Le genre Syagrus Mart. rassemble environ 65 espèces de palmiers, auxquelles s’ajoutent deux sous-espèces et quatorze hybrides naturels décrits, selon la révision taxonomique de Larry R. Noblick publiée en 2017. Des descriptions plus récentes portent ce nombre à près de 70 espèces. Ce genre appartient à la famille des Arecaceae, sous-famille des Arecoideae, tribu des Cocoseae et sous-tribu des Attaleinae. Il a été décrit par le botaniste allemand Carl Friedrich Philipp von Martius en 1824, à partir de ses observations réalisées lors de ses expéditions au Brésil. L’espèce type du genre est Syagrus cocoides Mart.
Aire de répartition
Le genre Syagrus est presque exclusivement sud-américain. Le Brésil — et plus particulièrement ses régions centrale et orientale — constitue le principal centre de diversité et de dispersion du genre. Plusieurs espèces se rencontrent également en Argentine, au Paraguay, en Uruguay, en Bolivie et en Colombie. Une seule espèce échappe au continent sud-américain : Syagrus amara (Jacq.) Mart., endémique de cinq îles des Petites Antilles (Martinique, Guadeloupe, Dominique, Montserrat et Sainte-Lucie). Le genre se distribue depuis le niveau de la mer jusqu’à environ 1 800 mètres d’altitude.

Description générale et diversité morphologique
Les palmiers du genre Syagrus présentent une grande diversité de port et de taille. Quelques espèces sont acaules ou subacaules, leur stipe restant enfoui dans le substrat ou ne dépassant pas le niveau du sol, comme Syagrus lilliputiana (Barb.Rodr.) Becc. ou Syagrus glazioviana (Dammer) Becc. D’autres développent des stipes solitaires et imposants, atteignant jusqu’à 20 mètres de hauteur chez Syagrus botryophora (Mart.) Mart., voire 36 mètres chez les plus grands spécimens du genre. Le diamètre des stipes varie de 6 à 35 centimètres. Les stipes sont le plus souvent solitaires et lisses, dépourvus d’épines ; quelques espèces possèdent toutefois des gaines foliaires épineuses.
Quelle que soit la taille du palmier, les espèces du genre Syagrus portent des feuilles pennées disposées en spirale, à l’exception notable de Syagrus smithii Glassman, qui présente des feuilles entières. Les gaines foliaires sont fendues sur toute leur longueur, ce qui explique l’absence de manchon foliaire (crownshaft) caractéristique d’autres genres de palmiers. Les bases foliaires persistent un temps sur le stipe après la chute des feuilles, laissant ensuite des cicatrices annulaires bien marquées. Chez certaines espèces comme Syagrus coronata (Mart.) Becc. ou Syagrus glaucescens Glaz. ex Becc., les bases foliaires restent fixées au stipe et s’organisent en rangées verticales ou en spirales très décoratives.
Les inflorescences sont interfoliaires, protégées par une bractée pédonculaire ligneuse. Les palmiers du genre Syagrus sont monoïques : chaque inflorescence porte à la fois des fleurs mâles (staminées) et des fleurs femelles (pistillées). Les fruits sont des drupes dont la taille varie considérablement selon les espèces. Plusieurs espèces produisent des amandes comestibles au goût rappelant celui de la noix de coco, ce qui n’est guère surprenant compte tenu de leur parenté étroite avec le cocotier (Cocos nucifera L.).
Écologie
Les espèces du genre Syagrus occupent une remarquable diversité d’habitats au sein du domaine néotropical. On les trouve dans les forêts tropicales humides de l’Amazonie et de la Mata Atlântica, dans les zones de savane arborée du Cerrado, dans les régions semi-arides de la Caatinga, ainsi que dans les campos rupestres (prairies rupicoles) des chaînes montagneuses du Minas Gerais. Certaines espèces, comme Syagrus romanzoffiana (Cham.) Glassman, s’étendent jusque dans les zones subtempérées du sud du Brésil, du nord de l’Argentine et de l’Uruguay, où elles sont ponctuellement soumises à des gelées.
Les fruits charnus des Syagrus jouent un rôle écologique important dans les écosystèmes qu’ils habitent. Ils sont consommés et dispersés par de nombreuses espèces d’oiseaux, notamment des toucans et des cracidés, ainsi que par divers mammifères. Les graines font par ailleurs l’objet de prédation par des rongeurs.
Liens de parenté
Le genre Syagrus appartient à la sous-tribu des Attaleinae, qui réunit également les genres Attalea, Butia, Cocos, Jubaea, Jubaeopsis, Parajubaea, Allagoptera, Beccariophoenix et Voanioala. Les analyses phylogénétiques moléculaires ont révélé que Syagrus est le genre frère du cocotier (Cocos), confirmant une parenté étroite que la morphologie des fruits et des graines laissait déjà supposer (Meerow et al., 2009).
Le genre Lytocaryum, autrefois distingué par son tomentum abondant et ses anthères fortement versatiles, a été intégré au genre Syagrus par Noblick et Meerow en 2015. Les espèces anciennement classées dans Lytocaryum, comme le célèbre petit palmier Syagrus weddelliana (H.Wendl.) Becc. (syn. Lytocaryum weddellianum), sont désormais rattachées au genre Syagrus.
