Zamia stricta est une cycadale endémique de Cuba, membre du complexe Zamia pumila. Décrite en 1851 par le botaniste néerlandais Friedrich Anton Wilhelm Miquel — directeur du Rijksherbarium de Leiden et l’un des plus grands spécialistes des cycadales du XIXᵉ siècle — l’espèce porte une épithète qui résume à elle seule son caractère diagnostique : strictus, du latin « très droit, raide », en référence aux feuilles fines et droites qui distinguent l’espèce au sein du genre. C’est l’une des huit espèces actuellement reconnues du complexe pumila, clade caribéen et floridien dont elle représente l’un des éléments cubains. Sa connaissance scientifique reste cependant moins approfondie que celle de ses parentes portoricaines (Zamia pumila, Zamia erosa, Zamia portoricensis) ou floridienne (Zamia integrifolia), un déficit qui reflète à la fois les difficultés historiques d’accès aux populations cubaines pour les chercheurs internationaux et l’extraordinaire diversité du genre Zamia sur l’île, où coexistent plusieurs espèces et de nombreux écotypes encore incomplètement délimités taxonomiquement. Classée Vulnerable sur la Liste rouge IUCN (Stevenson, 2010) et confirmée à ce statut par la Liste rouge cubaine de 2023 (González-Oliva & González Torres), Zamia stricta est inscrite à l’Annexe II de la CITES, comme l’ensemble des cycadales.
Le genre Zamia regroupe plus de quatre-vingts espèces de cycadales réparties à travers les Amériques tropicales et subtropicales, du sud-est des États-Unis à la Bolivie. Zamia stricta appartient au clade Caribéen et Floridien (clade I de Calonje et collaborateurs, 2019), au sein duquel elle constitue l’un des éléments insulaires de Cuba.
Comment reconnaître Zamia stricta ?
Port général et tige
Zamia stricta est, comme l’ensemble des membres du complexe pumila, une cycadale de petite taille au port discret. La tige est souterraine ou semi-souterraine, formant avec l’âge un caudex tubéreux compact, peu à modérément ramifié. Les parties aériennes restent réduites, l’essentiel de la biomasse végétative étant concentré dans le système racinaire tubérisé et la couronne foliaire. Cette stratégie de réserves souterraines, partagée par les autres espèces du complexe, protège la plante des feux saisonniers et de la sécheresse en lui permettant une régénération foliaire rapide à partir du méristème enfoui.
Feuilles et folioles
Le caractère diagnostique principal de l’espèce est la morphologie foliaire évoquée par son nom même : les feuilles sont nettement dressées, droites et fines, port à partir duquel Miquel a forgé l’épithète stricta. Les folioles sont relativement étroites, lancéolées-linéaires, à texture coriace et orientation rigide le long du rachis. Cette droiture du feuillage contraste avec le port plus arqué des espèces voisines (par exemple Zamia erosa aux folioles plus larges et plus retombantes).
Les sources accessibles ne fournissent pas pour cette espèce les mesures précises (nombre, longueur, largeur des folioles, dimensions des cônes) qui sont disponibles pour les autres membres du complexe étudiés en biologie de la reproduction et démographiquement. La description originale de Miquel et les traitements ultérieurs constituent le matériel taxonomique fondamental, sans qu’une révision morphométrique récente n’ait été publiée pour cette espèce spécifiquement.
Cônes et système racinaire
L’espèce est strictement dioïque, comme l’ensemble des cycadales. Les cônes mâles sont cylindriques, élancés, et les cônes femelles ovoïdes-cylindriques portent à leur sommet la pointe acuminée caractéristique du complexe pumila. Les graines, à maturité, sont enveloppées d’un sarcotesta charnu rouge à orangé, dispositif d’attraction pour les disperseurs potentiels — non formellement identifiés pour les cycadales cubaines, à l’instar de la situation observée chez les espèces portoricaines.
Comme l’ensemble des cycadales, Zamia stricta développe des racines coralloïdes superficielles abritant des cyanobactéries symbiotiques du genre Nostoc, capables de fixation biologique de l’azote atmosphérique. Cette symbiose permet à la plante de coloniser des sols pauvres en azote.
