Zamia cremnophila est une cycadale mexicaine du genre Zamia, originaire du sud du Mexique, dans l’État de Tabasco. C’est l’une des cycadales les plus singulières par son mode de vie : rupicole, elle pousse sur les parois calcaires ombragées, ses feuilles retombant le long de la roche. Son épithète, du grec cremnos (« falaise »), célèbre précisément cette écologie. Décrite en 1988, à tige souterraine et à feuillage pendant émergeant rouge-brun, elle se rattache au groupe d’espèces mexicaines du clade « Purpurea ». Étroitement localisée et classée en danger sur la liste rouge mondiale, c’est une plante autant convoitée des collectionneurs qu’exigeante à conserver.
Comment reconnaître Zamia cremnophila
Zamia cremnophila possède une tige souterraine, généralement non ramifiée, longue de 5 à 34 cm pour 4 à 11 cm de diamètre. Le houppier ne porte que deux à trois feuilles, parfois quatre, longues de 0,6 à 1,8 m, retombantes : c’est ce port pendant, adapté à la vie sur paroi rocheuse, qui frappe en premier. Les jeunes feuilles émergent rouge-brun avant de verdir. Le pétiole, noirâtre sur les feuilles jeunes, est fortement armé d’aiguillons droits ou bifurqués atteignant 6 mm.
Les folioles, au nombre de cinq à vingt-huit paires, sont coriaces, lancéolées, à apex aigu et à base atténuée, avec une marge dentée dans leur tiers supérieur ; les plus grandes atteignent une vingtaine à une quarantaine de centimètres de long pour quelques centimètres de large.
L’espèce est dioïque. Le cône femelle, cylindrique à tonneau, mesure environ 8,5 cm de long pour 5,5 cm de diamètre ; il est brun foncé et velu. Les graines, ovoïdes, mesurent de 1,5 à 1,7 cm de long ; leur sarcotesta est blanche à l’état immature puis vire à l’écarlate vif à maturité.
Hybrides connus
Aucun hybride naturel ni horticole n’est documenté pour Zamia cremnophila. Aucun cultivar n’est par ailleurs rapporté pour cette espèce restant rare en culture.
Confusion
Zamia cremnophila est difficilement confondue sur le terrain, son habitat rupicole et son feuillage pendant émergeant rouge-brun étant distinctifs. Sur le plan des affinités, elle se rattache à un groupe d’espèces mexicaines apparentées : dès sa description, elle a été rapprochée de Zamia purpurea et de Zamia splendens. Les analyses phylogénétiques ultérieures l’ont placée dans le clade « Purpurea », qui réunit également Zamia lacandona, Zamia purpurea, Zamia splendens et Zamia grijalvensis, ensemble qui recoupe largement le complexe de Zamia katzeriana. Au sein de ce groupe d’espèces mexicaines au feuillage parfois ressemblant, c’est l’écologie rupicole et le port retombant de Zamia cremnophila qui la séparent le plus nettement de ses proches.
Taxonomie
Zamia cremnophila a été décrite en 1988 par Andrew P. Vovides, Bart Schutzman et Bijan Dehgan, dans la revue Botanical Gazette (volume 149, fascicule 3, page 351), au sein d’un article décrivant deux espèces nouvelles de Zamia du sud du Mexique. L’holotype, récolté à Tabasco le 18 août 1981, est conservé à l’herbier national du Mexique (MEXU), avec des isotypes répartis dans plusieurs herbiers (CSAT, FCME, MO, UAMIZ, XAL). L’épithète cremnophila est formée du grec cremnos (« falaise ») et -philus (« qui aime »), en référence à son habitat sur les parois rocheuses.
Les auteurs rapprochèrent d’emblée Zamia cremnophila d’un groupe d’espèces incluant Zamia purpurea et Zamia splendens, et relevèrent un caryotype relativement symétrique au nombre diploïde de 2n = 16. Les travaux phylogénétiques ultérieurs l’ont confirmée au sein du clade « Purpurea », groupe d’espèces mexicaines associé pour l’essentiel aux hautes terres du Chiapas et aux régions voisines. Le genre Zamia, le plus diversifié des cycadales avec environ 80 espèces néotropicales, est le plus largement réparti du Nouveau Monde, de la Floride à la Bolivie, et le Mexique en constitue l’un des principaux foyers de diversité et d’endémisme.
Dans la nature
Zamia cremnophila est originaire du sud du Mexique. Découverte dans l’État de Tabasco, où elle croît sur les flancs rocheux de collines calcaires, elle est également signalée dans l’État voisin du Chiapas selon la World List of Cycads. Son habitat est caractéristique : elle s’installe sur des parois calcaires ombragées, en milieu forestier humide, ses feuilles retombant le long de la roche, port qui lui a valu son nom. Comme toutes les Zamiaceae, elle développe des racines coralloïdes hébergeant des cyanobactéries fixatrices d’azote.
Sur le plan de la conservation, Zamia cremnophila est classée en danger d’extinction sur la liste rouge mondiale de l’UICN, du fait de la perte et de la dégradation de son habitat sur une aire restreinte. Comme l’ensemble des cycadales, l’espèce est inscrite à l’Annexe II de la CITES.
Culture
Zamia cremnophila est une espèce de climat chaud, peu courante en culture en dehors des collections spécialisées. Plante de paroi rocheuse de forêt humide, elle réclame chaleur, humidité et ombrage.
