Macrozamia moorei – parfois appelé « cycas de Moore » – est l’une des cycadales les plus spectaculaires pour un jardin exotique : une couronne dense de feuilles longues et arquées, portée avec le temps par un tronc épais qui peut donner une vraie allure de palmier dattier. Mais c’est aussi une plante de croissance très lente, chère à l’achat, et de culture parfois aléatoire, si les conditions ne sont pas optimales.
Aire de répartition et habitat naturel
Macrozamia moorei est endémique du Queensland (Australie), dans l’intérieur des terres de la côte Est. D’après le site de la PACSOA, on le rencontre notamment à l’ouest de Rockhampton, autour des secteurs d’Emerald et Springsure, et jusqu’aux zones de Rolleston et Injune et vers Carnarvon Gorge, notamment le Carnarvon National Park. Son aire est relativement limitée, ce qui explique l’intérêt autour de cette espèce en culture. Et inquiète les naturalistes sur la pression exercée par les collectes de plantes matures.
Côté statut de conservation dans la nature, l’espèce est généralement indiquée “Near Threatened” (ce qui signifie « quasi menacée ») dans des synthèses taxonomiques et bases cycadales.
Dans la nature, c’est un Macrozamia de terrains souvent rocailleux, bien drainés, supportant la chaleur et des périodes sèches, mais pas l’eau stagnante durable au niveau des racines.
Comment reconnaître Macrozamia moorei ?
Sur le plan morphologique, Macrozamia moorei est l’un des plus grands Macrozamia : on décrit des sujets pouvant dépasser 7 mètres de hauteur avec un stipe épais d’environ 50–80 cm de diamètre. La couronne se compose de feuilles composées pouvant atteindre 2,5 mètres, avec 120 à 220 folioles.
À reconnaître en un coup d’œil :
- Feuilles arquées, très graphiques, souvent décrites comme “keeled” (en “V” en coupe), ce qui donne un relief particulier à la palme.
- Pétioles armés (épines), donc à éloigner des passages étroits.
- Couronne dense, esthétique “jurassique” parfaite en isolé.
Pour un non averti, Macrozamia moorei peut-être confondu avec un palmier dattier des Canaries (Phoenix canariensis).
Conseil : c’est une plante qui « fait le décor » à elle seule. Laissez-lui de l’espace : au-delà du diamètre du tronc, c’est surtout l’envergure des feuilles qui impose l’espacement d’autres plantes.
Les espèces proches
Dans le genre Macrozamia et d’après le site Dave’s Garden, le Macrozamia moorei appartient au groupe des grandes espèces, rassemblées dans la section Macrozamia, par opposition à la section Parazamia, plutôt composée de formes basses et plus “tordues”.
Dans la section Macrozamia, l’espèce généralement considérée comme la plus proche et la plus souvent confondue avec Macrozamia moorei est Macrozamia johnsonii.
Les deux peuvent devenir massives et former une allure de palmiers, mais Macrozamia johnsonii a en général des feuilles plus vert clair et surtout plus plates en coupe, alors que Macrozamia moorei montre plus volontiers un feuillage plus glauque/bleuté et une géométrie de fronde plus marquée (rachis “caréné”, impression de V). Consultez la source.
Toujours dans la section Macrozamia, plusieurs espèces australiennes – et notamment de l’Etat du Queensland – sont parfois citées comme d’aspect proche, et faciles à confondre sur jeunes plants par leur silhouette et leurs folioles fines : Macrozamia miquelii, M. douglasii, M. macleayi, M. mountperriensis et M. longispina.
Ces dernières espèces reviennent souvent dans les discussions de cultivateurs, avec des différences qui se jouent sur la longueur et la souplesse des folioles, l’angle d’insertion, la densité de la couronne et, à terme, la propension à former un tronc stipe net.
Différences avec Macrozamia communis
La confusion est commune chez les jardiniers et dans le commerce, surtout sur jeunes plants. Le point simple :
- Macrozamia communis est acaule (sans véritable tronc aérien), ou seulement très légèrement avec l’âge.
- Macrozamia moorei développe, lui, un stipe plus net et peut devenir franchement “palmiforme” avec les années.
- Les feuilles de Macrozamia moorei sont typiquement plus marquées en “V” (keeled), alors que des espèces proches, dont communis, sont souvent décrites comme ayant des feuilles plus plates.
En pratique : si vous recherchez une cycadale de massif et tolérante à l’ombre claire, Macrozamia communis est plus vigoureux et de culture facile ; si vous voulez la silhouette monumentale, Macrozamia moorei répondra à vos attentes.
Comment réussir la culture de Macrozamia moorei ?
Exposition
- Idéal : plein soleil (les feuilles seront plus robustes).
- Possible : mi-ombre lumineuse en climat très chaud, surtout pour les jeunes sujets.
Sol
- Indispensable : drainage maximal.
- Évitez : les sols argileux lourds sans amendement, et surtout les zones où l’eau stagne en hiver.