Hybrides
Aucun hybride formellement décrit n’est documenté pour Zamia stricta. À l’échelle du complexe pumila, les études moléculaires (Meerow et collaborateurs, 2007 ; Calonje et collaborateurs, 2019) ont mis en évidence des signatures de flux génétiques inter-spécifiques historiques, façonnés par les fluctuations climatiques et marines du Pléistocène. À Cuba, où plusieurs espèces du complexe coexistent, la possibilité d’hybridations naturelles ne peut être écartée mais n’a pas été spécifiquement étudiée pour Zamia stricta.
Confusion
Zamia stricta peut être confondue avec plusieurs autres espèces du complexe pumila présentes ou anciennement signalées à Cuba.
Face à Zamia pygmaea Sims, également endémique cubaine et appartenant au même complexe, Zamia stricta se distingue par une stature globalement plus importante : Zamia pygmaea est considérée comme la plus petite cycadale au monde, à feuillage très réduit, tandis que Zamia stricta développe des feuilles plus longues et plus nettement dressées.
Face à Zamia integrifolia L.f., dont des populations cubaines existent (principalement à l’ouest de l’île, et phylogénétiquement plus proches de Zamia lucayana des Bahamas que des populations floridiennes selon Calonje et collaborateurs, 2019), Zamia stricta présente des folioles plus étroites et un port plus dressé. La distinction reste cependant délicate sur le terrain et les confusions étiquetaires sont fréquentes dans les collections.
Face à Zamia angustifolia Jacq. (Bahamas et historiquement signalée à Cuba), espèce à folioles très étroites, presque filiformes, Zamia stricta a des folioles plus larges et un port général plus robuste. Il est à noter que certains traitements anciens, dont celui de Grisebach dans son Catalogus plantarum cubensium (1866), ont placé Zamia stricta en synonymie de Zamia angustifolia — vue aujourd’hui rejetée par POWO et le World List of Cycads, mais dont l’écho persiste dans certaines bases de données héritées.
Face à Zamia pumila L. sensu stricto, présente en populations dispersées à Cuba central, Zamia stricta se distingue principalement par son port plus dressé et ses feuilles plus fines.
À l’échelle horticole, plusieurs écotypes cubains circulent sous des noms non acceptés par les autorités nomenclaturales — Zamia « angustissima », Zamia kickxii, Zamia ottonis — qui sont des dénominations historiques ou commerciales sans valeur taxonomique reconnue. La distinction entre Zamia stricta et ces formes reste sujette à interprétation.
Le genre Zamia à Cuba
La situation de Zamia stricta ne peut être bien comprise qu’à la lumière de la diversité cycadologique cubaine, l’une des plus riches de tout l’archipel caraïbe. Cuba abrite à elle seule plusieurs espèces et de nombreux écotypes du complexe Zamia pumila, sans compter le genre endémique monotypique Microcycas, dont l’unique espèce Microcycas calocoma est classée En danger critique.
Les espèces de Zamia documentées à Cuba incluent :
- Zamia pygmaea Sims, endémique cubaine, la plus petite cycadale au monde (Critically Endangered, moins de 250 individus matures à Cuba occidentale et à l’Île de la Jeunesse) ;
- Zamia integrifolia L.f., dont des populations cubaines occidentales sont phylogénétiquement distinctes des populations floridiennes et plus proches de Zamia lucayana (Bahamas), selon les analyses de Calonje et collaborateurs (2019) ;
- Zamia stricta Miq., l’objet du présent traitement ;
- Zamia pumila L. sensu stricto, présente en populations cubaines centrales.
À cette diversité spécifique s’ajoute une foison d’écotypes locaux et de formes encore taxonomiquement indéterminées. Les amateurs et chercheurs spécialisés évoquent régulièrement des dénominations telles que Zamia « angustissima » de Cuba, Zamia kickxii (synonyme non accepté), Zamia silicea Britton (synonyme de Zamia pygmaea), ou diverses formes morphologiques sans rattachement consensuel. Simon Lavaud (Cycadales.eu, 2023), pépiniériste spécialisé européen, résume ainsi la situation : « Cuba abrite une grande diversité de Zamia*, et aucun travail n’a permis jusqu’à présent de définir précisément les espèces présentes sur l’île* ».
