Cycas tanqingii

Cycas tanqingii appartient au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels. C’est une espèce relativement robuste, propre aux forêts humides de la frontière sino-vietnamienne, découverte seulement dans les années 1990. Elle illustre bien le modèle « riverain » des cycas du Yunnan, dont de nombreuses espèces sont confinées chacune à un bassin versant précis : Cycas tanqingii est ainsi cantonné à quelques rivières du sud du Yunnan et à une enclave du nord du Vietnam. Contrairement à plusieurs de ses proches parents à tige souterraine, il développe un véritable tronc aérien.

Comment reconnaître Cycas tanqingii ?

C’est un cycas d’allure robuste, à grandes feuilles pennées portées par de longs pétioles, ce qui le distingue de plusieurs espèces voisines à port plus modeste. Là où beaucoup de ses parents proches restent acaules (tige souterraine), Cycas tanqingii forme une tige aérienne. Comme chez tous les cycas, les folioles présentent une nervure médiane unique et bien marquée, sans nervures secondaires, et les jeunes feuilles émergent enroulées.

Les structures reproductrices, mieux documentées que l’appareil végétatif, fournissent les meilleurs critères. L’espèce est dioïque. Les cônes mâles sont relativement grands — un caractère distinctif au sein de son groupe. Les mégasporophylles femelles mesurent 10 à 12 cm de long et sont couvertes d’un feutrage brun ; elles portent 2 ovules glabres et se terminent par une lame orbiculaire (environ 50-55 mm de long sur 50-65 mm de large), profondément pectinée, armée de 6 à 9 épines souples de 15 à 40 mm, l’épine apicale ne se distinguant guère des épines latérales. Les graines sont subglobuleuses à ovoïdes, de 35 à 40 mm de long sur 30 à 35 mm de large, à tégument charnu (sarcotesta) jaune non pruineux d’environ 2 mm d’épaisseur ; la coque interne (sclérotesta) est verruqueuse et il n’y a pas d’endocarpe spongieux — autrement dit, les graines ne flottent pas, à la différence des cycas côtiers à dispersion marine.

Selon la révision de Hill (2008), c’est précisément la combinaison d’un port robuste, de grandes feuilles à longs pétioles, de grands cônes mâles et de grandes graines qui distingue Cycas tanqingii au sein de la section Stangerioides.

Hybrides connus

Aucun hybride horticole nommé ni hybride naturel formellement décrit n’est attesté pour Cycas tanqingii. L’espèce partage toutefois le sud du Yunnan avec d’autres cycas de la section Stangerioides, dont Cycas chenii, dont elle constitue une lignée proche sur les arbres moléculaires. Là où des espèces de cette section se côtoient, l’isolement reproductif n’est pas toujours complet, mais des mécanismes d’isolement écologique (décalage des cycles, préférences de milieu) contribuent à maintenir les frontières entre espèces.

Confusion avec d’autres espèces

Cycas tanqingii se distingue de ses voisins de la section Stangerioides du sud du Yunnan et de l’Indochine. Cycas chenii, sympatrique et phylogénétiquement proche, s’en sépare par ses mégasporophylles, ses feuilles et ses graines, ainsi que par son caryotype. Cycas dolichophylla en diffère, selon Hill, par des proportions foliaires distinctes. D’autres espèces apparentées de la région — Cycas diannanensis, Cycas guizhouensis, Cycas simplicipinna — occupent des bassins versants différents et se distinguent par divers caractères végétatifs et reproducteurs. Globalement, le port robuste, les grands cônes mâles et les grandes graines de Cycas tanqingii aident à le séparer de ces espèces souvent plus graciles. Comme toujours, l’identification fiable repose sur les caractères reproducteurs et, idéalement, sur une provenance documentée.

Taxonomie

Cycas tanqingii a été décrit par le botaniste chinois D. Yue Wang dans les années 1990, dans le cadre de l’ouvrage Cycads in China (1996). L’identifiant nomenclatural IPNI est 993117-1. L’épithète tanqingii est un patronyme (rendant hommage à une personne nommée Tan Qing) ; le dédicataire exact n’est toutefois pas clairement documenté dans les sources consultées, et il convient de ne pas l’inventer.

L’espèce est rangée dans la section Stangerioides, l’une des sections du genre Cycas, caractérisée notamment par des ovules glabres, des sporophylles mâles molles et des graines à sarcotesta jaune — caractères que Cycas tanqingii présente bien. Son statut d’espèce distincte est soutenu par les données morphologiques, cytologiques et moléculaires (Hill 2008 ; études phylogénétiques ultérieures).

Dans la nature

Cycas tanqingii est endémique d’une région restreinte à cheval sur la frontière entre la Chine et le Vietnam. En Chine, il se cantonne au sud du Yunnan, dans le district (xian) de Lüchun (绿春), au sein des bassins versants des rivières Xiaoheijiang et Heishui ; il y est protégé dans la réserve naturelle nationale du mont Huanglian (Huanglianshan). Au Vietnam, il atteint la province de Lai Châu, au nord du pays. Cette distribution riveraine, confinée à des bassins versants précis, est typique des cycas du Yunnan. L’espèce croît dans des forêts sempervirentes humides.

