Zamia tuerckheimii

Zamia tuerckheimii est une cycadale guatémaltèque du genre Zamia, endémique du département d’Alta Verapaz. C’est l’une des plus belles espèces du genre, remarquable par ses folioles luisantes d’un bleu-vert iridescent. Elle donne son nom au clade « Tuerckheimii », groupe d’espèces centraméricaines auquel se rattachent notamment Zamia decumbens, Zamia monticola et Zamia standleyi. Décrite en 1903 et dédiée au collecteur Hans von Türckheim, elle est aujourd’hui classée comme quasi menacée, statut moins défavorable que celui de bien des cycadales de la région.

Comment reconnaître Zamia tuerckheimii ?

Zamia tuerckheimii possède une tige épigée (aérienne), rarement ramifiée avec l’âge, pouvant atteindre 100 cm de long pour 10 à 12 cm de diamètre, ce qui en fait une espèce de belle taille. Les feuilles, au nombre de huit à quinze, sont grandes (100 à 200 cm de long pour 20 à 45 cm de large), ascendantes, leur extrémité s’inclinant ou s’étalant ; le pétiole, long de 30 à 50 cm, est presque inerme à finement aiguillonné, et le rachis, atteignant 150 cm, est dépourvu d’aiguillons.

Le trait le plus distinctif tient aux folioles : huit à quinze paires, sessiles, papyracées, oblongues-lancéolées, à l’apex brusquement acuminé et à la marge entière, elles sont surtout luisantes et d’un bleu-vert iridescent caractéristique. Les folioles médianes mesurent de 14 à 18 cm de long pour 4 à 6 cm de large. Cette combinaison d’une tige aérienne robuste, de folioles assez larges, entières et iridescentes, est très reconnaissable.

L’espèce est dioïque, les cônes mâles et femelles étant portés par des pieds distincts.

Hybrides connus

Aucun hybride ni cultivar n’est documenté pour Zamia tuerckheimii.

Confusion

Zamia tuerckheimii appartient au clade qui porte son nom, le clade « Tuerckheimii », et qui réunit plusieurs espèces centraméricaines proches, du Guatemala, du Belize et du Honduras.

Sa plus proche parente est Zamia decumbens, du Belize, dont elle se distingue nettement par le port : Zamia tuerckheimii a une tige dressée ou penchée, tandis que celle de Zamia decumbens devient décombante avec l’âge ; le pédoncule du cône mâle est en outre plus court chez Zamia tuerckheimii (jusqu’à 6,5 cm) que chez Zamia decumbens (11 à 23 cm). Elle partage par ailleurs l’aire d’Alta Verapaz avec Zamia monticola, dont elle diffère par ses folioles moins nombreuses (huit à quinze paires contre trente à quarante), plus larges et à marge entière. Le bleu-vert iridescent de son feuillage la distingue de la plupart de ses congénères.

Taxonomie

Zamia tuerckheimii a été décrite en 1903 par le botaniste américain John Donnell Smith, dans le Botanical Gazette (volume 35, fascicule 1, page 8, planche 1), à partir de matériel guatémaltèque. L’épithète tuerckheimii honore Hans von Türckheim (1853-1920), collecteur de plantes d’origine allemande qui dirigeait une plantation de café à Cobán, au Guatemala, et à qui l’on attribue la découverte de l’espèce ; Donnell Smith a décrit nombre de ses récoltes guatémaltèques.

Sur le plan phylogénétique, Zamia tuerckheimii est l’espèce éponyme du clade « Tuerckheimii », assemblage monophylétique d’espèces réparties au Belize, au Guatemala et dans le nord du Honduras, qui comprend notamment Zamia decumbens, Zamia monticola, Zamia standleyi et Zamia sandovalii. Le genre Zamia, le plus diversifié des cycadales avec quelque 86 espèces néotropicales, est le plus largement réparti du Nouveau Monde, de la Floride à la Bolivie, et l’Amérique centrale en constitue l’un des foyers de diversité.

Dans la nature

Zamia tuerckheimii est endémique du département d’Alta Verapaz, au Guatemala, où elle croît dans le sous-bois de forêts humides du massif montagneux, à des altitudes de l’ordre de 250 à 1 000 m. La région de Cobán, où Türckheim exploitait sa plantation de café, en constitue le cœur. Comme toutes les Zamiaceae, elle développe des racines coralloïdes hébergeant des cyanobactéries fixatrices d’azote.

Sur le plan de la conservation, Zamia tuerckheimii est classée quasi menacée sur la liste rouge mondiale de l’UICN, en raison de la dégradation de son habitat forestier ; ce statut reste moins défavorable que celui de plusieurs espèces voisines, en danger ou en danger critique. Comme l’ensemble des cycadales, elle est inscrite à l’Annexe II de la CITES, qui encadre son commerce international.

Culture

Zamia tuerckheimii compte parmi les Zamia les plus recherchées des amateurs pour son feuillage luisant et iridescent, même si elle reste peu commune et de croissance lente. Plante de sous-bois forestier humide, elle réclame chaleur, humidité et ombrage.

