Le genre Dracaena

Les Dracaena sont ces plantes succulentes que l’on appelle couramment dragonniers, et dont la silhouette évoque celle des yuccas : un tronc épais surmonté de rosettes de feuilles rubanées. Le nom vient du grec drakaina, « dragonne », en référence à la résine rouge sang que plusieurs espèces exsudent lorsqu’on entaille leur écorce. Le genre réunit aujourd’hui, selon POWO, environ 214 espèces, depuis les arbres monumentaux de Socotra et des Canaries jusqu’aux modestes touffes rhizomateuses que l’on cultive sur les rebords de fenêtres du monde entier.

D’un point de vue botanique, il s’agit de monocotylédones de la famille des Asparagaceae, sous-famille des Nolinoideae. Ces succulentes sont donc très éloignées des cactées, qui sont des dicotylédones : la ressemblance de port entre un dragonnier et un cierge n’est qu’une convergence liée à l’aridité.

Un genre profondément remanié

Le point le plus important à connaître sur ce genre est qu’il a considérablement grossi. Les genres Sansevieria et Pleomele, longtemps traités séparément, ainsi que Chrysodracon, qui regroupait les dragonniers hawaïens, sont aujourd’hui inclus dans Dracaena. Les célèbres langues de belle-mère et sansevières cylindriques ont donc changé de nom :

  • Sansevieria trifasciata est devenue Dracaena trifasciata
  • Sansevieria cylindrica est devenue Dracaena angolensis
  • Sansevieria kirkii est devenue Dracaena pethera
  • Sansevieria zeylanica est devenue Dracaena zeylanica
  • Sansevieria masoniana est devenue Dracaena masoniana

Les noms en Sansevieria restent très largement employés dans le commerce horticole et dans les collections, mais ce sont désormais des synonymes. Sur succulentes.net, la nomenclature suivie est celle de POWO.

Description botanique

Le genre présente une particularité qui étonne toujours : ce sont des monocotylédones, et pourtant elles épaississent. La plupart des monocotylédones, palmiers compris, ne possèdent pas de cambium et ne peuvent grossir en diamètre après coup. Les dragonniers arborescents, comme les Yucca et certains Aloe, disposent d’une croissance secondaire dite anomale, assurée par un méristème d’épaississement secondaire qui ajoute année après année des faisceaux conducteurs dans le tronc. C’est ce mécanisme qui permet à un Dracaena draco d’atteindre plusieurs mètres de circonférence.

Dracaena draco
Dracaena draco du Parque del Drago (Tenerife, Îles Canaries)

La ramification obéit à une logique tout aussi singulière. La tige croît sans se diviser jusqu’à ce qu’elle fleurisse ; l’inflorescence étant terminale, elle épuise le bourgeon apical, et la croissance repart alors par plusieurs bourgeons latéraux. Chaque floraison multiplie donc les branches, ce qui explique la couronne en ombrelle des vieux sujets et fournit aux botanistes une méthode approximative d’estimation de l’âge, à défaut de cernes annuels.

Les feuilles sont sessiles, engainantes, disposées en rosette dense à l’extrémité des rameaux, souvent coriaces à franchement succulentes. Les fleurs, généralement petites, blanchâtres à verdâtres, souvent nocturnes et parfumées, sont réunies en panicules ou en épis. Le fruit est une baie charnue, orange à rouge, disséminée par les oiseaux.

Répartition

Le genre est essentiellement paléotropical. Le gros de la diversité se concentre en Afrique continentale et dans les îles de l’océan Indien, avec une extension importante en Asie du Sud et du Sud-Est jusqu’au nord de l’Australie. S’y ajoutent deux foyers insulaires remarquables : la Macaronésie, avec Dracaena draco et Dracaena tamaranae, et Socotra, avec Dracaena cinnabari et le récemment décrit Dracaena inexpectata. Sept espèces sont endémiques de Hawaï, et deux poussent en Amérique centrale tropicale, ce qui constitue une disjonction biogéographique encore discutée.

Les dragonniers arborescents, dix espèces au total, occupent tous des milieux thermo-sclérophylles subtropicaux relativement xérophiles, recevant entre 200 et 500 mm de précipitations annuelles, souvent complétées par les brumes.

Deux ports, deux modes de culture

Le genre réunit deux groupes morphologiques que tout oppose à la culture, et c’est la première question à se poser avant d’acheter une plante.

Les dragonniers arborescents développent un tronc épaississant et une couronne ramifiée, souvent après plusieurs décennies. Ce sont les espèces xérophytiques insulaires, est-africaines et arabiques : plein soleil, substrat minéral très drainant, arrosages espacés mais copieux, croissance lente. Ils se cultivent en pot ou en pleine terre sous climat doux et sec, et ne supportent pas l’humidité stagnante au collet.

Les dragonniers rhizomateux, les ex-Sansevieria, forment des touffes de feuilles épaisses, en lame ou cylindriques, à partir d’un rhizome traçant. Ils tolèrent l’ombre, l’atmosphère des habitations et de longues périodes sans eau, et se multiplient sans difficulté par division ou par bouture de fragment de feuille. C’est le groupe le plus répandu en culture d’intérieur, et de loin le plus facile.

Il faut cependant préciser un point, car il est à l’origine de la plupart des échecs. Le groupe des dragonniers à tige ne se limite pas aux espèces xérophytiques : il comprend aussi des espèces de sous-bois tropical humide, comme Dracaena fragrans ou Dracaena reflexa, vendues comme plantes vertes d’appartement. Elles forment bien un tronc et se rattachent au même ensemble morphologique, mais leurs exigences sont exactement inverses : lumière tamisée plutôt que plein soleil, chaleur constante, humidité régulière, substrat qui ne dessèche jamais complètement. Traiter une Dracaena fragrans comme un Dracaena draco, ou l’inverse, revient à condamner la plante.

