Le genre Hylocereus, les pitayas (aujourd’hui Selenicereus)

Le genre Hylocereus regroupe des cactées (famille des Cactaceae) lianescentes d’Amérique tropicale, dont les tiges charnues, souvent à trois angles, grimpent sur les rochers et les troncs d’arbres grâce à des racines aériennes. Originaires du Mexique, d’Amérique centrale, des Caraïbes et du nord de l’Amérique du Sud, ces plantes portent parmi les plus grandes fleurs de la famille, blanches et nocturnes, et donnent la pitaya ou fruit du dragon, aujourd’hui cultivée dans toutes les régions tropicales et importée dans les supermarchés européens. L’espèce la plus cultivée est Hylocereus undatus, dont le fruit à peau rose renferme une pulpe blanche parsemée de petites graines noires. Le nom Hylocereus reste celui du commerce, des pépinières et des producteurs de pitaya : cette page le conserve donc comme nom d’usage. D’un point de vue botanique, le genre n’est plus reconnu : depuis une étude de l’ADN publiée en 2017, Plants of the World Online (POWO) l’inclut dans Selenicereus, et le nom à utiliser pour la pitaya blanche est Selenicereus undatus.

L’essentiel sur Hylocereus

  • Statut (POWO) : Hylocereus (A.Berger) Britton & Rose (1909) est un synonyme de Selenicereus Britton & Rose ; nom d’usage conservé sur ce site
  • Principales espèces et noms acceptés : Hylocereus undatus = Selenicereus undatus (Haw.) D.R.Hunt ; Hylocereus costaricensis = Selenicereus costaricensis ; Hylocereus polyrhizus = Selenicereus monacanthus ; Hylocereus megalanthus = Selenicereus megalanthus
  • Nombre d’espèces : le genre n’étant plus accepté, POWO ne lui attribue aucune espèce ; toutes les anciennes espèces sont rangées dans Selenicereus, dont le nombre total d’espèces n’a pas pu être vérifié directement sur POWO
  • Famille : Cactaceae, sous-famille des Cactoideae, tribu des Hylocereeae
  • Noms communs : pitaya, pitahaya, fruit du dragon (français) ; dragon fruit, night-blooming cereus (anglais)
  • Répartition naturelle : Mexique, Amérique centrale, Caraïbes et nord de l’Amérique du Sud ; Selenicereus undatus est originaire du Mexique au Honduras et naturalisé dans de nombreuses régions tropicales
  • CITES : annexe II, comme toute la famille ; les fruits de plantes cultivées ou naturalisées sont exemptés (voir Réglementation)
  • Rusticité documentée : sensibles au gel ; croissance et fructification optimales entre 25 et 35 °C selon les services agricoles de Floride (voir Culture)
  • Exposition et substrat : soleil ou mi-ombre lumineuse, support pour grimper, substrat riche et drainant
  • Toxicité : fruit comestible ; Hylocereus undatus classé non toxique pour les chiens, les chats et les chevaux par l’ASPCA

Caractères des Hylocereus

Un Hylocereus se reconnaît à ses longues tiges vertes, articulées et généralement à trois côtes ailées, qui s’accrochent aux supports par des racines aériennes, et à ses énormes fleurs blanches qui ne s’ouvrent qu’une nuit.

  • Tiges : charnues, grimpantes ou retombantes, pouvant atteindre plusieurs mètres ; les aréoles, sur le bord des côtes, portent quelques épines courtes.
  • Fleurs : très grandes, très parfumées, nocturnes, en forme de cloche ; chez Hylocereus undatus, elles peuvent atteindre 36 cm de long et 23 cm de large (service de vulgarisation agricole du comté de Palm Beach, Floride).
  • Fruits : grosses baies à peau couverte d’écailles charnues (bractées), rouge-rose ou jaune selon les espèces ; la pulpe, blanche, rouge ou magenta, contient de nombreuses petites graines noires comestibles.

