Cycas glauca est un cycas des petites îles de la Sonde orientales, connu de Timor (Timor occidental indonésien et Timor oriental) et de l’île de Sumba, où il pousse dans des forêts sempervirentes de l’intérieur, souvent près des cours d’eau. Décrit dès 1840 par le botaniste néerlandais Friedrich Anton Wilhelm Miquel à partir de plantes cultivées en Europe, ce membre du genre Cycas doit son nom au reflet bleu cireux de ses feuilles. Resté énigmatique pendant plus d’un siècle et demi, rangé tour à tour dans Cycas circinalis, Cycas rumphii et Cycas thouarsii, il n’a été clairement compris qu’en 2009. L’UICN le classe aujourd’hui en danger critique d’extinction.
L’essentiel sur Cycas glauca
- Nom accepté : Cycas glauca Hort. ex Miq. (1840), accepté par The World List of Cycads (version 2026.08.15) ; POWO n’a pas pu être consulté directement
- Anciens noms et synonymes : Cycas rumphii var. timorensis Miq. (1840) ; Cycas circinalis f. glauca (Miq.) J.Schust. (1932) ; plantes rapportées autrefois à Cycas rumphii et à Cycas thouarsii
- Famille : Cycadaceae, ordre des Cycadales
- Noms communs : aucun nom français ; « fay » dans le dialecte amarassi du Timor occidental
- Répartition naturelle : Indonésie (Nusa Tenggara Timur : Timor occidental et Sumba) et Timor oriental
- Statut UICN : en danger critique (CR, critères A2ac+4ace), d’après The World List of Cycads
- CITES et autres protections : annexe II de la CITES (graines exemptées par l’annotation #4) ; annexe B dans l’Union européenne
- Rusticité documentée : aucune donnée (voir Rusticité)
- Exposition et substrat : forêt sempervirente fermée ou claire de l’intérieur, souvent près des ruisseaux, sur argile ; persiste dans les milieux perturbés
- Port et dimensions adultes : tronc jusqu’à 3 m, de 22 à 35 cm de diamètre, parfois ramifié au sommet ; feuilles de 174 à 220 cm
- Toxicité : aucune donnée propre à l’espèce ; à considérer comme toxique, comme tous les cycas (voir Toxicité et précautions)
Comment reconnaître Cycas glauca
Cycas glauca se reconnaît au reflet bleu glauque nettement visible sur ses feuilles vert foncé, surtout à leur sortie, à ses folioles larges (12 à 16 mm) et à ses graines fortement pruineuses, dépourvues de couche spongieuse. Ses mégasporophylles ont un petit limbe à peine pectiné, terminé par une épine distincte. Description d’après Lindström, Hill et Stanberg (2009) :
- Tronc : dressé, jusqu’à 3 m, de 22 à 35 cm de diamètre, en général simple mais parfois ramifié deux à quatre fois au sommet.
- Feuilles : 174 à 220 cm, vert foncé semi-brillant à reflet bleu glauque, plates, avec 69 à 118 folioles ; un duvet subsiste souvent même sur les feuilles adultes ; pétiole de 42 à 58 cm (20 à 40 % de la feuille), à court duvet orange, pruineux, épineux sur 20 à 100 % de sa longueur.
- Folioles médianes : 15 à 30 cm sur 12 à 16 mm, glabres, un peu plus claires dessous, espacées de 5 à 14 mm ; bords recourbés ; nervure médiane légèrement saillante dessus, fortement dessous.
- Cataphylles : étroits, allongés, mous, de 3 à 4 cm.
- Cônes mâles : environ 49 cm sur 10 cm, brunâtres, sur un pédoncule de 8 cm ; microsporophylles de 38 à 40 mm sur 18 à 20 mm, à épine apicale relevée atteignant 20 mm.
- Mégasporophylles : 30 à 43 cm, à duvet brun orangé persistant, portant 4 à 7 ovules glabres ; limbe de 25 à 40 mm sur 23 à 35 mm, brièvement pectiné ou à épines rudimentaires ; épine terminale distincte, de 20 à 40 mm.
- Graines : aplaties, de 4 à 5 cm sur 3 cm au plus ; sarcotesta jaune puis brun rouge foncé, fortement pruineux, sans couche fibreuse ; sclérotesta faiblement ornementé ; pas de couche spongieuse.
Hybrides
Aucun hybride naturel ou de culture n’est documenté pour cette espèce.