Cette situation reflète plusieurs facteurs structurels :
- La complexité biogéographique cubaine : l’île présente une mosaïque de substrats (karst calcaire, serpentines, formations volcaniques, sols ferralitiques), d’altitudes (de 0 à 2 000 m), et de microclimats qui ont favorisé une diversification écotypique locale dans tous les groupes végétaux ;
- La difficulté historique d’accès aux populations cubaines pour les chercheurs occidentaux, restreinte par les conditions géopolitiques depuis 1959 et par les contraintes logistiques de prospection sur le terrain ;
- L’ancienneté de la radiation du complexe pumila à l’échelle pléistocène, suffisamment longue pour permettre la différenciation morphologique sans atteindre nécessairement l’isolement reproductif complet entre populations ;
- Les flux génétiques historiques entre les populations cubaines, bahamiennes, floridiennes et antillaises, mis en évidence par les analyses moléculaires (Meerow et collaborateurs, 2007 ; Calonje et collaborateurs, 2019), qui brouillent les délimitations spécifiques par leurs effets de réticulation.
La conséquence pratique est qu’aucune révision taxonomique exhaustive et moderne des Zamia cubaines n’a été publiée à ce jour, et que la délimitation entre Zamia stricta et certaines populations apparentées (notamment certaines formes d’integrifolia cubaines ou les écotypes orientaux) reste un sujet ouvert. Les travaux phylogéniques récents (Lindstrom et collaborateurs, 2024) ont amélioré la résolution des relations entre clades, mais une révision morphologique de terrain à l’échelle de l’île reste un objectif majeur pour la cycadologie cubaine contemporaine.
Taxonomie
Le nom accepté Zamia stricta Miq. suit l’autorité nomenclaturale de POWO, du World List of Cycads (Calonje, Stevenson & Osborne) et de World Flora Online. L’espèce a été publiée par Friedrich Anton Wilhelm Miquel (1811–1871), botaniste néerlandais directeur du Rijksherbarium de Leiden, dans les Nieuwe Verhandelingen der Eerste Klasse van het Koninklijk-Nederlandsch Instituut van Wetenschappen, Letterkunde en Schoone Kunsten te Amsterdam (série 3, volume 4, page 183), en 1851. Miquel a consacré une part importante de sa carrière à l’étude des cycadales : sa Monographia Cycadearum (1842) constitue l’un des premiers traitements monographiques globaux du groupe, et il a décrit ou recombiné de nombreuses espèces antillaises et sud-américaines durant les décennies qui ont suivi.
L’épithète spécifique stricta dérive du latin strictus, signifiant « très droit, raide, serré », en référence à la rigidité et à la droiture caractéristiques des feuilles. Cette étymologie, documentée par Haynes (2022) dans son Etymological Compendium of Cycad Names, constitue le principal critère diagnostique transmis par le nom binominal.
Le matériel-type est conservé dans les collections néerlandaises (probablement à L, Leiden, héritières du Rijksherbarium de Miquel), bien que les traitements modernes n’aient pas formellement procédé à une lectotypification publique de l’espèce.
L’histoire de la synonymie est marquée par une mise en synonymie historique sous Zamia angustifolia par August Grisebach dans son Catalogus plantarum cubensium (1866, p. 217). Cette synonymie, fondée sur une délimitation morphologique large à l’époque où prévalaient des concepts spécifiques étendus, a été reprise dans plusieurs traitements ultérieurs, dont certains catalogues du Smithsonian. Elle n’est plus retenue par POWO ni par le World List of Cycads, qui reconnaissent Zamia stricta et Zamia angustifolia comme deux espèces distinctes.
