Si vous possédez un agave aux feuilles gris-bleu ondulées, cassantes et étalées comme les bras d’un poulpe argenté, acheté sous le nom d’Agave gypsophila, vous possédez très probablement un Agave pablocarrilloi. Décrite seulement en 2013 par Vázquez-García et collaborateurs dans Systematic Botany, cette espèce endémique de l’État de Colima est la plante qui circule depuis des décennies dans les pépinières du monde entier sous le nom d’une autre — un cas classique d’identité botanique erronée révélée par la recherche taxonomique moderne.
L’histoire est simple : Gentry (1982) avait décrit sous le nom d’Agave gypsophila un ensemble de populations réparties sur quatre États mexicains. En 2013, une révision a montré que ces populations appartenaient en réalité à cinq espèces distinctes, chacune endémique de son propre massif calcaire. Le véritable Agave gypsophila sensu stricto est restreint au Guerrero, classé CR par l’IUCN, et essentiellement absent de la culture. La plante que tout le monde cultive provient du Colima et s’appelle Agave pablocarrilloi. La transition nomenclaturale est en cours dans les pépinières les plus rigoureuses, mais l’ancien nom reste dominant dans le commerce.
Nomenclature : cette page traite de la plante en culture, Agave pablocarrilloi, vendue sous le nom commercial d’Agave gypsophila. Pour l’histoire taxonomique complète et le tableau des cinq espèces du complexe, consultez la fiche Agave gypsophila.
Nom scientifique : Agave pablocarrilloi A.Vázquez, Muñiz-Castro & Padilla-Lepe (2013)
Nom commercial usuel : Agave gypsophila (incorrect au sens strict)
Famille : Asparagaceae, sous-famille Agavoideae
Origine : Mexique — Colima (endémique), affleurements calcaires crétacés
Taille adulte : 60–100 cm de haut × 80–200 cm de large (variable selon les conditions)
Rusticité : −1 à −3 °C / zone USDA 10a–10b
IUCN : Non évalué séparément (décrit en 2013)
Difficulté de culture : 2/5 — facile en conditions tropicales ; frileux
Taxonomie et nomenclature
Agave pablocarrilloi a été décrit en 2013 par J. Antonio Vázquez-García, Miguel Ángel Muñiz-Castro et Jesús Padilla-Lepe dans Systematic Botany, dans le cadre d’une révision du complexe Agave gypsophila qui a abouti à la reconnaissance de quatre nouvelles espèces. L’épithète pablocarrilloi honore Pablo Carrillo-Reyes, un chercheur de la flore mexicaine à l’Université de Guadalajara.
L’espèce appartient au sous-genre Agave (inflorescence paniculée) et au groupe Marmoratae (Berger 1915), un ensemble d’agaves des affleurements calcaires du Mexique occidental et méridional, qui comprend également Agave marmorata, Agave gypsophila sensu stricto, Agave zebra, Agave abisaii, Agave andreae et Agave kristenii. Tous les Marmoratae partagent une affinité pour les substrats calcaires et un endémisme étroit — chaque massif calcaire isolé héberge sa propre espèce, résultat d’une spéciation allopatrique liée à la fragmentation géographique des formations crétacées.
POWO (2026) accepte Agave pablocarrilloi comme espèce distincte, native du Mexique (Colima). Le spécimen type provient de la route Colima–Pihuamo (km 41), à 792 m d’altitude (Vázquez-García & Padilla-Lepe 9090, IBUG).
Statut dans le commerce
La prise de conscience progresse lentement. San Marcos Growers (Californie) note désormais « [A. pablocarrilloi] » entre crochets sur sa fiche d’Agave gypsophila. Le pépiniériste européen Canarius vend la plante directement sous le nom d’Agave pablocarrilloi. Plant Delights (Caroline du Nord) la traite comme une sous-espèce : « A. gypsophila ssp. pablocarrilloi ». Le semencier Rarepalmseeds.com utilise le nom correct. La majorité des vendeurs en ligne et des collectionneurs continuent cependant d’utiliser « Agave gypsophila » sans qualification.
Noms communs
Agave de Pablo Carrillo, agave de pierre du Colima (français) ; Colima stone agave, Carrillo agave, ripples century plant (anglais) ; maguey de peña, maguey de piedra (espagnol, Colima).
