Le genre Neobuxbaumia (Cephalocereus)

Le genre Neobuxbaumia rassemble de grands cactus colonnaires du Mexique, souvent arborescents, qui dominent les paysages semi-arides de l’est et du sud du pays, notamment la vallée de Tehuacán-Cuicatlán. Ces cierges de la famille des cactus ont été réunis en un genre à part en 1938, puis rattachés à Cephalocereus en 2017. Plants of the World Online (POWO), la base de référence des jardins botaniques royaux de Kew, ne reconnaît plus Neobuxbaumia : d’un point de vue botanique, ses espèces doivent aujourd’hui porter le nom de Cephalocereus, comme Cephalocereus polylophus pour Neobuxbaumia polylopha. Le nom Neobuxbaumia reste pourtant celui sous lequel ces plantes sont vendues et recherchées, et Succulentes le conserve comme nom d’usage. En culture, on rencontre surtout Neobuxbaumia polylopha, une colonne verte régulière qui peut dépasser dix mètres dans la nature.

L’essentiel sur Neobuxbaumia

  • Statut (POWO) : Neobuxbaumia Backeb. (1938) est un synonyme de Cephalocereus Pfeiff. ; nom conservé ici comme nom d’usage
  • Nombre d’espèces : 8 ou 9 selon les auteurs avant la fusion ; toutes sont aujourd’hui rangées par POWO dans Cephalocereus, qui compte 13 espèces acceptées (décompte relayé par Wikipédia, non lu directement sur POWO)
  • Famille : Cactaceae, sous-famille des Cactoideae
  • Noms communs : aucun nom français attesté ; « tetecho » au Mexique pour Neobuxbaumia tetetzo ; « cone cactus » ou « golden saguaro » en anglais pour Neobuxbaumia polylopha
  • Répartition naturelle : est et sud du Mexique
  • CITES : annexe II, comme toutes les Cactaceae hors exceptions ; aucune espèce du groupe n’est inscrite à l’annexe I
  • UICN : Neobuxbaumia polylopha classé vulnérable ; les autres espèces varient (voir Réglementation et conservation)
  • Rusticité documentée : faible ; dégâts signalés dès −2 °C pour Neobuxbaumia polylopha selon une source horticole (voir Culture)
  • Exposition et substrat : plein soleil à l’âge adulte, légère ombre pour les jeunes plants ; substrat très drainant
  • Port : colonnes massives, simples ou ramifiées ; 7 à 12 m, parfois 15 m, pour Neobuxbaumia polylopha dans la nature
  • Toxicité : aucune donnée trouvée (voir Toxicité et précautions)

Caractères du genre Neobuxbaumia

Un Neobuxbaumia est un cactus colonnaire de grande taille, à tige épaisse et dressée, simple ou ramifiée en candélabre. Les descriptions publiées, notamment la clé en ligne DELTA consacrée aux cactus, retiennent les traits suivants :

  • Tiges : colonnes robustes et côtelées ; Neobuxbaumia polylopha porte de 10 à 30 côtes étroites et aiguës, sur un tronc en « poteau télégraphique » souvent non ramifié.
  • Épines : fines, jaunâtres puis grises chez Neobuxbaumia polylopha, souvent dirigées vers le bas, d’un à deux centimètres.
  • Fleurs : campanulées, blanches ou roses, nocturnes chez la plupart des espèces et autostériles ; Neobuxbaumia polylopha fait exception avec des fleurs rouge foncé à magenta décrites comme diurnes, groupées près du sommet.
  • Fruits : ovoïdes, de 2 à 6 cm, portant des restes floraux et des épines ou des écailles, à pulpe blanche peu juteuse ; ils s’ouvrent par des fentes longitudinales à maturité.

Taxonomie et classification

Neobuxbaumia n’est plus un genre accepté par POWO. Ses espèces sont classées dans Cephalocereus, genre de cactus colonnaires mexicains qui comprend aussi le célèbre « tête de vieillard », Cephalocereus senilis.