La position phylogénétique de Zamia stricta dans le clade Caribéen et Floridien a été confirmée par les analyses moléculaires de Calonje et collaborateurs (2019) et par l’étude phylotranscriptomique de Lindstrom et collaborateurs (2024). Les relations internes précises entre les espèces du complexe pumila, et notamment la position relative de Zamia stricta par rapport à Zamia pumila, Zamia integrifolia cubaine, Zamia pygmaea et Zamia angustifolia, restent partiellement réticulées, conformément à l’histoire de flux génétiques inter-spécifiques qui a façonné la radiation du groupe.
Dans la nature
Zamia stricta est endémique de Cuba. Les sources nomenclaturales accessibles (POWO, World List of Cycads) confirment ce strict endémisme cubain sans préciser les provinces ou régions d’occurrence, et les inventaires régionaux récents n’ont pas été publiés en libre accès. Selon les conventions du complexe et les traitements généraux, l’espèce occuperait des habitats de forêts sèches ou semi-décidues sur substrats calcaires ou ferralitiques typiques de l’écosystème cubain, à altitudes basses à moyennes.
L’évaluation IUCN classe Zamia stricta en Vulnerable (VU), statut établi par Stevenson en 2010 dans le cadre de la révision systématique des cycadales caribéennes (DOI 10.2305/IUCN.UK.2010-3.RLTS.T178859A7629516.en). Cette évaluation a été confirmée par la Liste rouge cubaine de 2023 publiée par González-Oliva et González Torres. L’espèce est inscrite à l’Annexe II de la CITES, comme l’ensemble des cycadales.
Les menaces principales documentées pour les cycadales cubaines à l’échelle du genre comprennent la conversion agricole, la déforestation pour le pâturage, les incendies récurrents en saison sèche, l’expansion urbaine, et la collecte illégale par des amateurs et pépiniéristes peu scrupuleux. La fragmentation des populations est considérée comme un facteur de déclin important. Pour Zamia stricta spécifiquement, l’absence d’études démographiques publiées rend difficile la quantification précise des tendances, mais le maintien du statut Vulnerable suggère que la situation reste préoccupante sans atteindre la criticité observée chez Zamia pygmaea (Critically Endangered).
Culture
La culture de Zamia stricta hors de Cuba reste très peu fréquente. L’espèce est rarement disponible dans les pépinières spécialisées européennes, les sujets cubains étant difficiles à obtenir légalement en raison des contraintes CITES et de l’accès limité au matériel d’origine. Les rares plantes commercialisées sous ce nom proviennent essentiellement de collections historiques nord-américaines et de programmes de reproduction ex situ rares.
Les recommandations culturales suivantes s’appuient sur les conventions générales applicables aux cycadales du complexe pumila (groupe de difficulté 1 selon la classification de Simon Lavaud sur Cycadales.eu), en l’absence de protocoles spécifiquement publiés pour cette espèce.
Lumière
L’espèce tolère une large gamme de conditions lumineuses, depuis le plein soleil jusqu’à la mi-ombre forestière, à l’image des autres membres caribéens du complexe. Une exposition tamisée aux heures les plus chaudes de l’été méditerranéen est préférable.
Substrat
Le substrat doit être franchement drainant, avec une fraction minérale de l’ordre de 70 à 80 % du volume total (pouzzolane, perlite, pierre ponce, sable grossier), couplée à un terreau horticole de qualité. La tolérance pédologique des cycadales du complexe pumila est élevée et inclut les substrats légèrement calcaires, ce qui rend l’espèce a priori adaptée à la culture en eau dure méditerranéenne.
Arrosage et qualité de l’eau
Arrosage modéré pendant la saison de croissance avec ressuyage complet du substrat entre deux apports. En période fraîche, les apports doivent être nettement réduits. L’eau du robinet, même fortement minéralisée, convient bien aux espèces du complexe pumila, ce qui constitue un avantage pour la culture en France méridionale.
Températures
Les températures estivales optimales se situent entre 25 et 30 °C la journée et 15 à 20 °C la nuit. En hiver, l’espèce tolère probablement des températures comprises entre 1 et 10 °C, à condition que les remontées diurnes atteignent 15 à 20 °C et que le substrat reste relativement sec — paramètres applicables au complexe pumila en général, en l’absence de données spécifiquement publiées pour Zamia stricta. Une serre froide à tempérée hors gel constitue le minimum thermique fiable pour la culture européenne.
