Zamia lacandona est une cycadale mexicaine du genre Zamia, endémique de l’État du Chiapas, dans le sud du Mexique, où elle est liée à la forêt pluvieuse de la Selva Lacandona qui lui a donné son nom. Plante à tige souterraine ne portant le plus souvent qu’une seule feuille, au feuillage émergeant rouge-brun, elle appartient au clade « Purpurea », groupe d’espèces mexicaines auquel se rattachent également Zamia cremnophila, Zamia purpurea, Zamia splendens et Zamia grijalvensis. Décrite en 1998 à partir de populations d’abord rattachées à Zamia splendens, elle est classée en danger d’extinction, tout en faisant preuve d’une résilience inhabituelle face à la perturbation de son habitat.
Comment reconnaître Zamia lacandona ?
Zamia lacandona possède une tige souterraine, non ramifiée, courte (6 à 14 cm de long pour 5 à 9 cm de diamètre). Le houppier ne porte le plus souvent qu’une seule feuille, parfois jusqu’à trois en culture, longue de 46 à 171 cm, ascendante, et émergeant rouge-brun avant de verdir. Le pétiole, à base renflée et noirâtre sur les feuilles jeunes, est canaliculé dans sa partie basse et armé d’aiguillons atteignant 5 mm.
Les folioles, au nombre de quatre à dix-sept paires, sont coriaces, lancéolées et légèrement falciformes, à apex aigu et à base atténuée, avec une marge dentée dans leur tiers distal ; les plus grandes mesurent de 16 à 37 cm de long pour 3 à 6 cm de large.
L’espèce est dioïque. Son cône femelle est brun chocolat, couvert d’un tomentum beige plus clair, et son cône mâle est décombant, deux caractères qui la distinguent notamment de l’espèce voisine Zamia grijalvensis. Son nombre chromosomique est variable (2n = 16, 17 ou 18).
Hybrides connus
Aucun hybride formellement nommé n’est rattaché à Zamia lacandona, et aucun cultivar n’est documenté. L’espèce s’inscrit dans le clade « Purpurea », groupe mexicain au sein duquel des phénomènes d’hybridation et d’introgression ont été décrits chez certaines espèces voisines.
Confusion
L’histoire de Zamia lacandona commence par une confusion : ses populations de la Selva Lacandona avaient d’abord été rattachées à Zamia splendens, avant d’en être séparées en 1998 sur la base de différences de morphologie des cônes et de cytologie.
Zamia lacandona est par ailleurs très proche de Zamia grijalvensis par le feuillage ; les deux espèces se distinguent surtout par les cônes : Zamia lacandona a un cône femelle brun chocolat à tomentum beige et un cône mâle décombant, tandis que Zamia grijalvensis a un cône femelle brun rougeâtre à brun orangé et un cône mâle dressé. Toutes deux appartiennent au clade « Purpurea », groupe d’espèces mexicaines réunissant également Zamia cremnophila, Zamia purpurea et Zamia splendens, toutes à tige souterraine, pétiole armé et folioles denticulées, et susceptibles de prêter à confusion. L’examen des cônes reste le moyen le plus sûr de les séparer.
Taxonomie
Zamia lacandona a été décrite en 1998 par Bart Schutzman et Andrew P. Vovides, dans la revue Novon (volume 8, fascicule 4, pages 441 à 446). L’holotype, récolté par B. Schutzman dans la Selva Lacandona (Chiapas) en juillet 1984, est conservé à l’herbier de l’Université de Floride (FLAS), avec un isotype à Xalapa (XAL). L’épithète lacandona fait référence à la Selva Lacandona, la forêt pluvieuse de l’est du Chiapas, elle-même nommée d’après le peuple lacandon, d’ascendance maya, qui l’habite.
Les populations de la Selva Lacandona avaient initialement été incluses dans Zamia splendens ; Schutzman et Vovides les en ont distinguées en 1998 sur la foi de différences dans la morphologie des cônes et dans la cytologie. Zamia lacandona présente un nombre chromosomique variable (2n = 16, 17 ou 18).
Sur le plan phylogénétique, Zamia lacandona se rattache au clade « Purpurea », groupe d’espèces mexicaines inclus dans le sous-clade « mexicain » des Zamia, caractérisé par des tiges souterraines, des pétioles armés et des marges de folioles denticulées, et réunissant aussi Zamia cremnophila, Zamia purpurea, Zamia splendens et Zamia grijalvensis. Le genre Zamia, le plus diversifié des cycadales avec environ 80 espèces néotropicales, est le plus largement réparti du Nouveau Monde, de la Floride à la Bolivie, et le Mexique en constitue l’un des principaux foyers de diversité et d’endémisme.
Dans la nature
Zamia lacandona est endémique de l’État du Chiapas, dans le sud du Mexique, où elle est connue de la région de la Selva Lacandona, notamment vers Palenque et Agua Azul. Elle croît dans la forêt pluvieuse tropicale. Comme toutes les Zamiaceae, elle développe des racines coralloïdes hébergeant des cyanobactéries fixatrices d’azote.
Sur le plan de la conservation, Zamia lacandona est classée en danger d’extinction sur la liste rouge mondiale de l’UICN, en raison de l’agriculture sur brûlis qui affecte son habitat. L’espèce fait toutefois preuve d’une résilience notable : elle peut se régénérer dans des milieux dégradés, brûlés et défrichés, et s’observe parfois jusque dans les champs cultivés et au bord des routes. Comme l’ensemble des cycadales, elle est inscrite à l’Annexe II de la CITES.
