Zamia decumbens

Zamia decumbens est une cycadale d’Amérique centrale du genre Zamia, endémique des montagnes mayas du Belize. Surnommée « cycadale des dolines » (sinkhole cycad), elle doit son nom, du latin decumbens (« couché »), à ses tiges âgées qui s’étalent à l’horizontale sur le sol au lieu de se dresser, caractère inhabituel dans le genre. Elle a longtemps été confondue, dans l’horticulture et la littérature, avec Zamia prasina (l’ancienne Zamia polymorpha), avant d’être reconnue comme une espèce distincte en 2009. Sa plus proche parente n’est cependant pas Zamia prasina, mais Zamia tuerckheimii du Guatemala, au sein du clade « Tuerckheimii ». Classée en danger d’extinction, elle fait l’objet de programmes de conservation.

Comment reconnaître Zamia decumbens ?

Le caractère le plus distinctif de Zamia decumbens est sa tige : chez les sujets âgés, le tronc devient décombant, c’est-à-dire qu’il court à l’horizontale sur le sol plutôt que de croître verticalement, ce qui est rare chez les Zamia. La plante peut même dépérir à la base tout en émettant de nouvelles racines plus haut sur la tige, formant ainsi un système rampant qui se renouvelle.

Les feuilles sont coriaces et luisantes, à la manière des Zamia forestières à larges folioles. Quelques particularités de forme des folioles et de caractères des cônes la distinguent des autres Zamia du Belize. L’espèce est dioïque, les cônes mâles et femelles étant portés par des pieds séparés. L’identification fiable repose avant tout sur la combinaison du port décombant, de l’habitat en doline et de l’origine bélizienne.

Hybrides connus

Aucun hybride ni cultivar n’est documenté pour Zamia decumbens.

Confusion

Zamia decumbens a fait l’objet d’une confusion durable : elle a été désignée à plusieurs reprises, dans l’horticulture comme dans la littérature scientifique, sous le nom de Zamia prasina, et c’est même sous ce nom qu’elle avait été proposée pour une protection au titre des espèces en danger critique. Calonje, Meerman, Griffith et Hoese l’ont distinguée comme espèce propre en 2009.

Il faut souligner que cette confusion était purement nomenclaturale : Zamia decumbens n’est pas une parente proche du véritable Zamia prasina (l’ancienne Zamia polymorpha), qui appartient au sous-clade « Furfuracea ». Zamia decumbens se rattache en effet au clade « Tuerckheimii », un ensemble d’environ six espèces du Belize, du Guatemala et du nord du Honduras, et sa plus proche parente est Zamia tuerckheimii, du Guatemala. Au Belize, son port décombant et quelques caractères foliaires et coniques la distinguent des autres cycadales, dont Zamia meermanii.

Taxonomie

Zamia decumbens a été décrite en 2009 par Michael A. Calonje, Jan Meerman, M. Patrick Griffith et Geoffrey Hoese, dans le Journal of the Botanical Research Institute of Texas (volume 3, fascicule 1, pages 31 à 41). L’holotype, récolté au fond d’une doline du district de Toledo, au Belize, vers 350 à 400 m d’altitude, le 2 septembre 2008, est conservé à l’herbier du Belize (BRH), avec des isotypes à FTG, MO, NY et XAL. L’épithète decumbens, du latin, signifie « couché » et fait référence au port décombant des tiges âgées.

Sur le plan phylogénétique, Zamia decumbens appartient au clade « Tuerckheimii », assemblage monophylétique d’environ six espèces réparties au Belize, au Guatemala et dans le nord du Honduras ; sa plus proche parente est Zamia tuerckheimii. Cette position contraste avec celle du véritable Zamia prasina, classé dans le sous-clade « Furfuracea », ce qui confirme que leur ancienne confusion ne reposait que sur les noms. Le genre Zamia, le plus diversifié des cycadales avec quelque 86 espèces néotropicales, est le plus largement réparti du Nouveau Monde, de la Floride à la Bolivie.

Dans la nature

Zamia decumbens est endémique des montagnes mayas du Belize, où elle est connue des districts de Cayo, Stann Creek et Toledo, sur un relief karstique calcaire. Si quelques populations occupent des crêtes et des sommets rocheux, les plus importantes se trouvent au fond de dolines, ces dépressions formées par l’effondrement du toit d’une grotte. Ces dolines offrent à la plante un microclimat humide et des parois abruptes qui la protègent des herbivores. En 2009, sept populations étaient connues dans les montagnes mayas. Comme toutes les Zamiaceae, elle développe des racines coralloïdes hébergeant des cyanobactéries fixatrices d’azote.

Sur le plan de la conservation, Zamia decumbens est classée en danger d’extinction sur la liste rouge mondiale de l’UICN. Les menaces tiennent à la fragmentation de sa répartition, au petit nombre de populations en bon état et reproductrices, à la faible surface totale qu’elle occupe, et à une exploitation commerciale, passée et présente, de plants et de graines : des prélèvements de cônes femelles ont été observés sur le terrain. Comme l’ensemble des cycadales, l’espèce est inscrite à l’Annexe II de la CITES, qui encadre son commerce international.

Culture

Zamia decumbens est une espèce rare, surtout présente dans des collections botaniques de conservation, où son port décombant et son feuillage luisant en font un sujet remarquable. Plante de milieu forestier humide sur calcaire, elle réclame chaleur, humidité et ombrage.

Culture en pleine terre. La culture extérieure permanente n’est envisageable que sous climat chaud, humide et sans gelée. Elle demande une exposition ombragée à lumineuse sans soleil direct, une forte hygrométrie et un sol parfaitement drainé, idéalement à composante calcaire conforme à son habitat de doline. Le port décombant des sujets âgés mérite d’être mis en valeur.