Culture en pleine terre. La culture extérieure permanente n’est envisageable que sous climat chaud et sans gelée. Elle demande une exposition ombragée, une humidité atmosphérique élevée et un substrat très drainant, idéalement calcaire, conforme à son habitat rupicole. Son port retombant la rend particulièrement adaptée à une position surélevée, en haut d’un muret, d’une rocaille ou d’une paroi, où les feuilles peuvent cascader librement.
Culture en pot. Hors des régions au climat compatible, la culture en pot sous serre ou véranda chaude est la règle. On privilégiera un substrat drainant additionné de matériaux calcaires, une bonne hygrométrie, de la chaleur et une lumière tamisée. Un contenant surélevé ou suspendu met en valeur le feuillage pendant ; il faut, comme chez toutes les cycadales, proscrire l’eau stagnante au niveau de la tige souterraine.
Multiplication
La multiplication se fait par semis. Zamia cremnophila étant dioïque, l’obtention de graines suppose la présence de pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. Les graines, à sarcotesta écarlate à maturité, se nettoient de leur pulpe avant d’être semées sur un substrat drainant maintenu chaud et humide ; comme chez toutes les cycadales, la germination est lente. Pour une espèce menacée, la mise en culture ex situ à partir de semences présente un intérêt conservatoire évident.
Maladies et ravageurs
En culture, Zamia cremnophila est exposée, comme les autres cycadales, aux cochenilles et tout particulièrement à la cochenille asiatique des cycas (Aulacaspis yasumatsui), ravageur redoutable en collection et sous serre. Le second risque est la pourriture de la tige souterraine et des racines, favorisée par un substrat trop humide, mal drainé ou maintenu trop frais ; le caractère hypogé de la tige rend cette surveillance d’autant plus importante. Une atmosphère chaude et aérée, associée à un arrosage mesuré, limite ces problèmes.
Rusticité
Zamia cremnophila n’est pas rustique. Espèce mexicaine de basse altitude au climat chaud, elle ne tolère pas le gel. Aucune donnée de culture documentant une résistance au froid n’a été trouvée, ni dans la littérature horticole ni sur les forums spécialisés, ce qui est cohérent avec son origine tropicale ; en l’absence de tout retour de culture chiffré, on se gardera d’avancer un seuil de température. Comme pour les autres cycadales, l’humidité froide stagnante est particulièrement dommageable, risque accru ici par la tige souterraine. Hors climat chaud et sans gel, sa culture relève de la serre ou de la véranda chaude, lumineuse et humide.
Usages traditionnels
Aucun usage traditionnel propre à Zamia cremnophila n’est documenté de façon fiable dans la littérature accessible. Espèce localisée et de découverte relativement récente, elle n’a fait l’objet d’aucun emploi rapporté qui lui soit directement attribuable.
Une mise en garde s’impose en tout état de cause : comme toutes les cycadales, Zamia cremnophila contient de la cycasine et des composés apparentés, hautement toxiques pour l’humain comme pour les animaux. La plante doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques.
FAQ
Est-ce un palmier ? Non. Malgré son feuillage, Zamia cremnophila est une cycadale (Zamiaceae), gymnosperme se reproduisant par cônes, sans lien de parenté étroit avec les palmiers.
D’où vient-elle ? Elle est originaire du sud du Mexique, dans l’État de Tabasco (et signalée dans l’État voisin du Chiapas), où elle pousse sur des parois calcaires ombragées.
Qu’a-t-elle de particulier ? Son mode de vie rupicole et son feuillage pendant qui retombe le long de la roche, ainsi que ses jeunes feuilles émergeant rouge-brun.
Pourquoi ce nom ? Cremnophila signifie « qui aime les falaises », en référence à son habitat sur les parois rocheuses.
Est-elle menacée ? Oui : elle est classée en danger d’extinction par l’UICN, en raison de la dégradation de son habitat sur une aire restreinte.
Est-elle toxique ? Oui. Toutes ses parties contiennent de la cycasine, toxique pour l’humain et les animaux.
Sites de référence
Plants of the World Online (POWO) — base taxonomique des Jardins botaniques royaux de Kew : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:287152-2
International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/287152-2
World Flora Online (WFO) — fiche taxonomique et description : https://www.worldfloraonline.org/taxon/wfo-0000429985
World List of Cycads (WLoC) — liste mondiale de référence des cycadales : https://cycadlist.org/scientific_name/450
UICN — liste rouge mondiale des espèces menacées : https://www.iucnredlist.org/species/42132/243402779
Bibliographie
Schutzman, B., Vovides, A.P. & Dehgan, B. (1988). Two new species of Zamia (Zamiaceae, Cycadales) from southern Mexico. Botanical Gazette 149(3) : 347-360. [Protologue de Zamia cremnophila (p. 351) ; morphologie, caryologie (2n = 16), affinités avec Zamia purpurea et Zamia splendens.]
Calonje, M., Meerow, A.W., Griffith, M.P., Salas-Leiva, D., Vovides, A.P., Coiro, M. & Francisco-Ortega, J. (2019). A time-calibrated species tree phylogeny of the New World cycad genus Zamia L. (Zamiaceae, Cycadales). International Journal of Plant Sciences 180(4) : 286-314. [Cadre phylogénétique ; clade « Purpurea ».]
Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Origine de l’épithète cremnophila.]
Bösenberg, J.D. (2022). Zamia cremnophila. The IUCN Red List of Threatened Species 2022 : e.T42132A243402779. [Évaluation En danger ; menaces.]
Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of Cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique et répartition par pays.]