La fusion avec Cephalocereus (2017)

Le changement vient de l’étude de Tapia, Bárcenas-Argüello, Terrazas et Arias, publiée en 2017 dans Systematic Botany. En combinant données moléculaires et morphologiques, les auteurs ont montré que Neobuxbaumia n’était pas un groupe naturel : il apparaissait paraphylétique, parce que Cephalocereus était lui-même polyphylétique et que le petit genre Pseudomitrocereus se trouvait niché à l’intérieur. Ils ont donc réuni les espèces des trois genres sous un seul nom, Cephalocereus, le plus ancien, qui a la priorité. L’étude a fourni une nouvelle définition du genre, une clé d’identification et deux nouvelles combinaisons, Cephalocereus multiareolatus et Cephalocereus sanchezmejoradae.

POWO suit ce traitement, et la classification phylogénomique de la famille publiée par de Vos, Eggli et leurs collègues en 2025 (Plant Systematics and Evolution) maintient Cephalocereus dans ce sens large, avec Neobuxbaumia en synonymie. Concrètement, pour le lecteur :

  • Neobuxbaumia polylopha devient Cephalocereus polylophus ; l’espèce a aussi été rangée un temps dans Carnegiea, le genre du saguaro, sous le nom de Carnegiea polylopha ;
  • Neobuxbaumia euphorbioides, Neobuxbaumia macrocephala, Neobuxbaumia mezcalaensis, Neobuxbaumia scoparia et Neobuxbaumia tetetzo deviennent Cephalocereus euphorbioides, Cephalocereus macrocephalus, Cephalocereus mezcalaensis, Cephalocereus scoparius et Cephalocereus tetetzo ;
  • Neobuxbaumia laui et Neobuxbaumia sanchezmejoradae sont placés par POWO sous Cephalocereus novus ;
  • Neobuxbaumia squamulosa est placé sous Cephalocereus nudus.

Les étiquettes des pépinières et la plupart des ouvrages de culture emploient toujours Neobuxbaumia. C’est pourquoi Succulentes garde ce nom d’usage pour cette page et pour la fiche de Neobuxbaumia polylopha, en rappelant chaque fois le nom accepté.

Étymologie et histoire du genre

Le genre a été créé par le botaniste allemand Curt Backeberg en 1938, dans la revue Blätter für Kakteenforschung. Il honore Franz Buxbaum (1900-1979), botaniste autrichien spécialiste des cactus. Le préfixe « Neo- », « nouveau », a été ajouté parce que le nom Buxbaumia était déjà pris par un genre de mousses. Neobuxbaumia tetetzo a été publié dans la même revue et la même année. L’espèce type du genre n’a pas pu être vérifiée dans les sources consultées.

Noms communs

Aucun nom français attesté n’a été trouvé pour le genre ou ses espèces. Au Mexique, Neobuxbaumia tetetzo est appelé « tetecho », notamment dans la région de Zapotitlán Salinas (Puebla), selon des travaux universitaires de l’UNAM. En anglais, Neobuxbaumia polylopha est vendu sous les noms commerciaux « cone cactus », « wax cactus » et « golden saguaro », ce dernier par allusion au saguaro, qui appartient pourtant à un autre genre.

Biogéographie et écologie

Les Neobuxbaumia sont endémiques du Mexique, où ils occupent les milieux secs à semi-humides de l’est et du sud du pays. Selon POWO et les fiches d’espèces consultées :

  • Neobuxbaumia polylopha vit presque exclusivement dans les États de Guanajuato, d’Hidalgo, de Querétaro et de San Luis Potosí ;
  • Neobuxbaumia euphorbioides se trouve dans le Tamaulipas et le Veracruz ;
  • Neobuxbaumia macrocephala est limité au Puebla et à l’Oaxaca ;
  • Neobuxbaumia mezcalaensis a l’aire la plus vaste, du Jalisco et du Colima à l’Oaxaca et au Puebla ;
  • Neobuxbaumia tetetzo forme des peuplements denses dans la vallée de Tehuacán-Cuicatlán.

La biologie de Neobuxbaumia tetetzo est la mieux connue. Les études de Valiente-Banuet et de ses collègues dans la vallée de Tehuacán ont montré que ses fleurs nocturnes sont pollinisées uniquement par deux chauves-souris nectarivores, Leptonycteris curasoae et Choeronycteris mexicana, et que Leptonycteris curasoae est aussi le disperseur de graines le plus efficace, déposant les graines dans des sites favorables. Les jeunes plants dépendent d’une « plante nourrice » : les graines germent mal à découvert, et au bout de deux ans les seules plantules survivantes se trouvaient à l’ombre de l’arbuste Mimosa luisana. L’ombre en est la cause principale, selon l’étude publiée en 1991 dans le Journal of Ecology.