Culture en pot. Hors zone tropicale, la culture en pot sous serre ou véranda chaude est la règle. On privilégiera un substrat très drainant, des arrosages réguliers en saison de croissance, beaucoup de chaleur et une atmosphère humide. Le développement étalé de la tige avec l’âge invite à choisir un contenant large.

Multiplication

La multiplication se fait par semis. Zamia decumbens étant dioïque, l’obtention de graines suppose la présence de pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. Les graines se nettoient de leur sarcotesta charnue avant d’être semées sur un substrat drainant maintenu chaud et humide ; comme chez toutes les cycadales, la germination est lente. Pour une espèce aussi menacée et soumise à des prélèvements dans la nature, la multiplication ex situ revêt un réel intérêt conservatoire.

Maladies et ravageurs

En culture, Zamia decumbens est exposée, comme les autres cycadales, aux cochenilles et tout particulièrement à la cochenille asiatique des cycas (Aulacaspis yasumatsui), ravageur redoutable en collection et sous serre. Le second risque est la pourriture de la tige et des racines, favorisée par un substrat trop humide, mal drainé ou maintenu trop frais. Une atmosphère chaude et aérée, associée à un arrosage mesuré, limite ces problèmes.

Rusticité

Zamia decumbens n’est pas rustique. Espèce tropicale du Belize, elle ne tolère pas le gel. Son habitat de doline lui assure d’ailleurs un microclimat humide et tamponné, peu sujet aux extrêmes. Aucune donnée de culture documentant une résistance au froid n’a été trouvée, ni dans la littérature horticole ni sur les forums spécialisés, ce qui est cohérent avec son origine tropicale ; en l’absence de tout retour chiffré, on se gardera d’avancer un seuil de température. Comme pour les autres cycadales, l’humidité froide stagnante est particulièrement dommageable. Hors climat chaud et sans gel, sa culture relève de la serre ou de la véranda chaude, lumineuse et humide.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Zamia decumbens n’est documenté de façon fiable dans la littérature accessible.

Une mise en garde s’impose en tout état de cause : comme toutes les cycadales, Zamia decumbens contient de la cycasine et des composés apparentés, hautement toxiques pour l’humain comme pour les animaux. La plante doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques.

FAQ

Est-ce un palmier ? Non. Malgré son feuillage, Zamia decumbens est une cycadale (Zamiaceae), gymnosperme se reproduisant par cônes, sans lien de parenté étroit avec les palmiers.

D’où vient-elle ? Elle est endémique des montagnes mayas du Belize, où elle pousse surtout au fond de dolines, sur un relief calcaire karstique.

Pourquoi ce nom ? Decumbens signifie « couché » en latin, en référence aux tiges âgées qui s’étalent à l’horizontale sur le sol.

Quel rapport avec Zamia prasina ? Elle a longtemps été confondue avec Zamia prasina, mais il s’agit bien de deux espèces distinctes, et elles ne sont même pas proches parentes : Zamia decumbens appartient au clade « Tuerckheimii » et sa plus proche parente est Zamia tuerckheimii.

Est-elle menacée ? Oui : elle est classée en danger d’extinction par l’UICN, notamment du fait de prélèvements de plants et de graines.

Est-elle toxique ? Oui. Toutes ses parties contiennent de la cycasine, toxique pour l’humain et les animaux.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — base taxonomique des Jardins botaniques royaux de Kew : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:77103403-1

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/77103403-1

World List of Cycads (WLoC) — liste mondiale de référence des cycadales : https://cycadlist.org/scientific_name/458

Journal of the Botanical Research Institute of Texas — description originale de l’espèce en accès libre : https://cycadlist.org/storage/references/open/d384fe59-2aca-4441-a57f-0ab19a8029d1.pdf

Bibliographie

Calonje, M.A., Meerman, J., Griffith, M.P. & Hoese, G. (2009). A new species of Zamia (Zamiaceae) from the Maya Mountains of Belize. Journal of the Botanical Research Institute of Texas 3(1) : 31-41. [Protologue de l’espèce ; habitat, port décombant, conservation.]

Calonje, M. & Meerman, J. (2009). What is Zamia prasina (Zamiaceae: Cycadales)? Journal of the Botanical Research Institute of Texas 3(1) : 43-49. [Clarification nomenclaturale distinguant Zamia decumbens du véritable Zamia prasina.]

Calonje, M., Meerow, A.W., Griffith, M.P., Salas-Leiva, D., Vovides, A.P., Coiro, M. & Francisco-Ortega, J. (2019). A time-calibrated species tree phylogeny of the New World cycad genus Zamia L. (Zamiaceae, Cycadales). International Journal of Plant Sciences 180(4) : 286-314. [Cadre phylogénétique ; clade « Tuerckheimii ».]

Griffith, M.P. & Calonje, M. (2022). Zamia decumbens. The IUCN Red List of Threatened Species 2022. [Évaluation En danger ; menaces.]

Calonje, M., Meerow, A.W., Meerman, J. et al. (2025). Population genetics of Zamia decumbens (Zamiaceae, Cycadales), an endangered cycad from the Maya Mountains of Belize. Plant Species Biology 40(4) : 324-340. DOI : 10.1111/1442-1984.12473. [Génétique des populations ; appartenance au clade « Tuerckheimii ».]

Herrera-Blitman, J. et al. (2022). Zamia decumbens: Cycadales, Zamiaceae. Curtis’s Botanical Magazine 39. DOI : 10.1111/curt.12459. [Iconographie et observations, plantes cultivées en conservation ex situ.]

Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Origine de l’épithète decumbens.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of Cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique et répartition par pays.]