Culture
Zamia lacandona est une espèce de climat chaud, peu courante en culture en dehors des collections spécialisées. Plante de sous-bois pluvieux, elle réclame chaleur, humidité et ombrage, et son débourrement rouge-brun ajoute à son intérêt ornemental.
Culture en pleine terre. La culture extérieure permanente n’est envisageable que sous climat chaud, humide et sans gelée. Elle demande une exposition ombragée à lumineuse sans soleil direct, une humidité atmosphérique élevée et un sol riche et bien drainé. La tige souterraine est sensible à l’humidité stagnante au niveau du collet. La relative tolérance de l’espèce à la perturbation, observée dans la nature, ne dispense pas de lui offrir de bonnes conditions en culture.
Culture en pot. Hors des régions tropicales et subtropicales chaudes, la culture en pot sous serre ou véranda est la règle. On privilégiera un substrat drainant et riche, des arrosages réguliers en saison de croissance, une bonne hygrométrie, de la chaleur et une lumière tamisée. Le contenant tient compte de la tige souterraine et de la longue feuille unique.
Multiplication
La multiplication se fait par semis. Zamia lacandona étant dioïque, l’obtention de graines suppose la présence de pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. Les graines se nettoient de leur sarcotesta charnue avant d’être semées sur un substrat drainant maintenu chaud et humide ; comme chez toutes les cycadales, la germination est lente. La capacité de l’espèce à se régénérer en milieu perturbé en fait l’une des plus accessibles du clade « Purpurea ».
Maladies et ravageurs
En culture, Zamia lacandona est exposée, comme les autres cycadales, aux cochenilles et tout particulièrement à la cochenille asiatique des cycas (Aulacaspis yasumatsui), ravageur redoutable en collection et sous serre. Le second risque est la pourriture de la tige souterraine et des racines, favorisée par un substrat trop humide, mal drainé ou maintenu trop frais. Une atmosphère chaude et aérée, associée à un arrosage mesuré, limite ces problèmes.
Rusticité
Zamia lacandona n’est pas rustique. Espèce mexicaine de forêt pluvieuse de basse altitude, elle ne tolère pas le gel. Aucune donnée de culture documentant une résistance au froid n’a été trouvée, ni dans la littérature horticole ni sur les forums spécialisés, ce qui est cohérent avec son origine tropicale ; sa résilience face à la perturbation de l’habitat concerne le défrichement et le feu, non le froid. En l’absence de tout retour de culture chiffré, on se gardera d’avancer un seuil de température. Comme pour les autres cycadales, l’humidité froide stagnante est particulièrement dommageable. Hors climat chaud et sans gel, sa culture relève de la serre ou de la véranda chaude, lumineuse et humide.
Usages traditionnels
Aucun usage traditionnel propre à Zamia lacandona n’est documenté de façon fiable dans la littérature accessible, bien que l’espèce pousse dans une région, la Selva Lacandona, habitée de longue date par le peuple lacandon.
Une mise en garde s’impose en tout état de cause : comme toutes les cycadales, Zamia lacandona contient de la cycasine et des composés apparentés, hautement toxiques pour l’humain comme pour les animaux. La plante doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques.
FAQ
Est-ce un palmier ? Non. Malgré son feuillage, Zamia lacandona est une cycadale (Zamiaceae), gymnosperme se reproduisant par cônes, sans lien de parenté étroit avec les palmiers.
D’où vient-elle ? Elle est endémique de l’État du Chiapas, dans le sud du Mexique, dans la région de la Selva Lacandona (vers Palenque et Agua Azul), en forêt pluvieuse tropicale.
Pourquoi ce nom ? Lacandona fait référence à la Selva Lacandona, forêt de l’est du Chiapas nommée d’après le peuple lacandon, d’ascendance maya.
Comment la distinguer de Zamia grijalvensis ? Surtout par les cônes : Zamia lacandona a un cône femelle brun chocolat à tomentum beige et un cône mâle décombant, alors que Zamia grijalvensis a un cône femelle brun rougeâtre à orangé et un cône mâle dressé.
Est-elle menacée ? Oui : elle est classée en danger d’extinction par l’UICN, mais sa capacité à se régénérer en milieu perturbé lui confère une résilience inhabituelle.
Est-elle toxique ? Oui. Toutes ses parties contiennent de la cycasine, toxique pour l’humain et les animaux.
Sites de référence
Plants of the World Online (POWO) — base taxonomique des Jardins botaniques royaux de Kew : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:317130-2
International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/317130-2
World Flora Online (WFO) — fiche taxonomique et description : https://www.worldfloraonline.org/taxon/wfo-0000430006
World List of Cycads (WLoC) — liste mondiale de référence des cycadales : https://cycadlist.org/scientific_name/490
UICN — liste rouge mondiale des espèces menacées : https://www.iucnredlist.org/species/42135/10663213
Bibliographie
Schutzman, B. & Vovides, A.P. (1998). [Description originale de Zamia lacandona ; séparation d’avec Zamia splendens.] Novon 8(4) : 441-446. [Protologue de l’espèce.]
Calonje, M., Meerow, A.W., Griffith, M.P., Salas-Leiva, D., Vovides, A.P., Coiro, M. & Francisco-Ortega, J. (2019). A time-calibrated species tree phylogeny of the New World cycad genus Zamia L. (Zamiaceae, Cycadales). International Journal of Plant Sciences 180(4) : 286-314. [Cadre phylogénétique ; clade « Purpurea ».]
Stevenson, D.W. (2010). Zamia lacandona. The IUCN Red List of Threatened Species 2010 : e.T42135A10663213. [Évaluation En danger ; menaces et résilience.]
Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Origine de l’épithète lacandona.]
Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of Cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique et répartition par pays.]