Confusions possibles
- Cycas rumphii, cycas littoral de l’est de l’Indonésie, avec lequel il a été confondu : feuilles sans reflet bleu, graines à couche spongieuse qui les fait flotter ;
- Cycas thouarsii, de l’océan Indien occidental (Madagascar, Comores, Afrique de l’Est), auquel il ressemble par ses feuilles bleutées : folioles plus étroites et graines plus grosses, munies d’une couche spongieuse ;
- Cycas sundaica, des îles voisines de Sumbawa, Flores et Alor : mégasporophylles à épines latérales nettes, graines à couche spongieuse ;
- Cycas silvestris, du Queensland, son plus proche parent probable d’après la largeur des folioles : pas de reflet bleu sur les jeunes feuilles.
Taxonomie
Cycas glauca est un nom accepté par The World List of Cycads ; POWO n’a pas pu être consulté directement. Le nom « glauca » circulait dans les jardins européens avant d’être publié par Miquel dans ses Commentarii Phytographici (1840-1841, p. 127), d’où l’auteur « Hort. ex Miq. » ; Link (1821-1822) et Sweet (1839) l’avaient employé sans description (nomina nuda). Dans le même ouvrage, Miquel décrivit aussi Cycas rumphii var. timorensis, d’après un spécimen de Timor du Muséum de Paris, aujourd’hui synonyme.
Les types de ces deux noms ne comportent que des feuilles stériles, ce qui les rendait très difficiles à rattacher à une espèce connue. Miquel lui-même rangea plus tard Cycas glauca parmi les espèces incertaines (1861, 1868), tout comme Lemaire (1864) et de Candolle (1868) ; Regel le maintint en 1876, et Julius Schuster en fit en 1932 une forme de Cycas circinalis. Ken Hill le plaça d’abord en synonymie de Cycas rumphii (1995), puis de Cycas thouarsii (1998). De Laubenfels et Adema (1998), qui ignoraient l’existence du spécimen d’Utrecht, le jugèrent nomen nudum, le placèrent sous Cycas rumphii et rattachèrent la variété timorensis à leur nouveau Cycas edentata.
Des prospections menées à Sumba et à Timor en 2000 ont montré qu’il s’agit d’une espèce distincte, sans parenté avec le groupe de Cycas rumphii. Lindström, Hill et Stanberg (Telopea, 2009) ont alors désigné comme lectotype une planche d’herbier d’Utrecht provenant du jardin de Rotterdam, et placé l’espèce dans la sous-section Endemicae de la section Cycas, groupe surtout australien dont c’est la seule espèce connue hors de l’Australie et de la Nouvelle-Guinée.
Étymologie et histoire
L’épithète vient du grec glaukos, latinisé en glaucus, « bleu-vert, couvert d’une pruine bleutée », en référence aux feuilles glauques (Lindström et al. 2009 ; Haynes 2022). L’espèce est un cas rare de cycas décrit d’après des plantes de jardin européennes plus d’un siècle et demi avant que ses populations sauvages ne soient étudiées.
Noms communs
Aucun nom commun français n’est attesté. Lindström et ses collègues (2009) relèvent le nom « fay » dans le dialecte amarassi du Timor occidental. Aucun nom anglais propre à l’espèce n’a été trouvé dans les sources consultées.
Dans la nature
Cycas glauca est connu de Timor et de Sumba, dans les petites îles de la Sonde. Au Timor occidental, il a été récolté dans le kabupaten de Kupang, près des villages d’Oekabiti et de Baun (vers 415 m), dans la région d’Amarassi ; à Sumba, près de Paimburu (vers 274 m), dans le nord de Sumba Barat et cultivé à Waingapu. The World List of Cycads l’indique aussi au Timor oriental, où elle présente des photographies d’observations faites en 2023 dans la municipalité de Covalima.
Il pousse dans la forêt sempervirente de l’intérieur, fermée ou plus claire et saisonnièrement sèche, souvent près des ruisseaux, sur sol argileux, et persiste dans les milieux perturbés. En 2009, il paraissait assez répandu et localement abondant sur les deux îles. Le pollinisateur et les disperseurs des graines ne sont pas documentés.
Statut de conservation et réglementation
Cycas glauca est classé en danger critique d’extinction (CR) par l’UICN selon The World List of Cycads, d’après les critères A2ac+4ace : réduction de la population observée et prévue, liée au déclin de l’habitat et à l’exploitation. Deux évaluations sont référencées : celle de John Donald Bösenberg (2010) et celle d’Anders Lindström, publiée en 2023 ; la Liste rouge n’a pas pu être consultée et la date à laquelle la catégorie CR a été attribuée n’a pas pu être vérifiée. En 2009, Lindström et ses collègues recommandaient « vulnérable », tout en notant qu’on ignorait si des populations se trouvaient dans des aires protégées et que l’instabilité politique compliquait toute mesure de protection.
