Le genre Didierea

Parmi toutes les silhouettes étranges qui composent la forêt épineuse de Madagascar, aucune n’est aussi immédiatement reconnaissable que celle des Didierea. Ces deux espèces d’arbres et d’arbustes semi-succulents, hérissés d’épines, universellement surnommés « arbres pieuvres » en raison de leurs branches tortueuses et couvertes d’épines, constituent le genre type de la famille des Didiereaceae. Pour de nombreux voyageurs et botanistes, ils représentent la plante la plus emblématique du paysage du sud de Madagascar. Cette page présente le genre dans son ensemble et recense ses deux espèces.

Taxinomie

Le genre Didierea a été établi en 1880 par le botaniste français Henri Ernest Baillon, à partir d’un spécimen récolté aux environs de Tuléar, dans le sud-ouest de Madagascar, par le naturaliste et explorateur Alfred Grandidier — à qui le genre rend hommage. L’espèce décrite par Baillon, Didierea madagascariensis, demeure l’espèce type du genre.

Didierea appartient à la famille des Didiereaceae, au sein de la sous-famille des Didiereoideae, qui regroupe les quatre genres malgaches dioïques, épineux et arborescents endémiques de Madagascar : Didierea, Alluaudia, Alluaudiopsis et Decarya. Seules deux espèces sont actuellement reconnues : Didierea madagascariensis, décrite par Baillon en 1880, et Didierea trollii, décrite quelque quatre-vingts ans plus tard, en 1961, par Roger Capuron et Werner Rauh. L’épithète spécifique trollii honore le botaniste allemand Wilhelm Troll, connu pour ses travaux sur la morphologie végétale. Les deux espèces figurent à l’Annexe II de la CITES, ce qui soumet leur commerce international à une réglementation stricte afin de prévenir la surexploitation des populations sauvages.

Morphologie et biologie

Comme l’ensemble des genres de la sous-famille Didiereoideae, les Didierea sont des arbres ou arbustes semi-succulents, ligneux et dioïques. Leurs tiges portent des pousses latérales courtes — appelées brachyblastes — disposées en verticilles. Chaque brachyblaste produit à la fois un faisceau d’épines robustes et, pendant la saison de croissance, une rosette de petites feuilles étroites et caduques qui assurent la photosynthèse avant de tomber à la saison sèche, laissant les tiges épineuses prendre le relais de l’assimilation carbonée. Les fleurs sont petites, verdâtres, portées en épis sur des pieds séparés (mâles et femelles). Le fruit est une petite structure sèche, ailée, caractéristique de la famille.

Si les deux espèces partagent ce plan d’organisation général, elles divergent nettement dans leur port. Didierea madagascariensis développe, à l’état jeune, un tronc unique, épais et peu ramifié à la manière d’une colonne, qui ne commence à se ramifier que bien au-dessus de la hauteur d’homme, pour atteindre en fin de compte 6 à 10 mètres. Ses épines sont disposées en verticilles réguliers de quatre. Didierea trollii, en revanche, présente un dimorphisme de croissance caractéristique : ses tiges juvéniles commencent par ramper et s’étaler horizontalement sur le sol pendant un certain temps, avant qu’un tronc ligneux dressé et ramifié se développe progressivement, donnant aux individus adultes une silhouette basse, enchevêtrée, véritablement semblable à une pieuvre, qui dépasse rarement 4 à 5 mètres de hauteur. Ses épines sont généralement groupées par trois au niveau de chaque aréole, accompagnées d’un nombre similaire de feuilles charnues.

Distribution et écologie

Les deux espèces sont endémiques des fourrés épineux du sud-ouest de Madagascar, qui font partie de l’écorégion plus large de la forêt épineuse malgache — l’un des habitats forestiers secs les plus botaniquement singuliers et les plus menacés de la planète, reconnu comme priorité mondiale par le programme Global 200 du WWF. Cette écorégion, localisée dans une bande littorale et sub-littorale au climat semi-aride, constitue l’un des hauts lieux de la biodiversité endémique africaine.

