Aeonium cuneatum

Aeonium cuneatum Webb & Berthel. est l’un des deux représentants de la section Canariensia du genre Aeonium, endémique strict de l’île de Tenerife dans l’archipel des Canaries. C’est une succulente de laurisylve aux rosettes massives en coupe, dépourvues de tige, dont la face supérieure des feuilles est recouverte d’une pruine cireuse grisâtre caractéristique. Localement appelée gongaro de Anaga, du nom du massif où elle est la plus abondante, elle se distingue de la plupart des autres Aeonium par sa croissance stolonifère qui lui permet de former, avec le temps, des nappes étendues de rosettes au sol. Ce caractère, partagé dans le genre uniquement avec Aeonium simsii d’après les travaux d’Arango, en fait une plante de jardin précieuse — facile à multiplier, vigoureuse, et particulièrement adaptée aux microclimats français les plus doux, qu’ils soient méditerranéens ou atlantiques.

Comment reconnaître Aeonium cuneatum

Aeonium cuneatum présente une morphologie caractéristique qui le rend identifiable au premier regard pour qui connaît le genre.

Port général. Plante succulente vivace acaule, ou à tige extrêmement courte de quelques centimètres seulement. Hauteur totale rarement supérieure à 50 cm hampes florales comprises. Largeur d’occupation au sol de 50 cm pour un sujet isolé, plus d’un mètre pour une touffe stolonifère bien établie. La rosette est pratiquement posée sur le substrat, conférant à l’espèce un port en coussin plat très différent des Aeonium arborescents les plus communs en culture.

Rosette. Massive, en coupe ouverte, généralement de 30 à 40 cm de diamètre chez les sujets de taille standard, atteignant 50 cm chez les sujets adultes vigoureux et exceptionnellement davantage en pleine terre. La rosette est d’aspect plat à légèrement concave, avec un cœur peu marqué. Elle peut rester solitaire chez les sujets jeunes ou en culture serrée, mais émet rapidement des stolons courts donnant naissance à de nouvelles rosettes filles à proximité immédiate de la rosette mère, formant des nappes denses avec le temps.

Feuille. C’est la signature visuelle de l’espèce. Forme typiquement cunéiforme, en coin allongé — d’où l’épithète cuneatum. Limbe spatulé à oblancéolé, de 10 à 25 cm de long sur 4 à 5 cm de large environ, charnu mais relativement mince comparé à d’autres Aeonium. Apex apiculé, marges finement ciliées. Surface lisse, glabre, vert clair à vert tendre, mais surtout recouverte sur la face supérieure d’une pruine cireuse blanchâtre à grisâtre facilement effaçable au passage du doigt. Cette pruine est l’un des caractères les plus reconnaissables : aucune autre espèce du genre ne présente une telle finition cireuse sur des feuilles aussi grandes et aussi cunéiformes. Sous stress lumineux ou hydrique, le limbe peut prendre des reflets bronzés ou rosés en marge, tout en conservant la pruine.

Inflorescence. Hampe florale dressée, robuste, atteignant 30 à 50 cm de hauteur, émergeant du centre de la rosette. Inflorescence en panicule pyramidale lâche, plus aérée que celle de la plupart des autres Aeonium. Floraison de fin d’hiver et printemps (février à mai selon les régions et les conditions).

Fleur. Petite, étoilée, à 8 ou 9 pétales jaune doré, plus largement étalés que chez les espèces voisines. Cette ouverture des pétales — caractère noté par les premiers descripteurs et toujours signalé dans la littérature horticole anglo-saxonne — donne à l’inflorescence un aspect plus délicat que les pyramides denses d’Aeonium arboreum ou d’Aeonium urbicum.

Croissance stolonifère. Caractère rare dans le genre, qui mérite d’être souligné. Au lieu de produire des rejets directement à la base de la rosette mère, Aeonium cuneatum émet des stolons courts horizontaux qui se terminent par une nouvelle rosette enracinée. Ce mode de propagation lui permet de coloniser rapidement une surface horizontale et explique sa capacité à former des tapis impressionnants en culture comme dans la nature. Arango (2023) souligne qu’au sein du genre seules deux espèces présentent cette particularité, Aeonium cuneatum et Aeonium simsii.

