu de semis et de sources légales doit être recherché : le cultiver à partir de graines légitimes contribue à sa conservation ex situ.

Maladies et ravageurs

Les ennemis sont communs à l’ensemble des cycas cultivés : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), particulièrement redoutable sous climat chaud et humide, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges. La chenille du papillon Luthrodes pandava (le « bleu des cycas »), ravageur des jeunes pousses de cycadales dans la région indo-pacifique, peut également s’attaquer aux jeunes feuilles. La pourriture des racines et du tronc, liée à un excès d’humidité ou à un mauvais drainage, est le principal trouble physiologique — un risque accru chez une espèce adaptée aux substrats secs et parfaitement drainés.

Cycas tropophylla est-il rustique ?

Issu des karsts tropicaux du nord-est du Vietnam, Cycas tropophylla est sensible au gel et réservé aux climats chauds (zones de rusticité USDA de l’ordre de 10 à 11). Aucun retour d’expérience fiable et spécifique à cette espèce n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés, malgré sa popularité croissante en collection. Partout où des gelées sont possibles, la culture en bac hivernée à l’abri, au chaud et à la lumière, reste la solution la plus sûre.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Cycas tropophylla n’est documenté de façon fiable. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. La rareté de l’espèce et son inscription à la CITES proscrivent en outre tout prélèvement dans la nature.

FAQ

Pourquoi l’appelle-t-on « cycas de la baie d’Ha Long » ? Parce qu’il est endémique des karsts calcaires de la région de la baie d’Ha Long (province de Quảng Ninh) et de l’île de Cát Bà (province de Hải Phòng), au nord-est du Vietnam.

Que signifie l’épithète tropophylla ? Elle vient du grec trŏpis (quille de barque) et phyllon (feuille), en référence aux feuilles fortement carénées, en V — et non à des feuilles saisonnières comme le terme pourrait le laisser croire.

Où et comment pousse-t-il ? Sur les faces calcaires nues des falaises et îles karstiques, presque sans sol autour des racines : c’est un strict calcicole rupicole.

Quels sont ses plus proches parents ? Cycas sexseminifera et Cycas ferruginea, autres cycas calcicoles de la section Stangerioides.

Est-il menacé ? Oui : il est classé « Vulnérable » (VU) par l’UICN, du fait de son aire restreinte, du prélèvement et des pressions sur les karsts d’Ha Long.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté, répartition et statut : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:60436313-2

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/60436313-2

Cycad List, The World List of Cycads (cycadlist.org) — type, étymologie, statut UICN et bibliographie : https://cycadlist.org/scientific_name/230

Bibliographie

Hill, K.D., Nguyễn, H.T. & Lôc, P.K. (2004). The genus Cycas (Cycadaceae) in Vietnam. The Botanical Review 70(2) : 134-193 (Cycas tropophylla décrit p. 168-170, fig. 10). [Protologue : description originale, diagnose et clé des espèces du Vietnam.]

Hill, K.D. (2004). Character evolution, species recognition and classification concepts in the Cycadaceae. In : T. Walters & R. Osborne (éds), Cycad Classification: Concepts and Recommendations : 23-44. CAB International. [Placement de Cycas tropophylla dans la section Stangerioides (analyse morphologique et moléculaire combinée).]

Osborne, R. (2005). Focus on Cycas tropophylla. Encephalartos 82 : 8-13. [Article monographique consacré à l’espèce.]

Nguyễn, H.T. (2010). Cycas tropophylla. The IUCN Red List of Threatened Species 2010 : e.T42087A10626392. [Évaluation initiale du statut de conservation ; le taxon est aujourd’hui classé « Vulnérable ».]

Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Étymologie des noms de cycadales.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]