Culture en pleine terre. La culture extérieure permanente n’est envisageable que sous climat chaud, humide et sans gelée. Elle demande une exposition ombragée à lumineuse sans soleil direct, qui met d’ailleurs en valeur l’iridescence du feuillage, une forte hygrométrie et un sol riche et bien drainé. La tige aérienne et les longues feuilles supposent un emplacement abrité du vent.

Culture en pot. Hors des régions tropicales et subtropicales chaudes, la culture en pot sous serre ou véranda est la règle. On privilégiera un substrat drainant et riche, des arrosages réguliers en saison de croissance, une bonne hygrométrie, de la chaleur et une lumière tamisée. La croissance étant lente, la plante se cultive sur le long terme.

Multiplication

La multiplication se fait par semis. Zamia tuerckheimii étant dioïque, l’obtention de graines suppose la présence de pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. Les graines se nettoient de leur sarcotesta charnue avant d’être semées sur un substrat drainant maintenu chaud et humide ; comme chez toutes les cycadales, la germination est lente.

Maladies et ravageurs

En culture, Zamia tuerckheimii est exposée, comme les autres cycadales, aux cochenilles et tout particulièrement à la cochenille asiatique des cycas (Aulacaspis yasumatsui), ravageur redoutable en collection et sous serre. Le second risque est la pourriture de la tige et des racines, favorisée par un substrat trop humide, mal drainé ou maintenu trop frais. Une atmosphère chaude et aérée, associée à un arrosage mesuré, limite ces problèmes.

Rusticité

Zamia tuerckheimii n’est pas rustique. Espèce de sous-bois forestier guatémaltèque, elle ne tolère pas le gel. Aucune donnée de culture documentant une résistance au froid n’a été trouvée, ni dans la littérature horticole ni sur les forums spécialisés ; en l’absence de tout retour chiffré, on se gardera d’avancer un seuil de température. Son origine de moyenne altitude pourrait laisser supposer une certaine tolérance au frais, mais sans confirmation, cela reste hypothétique. Comme pour les autres cycadales, l’humidité froide stagnante est particulièrement dommageable. Hors climat chaud et sans gel, sa culture relève de la serre ou de la véranda chaude, lumineuse et humide.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Zamia tuerckheimii n’est documenté de façon fiable dans la littérature accessible.

Une mise en garde s’impose en tout état de cause : comme toutes les cycadales, Zamia tuerckheimii contient de la cycasine et des composés apparentés, hautement toxiques pour l’humain comme pour les animaux. La plante doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques.

FAQ

Est-ce un palmier ? Non. Malgré son feuillage, Zamia tuerckheimii est une cycadale (Zamiaceae), gymnosperme se reproduisant par cônes, sans lien de parenté étroit avec les palmiers.

D’où vient-elle ? Elle est endémique du département d’Alta Verapaz, au Guatemala, où elle pousse en sous-bois de forêt humide de montagne.

Pourquoi ce nom ? L’épithète tuerckheimii honore Hans von Türckheim, collecteur de plantes installé à Cobán (Guatemala), à qui l’on attribue la découverte de l’espèce.

Qu’a-t-elle de particulier ? Ses folioles luisantes, d’un bleu-vert iridescent, qui en font l’une des Zamia les plus décoratives.

Est-elle menacée ? Elle est classée quasi menacée par l’UICN, statut moins défavorable que celui de plusieurs cycadales voisines.

Est-elle toxique ? Oui. Toutes ses parties contiennent de la cycasine, toxique pour l’humain et les animaux.

Sites de référence

World Flora Online (WFO) — fiche taxonomique et description : https://www.worldfloraonline.org/taxon/wfo-0000429688

World List of Cycads (WLoC) — liste mondiale de référence des cycadales : https://cycadlist.org/scientific_name/562

UICN — liste rouge mondiale des espèces menacées : https://www.iucnredlist.org/species/42179/10650848

Bibliographie

Donnell Smith, J. (1903). [Description originale de Zamia tuerckheimii.] Botanical Gazette 35(1) : 8, pl. 1. [Protologue de l’espèce ; matériel guatémaltèque de Türckheim.]

Calonje, M., Meerow, A.W., Griffith, M.P., Salas-Leiva, D., Vovides, A.P., Coiro, M. & Francisco-Ortega, J. (2019). A time-calibrated species tree phylogeny of the New World cycad genus Zamia L. (Zamiaceae, Cycadales). International Journal of Plant Sciences 180(4) : 286-314. [Cadre phylogénétique ; clade « Tuerckheimii » éponyme.]

Calonje, M.A., Meerman, J., Griffith, M.P. & Hoese, G. (2009). A new species of Zamia (Zamiaceae) from the Maya Mountains of Belize. Journal of the Botanical Research Institute of Texas 3(1) : 31-41. [Comparaison morphologique distinguant Zamia tuerckheimii de Zamia decumbens.]

Stevenson, D.W. (2010). Zamia tuerckheimii. The IUCN Red List of Threatened Species 2010 : e.T42179A10650848. [Évaluation Quasi menacée.]

Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Origine de l’épithète tuerckheimii.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of Cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique et répartition par pays.]