Taxonomie : de Hylocereus à Selenicereus

Hylocereus n’est plus un genre accepté : POWO le traite comme synonyme de Selenicereus, à la suite de l’étude phylogénétique de Nadja Korotkova, Thomas Borsch et Salvador Arias, publiée en 2017 dans la revue Phytotaxa. En analysant l’ADN de l’ensemble de la tribu des Hylocereeae, cette étude a confirmé un résultat antérieur : les espèces d’Hylocereus ne forment pas une lignée séparée, elles sont imbriquées parmi les Selenicereus. Garder deux genres distincts ne correspondait donc plus à la parenté réelle des plantes, et toutes les espèces d’Hylocereus ont été transférées dans Selenicereus, ainsi qu’une partie des Weberocereus.

Concrètement, pour le lecteur :

  • la pitaya blanche, Hylocereus undatus, s’appelle Selenicereus undatus (Haw.) D.R.Hunt dans les bases botaniques ;
  • la pitaya rouge vendue sous le nom d’Hylocereus polyrhizus correspond, pour POWO, à Selenicereus monacanthus (le nom Cereus polyrhizus y est un synonyme) ;
  • Hylocereus costaricensis est devenu Selenicereus costaricensis (F.A.C.Weber) S.Arias & N.Korotkova ex Hammel, nom accepté par POWO après la désignation d’un lectotype en 2021 ;
  • la pitaya jaune, Selenicereus megalanthus, parfois vendue sous le nom d’Hylocereus megalanthus, appartient au même genre ;
  • la page Selenicereus de ce site traite du genre au sens actuel, y compris la « reine de la nuit » (Selenicereus grandiflorus) ; celle-ci reste consacrée aux anciens Hylocereus et aux pitayas.

Étymologie et histoire

Le nom Hylocereus associe le grec hylē, « forêt, bois », au latin cereus, « cierge », nom d’un genre de cactus colonnaires : c’est le « cierge des forêts », par allusion aux plantes qui grimpent dans les arbres. Les botanistes américains Nathaniel Lord Britton et Joseph Nelson Rose l’ont élevé au rang de genre en 1909, à partir d’un groupe d’abord décrit par Alwin Berger au sein de Cereus, d’où l’auteur (A.Berger) Britton & Rose. Selenicereus, dans lequel il est aujourd’hui fondu, a été publié la même année par les mêmes auteurs ; son nom vient du grec selēnē, « lune », en référence aux fleurs nocturnes.

L’épithète undatus (ondulé) remonte à la description de Haworth, sous un autre genre ; la date et le nom d’origine n’ont pas été vérifiés dans une source primaire.

Noms communs

En français, le fruit est appelé « pitaya » (terme employé par le Cirad dans ses travaux sur la culture à La Réunion), « pitahaya » ou « fruit du dragon ». En anglais, Hylocereus undatus est le « dragon fruit » ou « pitahaya », mais aussi le « night-blooming cereus », la « strawberry pear » ou le « moonflower ».

Ces noms sont ambigus : « night-blooming cereus » et « reine de la nuit » s’appliquent aussi à Selenicereus grandiflorus et à d’autres cactus à fleurs nocturnes, et « pitaya » désigne indifféremment les fruits de plusieurs espèces.

Biogéographie et écologie

Les Hylocereus sont des plantes des forêts tropicales et subtropicales, du Mexique au nord de l’Amérique du Sud en passant par l’Amérique centrale et les Caraïbes, où ils grimpent sur les arbres et les rochers. L’aire d’origine de Hylocereus undatus est incertaine : POWO la situe du Mexique au Honduras, et l’espèce pourrait être d’origine hybride. Elle s’est naturalisée dans de nombreuses régions, des Bahamas à Hawaï, à Taïwan, au Viêt Nam, aux îles du Cap-Vert, aux Canaries et aux Baléares.

Dans leur aire d’origine, les fleurs nocturnes sont pollinisées par des chauves-souris et des sphinx (papillons de nuit). Cette pollinisation est rarement observée dans les zones de culture, et certaines espèces et variétés sont autostériles : leurs fleurs ne donnent de fruits qu’avec le pollen d’un autre clone. Les producteurs pratiquent alors la pollinisation manuelle, la nuit ou tôt le matin, en transférant le pollen d’une fleur à l’autre (Université de Floride).