Mélange type en plantation (adaptable) :
- 40–60% minéral (pouzzolane, gravier, pierre ponce)
- 20–40% terre du jardin (si elle draine)
- 10–20% matière organique bien décomposée (pas trop riche)
Arrosage
- En pleine terre : arrosages espacés mais importants en été, la première/les deux premières saisons, puis plutôt “à la demande”.
- En pot : arrosez quand le substrat est sec en profondeur
Fertilisation
Les cycadales apprécient une fertilisation régulière, mais douce :
- Au printemps : engrais à libération lente (équilibré)
- En été : éventuellement un complément léger si la plante pousse et si elle bénéficie d’arrosages.
Transplantation
Macrozamia moorei n’aime pas être transplanté : certains retours indiquent que les grosses plantes peuvent végéter longtemps après le déplacement. Elles peuvent aussi décliner et mourir, si le système racinaire est trop touché.
Si vous plantez en pleine terre : choisissez l’emplacement définitif.
Rusticité et résistance au froid
La rusticité des cycadales est dépendante de 4 facteurs : taille de la plante, humidité du sol, durée du gel, exposition au vent. Pour Macrozamia moorei, les observations des jardiniers apportent les repères utiles :
Tolérances observées
- Des sources horticoles françaises estiment que le feuillage peut être grillé dès -3 °C, mais que la souche d’un sujet établi peut repartir si elle est bien protégée, avec une résistance autour de -6 °C pour des sujets âgés. Ce qui reste prudent.
- Un retour Palmtalk signale un plant sans brûlure foliaire à -5,7 °C (en janvier 2017).
- Sur Palmtalk encore, un cultivateur en zone 9A évoque un minimum d’environ 19°F (environ -7 °C) sans brûlure de feuilles sur Macrozamia moorei et Macrozamia communis.
- Dans un épisode très froid en Caroline du Sud (zone USDA 8A), avec un minimum annoncé à 12°F (environ -11 °C) et plusieurs nuits avec des températures minimales inférieures 20°F, l’auteur rapporte sur Palmtalk que M. moorei et M. communis ont survécu, mais 100% défoliés.
Températures pouvant tuer la plante
Une publication universitaire (États-Unis) donne un repère clair : les feuilles brûlées vers 20°F (~ -6,5 °C), et l’espèce rapportée résistante à 12°F (environ -11 °C), mais plante possiblement tuée autour de 10°F (environ -12 °C).
Et sur le forum Agaveville, certains retours très extrêmes d’amateurs mentionnent même des individus décrits comme “survivor of 6°F” (environ -14 °C). Probablement un cas très particulier, avec microclimat favorable, une plante installée et un sol probablement sec.
Conclusion utile pour la France :
- Littoral méditerranéen et zones très abritées : possible en pleine terre si sol sec l’hiver et en s’attendant à la défoliation totale après un hiver plus froid que la normale.
- Hors zones douces : culture en pot avec hivernage lumineux, ou pleine terre uniquement avec une protection hivernale active.
Protections hivernales efficaces
L’objectif est de protéger le cœur de la plante et de garder les racines au sec :
- Voile d’hivernage sur la couronne en période froide.
- Paillage sec épais au pied (paille sèche, feuilles sèches) sans enterrer le cœur.
- En gel humide : un “toit” (plaque polycarbonate inclinée) au-dessus de la plante pour éviter la pluie sur le collet.
- Pour les sujets en pot : hivernage en serre froide lumineuse, véranda non chauffée, ou pièce très lumineuse hors gel.
Comment bien cultiver Macrozamia moorei ?
Culture en extérieur et en pleine terre
Voici les conditions à remplir pour donner toutes les chances possibles :
- Créer une butte (50 cm par rapport au niveau du jardin), si votre sol retient l’eau.
- Installer un paillage à la surface du sol pour protéger les racines.
- Éviter les arrosages tardifs en automne.
- Protéger la plante en cas d’annonce de gel durable.
Culture en pot (souvent la meilleure stratégie)
La culture en pot est idéale pour mettre à l’abris la plante durant la période la plus froide de l’année. On adoptera le mode de culture suivant :
- pot profond (racines puissantes), avec plusieurs trous de drainage.
- Substrat minéral : 50–70% pierre ponce/pouzzolane/graviers + 30–50% terreau très aéré.
- En hiver, on garde la plante sans arrosage, hors gel, à une exposition très lumineuse (comme une véranda).
- Rempotages espacés seulement lorsque les racines sortent des trous du pot, en mai ou juin, et en évitant de casser trop de racines.
Maladies et ravageurs (ce qui cause vraiment les échecs)
1) Pourritures (souvent mortelles)
Le combo classique : substrat compact + humidité froide → pourriture des racines garantie.
La Royal Horticultural Society rappelle que les Phytophthora sont une cause majeure de pourritures racinaires sur de nombreuses espèces : prévenir vaut mieux que traiter.