Réglementation et conservation

Toutes les espèces sont inscrites à l’annexe II de la CITES, comme l’ensemble des Cactaceae à quelques exceptions près ; aucune ne figure à l’annexe I. Le commerce international des plantes et de nombreuses parties de plantes est donc soumis à permis. Au sein de l’Union européenne, cette inscription est reprise par le règlement (CE) n° 338/97.

  • Neobuxbaumia polylopha est classé vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN. L’espèce est naturellement rare et dispersée, et décline sous l’effet de l’aménagement de canyons pour le tourisme et d’autres constructions ; des bactéries touchent aussi de nombreuses sous-populations.
  • Neobuxbaumia macrocephala est classé en « préoccupation mineure » par l’UICN, mais la norme officielle mexicaine NOM-059-SEMARNAT-2010 le considère comme en danger d’extinction.

Les plantes du commerce européen proviennent de semis. Ces statuts, relevés via des sources secondaires en septembre 2026, n’ont pas pu être vérifiés directement sur la Liste rouge ni sur Species+ ; la réglementation en vigueur doit être vérifiée auprès des bases officielles.

Culture des Neobuxbaumia

Les Neobuxbaumia se cultivent comme les autres grands cierges mexicains : beaucoup de lumière, un substrat qui s’égoutte vite et un hiver au sec. Ils restent longtemps de taille modeste en pot, ce qui en fait des plantes de collection et de véranda plus que de pleine terre.

  • Exposition : légère ombre pour les jeunes plants, plein soleil ensuite.
  • Substrat : très drainant, minéral.
  • Arrosage : généreux en été, en laissant sécher entre deux apports ; au sec en hiver.
  • Multiplication : par semis, comme la plupart des cactus colonnaires.
  • Maladies : l’excès d’eau froide provoque la pourriture du collet et des racines, principale cause de pertes chez les cactus en culture.

Contexte français

Les données françaises sont minces. La fiche de Neobuxbaumia polylopha publiée sur ce site indique que l’espèce supporte de faibles températures négatives et peut être tentée dans les jardins abrités du sud-est de la France, à condition d’un substrat très drainant, car elle craint l’humidité hivernale. Une source horticole canadienne est plus prudente : la plante tolère le frais mais pas le gel, et subit des dégâts à −2 °C, parfois mortels. Aucun résultat documenté de culture en pleine terre n’a été trouvé zone par zone (littoral méditerranéen, façade atlantique, Bretagne, intérieur, montagne), ni aucun épisode de froid avec des dégâts relevés sur ce genre. En dehors du littoral méditerranéen le plus doux, la culture en pot, rentrée hors gel en hiver, reste la solution sûre.

Toxicité et précautions

Aucune donnée de toxicité n’a été trouvée pour les Neobuxbaumia, ni pour l’humain ni pour les animaux domestiques. L’absence de données ne signifie pas que la plante est sans danger. Le risque le plus concret vient des épines, qui justifient des gants et une manipulation prudente lors des rempotages. En cas d’ingestion par un enfant ou un animal, contactez un centre antipoison, un médecin ou un vétérinaire.

Espèces du genre Neobuxbaumia

La liste ci-dessous reprend les principales espèces décrites sous Neobuxbaumia, avec le nom accepté par POWO. Elle n’est pas exhaustive.

  • Neobuxbaumia euphorbioides (Cephalocereus euphorbioides) : Tamaulipas et Veracruz ; présent dans le commerce (proposé par exemple par la pépinière américaine Planet Desert en octobre 2026).
  • Neobuxbaumia laui (Cephalocereus novus) : Oaxaca.
  • Neobuxbaumia macrocephala (Cephalocereus macrocephalus) : Puebla et Oaxaca ; protégé au Mexique.
  • Neobuxbaumia mezcalaensis (Cephalocereus mezcalaensis) : de l’ouest au sud du Mexique, aire la plus étendue du groupe.
  • Neobuxbaumia polylopha (Cephalocereus polylophus) : Guanajuato, Hidalgo, Querétaro, San Luis Potosí ; colonne de 7 à 12 m, fleurs rouge foncé ; l’espèce la plus cultivée.
  • Neobuxbaumia scoparia (Cephalocereus scoparius) : Mexique.
  • Neobuxbaumia squamulosa (Cephalocereus nudus) : Mexique.
  • Neobuxbaumia tetetzo (Cephalocereus tetetzo) : vallée de Tehuacán-Cuicatlán ; le « tetecho », pollinisé par les chauves-souris.