Ils signalaient aussi que la cochenille asiatique des cycas, Aulacaspis yasumatsui, avait été introduite à Timor et s’était établie au Timor occidental, mais n’avait alors pas été trouvée hors de la capitale, Kupang.
Comme toutes les espèces du genre à l’exception de Cycas beddomei, Cycas glauca relève de l’annexe II de la CITES, où la famille des Cycadaceae figure depuis le 4 février 1977. L’inscription porte l’annotation #4 (version issue de la CoP20, en vigueur depuis le 5 mars 2026) : les graines, le pollen, les plantules et cultures de tissus obtenues in vitro et transportées en conteneurs stériles, ainsi que les fleurs coupées de plantes reproduites artificiellement, ne sont pas soumis à la CITES. Le commerce international des plantes elles-mêmes exige en revanche un permis d’exportation. Dans l’Union européenne, l’espèce relève de l’annexe B du règlement (CE) n° 338/97, dont les annexes en vigueur sont fixées par le règlement (UE) 2026/1383, applicable depuis le 29 juin 2026. Species+, la base officielle de la CITES, nomme l’espèce et confirme ce statut (consultation du 3 octobre 2026).
Ces informations générales ne remplacent pas les textes officiels : vérifiez la réglementation en vigueur avant tout achat ou échange, demandez au vendeur les justificatifs de provenance et préférez des plantes issues de semis en culture.
Culture
Cycas glauca a été cultivé en Europe dès le XIXe siècle, puisque son type provient du jardin de Rotterdam, et Lindström et ses collègues ont étudié des cônes mâles sur des plantes cultivées au jardin botanique de Nong Nooch, en Thaïlande. Aucune recommandation de culture propre à l’espèce n’a pourtant été publiée, et aucun retour de culture n’a été trouvé sur les forums francophones ou italiens. Son milieu, une forêt tropicale à saison sèche marquée, indique une plante de serre chaude en France, sur un substrat drainant.
Multiplication
La plante est dioïque : il faut un pied mâle et un pied femelle pour obtenir des graines. Aucune donnée de germination propre à l’espèce n’a été publiée. Les graines sont exemptées de la CITES par l’annotation #4 ; demandez qu’elles proviennent de plantes cultivées.
Maladies et ravageurs
Aucune maladie propre à l’espèce n’est documentée. La cochenille Aulacaspis yasumatsui, introduite à Timor, est la principale menace sanitaire signalée dans son aire : elle a détruit autrefois toute la collection de cycas du jardin botanique de Bogor, à Java (Lindström et al. 2009).
Rusticité
Aucune donnée de résistance au froid n’existe pour Cycas glauca. Timor et Sumba ont un climat tropical sans gel ; rien ne permet d’affirmer que la plante le supporte.
En France
Aucun résultat de culture n’a été publié en France métropolitaine pour Cycas glauca, ni en pleine terre ni en pot, quelle que soit la zone (littoral méditerranéen, façade atlantique, Bretagne, intérieur continental, montagne). Une recherche sur le forum des Fous de palmiers et sur le forum italien Tropicamente n’a donné aucun retour de résistance au froid pour cette espèce, et aucun épisode de gel daté ne la concerne.
Repères internationaux
Aucun relevé de froid ni aucun retour de culture daté n’a été trouvé hors de France, ni sur les forums ni dans les jardins botaniques.
Toxicité et précautions
Aucune analyse de toxicité propre à Cycas glauca n’a été trouvée. Le risque est en revanche bien documenté dans le genre : les tissus des Cycas, et surtout leurs graines, contiennent de la cycasine, que la digestion transforme en méthylazoxyméthanol, toxique pour le foie et le système nerveux, ainsi qu’un acide aminé neurotoxique, la BMAA. L’ASPCA classe le sagou du Japon (Cycas revoluta) parmi les plantes toxiques pour les chiens, les chats et les chevaux. Faute de preuve contraire, considérez la plante comme toxique : graines et feuilles hors de portée des enfants et des animaux, gants pour nettoyer les graines. En cas d’ingestion, appelez sans attendre un centre antipoison, un médecin ou un vétérinaire.