Multiplication

Le semis reste la voie de référence pour les dragonniers arborescents, à partir de baies bien mûres dont on retire la pulpe ; la germination demande de la chaleur et de la patience. Le bouturage de tronc ou de tête, pratiqué couramment sur Dracaena fragrans et Dracaena marginata, fonctionne également sur plusieurs espèces arborescentes, la section étant laissée à sécher avant plantation. Les espèces rhizomateuses se divisent au printemps, ou se bouturent par tronçons de feuille de quelques centimètres, en respectant le sens de la feuille. La culture in vitro est employée pour les espèces menacées, notamment Dracaena cinnabari.

Le sang-dragon

La résine rouge des dragonniers, connue sous le nom de sang-dragon, figure parmi les produits végétaux les plus anciennement commercés du bassin de l’océan Indien. Elle a servi de teinture, de vernis pour les luthiers, de pigment et de remède astringent. Les principales sources sont Dracaena cinnabari à Socotra, Dracaena draco aux Canaries, Dracaena cochinchinensis en Asie du Sud-Est et Dracaena ombet en Afrique du Nord-Est.

Attention toutefois : le nom commercial « sang-dragon » recouvre des produits d’origines botaniques très différentes. Une bonne part de ce qui circule aujourd’hui provient de palmiers-rotins du genre Daemonorops, ou d’arbres du genre Croton en Amazonie. Ces résines n’ont ni la même composition ni les mêmes propriétés que celle des dragonniers.

Conservation

Sur les dix dragonniers arborescents reconnus, cinq figurent sur la Liste rouge de l’UICN parmi les espèces menacées : Dracaena ombet, Dracaena cinnabari, Dracaena tamaranae, Dracaena draco et Dracaena serrulata. Dracaena tamaranae, endémique de Grande Canarie, est classée en danger critique d’extinction ; Dracaena ombet est en danger ; Dracaena cinnabari est vulnérable.

Le problème n’est presque jamais la mortalité des adultes, mais l’absence de régénération. Les populations vieillissent, se fragmentent, et les jeunes plants manquent, broutés par les chèvres et les dromadaires avant d’avoir pu former un tronc. À Socotra comme au Gebel Elba, on observe des peuplements composés presque exclusivement de vieux sujets, dont la disparition n’est pas compensée. L’aridification progressive et la surexploitation de la résine aggravent le tableau. C’est ce qui donne aux collections ex situ, jardins botaniques compris, un rôle conservatoire réel.

Principales espèces

Ces plantes sont fréquemment cultivées dans les jardins botaniques, les espaces verts, les jardins d’agrément et les collections privées. On y rencontre notamment les espèces suivantes.

Dragonniers arborescents, espèces xérophytiques

Dragonniers arborescents, espèces de sous-bois tropical

  • Dracaena arborea
  • Dracaena fragrans, dont les cultivars horticoles longtemps vendus sous le nom de Dracaena deremensis
  • Dracaena reflexa, dont Dracaena reflexa var. angustifolia, commercialisée sous le nom de Dracaena marginata
  • Dracaena sanderiana, le faux bambou de la chance
  • Dracaena surculosa

Dragonniers rhizomateux (ex-Sansevieria)

  • Dracaena angolensis
  • Dracaena hanningtonii
  • Dracaena masoniana
  • Dracaena pethera
  • Dracaena trifasciata

FAQ

Quelle différence entre un dragonnier et un yucca ? La ressemblance est réelle mais superficielle. Les deux genres appartiennent aux Asparagaceae, mais à des sous-familles différentes, et les Yucca sont américains alors que les Dracaena sont presque tous de l’Ancien Monde. Les fleurs tranchent : grandes et pendantes en clochettes chez les Yucca, petites et nombreuses en panicules chez les Dracaena.

Ma sansevière est-elle vraiment un Dracaena ? Oui. Le genre Sansevieria a été intégré dans Dracaena, et POWO ne reconnaît plus que les noms en Dracaena. Les étiquettes de jardinerie mettront encore des années à suivre.

Pourquoi ne trouve-t-on plus Dracaena marginata dans les bases botaniques ? Parce que ce nom est un synonyme. La plante vendue sous cette étiquette est Dracaena reflexa var. angustifolia, originaire des îles de l’océan Indien occidental. Complication supplémentaire : une partie de ce qui circule en jardinerie sous le nom de Dracaena marginata correspond en réalité à Dracaena concinna, espèce mauricienne distincte.

Peut-on cultiver un dragonnier en pleine terre en Europe ? Dracaena draco réussit sur le littoral méditerranéen le plus doux et en zones littorales atlantiques abritées, à condition d’un drainage parfait. Les espèces socotriennes et arabiques, elles, ne tolèrent pas le gel et relèvent de la serre ou de la véranda.

À quelle vitesse pousse un dragonnier arborescent ? Lentement, et de façon très inégale. La phase de rosette non ramifiée peut durer une décennie avant la première floraison, qui déclenche la ramification. Les sujets millénaires évoqués pour Dracaena draco relèvent le plus souvent de l’estimation, l’absence de cernes annuels empêchant toute datation directe.

Le sang-dragon vendu en boutique provient-il de dragonniers ? Pas nécessairement, et le plus souvent pas. La majeure partie du produit commercialisé provient de rotins du genre Daemonorops ou de Croton sud-américains.

Sites de référence

https://powo.science.kew.org https://www.ipni.org https://www.iucnredlist.org

Bibliographie

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