Hybrides naturels

Aeonium cuneatum est sympatrique à Tenerife avec plusieurs autres espèces du genre, ce qui a donné naissance à des hybrides naturels documentés.

Aeonium × acebesii O. Arango (2021). Croisement entre Aeonium cuneatum et Aeonium urbicum subsp. urbicum. Décrit par Arango dans Vieraea 47 : 79–114. Caractère remarquable : étant donné que les deux parents sont stolonifères, cet hybride peut se reproduire végétativement par stolons, propriété très rare parmi les hybrides naturels d’Aeonium. Selon Arango, seuls deux hybrides naturels du genre présentent cette capacité de reproduction végétative, Aeonium × acebesii à Tenerife et Aeonium × stoloniferum à Gran Canaria. Ce caractère assure la persistance de l’hybride sur le terrain en l’absence de production de graines fertiles.

Aeonium × tahodiense. Croisement entre Aeonium cuneatum et Aeonium canariense subsp. canariense. Sympatrique sur le massif d’Anaga, où les deux parents partagent les habitats de laurisylve.

Les barrières prézygotiques entre Aeonium cuneatum et ses voisins sont la séparation géographique fine au sein de Tenerife (étages altitudinaux différents, versants opposés) et les décalages dans les périodes de floraison. Lorsque ces barrières sont franchies — ce qui se produit aux interfaces écologiques —, l’hybridation naturelle est la règle plus que l’exception dans le genre.

Confusions possibles

La confusion la plus fréquente concerne Aeonium canariense, espèce sœur partageant le massif d’Anaga et la même section Canariensia. Le caractère discriminant le plus net est la nature du tégument foliaire : Aeonium canariense présente des feuilles densément pubescentes-veloutées au toucher, recouvertes de fins poils glandulaires qui leur donnent une texture caractéristique « peau de pêche » bien connue sous le nom commercial de Giant Velvet Rose. Aeonium cuneatum possède au contraire des feuilles parfaitement glabres, recouvertes uniquement d’une pruine cireuse qui s’efface au frottement et n’est pas un revêtement pileux véritable. La forme foliaire diffère également : franchement cunéiforme et plus étroite chez Aeonium cuneatum, plus largement spatulée chez Aeonium canariense.

La confusion avec Aeonium tabuliforme est plus rare car cette dernière espèce présente une rosette discoïde parfaitement plate composée de très nombreuses feuilles imbriquées en spirales serrées (jusqu’à 200 feuilles par rosette), un aspect en plat de table très différent de la coupe ouverte de Aeonium cuneatum. Les deux espèces partagent cependant l’absence de tige significative et peuvent croître dans des biotopes voisins à Anaga.

Sur les marchés horticoles, Aeonium cuneatum est parfois étiqueté à tort sous le nom commercial « Aeonium glaucum », qui n’est pas un nom valide selon POWO mais qui circule dans le commerce pour décrire de nombreux Aeonium glauques.

Taxonomie

Aeonium cuneatum Webb & Berthel. est le nom accepté selon POWO (Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew, consultation 2026). L’espèce a été originellement décrite par Philip Barker Webb et Sabin Berthelot en 1841 dans le tome 3 de leur monumentale Histoire Naturelle des Îles Canaries (volume 3(2;1) : 197), où elle apparaît parmi les premières espèces canariennes du genre formellement publiées.

POWO reconnaît un seul synonyme : Sempervivum cuneatum (Webb & Berthel.) Christ, combinaison effectuée par Hermann Christ dans Botanische Jahrbücher für Systematik 9 : 161 (1887), à une époque où l’ensemble des actuels Aeonium, Aichryson, Greenovia et Monanthes étaient classés sous Sempervivum L. au sens large.

Le nom de genre Aeonium dérive du grec ancien aiônios (αἰώνιος), « éternel » ou « sans âge », en référence à la longévité des rosettes. L’épithète spécifique cuneatum est l’adjectif latin signifiant « en forme de coin », allusion directe à la silhouette cunéiforme des feuilles.