Culture en conteneur
La culture en pot convient bien à Zamia stricta, dont le caudex compact apprécie les contenants profonds plutôt que larges. Le rempotage est rare — tous les trois à cinq ans suffit pour un sujet adulte — et se pratique au printemps lors de la reprise d’activité. Les pots en terre cuite, qui favorisent l’évaporation latérale et donc le ressuyage, sont préférables aux contenants plastique pour une espèce qui craint l’excès d’humidité racinaire.
Multiplication
La multiplication de Zamia stricta se fait essentiellement par semis, comme chez l’ensemble des cycadales. La présence simultanée d’individus mâles et femelles en floraison est nécessaire, ainsi qu’une pollinisation manuelle hors de l’aire d’origine où le ou les coléoptères pollinisateurs naturels sont absents. Le pollinisateur spécifique de Zamia stricta à Cuba n’a pas été formellement décrit dans la littérature accessible, à la différence du cas portoricain où Pharaxonotha portophylla Franz & Skelley (2008) est désormais bien documenté pour Zamia erosa et Zamia portoricensis.
Les graines, à sarcotesta charnu rouge à orangé, doivent être semées fraîches après élimination de la pulpe (qui inhibe la germination et favorise les contaminations fongiques). Le semis se pratique en substrat drainant à 25–28 °C avec humidité modérée. La germination peut s’étaler sur plusieurs mois et s’effectue probablement en deux étapes (radicule puis première feuille séparées de quelques mois), à l’image de ce qui a été décrit chez Zamia erosa à Cambalache (Negrón-Ortiz et collaborateurs, 1996), bien qu’aucune étude spécifique à Zamia stricta n’ait été publiée.
Les jeunes plants présentent une croissance lente et il faut plusieurs années pour que se précisent les caractères diagnostiques adultes — notamment la droiture caractéristique du feuillage qui justifie le nom de l’espèce.
Maladies et ravageurs
Les ravageurs et pathogènes rencontrés en culture sont communs à l’ensemble des cycadales du complexe pumila maintenues en serre tempérée. Les cochenilles à bouclier (Diaspididae), notamment Aulacaspis yasumatsui (cochenille asiatique du cycas), constituent depuis la fin des années 1990 la menace prioritaire pour toutes les cycadales en collection à l’échelle mondiale. Le traitement associe habituellement huile blanche horticole et insecticide systémique, dans les limites des réglementations locales.
Les cochenilles farineuses (Pseudococcidae) colonisent volontiers la base des feuilles et les jeunes pousses. Les acariens (tétranyques) peuvent apparaître en conditions de forte chaleur et de faible humidité atmosphérique.
Les pourritures racinaires fongiques (Phytophthora spp.) restent la cause principale de mortalité en culture européenne et résultent presque toujours d’un excès d’humidité du substrat en période fraîche. La prévention repose sur la rigueur du drainage et la modération des arrosages hivernaux.
Rusticité
Zamia stricta est une espèce tropicale à subtropicale, dont la tolérance au froid en culture est probablement comparable à celle des autres membres du complexe pumila d’origine caribéenne. Elle correspond aux zones USDA 10b à 11, avec une culture en pleine terre limitée aux climats subtropicaux secs ou aux situations méditerranéennes les plus abritées avec substrat très drainant.
En climat méditerranéen littoral européen, les sujets bien établis peuvent ponctuellement tolérer de brèves gelées matinales jusqu’à environ −2 °C en milieu très drainant, mais cette tolérance reste à valider au cas par cas par des observations de première main et n’est pas garantie. Dans l’ensemble de l’Europe continentale, la culture en serre froide à tempérée hors gel demeure la seule option fiable.