Réglementation et conservation

Comme toutes les cactées, les Hylocereus relèvent de l’annexe II de la CITES : le commerce international des plantes exige un permis d’exportation. Les fruits échappent en revanche à ce contrôle : l’annotation #4 de la famille exempte les fruits, et leurs parties et produits dérivés, issus de plantes naturalisées ou cultivées. Cette exemption, discutée à la CoP15 (2010) où la proposition citait nommément Hylocereus et Selenicereus, couvre aujourd’hui l’ensemble des cactées selon les documents de la CITES consultés. Elle exempte aussi les graines (sauf celles de cactus exportées du Mexique), les plantules en conteneurs stériles et les fleurs coupées de plantes cultivées.

Aucune évaluation de la Liste rouge de l’UICN n’a pu être consultée pour les anciennes espèces d’Hylocereus. Statuts consultés en septembre 2026, à vérifier sur Species+ et auprès des services CITES nationaux avant toute importation de plantes.

Culture des Hylocereus

Les Hylocereus se cultivent comme des lianes tropicales : de la chaleur, un support solide, un sol riche et drainant, et des arrosages réguliers pendant la croissance. Les données ci-dessous viennent surtout des services agricoles de Floride, où la pitaya est cultivée au jardin.

  • Température : croissance et fructification optimales entre 25 et 35 °C ; la tolérance au-dessous de 5 °C et au-dessus de 40 °C varie selon les variétés.
  • Gel : les plantes y sont sensibles, et les dégâts augmentent quand les tissus sont gorgés d’eau ; on réduit donc l’irrigation pendant les mois froids.
  • Support : poteau, mur ou treillis sur lequel les tiges s’accrochent par leurs racines aériennes, avant de retomber en couronne au sommet.
  • Pollinisation : pour les clones autostériles, prévoir deux variétés différentes et polliniser à la main.
  • Multiplication : par bouture de tige, méthode courante chez les producteurs, ou par semis des graines du fruit, qui ne reproduisent pas fidèlement la variété.

Rusticité et contexte français

En France, la pitaya se cultive en plein air à La Réunion, et sous serre ou à titre d’essai en métropole ; aucune donnée mesurée de résistance au gel en pleine terre n’a été trouvée.

  • La Réunion : la culture de la pitaya y est récente mais en plein essor ; le Cirad a étudié sa conduite en culture de diversification, avec une floraison pendant l’été austral, de novembre à avril, et différentes techniques de pollinisation.
  • Serres de l’Ouest : des maraîchers produisent des pitayas sous serre en Vendée et dans le Finistère (FreshPlaza).
  • Var : un agriculteur varois cultive la pitaya depuis 2020 ; d’après France 3, la plante tolère des températures négatives si elles ne durent pas, et les hivers plus doux de la dernière décennie ont rendu la culture envisageable. À Carqueiranne, un projet expérimental des groupements Agribiovar et Agribio 13 prévoit aussi de tester la pitaya (Pressagrimed). Ces sources ne donnent ni température minimale mesurée, ni type d’abri, ni résultat après un hiver froid.
  • Façade atlantique hors serre, intérieur, montagne : aucune donnée.

Pour un amateur, la culture la plus sûre reste le grand pot, sorti à la belle saison contre un mur chaud et rentré hors gel en hiver, dans une véranda ou une serre lumineuse. Hors de France, la pitaya est aussi cultivée en plein champ dans le sud de l’Espagne, en Andalousie (FreshPlaza).

Toxicité et précautions

Les Hylocereus ne présentent pas de toxicité connue. Le fruit de plusieurs espèces est consommé dans le monde entier, et l’ASPCA classe Hylocereus undatus (« night blooming cereus ») comme non toxique pour les chiens, les chats et les chevaux. Les épines, courtes, et les racines aériennes n’appellent que les précautions de manipulation habituelles. En cas d’ingestion suspecte d’une autre espèce ou de réaction, contactez un centre antipoison, un médecin ou un vétérinaire.