Distribution et habitat naturel
Agave pablocarrilloi est endémique de l’État de Colima, dans l’ouest du Mexique. Il pousse sur des affleurements calcaires crétacés (formations de l’Albien au Cénomanien), dans des boisements secs ouverts, des forêts épineuses et des forêts tropicales sèches, entre 300 et 600 mètres d’altitude. Le substrat est un calcaire fracturé, localement riche en gypse, dans lequel la plante s’ancre directement dans les fissures de la roche.
La végétation associée comprend Cordia spp., des cactus colonnaires (Pachycereus spp., Neobuxbaumia spp.) et d’autres succulentes. Le climat est tropical sec, avec une saison sèche prolongée et des températures élevées toute l’année. Les gelées sont absentes dans l’aire de répartition naturelle.
L’aire de distribution est étroite — confinée à quelques affleurements calcaires isolés du Colima — ce qui est caractéristique des Marmoratae, dont chaque espèce est un endémique de son propre massif. Aucune aire protégée ne couvre les populations connues, ce qui rend l’espèce vulnérable à la destruction de l’habitat pour l’agriculture ou les carrières.
Conservation
Agave pablocarrilloi n’a pas fait l’objet d’une évaluation séparée par l’IUCN — l’espèce n’ayant été décrite qu’en 2013, les données de population sont encore insuffisantes. Cependant, son endémisme étroit (État de Colima uniquement), son confinement à des affleurements calcaires non protégés, et les menaces génériques pesant sur les forêts tropicales sèches du Mexique occidental (déforestation, pâturage, urbanisation) justifieraient une évaluation.
La large diffusion de l’espèce en culture dans le monde entier (sous le nom d’Agave gypsophila) constitue une assurance de conservation ex situ significative. Les clones cultivés proviennent principalement de matériel collecté près de Ciudad de Colima, ce qui signifie que la base génétique représentée en culture est probablement étroite — un argument supplémentaire pour la protection des populations sauvages et leur variabilité génétique.
Comment reconnaître Agave pablocarrilloi ?
Port
Agave pablocarrilloi forme une rosette ouverte, étalée, de 60 à 100 cm de hauteur et de 80 à 200 cm de diamètre à maturité (les dimensions les plus grandes étant atteintes en culture luxuriante avec arrosage régulier). Le nombre de feuilles est relativement faible (10 à 30), ce qui crée une architecture aérée et sculpturale. La plante peut produire des rejets en culture, formant avec le temps des colonies en monticule — un comportement plus marqué que chez le véritable Agave gypsophila sensu stricto.
Feuilles
Les feuilles mesurent 45 à 100 cm de long pour 12 à 15 cm de large (selon la description originale), sont lancéolées, épaisses et charnues. La couleur est un gris-bleu poudré à blanc-argenté spectaculaire, qui s’intensifie en lumière vive. Les jeunes feuilles émergent verticalement du cœur de la rosette en formant un tube, avant de s’ouvrir et de se courber vers l’extérieur en développant les ondulations caractéristiques.
Les marges ondulées sont le caractère le plus distinctif : légèrement à modérément ondulées (moins fortement que ce que certaines descriptions commerciales suggèrent), portant de petites dents brunes de 3 à 4 mm, régulièrement espacées. Ce bord ondulé crée l’effet « vague » qui a valu à la plante son nom anglais de « blue wave agave » ou « ripples century plant ».
Les feuilles sont cassantes et fragiles — un caractère partagé avec toutes les espèces du complexe Marmoratae. Elles contiennent peu de fibres et se brisent facilement au moindre choc mécanique. Cette fragilité impose une manipulation prudente et un emplacement protégé des vents violents.
L’épine terminale est brune, de 2 à 3 cm, modérément robuste.
Inflorescence et floraison
L’inflorescence est une panicule ramifiée de 2 à 3 mètres de hauteur, portant des fleurs jaune orangé — une couleur de fleur qui distingue Agave pablocarrilloi du véritable Agave gypsophila sensu stricto, dont les fleurs sont jaunes. La floraison intervient au printemps, avant le début de la mousson de juin, ce qui permet la maturation des graines pendant la saison des pluies — une stratégie phénologique partagée avec d’autres plantes CAM de l’ouest du Mexique. L’espèce est monocarpique.