FAQ sur les Neobuxbaumia

Neobuxbaumia ou Cephalocereus : quel est le bon nom ?

D’un point de vue botanique, Cephalocereus. Depuis l’étude de Tapia et ses collègues (2017), suivie par POWO, toutes les espèces de Neobuxbaumia sont rangées dans Cephalocereus. Le nom Neobuxbaumia reste courant dans le commerce et sur ce site comme nom d’usage.

Neobuxbaumia polylopha résiste-t-il au gel ?

Très peu. Une source horticole signale des dégâts dès −2 °C, parfois mortels, et la plante craint surtout le froid humide. Seuls les jardins les plus abrités du littoral méditerranéen permettent de la tenter en pleine terre ; ailleurs, elle se cultive en pot rentré l’hiver.

Quelle différence avec le saguaro ?

Le genre. Le saguaro est Carnegiea gigantea, du désert de Sonora, alors que Neobuxbaumia polylopha vit dans le centre-est du Mexique. Le nom anglais « golden saguaro » et un ancien classement de l’espèce dans Carnegiea entretiennent la confusion.

Un Neobuxbaumia peut-il fleurir en pot ?

Rarement. Les fleurs apparaissent près du sommet de colonnes âgées et de grande taille ; aucune source consultée n’indique l’âge ou la hauteur à partir desquels une plante cultivée en pot fleurit. Il faut surtout le cultiver pour son port.

Comment se reproduisent les Neobuxbaumia dans la nature ?

Grâce aux chauves-souris, pour Neobuxbaumia tetetzo. Ses fleurs nocturnes sont pollinisées par deux espèces de chauves-souris nectarivores, qui dispersent aussi ses graines. Les plantules ne survivent guère qu’à l’ombre d’arbustes « nourriciers ».

Les Neobuxbaumia sont-ils protégés ?

Oui, au titre de la CITES (annexe II), comme tous les cactus. Neobuxbaumia polylopha est en outre classé vulnérable par l’UICN, et Neobuxbaumia macrocephala est protégé par la réglementation mexicaine. Les plantes vendues en Europe doivent provenir de semis.

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Sites de référence

Bibliographie

  • Backeberg, C. (1938). Blätter für Kakteenforschung 1938(6). [Publication du genre Neobuxbaumia et de Neobuxbaumia tetetzo ; relevé via IPNI, texte original non consulté.]
  • Valiente-Banuet, A. & Ezcurra, E. (1991). Shade as a cause of the association between the cactus Neobuxbaumia tetetzo and the nurse plant Mimosa luisana in the Tehuacán Valley, Mexico. Journal of Ecology 79 : 961–971. [Article à comité de lecture ; référence reconstituée d’après des résumés, pagination à vérifier.]
  • Valiente-Banuet, A., Arizmendi, M.C., Rojas-Martínez, A. & Domínguez-Canseco, L. (1996). Ecological relationships between columnar cacti and nectar-feeding bats in Mexico. Journal of Tropical Ecology 12 : 103–119. [Article à comité de lecture ; pollinisation de Neobuxbaumia tetetzo. Pagination à vérifier.]
  • Tapia, H.J., Bárcenas-Argüello, M.L., Terrazas, T. & Arias, S. (2017). Phylogeny and circumscription of Cephalocereus (Cactaceae) based on molecular and morphological evidence. Systematic Botany 42(4) : 709–723. doi:10.1600/036364417X696546. [Article à comité de lecture ; à l’origine de la mise en synonymie de Neobuxbaumia.]
  • de Vos, J.M., Eggli, U., Nyffeler, R., Larridon, I., McGinnie, C. et al. (2025). Phylogenomics and classification of Cactaceae based on hundreds of nuclear genes. Plant Systematics and Evolution 311 : 28. doi:10.1007/s00606-025-01948-z. [Article à comité de lecture ; classification actuelle de la famille, suivie par POWO.]