Prévention : drainage, arrosage très réduit en hiver, pot percé, ne pas placer de soucoupe sous le pot.
2) Cochenilles / “cycad scale”
La cochenille asiatique des cycades Aulacaspis yasumatsui est une ravageuse redoutable dans certaines régions, pouvant affaiblir fortement les plantes (et parfois les tuer) si l’infestation n’est pas contrôlée.
Signes : plaques blanches, décolorations, dépérissement progressif.
Actions : nettoyage mécanique + traitements adaptés (huile horticole/insecticide selon réglementation locale), répétitions, contrôle des fourmis.
3) Charançons / dégâts sur cônes
En Australie, des charançons du genre Tranes sont associés aux Macrozamia ; des retours mentionnent des dégâts lors de la formation des cônes et même la perte d’un plant dans un contexte de forte attaque.
En Europe, le risque dépend surtout de votre environnement et des ravageurs locaux, mais retenez l’idée : une plante stressée (froid + humidité) devient plus vulnérable.
Multiplication par semis
Le semis est l’unique possibilité de multiplier cette espèce. Mais la croissance est lente et il faut de nombreuses années avant d’une plantule n’acquière les caractéristiques d’une plante adulte.
- Nettoyage : retirez la pulpe des graines (gants conseillés : car les cycadales sont toxiques).
- Trempage : 24–48 h dans l’eau tiède, puis rinçage.
- Substrat : vermiculite/perlite humide, ou mélange très drainant.
- Chaleur : une température variant entre 25–30 °C est optimale. Certains cultivateurs maintiennent les graines vers ~83°F (environ 28°C) sur un lit de vermiculite, avec trempage périodique pour les garder hydratées.
- Patience : la germination peut prendre de longues semaines à plusieurs mois selon fraîcheur des graines.
Sur forum horticole, on lit régulièrement que les Macrozamia se prêtent bien au semis (meilleurs taux que beaucoup d’autres cycades), si la chaleur et le drainage sont au rendez-vous.
Où voir cette espèce ?
Récemment, cette espèce a été introduite en Europe sous la forme de sujets adultes prélevés dans leur milieu naturel. On retrouve ses plantes d’importation dans les collections privées et dans quelques jardins botaniques du sud-est de la France. Le Jardin botanique de Montpellier présente un beau sujet sur stipe.

On retrouve aussi quelques plantes issues de semis vendues par les pépinières spécialisées, mais leur croissance est lente et parfois délicate, lorsqu’il s’agit de plantule.
FAQ Macrozamia moorei : les 10 questions fréquentes
1) Macrozamia moorei peut-il pousser en extérieur en France ?
Oui dans les zones les plus douces (zones USDA 9 et 10) et surtout en sol très drainant (idéalement sur butte). Ailleurs : mieux vaut le pot et l’hivernage.
2) À quelle température Macrozamia moorei gèle-t-il ?
Le feuillage peut brûler autour de -3 à -6 °C selon conditions, et des sources indiquent un risque de mortalité vers -12 °C (10°F), surtout si le gel dure et si le sol est humide.
3) Mon plant a perdu toutes ses feuilles après un gel : est-il mort ?
Pas forcément. Des retours indiquent des plantes défoliées à 12°F (environ -11°C) mais vivantes.
Vérifiez si le cœur reste ferme après quelques semaines, l’absence d’odeur de pourri, et attendez le redémarrage en saison chaude. Il faut parfois attendre plus d’un an pour voir émerger de nouvelles feuilles.
4) Pourquoi les feuilles jaunissent-elles ?
Causes typiques : excès d’eau, substrat trop riche/compact, manque de lumière, carences pour les plantes non fertilisée. Il faut peut-être revoir le drainage et les rythmes d’arrosage.
5) Quelle est la meilleure exposition ?
Plein soleil en climat doux à chaud ; mi-ombre lumineuse possible en zones très chaudes, surtout pour les jeunes plants.
6) Quel substrat en pot recommandes-tu ?
Le substrat doit-être minéral comme pour la culture des succulentes. On le compose avec une part de pierre ponce/pouzzolane/gravier majoritaires et une part de terrain bien décomposé.
7) Quand rempoter ?
Au printemps, quand la plante reprend sa croissance, en gardant un maximum de racines intactes.
8) Comment réussir le semis ?
Placez les graines à la surface du substrat. Il faut les exposer à la chaleur et les humidifier régulièrement. L’aération doit être suffisante pour éviter leur pourrissement.
9) Quelles maladies surveiller en priorité ?
Les pourritures (Phytophthora et autres) si sol humide, et plus souvent les cochenilles, notamment pour les plantes gardées à l’abri plusieurs mois durant l’année.
10) Peut-on le déplacer une fois planté ?
À éviter : des retours signalent que certaines cycadales, dont des Macrozamia, supportent mal les déplacements. Plantez-le au bon endroit dès le départ.