Cette rusticité modérée reflète l’origine cubaine de l’espèce, où la saison sèche est marquée mais où les températures hivernales restent généralement supérieures à 10 °C dans la quasi-totalité de l’aire naturelle. Elle est probablement inférieure à celle de Zamia integrifolia (Floride, qui supporte de brefs épisodes sous le seuil de gel) et comparable à celle de Zamia pumila, Zamia erosa et Zamia portoricensis.
Usages traditionnels
À Cuba, les cycadales du genre Zamia sont collectivement désignées par plusieurs noms vernaculaires d’origine taïno ou hispano-créole : guáyiga, guáyara, yuca cimarrona, yuca guáyara, yuquilla de paredón, yuquilla de ratón. Le premier de ces noms — guáyiga — a été enregistré dès le milieu du XVIᵉ siècle par le chroniqueur Bartolomé de Las Casas, qui le décrivait comme le terme utilisé par les Taïnos des montagnes cubaines. Les noms yuquilla de ratón et yuquilla de paredón évoquent quant à eux le caractère toxique de la plante et son habitude de pousser à la base des affleurements rocheux. Le verbe espagnol guayar (« râper, gratter »), dont l’origine taïno est suspectée, serait dérivé de l’usage ancestral des cycadales pour la préparation de farine par râpage des rhizomes.
Comme les autres membres du complexe pumila, Zamia stricta a vraisemblablement été utilisée comme source d’amidon par les populations taïnos cubaines avant la conquête espagnole, selon le procédé général documenté à travers les Caraïbes : broyage de la tige souterraine et des racines tubérisées, lavage prolongé à grande eau pour éliminer la cycasine et les composés toxiques apparentés (méthylazoxyméthanol, BMAA), fermentation et séchage de la pâte pour produire une farine grossière utilisée en galettes. L’archéobotanique caribéenne (Mickleburgh & Pagán-Jiménez, 2012) a confirmé la consommation de plantes du complexe pumila à l’échelle régionale, sans qu’il soit toujours possible de discriminer l’espèce précise utilisée à partir des seuls grains d’amidon préservés dans les calculs dentaires anciens.
Toutes les parties de Zamia stricta doivent être considérées comme strictement toxiques : la cycasine, le méthylazoxyméthanol et le BMAA présents dans les tissus sont hépatotoxiques et neurotoxiques. Aucune utilisation culinaire moderne ne doit être tentée hors d’un cadre traditionnel maîtrisé. Les animaux domestiques et les jeunes enfants doivent être tenus à distance des sujets cultivés. Les seuls usages contemporains acceptables sont ornementaux, conservatoires ou scientifiques.
FAQ
Qu’est-ce qui distingue Zamia stricta des autres Zamia cubaines ? Son port dressé et ses feuilles fines et droites — caractères évoqués par l’épithète stricta (« très droit ») — constituent le critère principal de reconnaissance. Zamia stricta est plus grande que Zamia pygmaea (plus petite cycadale au monde), aux folioles plus étroites que celles de Zamia integrifolia cubaine, et plus robuste que Zamia angustifolia.
Pourquoi cette espèce est-elle moins connue que les autres membres du complexe pumila ? Plusieurs facteurs convergent : l’absence d’étude démographique ou écologique publiée à son sujet ; la difficulté historique d’accès aux populations cubaines pour les chercheurs internationaux ; la diversité considérable du genre Zamia à Cuba, où coexistent plusieurs espèces et de nombreux écotypes mal résolus taxonomiquement, ce qui complique la délimitation précise des espèces ; et la rareté de son matériel en culture hors de Cuba. Une révision taxonomique moderne des Zamia cubaines reste un objectif majeur pour la cycadologie contemporaine.
Que signifie le nom stricta ? Strictus est un adjectif latin signifiant « très droit, raide, serré ». Miquel l’a employé pour caractériser la droiture et la rigidité des feuilles, dressées et fines, qui distinguent l’espèce au sein du complexe pumila.
Cette espèce a-t-elle été confondue avec d’autres ? Oui. August Grisebach, dans son Catalogus plantarum cubensium (1866), a placé Zamia stricta en synonymie de Zamia angustifolia. Cette synonymie a été reprise dans plusieurs catalogues anciens, dont certaines bases de données héritées (Smithsonian notamment). Elle n’est plus retenue par POWO ni par le World List of Cycads, qui reconnaissent Zamia stricta et Zamia angustifolia comme deux espèces distinctes.