Usages traditionnels
Aucun usage n’est documenté pour cette espèce dans les sources consultées ; le nom amarassi « fay » montre seulement que la plante est connue des habitants du Timor occidental.
FAQ
Que signifie glauca ?
« Bleu-vert, pruineux » : le nom décrit le reflet bleu cireux des feuilles.
Où pousse Cycas glauca ?
À Timor (côté indonésien et Timor oriental) et sur l’île de Sumba, dans des forêts sempervirentes de l’intérieur, souvent près des cours d’eau.
Est-ce une forme de Cycas rumphii ou de Cycas circinalis ?
Non. Il a été rangé dans ces deux espèces, puis dans Cycas thouarsii, mais l’étude de ses populations sauvages a montré en 2009 qu’il s’agit d’une espèce distincte, apparentée aux cycas australiens.
Comment le distinguer de Cycas thouarsii ?
Par ses folioles plus larges et ses graines plus petites, sans couche spongieuse ; Cycas thouarsii vit dans l’océan Indien occidental.
Est-il menacé ?
Oui. L’UICN le classe en danger critique d’extinction, en raison du déclin de son habitat et de l’exploitation des plantes.
Est-il rustique ?
Non, selon toute vraisemblance. Aucune donnée de froid n’existe ; c’est une plante tropicale.
Est-il toxique ?
Il faut le supposer. Aucune analyse propre à l’espèce n’existe, mais tous les cycas étudiés contiennent des toxines graves, surtout dans les graines.
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Sites de référence
- The World List of Cycads (version 2026.08.15), Cycas glauca : https://cycadlist.org/scientific_name/128 — auteurs, protologue, type, répartition, statut UICN (CR), étymologie. Liste de référence du groupe de spécialistes des cycadales de l’UICN ; consultée directement le 3 octobre 2026.
- Species+ (PNUE-WCMC), Cycas glauca : https://speciesplus.net/species#/taxon_concepts/65519/legal — annexe II de la CITES (famille inscrite depuis le 4 février 1977, annotation #4), annexe B de l’Union européenne. Base officielle de la CITES et de l’UE ; interrogée le 3 octobre 2026.
- Règlement (UE) 2026/1383 de la Commission : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=OJ:L_202601383 — annexes du règlement (CE) n° 338/97 en vigueur depuis le 29 juin 2026. Texte officiel.
- ASPCA Animal Poison Control, Sago Palm : https://www.aspca.org/pet-care/aspca-poison-control/toxic-and-non-toxic-plants/sago-palm — toxicité des cycas pour les chiens, les chats et les chevaux. Centre antipoison vétérinaire, fiable ; donnée de niveau genre.
Bibliographie
- Miquel, F.A.W. (1840-1841). Commentarii Phytographici : 125-127. [Protologue de Cycas glauca et de Cycas rumphii var. timorensis ; non consulté (BHL inaccessible depuis ce poste), cité d’après Lindström et al. (2009).]
- Lindström, A.J., Hill, K.D. & Stanberg, L.C. (2009). The genus Cycas (Cycadaceae) in Indonesia. Telopea 12(3) : 385-418. doi:10.7751/telopea20095826 [Description, historique, lectotypification, nom vernaculaire, répartition et statut (p. 410-413) ; texte intégral consulté.]
- Laubenfels, D.J. de & Adema, F. (1998). A taxonomic revision of the genera Cycas and Epicycas gen. nov. (Cycadaceae). Blumea 43(2) : 351-400. [Conception très large des espèces ; non consulté directement, cité d’après The World List of Cycads et Flora of Australia.]
- Bösenberg, J.D. (2010). Cycas glauca. The IUCN Red List of Threatened Species : e.T178874A7632756. [Évaluation de la Liste rouge ; référence relevée sur The World List of Cycads et Crossref, page de la Liste rouge non consultée (accès bloqué).]
- Lindström, A. (2023). Cycas glauca. The IUCN Red List of Threatened Species : e.T178874A68901750. [Évaluation de la Liste rouge ; référence relevée sur Crossref, page de la Liste rouge non consultée (accès bloqué). Catégorie non vérifiée à la source.]
- Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. doi:10.11646/phytotaxa.550.1.1 [Source des étymologies reprises par The World List of Cycads ; non consulté directement.]
- Calonje, M., Stevenson, D.W. & Osborne, R. (2026). The World List of Cycads, version 2026.08.15. Montgomery Botanical Center, Coral Gables. doi:10.5281/zenodo.21958524 [Liste de référence ; consultée directement.]