Au sein du genre, Aeonium cuneatum appartient à la section Canariensia Liu (1989), section monophylétique solidement soutenue par les analyses phylogénétiques moléculaires (Mes 1995 ; Messerschmid et al. 2023). Cette section regroupe les espèces à très grandes rosettes aplaties, à port acaule ou à tige réduite, à feuilles larges et à inflorescences pyramidales relativement aérées. Elle ne comprend que deux espèces, Aeonium cuneatum et Aeonium canariense (avec ses cinq sous-espèces).

La monographie de référence sur le genre est celle de Cristini (2022, Piante Grasse 42, Supplément), qui maintient Aeonium cuneatum comme espèce distincte sans remettre en cause son rang.

Une succulente de laurisylve

Aeonium cuneatum est l’une des rares succulentes véritables à habiter les forêts de lauriers humides — un habitat à priori paradoxal pour une famille de plantes habituellement associée aux milieux arides. Cette particularité écologique éclaire l’ensemble de son comportement cultural et la distingue nettement de la majorité des espèces du genre.

La laurisylve canarienne est une formation forestière relictuelle d’origine tertiaire, qui occupe les versants exposés aux alizés du nord, entre 500 et 1 200 mètres d’altitude environ, sur les îles centrales et occidentales des Canaries. Cette forêt est entretenue par le phénomène dit des pluies horizontales (lluvia horizontal en espagnol) : la condensation continue des nuages d’alizés sur les frondaisons des arbres et les escarpements rocheux, qui apporte une humidité atmosphérique permanente même pendant la saison sèche estivale. C’est dans cet environnement frais, humide et tempéré toute l’année que Aeonium cuneatum a évolué — non sur les pentes arides côtières où croissent par exemple Aeonium balsamiferum ou Aeonium lancerottense.

Les conséquences écophysiologiques sont importantes. Aeonium cuneatum possède une succulence foliaire modérée et ne dispose pas des cuticules épaisses ni des stratégies CAM marquées des espèces de l’étage xérophytique. Sa tolérance à la sécheresse atmosphérique est limitée. Inversement, sa tolérance à l’humidité relative élevée et à la mi-ombre est bien supérieure à celle de la plupart des Aeonium cultivés, ce qui ouvre des perspectives culturales originales en climat tempéré océanique.

Aeonium cuneatum dans la nature

Endémique strict de l’île de Tenerife, Aeonium cuneatum est principalement localisé dans le massif d’Anaga, au nord-est de l’île, où il constitue l’un des éléments les plus emblématiques de la flore endémique. Il y est d’ailleurs connu sous le nom local de gongaro de Anaga. Les populations de référence se développent sur les pentes nord et nord-est, à la lisière supérieure de la laurisylve, entre 500 et 960 mètres d’altitude environ, et exceptionnellement jusqu’à 1 300 mètres.

L’espèce est également présente, plus discrètement, dans le massif du Teno au nord-ouest de l’île, comme l’ont rapporté plusieurs observateurs récents (notamment dans The Cactus Explorer 29 en 2024). Les populations du Teno occupent des biotopes comparables à ceux d’Anaga : falaises et parois rocheuses humides exposées au nord, à la lisière de la laurisylve relictuelle de cette zone montagneuse. Ces deux noyaux populationnels traduisent la fragmentation de l’habitat originel par les éruptions volcaniques anciennes et plus récentes du Teide qui dominent la partie centrale de Tenerife.

Le substrat de prédilection est rocheux : parois verticales basaltiques, fissures de falaises, vires herbeuses, replats rocheux des barrancos (canyons humides). L’orientation est presque toujours nord ou nord-est, ce qui maximise l’apport d’humidité par les alizés tout en limitant l’insolation directe.

L’espèce est associée dans son habitat à toute une cohorte de plantes endémiques canariennes caractéristiques de la laurisylve et de ses lisières : Persea indica, Laurus novocanariensis, Ilex canariensis, Erica platycodon, ainsi qu’à d’autres Aeonium sympatriques (notamment Aeonium canariense subsp. canariense, Aeonium ciliatum, Aeonium urbicum subsp. urbicum et Aeonium tabuliforme) avec lesquels elle peut hybrider.