Espèces proches et confusions fréquentes
| Caractère | Agave pablocarrilloi | Agave gypsophila | Agave guiengola |
|---|---|---|---|
| Distribution | Colima, 300–600 m | Guerrero, 600–1 000 m | Oaxaca, 100–1 000 m |
| Largeur des feuilles | 12–15 cm | 7–12 cm | 14–25 cm |
| Texture des feuilles | Cassantes, semi-flexibles | Cassantes, souples | Épaisses, souples |
| Ondulation des marges | Modérée | Modérée à forte | Faible |
| Couleur des fleurs | Jaune orangé | Jaune | Jaune pâle |
| Drageonnement | Fréquent en culture | Variable | Fréquent en culture |
| IUCN | Non évalué | CR | EN |
| Présence en culture | Très répandu (sous le nom « gypsophila ») | Essentiellement absent | Répandu |
La confusion principale est évidemment celle avec Agave gypsophila sensu stricto — mais puisque cette dernière est essentiellement absente de la culture, la confusion est avant tout nomenclaturale (un mauvais nom sur une étiquette) plutôt que morphologique (deux plantes différentes dans le même pot). La confusion morphologique la plus fréquente en collection est avec Agave guiengola, qui partage les feuilles larges, argentées et peu nombreuses. Les marges ondulées de pablocarrilloi sont le critère de distinction le plus immédiat.
Culture et entretien
| Paramètre | Recommandation |
|---|---|
| Rusticité | −1 à −3 °C / zone USDA 10a–10b |
| Lumière | Mi-ombre à plein soleil filtré |
| Sol | Bien drainé ; calcaire recommandé |
| Arrosage | Modéré à généreux en été ; sec en hiver |
| Taille adulte | 60–100 cm × 80–200 cm |
| Croissance | Lente à modérée |
| Difficulté | 2/5 |
Lumière
Agave pablocarrilloi n’est pas un agave de plein soleil désertique. C’est une plante de forêt tropicale sèche qui pousse à l’ombre des arbres dans son habitat naturel. En culture, la mi-ombre ou le soleil filtré sont préférables, en particulier en climat chaud et sec. Le plein soleil côtier (avec l’atténuation de la brise marine) convient, mais le plein soleil de l’intérieur brûle les feuilles. Les feuilles sont plus argentées en lumière vive et plus vertes à l’ombre — les deux colorations sont ornementales.
Substrat
Bien drainé mais pas aussi extrêmement minéral que pour les agaves du désert. Un mélange 50/50 de matériaux drainants et de terreau convient. L’ajout de calcaire broyé est bénéfique. L’espèce n’est pas un xérophyte extrême : elle tolère un substrat plus riche et plus humide que la plupart des agaves.
Arrosage
Rarepalmseeds.com résume la philosophie culturale en une phrase : « c’est un agave tropical, pas une plante du désert, et il apprécie un emplacement chaud à la lumière filtrée avec beaucoup d’eau en été ». En été, arroser régulièrement (tous les 5 à 7 jours). En hiver, maintenir le substrat sec, surtout en dessous de 10 °C. Canarius recommande de garder la plante sèche en dessous de 10 °C.
Rusticité
Très frileux : −1 à −3 °C maximum, brièvement et en sol sec. Les feuilles cassantes gèlent et se brisent facilement. En Europe, la culture en conteneur avec hivernage sous abri hors gel est la norme. La pleine terre n’est envisageable que dans les situations les plus abritées du littoral le plus doux.
Culture en conteneur
L’espèce se prête particulièrement bien au pot. Sa silhouette sculpturale, ses feuilles ondulées argentées et sa croissance relativement modérée en font un sujet de terrasse spectaculaire. Un pot en terre cuite ou en céramique sombre (le contraste avec le feuillage argenté est saisissant) de 30 à 50 cm de diamètre convient pour un sujet adulte.
Multiplication
Division de rejets
En culture, l’espèce drageonne plus facilement que le véritable Agave gypsophila. Les rejets peuvent être séparés au printemps. C’est le mode de propagation le plus courant dans les pépinières.
Bulbilles
Des bulbilles peuvent se former sur la hampe florale après la floraison.
Semis
Les graines sont disponibles chez des semenciers spécialisés (Rarepalmseeds.com) et germent à 25–30 °C en 10 à 21 jours. Le semis est le meilleur moyen de diversifier la base génétique en culture, les clones existants étant probablement issus d’un nombre très limité d’introductions depuis le Colima.
Ravageurs et maladies
Dommages mécaniques
Les feuilles cassantes se brisent au moindre choc — manipulation prudente, emplacement protégé du vent et des passages fréquents.
Pourriture du collet
Risque significatif en hiver humide. L’espèce est plus sensible au froid humide que les agaves de montagne. Substrat drainant et sécheresse hivernale stricte.
Cochenilles
Possibles à la base des feuilles, en particulier sous abri. Inspection régulière.