Les liens avec le genre Butia sont particulièrement étroits. Des hybrides naturels intergénériques se forment spontanément dans les zones où les deux genres coexistent, notamment dans le sud du Brésil, en Uruguay et en Argentine. L’hybride le plus connu est × Butiagrus nabonnandii, croisement entre Butia odorata (Barb.Rodr.) Noblick (ou Butia capitata (Mart.) Becc.) et Syagrus romanzoffiana. Cet hybride, communément appelé « palmier mule » en raison de sa stérilité, doit son nom d’espèce à Paul Nabonnand (1858–1937), un horticulteur français qui le signala le premier au début du XXᵉ siècle. Le × Butiagrus nabonnandii combine l’aspect tropical et la croissance rapide de Syagrus romanzoffiana avec la rusticité accrue de Butia, supportant des températures descendant jusqu’à environ −10 °C.
Rusticité et culture en climat méditerranéen
La majorité des espèces du genre Syagrus sont d’origine tropicale et ne supportent pas le gel. Toutefois, quelques espèces originaires de zones subtempérées tolèrent de brèves gelées et peuvent être cultivées dans les jardins méditerranéens.
Syagrus romanzoffiana, le palmier reine (queen palm en anglais), est l’espèce la plus couramment cultivée du genre et la plus résistante au froid. Ce palmier à la silhouette élégante et au feuillage plumeux peut supporter des gelées brèves de l’ordre de −7 à −8 °C sur des sujets adultes et bien établis. Il est planté dans les jardins abrités de la Côte d’Azur, du littoral varois et de quelques stations privilégiées de la façade atlantique. On peut l’admirer dans plusieurs parcs de la ville d’Hyères-les-Palmiers (Var).
Quelques espèces cultivées
Parmi les 65 à 70 espèces décrites, seule une minorité est régulièrement cultivée comme plante ornementale en dehors de l’aire de répartition naturelle du genre. Voici les espèces les plus fréquemment rencontrées en culture :
- Syagrus romanzoffiana (Cham.) Glassman – Le palmier reine, le plus répandu en culture, originaire du sud du Brésil, d’Argentine, du Paraguay et d’Uruguay. Stipe solitaire pouvant atteindre 15 mètres, couronné de grandes feuilles pennées retombantes et plumeuses. Rusticité estimée à −7/−8 °C.
- Syagrus botryophora (Mart.) Mart. – Grand palmier au stipe élancé, auto-nettoyant, pouvant dépasser 15 mètres de hauteur. Originaire de la Mata Atlântica du Brésil.
- Syagrus coronata (Mart.) Becc. – Le palmier licuri ou ouricuri, remarquable par ses bases foliaires persistantes disposées en rangées spiralées sur un stipe trapu. Originaire du nord-est du Brésil (Caatinga et Cerrado).
- Syagrus schizophylla (Mart.) Glassman – Le palmier arikury, espèce de taille modeste au port gracieux. Originaire du littoral brésilien.
- Syagrus glaucescens Glaz. ex Becc. – Petit palmier bleuté endémique des campos rupestres de la Serra do Espinhaço au Minas Gerais (Brésil). Espèce en danger critique d’extinction.
- Syagrus flexuosa (Mart.) Becc. – Espèce acaule ou à stipe court, commune dans le Cerrado brésilien.
- Syagrus weddelliana (H.Wendl.) Becc. – Petit palmier gracieux d’intérieur, longtemps classé dans le genre Lytocaryum. Originaire de la Mata Atlântica du sud-est du Brésil.
Bibliographie
- Dransfield, J., Uhl, N. W., Asmussen, C. B., Baker, W. J., Harley, M. M. & Lewis, C. E. (2008). Genera Palmarum. The Evolution and Classification of Palms. Kew Publishing, Royal Botanic Gardens, Kew. 732 p.
- Henderson, A., Galeano, G. & Bernal, R. (1995). Field Guide to the Palms of the Americas. Princeton University Press. 352 p.
- Meerow, A., Noblick, L., Borrone, J., Couvreur, T., Mauro-Herrera, M., Hahn, W., Kuhn, D., Nakamura, K., Oleas, N. & Schnell, R. (2009). Phylogenetic Analysis of Seven WRKY Genes Across the Palm Subtribe Attaleinae (Arecaceae) Identifies Syagrus as Sister Group of the Coconut. PLoS ONE 4(10): e7353.
- Noblick, L. R. (2017). A revision of the genus Syagrus (Arecaceae). Phytotaxa 294(1): 1–262.
- Noblick, L. R., Hahn, W. & Griffith, M. P. (2013). Structural cladistic study of Cocoseae, subtribe Attaleinae (Arecaceae): Evaluating taxonomic limits in Attaleinae and the neotropical genus Syagrus. Brittonia 65: 232–261.
- Noblick, L. R. & Meerow, A. W. (2015). The transfer of the genus Lytocaryum to Syagrus. Palms 59: 57–62.