Culture

La culture de Aeonium cuneatum est aisée à condition de comprendre son origine forestière et de ne pas la traiter comme une succulente xérophytique classique. Les paramètres essentiels sont l’humidité, la luminosité tamisée et la qualité du drainage.

Exposition. En climat méditerranéen français (Provence, Côte d’Azur, Languedoc, Corse), une exposition mi-ombragée est idéale, particulièrement avec une protection contre le soleil ardent de l’après-midi en été. Une orientation nord ou nord-est, à proximité d’un mur réfléchissant la lumière sans la concentrer, reproduit assez bien les conditions d’Anaga. En climat océanique tempéré (Bretagne sud littorale, Belle-Île, Île de Ré, côte de Granit Rose, Île de Bréhat, microclimats abrités de Normandie), où la luminosité est plus diffuse et l’humidité atmosphérique élevée, le plein soleil est non seulement supporté mais bénéfique : il y reproduit le bilan radiatif des conditions canariennes mieux que ne le fait le soleil méditerranéen sec. Les jardins exotiques bretons et de la Côte d’Émeraude qui cultivent Aeonium cuneatum en pleine terre l’attestent.

Substrat. Plus humifère que le mélange standard pour Aeonium. Une combinaison de 40 % de terreau de qualité (peu fibreux, bien décomposé), 30 % de pouzzolane fine ou de pumice, 20 % de sable grossier de rivière, et 10 % de matière organique légère (compost mûr ou tourbe blonde si l’on en utilise encore) convient bien. Le pH neutre est préférable, mais l’espèce tolère légèrement l’acidité du sol breton. Drainage absolument indispensable malgré la teneur organique relativement élevée du mélange.

Arrosage. Régulier mais modéré pendant la saison de croissance (septembre à mai), avec apports plus généreux en période de croissance active si la plante est cultivée en pot. À la différence de la plupart des Aeonium, Aeonium cuneatum ne tolère pas une sécheresse estivale prolongée : un apport modéré tous les quinze à vingt jours est nécessaire en juillet-août en climat méditerranéen, particulièrement pour les sujets en pot. En climat océanique tempéré, la pluviométrie estivale couvre généralement les besoins, et une humidité atmosphérique modérée maintient la plante en activité quasi continue.

Fertilisation. Apports modérés d’engrais équilibré dilué (NPK 5-10-10 ou équivalent succulentes) une fois par mois pendant la saison de croissance. L’azote excessif est à éviter : il provoque un développement spectaculaire mais affaiblit la résistance aux maladies fongiques.

Conduite en pot. Aeonium cuneatum s’accommode bien de la culture en pot large et peu profond, qui correspond à son enracinement superficiel et permet d’accompagner sa propension stolonifère à coloniser horizontalement. Privilégier les contenants en terre cuite naturelle pour favoriser l’évaporation latérale. Rempotage tous les deux ans en début de saison de croissance.

Conduite en pleine terre. L’espèce s’établit remarquablement bien dans les rocailles, sur les murets et dans les escaliers de pierre des jardins méditerranéens et atlantiques tempérés. Le caractère stolonifère lui permet de tapisser progressivement les volumes disponibles, ce qui en fait l’une des très rares succulentes utilisables comme couvre-sol structurant. Privilégier les positions abritées des vents froids hivernaux du nord et du nord-est, et à l’ombre légère d’arbustes ou de murs en climat méditerranéen.

Multiplication

Le caractère stolonifère de Aeonium cuneatum dicte sa méthode de multiplication la plus efficace.

Division des stolons. Méthode de référence et de loin la plus simple. À l’automne, à la reprise de la végétation, déterrer délicatement les rosettes filles déjà enracinées en bout de stolon, sectionner le stolon de raccordement à la rosette mère à l’aide d’un sécateur stérilisé, et replanter immédiatement la jeune rosette dans un pot ou en pleine terre. La reprise est quasi immédiate étant donné que la plantule dispose déjà d’un système racinaire fonctionnel.