Didierea madagascariensis est la plus répandue des deux : elle pousse abondamment sur des sols sableux rouges, depuis la région de Toliara jusqu’au fleuve Morondava au nord, où elle côtoie les baobabs (Adansonia spp.), Alluaudia procera et plusieurs espèces d’Euphorbia épineuses dans la composition classique de la forêt épineuse. Didierea trollii occupe quant à elle une aire de répartition comparativement plus étroite, à l’intérieur de cette même région géographique.

Index des espèces

  • Didierea madagascariensis Baill. — l’« arbre pieuvre » classique, et l’espèce type du genre. Connu localement sous les noms de sohongy, sony ou soribarika (noms en dialecte Tanosy évoquant ses branches qui s’élèvent en s’évasant). Très répandu et le mieux connu des deux, il forme un tronc unique épais qui ne se ramifie qu’en hauteur.
  • Didierea trollii Capuron & Rauh — l’arbre pieuvre rampant ou octopus nain, distingué par son dimorphisme de croissance caractéristique : une phase juvénile prostrée au sol suivie d’un développement ultérieur en tronc dressé et ramifié. Plus bas et plus trapu que l’espèce précédente.

Culture en collection

Les deux espèces exigent un ensoleillement maximal, un substrat minéral très drainant, et une période de repos hivernal franchement sec et frais, durant laquelle les feuilles caduques tombent et les arrosages doivent être quasi totalement supprimés. Un excès d’humidité en phase de dormance constitue la cause la plus fréquente d’échec en culture. Ces plantes ne tolèrent pas le gel et, en dehors de régions véritablement subtropicales ou arides, doivent être cultivées sous serre ou en pot, à rentrer à l’abri pour l’hiver.

La croissance est lente. La multiplication se fait presque exclusivement par graines : la dioécie rend l’autofécondation impossible, et le bouturage s’avère difficile à maîtriser. Il convient de toujours se procurer des plants issus de semis en pépinière, d’origine légalement documentée, compte tenu du statut réglementé de ces espèces en vertu de la CITES. En France, comme dans l’ensemble de l’Union européenne, la détention d’un spécimen doit être accompagnée d’une facture ou d’un certificat de cession justifiant son origine licite.

Conservation

Le statut de conservation diffère entre les deux espèces. Didierea madagascariensis est actuellement évaluée comme étant de Préoccupation mineure (LC) par l’UICN, en raison de son aire de répartition relativement étendue. Didierea trollii, en revanche, est classée comme Vulnérable (VU), ce qui traduit une pression plus forte exercée sur ses populations aux effectifs plus limités. Les deux espèces subissent néanmoins les mêmes menaces fondamentales qui pèsent sur l’ensemble de l’écorégion de la forêt épineuse malgache : le défrichement pour la production de charbon de bois et l’agriculture de subsistance, sur une aire de répartition naturellement restreinte au sud de Madagascar. Les deux espèces bénéficient de la protection offerte par l’Annexe II de la CITES, qui réglemente leur commerce international pour limiter les prélèvements en milieu naturel.

Sites de référence

Plants of the World Online (Kew) — https://powo.science.kew.org — autorité nomenclaturale utilisée pour les espèces acceptées, les auteurs et la synonymie mentionnés sur cette page.

Liste rouge de l’UICN des espèces menacées — https://www.iucnredlist.org — source des évaluations de conservation différenciées de Didierea madagascariensis (LC) et de Didierea trollii (VU).

Bibliographie

Baillon, H.E. (1880). « Sur le Didierea. » Bulletin Mensuel de la Société Linnéenne de Paris 1 : 258. [Description originale du genre Didierea et de son espèce type, Didierea madagascariensis, à partir de matériel récolté près de Tuléar par Alfred Grandidier.]

Rauh, W. (1963). « Didierea trollii Capuron et Rauh, eine neue Didieraceae aus Süd-Madagaskar. » Kakteen und andere Sukkulenten 14. [Description formelle et introduction horticole de Didierea trollii, incluant la présentation de son dimorphisme de croissance caractéristique qui le distingue de Didierea madagascariensis.]

Applequist, W.L. & Wallace, R.S. (2000). « Phylogeny of the Madagascan endemic family Didiereaceae. » Plant Systematics and Evolution 221(3–4) : 157–166. [Étude phylogénétique moléculaire confirmant le placement de Didierea au sein de la sous-famille Didiereoideae, aux côtés d’Alluaudia, d’Alluaudiopsis et de Decarya.]