Quel est son statut de conservation ? Zamia stricta est classée Vulnerable (VU) sur la Liste rouge IUCN (Stevenson, 2010), statut confirmé par la Liste rouge cubaine de 2023 (González-Oliva & González Torres). L’espèce est inscrite à l’Annexe II de la CITES. Les menaces principales identifiées pour les cycadales cubaines à l’échelle du genre sont la conversion agricole, la déforestation, les incendies récurrents et la collecte illégale.
Peut-on en trouver en pépinière européenne ? Zamia stricta est très rare sur le marché européen. Les contraintes CITES et la difficulté d’accès au matériel cubain limitent fortement la disponibilité commerciale légale. Les collectionneurs cherchant à enrichir une collection de cycadales caribéennes trouvent plus facilement Zamia integrifolia (Floride), Zamia erosa (sous l’ancien nom Zamia amblyphyllidia), ou Zamia pumila (de provenance dominicaine).
Sites de référence
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World List of Cycads (Calonje, Stevenson & Osborne), Montgomery Botanical Center. Fiche Zamia stricta : https://cycadlist.org/scientific_name/558
International Plant Names Index (IPNI). Fiche Zamia stricta : https://www.ipni.org/
IUCN Red List of Threatened Species. Évaluation Zamia stricta (Vulnerable) : https://www.iucnredlist.org/species/178859/7629516
World Flora Online. Fiche Zamia stricta : https://wfoplantlist.org/taxon/wfo-0000429682-2024-06
The Cycad Pages, Royal Botanic Gardens Sydney : https://plantnet.rbgsyd.nsw.gov.au/PlantNet/cycad/
Cycadales.eu, Comment cultiver les Zamia en climat tempéré (Simon Lavaud, 2023) : https://cycadales.eu/comment-cultiver-les-zamia-en-climat-tempere/
CITES, Appendices : https://cites.org/eng/app/appendices.php
Bibliographie
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Calonje, M., Stevenson, D.W. & Osborne, R. (2026). The World List of Cycads (Version 2026.03.10). Coral Gables, FL : Montgomery Botanical Center. https://www.cycadlist.org/
González-Oliva, L. & González Torres, L. (2023). Cuban Redlisted Plant Species – 2023. [Liste rouge cubaine récente, confirme le statut Vulnerable de Zamia stricta]
Grisebach, A. (1866). Catalogus plantarum cubensium exhibens collectionem Wrightianam aliasque minores ex insula Cuba missas. Leipzig : Engelmann. [Catalogue historique des plantes cubaines, place Zamia stricta en synonymie de Zamia angustifolia — vue aujourd’hui rejetée]
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Lavaud, S. (2023). How to cultivate Zamia in temperate climates. Cycadales.eu. [Note sur la diversité non résolue des Zamia cubaines]
Lindstrom, A., Habib, S., Dong, S., Gong, Y., Liu, J., Calonje, M., Stevenson, D. & Zhang, S. (2024). Transcriptome sequencing data provide a solid base to understand the phylogenetic relationships, biogeography and reticulated evolution of the genus Zamia L. (Cycadales: Zamiaceae). Annals of Botany, 134(5) : 747–768. [Phylogénie phylotranscriptomique du genre]
Meerow, A.W., Stevenson, D.W., Moynihan, J. & Francisco-Ortega, J. (2007). Unlocking the Coontie Conundrum: The Potential of Microsatellite DNA Studies in the Caribbean Zamia pumila Complex (Zamiaceae). Memoirs of the New York Botanical Garden, 98 : 484–518.
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Negrón-Ortiz, V., Gorchov, D.L. & Breckon, G.J. (1996). Population structure in Zamia debilis (Zamiaceae). II. Seed germination and dynamics of the seedling and adult stages. American Journal of Botany, 83(11) : 1467–1475. [Étude démographique de référence sur le complexe portoricain, applicable par analogie à Zamia stricta]
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