Bouture de rosette. Plus aléatoire car Aeonium cuneatum est essentiellement acaule : on ne dispose pas d’une véritable tige à prélever. Pour les rares sujets ayant développé une tige courte, il est possible de couper la rosette terminale avec un fragment de tige de 2 à 3 cm, de laisser cicatriser cinq à sept jours à l’ombre, puis de mettre en pot dans un substrat très drainant à peine humide. L’enracinement intervient en trois à six semaines.

Semis. Possible et productif. Aeonium cuneatum est auto-fertile et peut produire des graines viables sans intervention manuelle. Les graines sont très fines, à semer en surface d’un substrat fin et humide, à 18-20 °C, sous couvert humide. Germination en deux à trois semaines. La descendance peut présenter des variations morphologiques si le sujet mère a été en présence d’autres Aeonium sympatriques au moment de la floraison, l’hybridation interspécifique étant la règle dans le genre.

Maladies et ravageurs

Aeonium cuneatum partage les vulnérabilités générales du genre, avec quelques nuances liées à son écologie de laurisylve.

Cochenilles farineuses. Particulièrement Planococcus citri et Pseudococcus longispinus, qui s’établissent volontiers au cœur des rosettes denses, là où l’aération est limitée. La densité du feuillage cunéiforme et l’humidité résiduelle de la rosette en font un milieu favorable à ces parasites. Inspection régulière en fin d’été et au début de l’automne. Traitement par tampon imbibé d’alcool isopropylique à 70 % en application localisée sur les colonies visibles.

Pucerons. Sur les jeunes inflorescences au printemps. Pulvérisation de savon noir dilué.

Limaces et escargots. Plus problématiques en climat océanique humide qu’en climat méditerranéen sec. Les jeunes feuilles tendres au cœur des rosettes constituent une cible attractive. Granulés à base de phosphate ferrique ou ramassage manuel nocturne.

Pourritures bactériennes et fongiques. Risque modéré en pleine terre dans les climats à hivers humides, particulièrement sur sol mal drainé. Le caractère acaule et la position au ras du sol exposent davantage Aeonium cuneatum aux remontées d’eau par capillarité que les espèces arborescentes. Un mulch minéral en surface (gravier fin, ardoise pilée) limite efficacement ce risque.

Botrytis (pourriture grise). Risque augmenté en climat océanique humide après les épisodes prolongés de pluies froides. Aération autour des sujets, retrait des feuilles atteintes.

Rusticité

Aeonium cuneatum tolère brièvement des températures de l’ordre de –3 °C en condition sèche, et accuse des dégâts foliaires sévères en deçà de –4 à –5 °C. La combinaison froid + humidité hivernale est nettement plus dangereuse que le froid sec.

En France métropolitaine, la zone USDA 9b représente le seuil acceptable pour la culture en pleine terre de l’espèce. Les stations littorales abritées des zones 10a (frange méditerranéenne très protégée, microclimats du golfe du Morbihan, Île de Bréhat, Belle-Île, certaines portions de la côte de Granit Rose, Île de Ré dans les zones les plus douces) lui conviennent particulièrement bien grâce à leur humidité atmosphérique élevée et à l’absence de gels prolongés. Au-delà de la zone 9b, la culture en pot avec hivernage en serre froide hors gel ou en véranda lumineuse à 5–10 °C devient obligatoire.

Usages

L’usage horticole de Aeonium cuneatum reste relativement confidentiel en France comparé à la diffusion d’Aeonium arboreum ou de ses cultivars sombres. C’est pourtant l’une des espèces les plus intéressantes du genre pour les amateurs et les jardiniers méditerranéens et atlantiques avertis.

Couvre-sol structurant. Sa propension stolonifère en fait l’une des très rares succulentes véritablement utilisables en couvre-sol décoratif. Sur quelques années, une plantation initiale de quelques rosettes peut tapisser une surface de plusieurs mètres carrés, formant une nappe régulière de coupes ouvertes argentées par la pruine. L’effet visuel est saisissant en bordure de terrasse, le long d’un escalier de pierre, ou en garniture d’une rocaille bien drainée.