Utilisation paysagère
Agave pablocarrilloi est l’un des agaves les plus architecturalement distinctifs du genre. Sa silhouette de poulpe argenté aux tentacules ondulées — « un croisement entre un agave et un broméliacée », selon Plant Delights — arrête le regard et suscite la curiosité. C’est un agave pour les paysagistes qui recherchent un effet sculptural audacieux dans un cadre tropical ou méditerranéen.
En pot sur une terrasse ombragée (il tolère la mi-ombre), il crée un point focal d’une élégance saisissante. Associé à des plantes à feuillage vert sombre (Zamia, Cycas, Philodendron), le contraste chromatique entre l’argenté des feuilles ondulées et le vert profond de l’environnement est spectaculaire.
Cultivars
‘Ivory Curls’ est une sélection à ondulations marginales particulièrement prononcées, créant un effet de froissé ou de dentelle sur chaque feuille. ‘Creme Brulee’ (= forme panachée à marges blanc crème) est très recherché des collectionneurs et atteint des prix élevés.
Questions fréquentes
Ma plante étiquetée « Agave gypsophila » est-elle en réalité un Agave pablocarrilloi ?
Oui, dans la grande majorité des cas. La quasi-totalité des plantes vendues dans le monde sous le nom d’Agave gypsophila sont des Agave pablocarrilloi, originaires du Colima. Le véritable Agave gypsophila du Guerrero est en danger critique d’extinction et essentiellement absent de la culture.
Qui est Pablo Carrillo ?
Pablo Carrillo-Reyes est un botaniste chercheur de l’Université de Guadalajara, spécialiste de la flore mexicaine. L’espèce a été nommée en son honneur par Vázquez-García et collaborateurs lors de la révision de 2013 du complexe Agave gypsophila.
Pourquoi les feuilles sont-elles si cassantes ?
C’est une caractéristique partagée par toutes les espèces du groupe Marmoratae. Les feuilles contiennent peu de fibres de renforcement et beaucoup de tissu charnu fragile. En milieu naturel, cette fragilité peut être une stratégie de détachement des feuilles endommagées par les vents ou les animaux. En culture, elle impose une manipulation prudente.
Dois-je changer l’étiquette de ma plante ?
C’est une question de rigueur botanique. Si vous êtes collectionneur ou jardin botanique, l’utilisation du nom correct (Agave pablocarrilloi) est recommandée. Si vous êtes jardinier amateur, le nom « Agave gypsophila » reste universellement compris et n’empêche pas la plante de pousser. L’important est de connaître la situation pour ne pas confondre votre plante avec le véritable Agave gypsophila du Guerrero, qui est une espèce distincte, en danger critique, et aux besoins culturaux potentiellement différents.
Cette espèce résiste-t-elle au gel ?
Très peu : −1 à −3 °C maximum. C’est une plante tropicale de basse altitude (300–600 m au Colima) qui ne tolère aucun gel significatif. Les feuilles cassantes sont particulièrement vulnérables au gel, qui les fait éclater. En Europe, la culture sous abri hors gel est indispensable dans la quasi-totalité des situations.
Sites de référence et bases de données
POWO — Agave pablocarrilloi A.Vázquez, Muñiz-Castro & Padilla-Lepe : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:77132416-1
BioOne — Vázquez-García et al. (2013), Four New Species of Agave of the Marmoratae Group : https://bioone.org/journals/systematic-botany/volume-38/issue-2/036364413X666642
Canarius — Agave pablocarrilloi (sous nom correct) : https://www.canarius.com/en/plants/agave-pablocarrilloi.html
Rarepalmseeds.com — Agave pablocarrilloi (graines) : https://www.rarepalmseeds.com/agave-pablocarrilloi
Bibliographie
Vázquez-García, J.A., Muñiz-Castro, M.Á., Sahagún-Godínez, E., Cházaro-Basáñez, M.de J., De Castro-Arce, E., Nieves-Hernández, G. & Padilla-Lepe, J. (2013). Four New Species of Agave (Agavaceae) of the Marmoratae Group. Systematic Botany, 38(2) : 320–331. [description originale d’Agave pablocarrilloi].
Gentry, H.S. (1982). Agaves of Continental North America. University of Arizona Press, Tucson. 670 p. [Agave gypsophila sensu lato, groupe Marmoratae].
Berger, A. (1915). Die Agaven. Verlag von Gustav Fischer, Jena. [définition du groupe Marmoratae].
POWO (2026). Agave pablocarrilloi A.Vázquez, Muñiz-Castro & Padilla-Lepe. Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew.