Espèces du genre Hylocereus

Principales anciennes espèces d’Hylocereus, avec leur nom accepté par POWO dans Selenicereus :

  • Hylocereus undatus, aujourd’hui Selenicereus undatus (Haw.) D.R.Hunt : pitaya à peau rose et pulpe blanche, l’espèce la plus cultivée ; du Mexique au Honduras, naturalisée dans toutes les régions tropicales.
  • Hylocereus polyrhizus et Hylocereus monacanthus, aujourd’hui Selenicereus monacanthus : pitaya rouge à pulpe rouge.
  • Hylocereus costaricensis, aujourd’hui Selenicereus costaricensis (F.A.C.Weber) S.Arias & N.Korotkova ex Hammel : pitaya à pulpe rouge ; Amérique centrale.
  • Hylocereus megalanthus, aujourd’hui Selenicereus megalanthus : pitaya jaune.
  • Hylocereus calcaratus, aujourd’hui Selenicereus calcaratus.
  • Hylocereus guatemalensis, aujourd’hui Selenicereus guatemalensis (Eichlam ex Weing.) D.R.Hunt.
  • Hylocereus ocamponis, aujourd’hui Selenicereus ocamponis (Salm-Dyck) D.R.Hunt.
  • Hylocereus escuintlensis, Hylocereus minutiflorus, Hylocereus stenopterus : aujourd’hui Selenicereus escuintlensis, Selenicereus minutiflorus et Selenicereus stenopterus.

FAQ sur les Hylocereus

Hylocereus et Selenicereus, est-ce la même chose ?

Oui, pour les botanistes. Depuis l’étude de Korotkova et ses collègues (2017), POWO range toutes les espèces d’Hylocereus dans Selenicereus. Hylocereus reste le nom d’usage du commerce et des producteurs de pitaya.

Quel est le nom actuel de la pitaya blanche ?

Selenicereus undatus (Haw.) D.R.Hunt. C’est sous ce nom qu’on trouve Hylocereus undatus dans les bases botaniques ; la pitaya rouge à pulpe rouge correspond surtout à Selenicereus monacanthus et Selenicereus costaricensis.

La pitaya résiste-t-elle au gel ?

Mal. Les services agricoles de Floride la disent sensible au gel, surtout si le sol est humide. Un producteur varois rapporte qu’elle supporte de brèves gelées, sans mesure publiée ; en France métropolitaine, la culture en pot rentrée l’hiver ou sous serre reste la plus sûre.

Pourquoi ma pitaya fleurit-elle sans donner de fruits ?

Souvent à cause d’un défaut de pollinisation. Certaines variétés sont autostériles et leurs pollinisateurs naturels, chauves-souris et sphinx, manquent en culture. Plantez deux variétés compatibles et pollinisez à la main, la nuit ou tôt le matin.

Peut-on faire pousser une pitaya à partir des graines du fruit ?

Oui, les graines germent, mais les plantes obtenues ne reproduisent pas forcément la variété du fruit. Pour une variété précise, le bouturage de tige est préférable.

Le fruit du dragon est-il un cactus ?

Oui. La pitaya est le fruit de cactus grimpants de la famille des Cactaceae, les anciens Hylocereus, aujourd’hui rangés dans Selenicereus. Le fruit, comme la plante, est considéré comme non toxique.

Faut-il des papiers CITES pour acheter des pitayas ?

Non pour les fruits, qui sont exemptés lorsqu’ils proviennent de plantes cultivées. Les plantes vivantes, en revanche, relèvent de l’annexe II lors d’un commerce international ; renseignez-vous sur Species+ avant une importation.

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Sites de référence

Bibliographie

  • Britton, N.L. & Rose, J.N. (1909). The genus Cereus and its allies in North America. Contributions from the United States National Herbarium 12. [Publication d’Hylocereus et de Selenicereus au rang de genre ; relevé via des sources secondaires, pages non vérifiées.]
  • Korotkova, N., Borsch, T. & Arias, S. (2017). A phylogenetic framework for the Hylocereeae (Cactaceae) and implications for the circumscription of the genera. Phytotaxa 327(1) : 1–46. doi:10.11646/phytotaxa.327.1.1 [Article à comité de lecture ; inclusion d’Hylocereus dans Selenicereus. Consulté par résumé.]
  • Korotkova, N. et al. (2021). Cactaceae at Caryophyllales.org – a dynamic online species-level taxonomic backbone for the family. Willdenowia 51 : 251–270. [Référentiel taxonomique en ligne des cactées.]
  • Crane, J.H. & Balerdi, C.F. Pitaya growing in the Florida home landscape. University of Florida IFAS Extension, HS303. [Fiche de vulgarisation universitaire ; auteurs et date de révision à vérifier.]
  • CITES (2010). CoP15 Prop. 25 : amendement de l’annotation #4. Doha. [Document officiel.]