Sur le plan de la conservation, Cycas tanqingii est évalué « Quasi menacé » (NT) sur la Liste rouge de l’UICN (évaluation de 2010). Ses populations sont jugées relativement saines, ce qui est attribué à une mise en protection précoce et à un suivi de longue durée — situation plus favorable que celle de beaucoup d’autres cycas chinois. Des travaux de modélisation récents (2025) soulignent néanmoins sa sensibilité conjuguée au changement climatique et aux ravageurs, qui pourrait dégrader ses habitats favorables à l’avenir. Comme toute la famille des Cycadaceae, l’espèce relève de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture. Des collections ex situ sont entretenues au jardin botanique du Lac aux fées (Shenzhen) et auprès du bureau forestier du district de Lüchun.

Culture

La culture de Cycas tanqingii est peu répandue et l’espèce reste rare en collection. À partir de son écologie — forêts humides subtropicales de basse à moyenne altitude du sud du Yunnan —, on peut en déduire les exigences d’un cycas thermophile : chaleur, lumière vive à ombre légère, atmosphère plutôt humide, et substrat parfaitement drainant mais capable de retenir un peu de fraîcheur. Les arrosages sont réguliers durant la végétation, plus mesurés en saison fraîche, sans dessèchement prolongé ni excès d’eau stagnante. La croissance est lente, comme chez la plupart des cycas. En climat sujet au gel, la culture en bac hivernée à l’abri, lumineuse et chaude, est la seule option raisonnable.

Multiplication

La multiplication se fait par semis, à partir de graines fraîches. L’espèce étant dioïque, l’obtention de graines viables suppose des pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. La sarcotesta charnue est nettoyée avant le semis ; les graines, dépourvues d’endocarpe spongieux, ne flottent pas et demandent de la chaleur et un substrat drainant maintenu humide pour germer, lentement. Compte tenu de la rareté de l’espèce et de son statut de conservation, seul du matériel issu de semis et de sources légales doit être recherché.

Maladies et ravageurs

Les ennemis sont ceux des cycas en général : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), particulièrement redoutable, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges en atmosphère chaude et sèche. La pourriture du collet et des racines, liée à un excès d’humidité ou à un mauvais drainage, est le principal trouble physiologique. Les travaux de modélisation de 2025 insistent sur la vulnérabilité de l’espèce aux ravageurs dans son aire naturelle, un facteur appelé à peser davantage avec le réchauffement.

Rusticité

Issu de vallées subtropicales humides du sud du Yunnan et du nord du Vietnam, Cycas tanqingii doit être considéré comme sensible au gel et réservé aux climats chauds (zones de rusticité USDA de l’ordre de 10 à 11). Aucun retour d’expérience fiable et spécifique à cette espèce n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés, ce qui s’explique par sa rareté en culture. Dans le doute, et partout où des gelées sont possibles, la culture en bac hivernée à l’abri reste la solution la plus sûre.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Cycas tanqingii n’est documenté de façon fiable. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques (notamment la cycasine) : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. Le statut « Quasi menacé » et l’inscription à la CITES proscrivent par ailleurs tout prélèvement dans la nature.

FAQ

Où pousse Cycas tanqingii à l’état sauvage ? Dans le sud du Yunnan (Chine), au district de Lüchun, le long des bassins des rivières Xiaoheijiang et Heishui (réserve naturelle nationale du mont Huanglian), ainsi que dans la province de Lai Châu, au nord du Vietnam.

À quelle section appartient-il ? À la section Stangerioides, caractérisée par des ovules glabres, des sporophylles mâles molles et des graines à sarcotesta jaune.

Comment le distinguer de ses proches ? Par un port robuste, de grandes feuilles à longs pétioles, de grands cônes mâles et de grandes graines (sarcotesta jaune, sclérotesta verruqueux). Cycas chenii, sympatrique, s’en sépare par ses mégasporophylles, ses feuilles, ses graines et son caryotype.

Est-il menacé ? Il est classé « Quasi menacé » (NT) par l’UICN, avec des populations jugées relativement saines grâce à une protection précoce — mais sensible au changement climatique et aux ravageurs.

Que signifie l’épithète tanqingii ? C’est un patronyme, rendant hommage à une personne nommée Tan Qing ; le dédicataire précis n’est pas clairement documenté.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté, répartition et nomenclature : https://powo.science.kew.org/…

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/993117-1

UICN, Liste rouge des espèces menacées — statut Quasi menacé (évaluation Hill, 2010) : https://www.iucnredlist.org/…

Distribution patterns of suitable habitat for Cycas tanqingii (Ecological Indicators, 2025) — modélisation de l’habitat sous changement climatique et pression des ravageurs : https://www.sciencedirect.com/…

Bibliographie

Hill, K.D. (2008). The genus Cycas (Cycadaceae) in China. Telopea 12(1) : 71-118. [Description détaillée de Cycas tanqingii, placement dans la section Stangerioides et caractères distinctifs.]

Wang, D.Y. (1996). [Cycas tanqingii D.Yue Wang.] In F.X. Wang & H.B. Liang (éds.), Cycads in China. Guangdong Science and Technology Press. [Description originale (protologue) de l’espèce.]

Zheng, Y., Liu, J., Gong, X. et al. (2017). The distribution, diversity, and conservation status of Cycas in China. Ecology and Evolution 7(9) : 3212-3224. [Répartition, diversité et conservation des cycas de Chine ; populations relativement saines de Cycas tanqingii.]

Zhou, W. & Gong, X. et al. (2015). Cycas chenii (Cycadaceae), a new species from China, and its phylogenetic position. Journal of Systematic and Evolution. [Position phylogénétique et comparaison morphologique avec Cycas tanqingii au sein de la section Stangerioides.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]