Sujet de collection. Pour les amateurs du genre, c’est une espèce incontournable, à la fois représentante typique de la section Canariensia et exemple remarquable d’adaptation à la laurisylve. Elle se distingue immédiatement par sa morphologie et son comportement parmi une collection d’Aeonium arborescents.

Composition horticole. En association avec d’autres Aeonium contrastés par le port (espèces arborescentes comme Aeonium arboreum, Aeonium urbicum ou Aeonium nobile), avec des cultivars sombres (‘Zwartkop’, ‘Velour’), ou avec d’autres succulentes méditerranéennes (Agave, Beschorneria, Echeveria), Aeonium cuneatum apporte la note basse, étalée et glauque qui structure les compositions et fait ressortir les volumes verticaux des autres plantes.

Jardins de référence en France. Sur la façade méditerranéenne, Aeonium cuneatum est cultivé dans les grandes collections du Domaine du Rayol, du Jardin exotique de Monaco, de la Villa Thuret à Antibes, et de plusieurs jardins privés du Var et des Alpes-Maritimes. Sur la façade atlantique, le Conservatoire botanique national de Brest, le Jardin exotique de Roscoff, le Jardin Georges-Delaselle sur l’Île de Batz et les jardins de Kerdalo dans les Côtes-d’Armor en présentent des spécimens établis depuis longtemps.

FAQ

Faut-il arroser Aeonium cuneatum en été ? Oui, modérément, contrairement à la plupart des autres Aeonium. C’est une espèce de laurisylve qui ne tolère pas une sécheresse estivale prolongée. Apport tous les quinze à vingt jours en climat méditerranéen, généralement pas nécessaire en climat océanique tempéré.

Pourquoi les feuilles ont-elles cet aspect grisâtre ? La face supérieure des feuilles est recouverte d’une pruine cireuse blanchâtre, sécrétée par la plante pour limiter l’évaporation et le rayonnement. Cette couche s’efface au frottement (un doigt passé sur la feuille y laisse une trace) et se reconstitue avec la croissance. Ne pas la confondre avec un dépôt minéral ou un parasite.

Mon Aeonium cuneatum émet de longues tiges horizontales, est-ce normal ? Oui. Ce sont des stolons, caractéristiques de l’espèce. Chaque stolon se termine par une nouvelle rosette qui s’enracinera et formera à terme un sujet indépendant. Ce comportement est l’une des spécificités de Aeonium cuneatum dans le genre, et le moyen le plus simple de le multiplier.

Peut-on cultiver Aeonium cuneatum en intérieur ? Possible mais peu recommandé. L’espèce demande beaucoup de lumière (équivalent d’une exposition près d’une grande baie sud) et une humidité atmosphérique modérée à élevée. En appartement chauffé hivernalement, l’air sec compromet la qualité du feuillage. La véranda lumineuse non chauffée donne de bien meilleurs résultats que le salon.

Mon Aeonium cuneatum fleurit, va-t-il mourir ? Comme la plupart des Aeonium, chaque rosette est monocarpique : elle meurt après floraison. Cependant, Aeonium cuneatum étant stolonifère, la mort de la rosette florifère ne compromet en rien la survie du sujet : les rosettes filles déjà installées continueront leur croissance. Couper la hampe florale fanée et la rosette morte pour soigner l’aspect d’ensemble.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — fiche Aeonium cuneatum : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:272212-1

Banco de Datos de Biodiversidad de Canarias : https://www.biodiversidadcanarias.es/

International Crassulaceae Network (ICN) : https://www.crassulaceae.ch/

Royal Horticultural Society — fiche culturale : https://www.rhs.org.uk/plants/87203/aeonium-cuneatum/details

LLIFLE — Encyclopedia of Living Forms : https://www.llifle.com/Encyclopedia/SUCCULENTS/Family/Crassulaceae/

iNaturalist — observations d’Aeonium cuneatum : https://www.inaturalist.org/taxa/325144-Aeonium-cuneatum

Endémicas Canarias — hybrides d’Aeonium à Tenerife : https://endemicascanarias.com/es/allcategories-es-es/endemicas/tenerife/hibridos-de-aeonium-en-tenerife

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