Cycas multipinnata

Cycas multipinnata appartient au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels. C’est l’une des espèces les plus spectaculaires du genre : ses feuilles sont bipennées (deux fois divisées), à folioles ultimes fourchues en Y, et portées par les plus longs pétioles connus chez les gymnospermes. Endémique de la région du fleuve Rouge, à cheval sur le sud-est du Yunnan (Chine) et le nord du Vietnam, c’est une espèce gravement menacée, longtemps passée inaperçue avant sa découverte scientifique en 1994.

Comment reconnaître Cycas multipinnata ?

C’est un cycas inconfondable. Là où l’immense majorité des cycas portent des feuilles simplement pennées (une seule fois divisées, en folioles disposées le long du rachis), Cycas multipinnata a des feuilles bipennées : le limbe est divisé deux fois, et les segments ultimes se terminent par une fourche en Y. L’ensemble de la feuille peut atteindre environ 7 m de long, et le seul pétiole (la portion sans folioles, à la base de la feuille) atteint 3 à 3,4 m dans la nature, et jusqu’à 4 m sur des plantes cultivées — le plus long pétiole connu chez les gymnospermes. C’est aussi l’une des plus grandes surfaces foliaires de tout le groupe.

Le tronc est généralement court, souvent en partie souterrain ou tubéreux, ce qui contraste avec l’ampleur du feuillage. L’espèce est dioïque. Comme les autres cycas de la section Stangerioides, elle présente des sporophylles mâles molles, des ovules glabres et un sclérotesta verruqueux.

Hybrides connus

Aucun hybride horticole nommé ni hybride naturel formellement décrit n’est attesté pour Cycas multipinnata. La principale source de confusion la concernant est nomenclaturale et non hybridogène (voir Confusion et Taxonomie).

Confusion avec d’autres espèces

Les feuilles bipennées à segments fourchus ne se rencontrent que chez un petit groupe de cycas du sud de la Chine et du Vietnam. Cycas multipinnata se distingue de ses proches par l’ampleur de ses feuilles deux fois divisées et l’extraordinaire longueur de ses pétioles. Cycas bifida a des folioles divisées une seule fois de façon dichotomique (et non un limbe deux fois penné) ; Cycas debaoensis a des feuilles bi- à tripennées mais d’un port différent ; Cycas micholitzii, enfin, est une espèce du centre du Vietnam et du Laos à feuilles simplement pennées, avec laquelle Cycas multipinnata a souvent été confondue dans la littérature ancienne — au point d’avoir été traitée comme sa sous-espèce (Cycas micholitzii subsp. multipinnata). La distinction d’avec Cycas segmentifida, autre cycas du Sud-Ouest chinois à folioles découpées, repose sur le mode de division du limbe.

Taxonomie

Cycas multipinnata a été décrit en 1994 par Chia-Jui Chen et S. Y. Yang, dans l’Acta Phytotaxonomica Sinica (32(3) : 239, 480-481). L’identifiant nomenclatural IPNI est 979059-1 et l’holotype est conservé à l’herbier de l’Institut de botanique de l’Académie chinoise des sciences, à Pékin (PE). L’épithète vient du latin multi- (« nombreux ») et pinnatus (« penné »), en référence au limbe plusieurs fois divisé.

L’espèce est rangée dans la section Stangerioides, le vaste groupe sino-vietnamien caractérisé par des sporophylles mâles molles, des ovules glabres et un sclérotesta verruqueux. Elle a fait l’objet de plusieurs recombinaisons : D. J. de Laubenfels l’avait transférée dans son genre Epicycas (Epicycas multipinnata), un genre aujourd’hui rejeté et ramené à la synonymie de Cycas ; A. Lindstrom l’avait par ailleurs traitée comme une sous-espèce de Cycas micholitzii. Plants of the World Online la reconnaît aujourd’hui comme une espèce distincte, et ces deux noms (Epicycas multipinnata, Cycas micholitzii subsp. multipinnata) en sont des synonymes.

Dans la nature

Cycas multipinnata est endémique de la région du fleuve Rouge, dans le sud-est du Yunnan (Chine) et le nord du Vietnam (province de Yên Bái), avec une aire morcelée de part et d’autre de la frontière. Il croît sous forêt sempervirente, sur des pentes calcaires escarpées. Les études de phylogéographie distinguent deux ensembles génétiques principaux, l’un au Yunnan, l’autre au nord du Vietnam, séparés par un faible flux de gènes depuis leur divergence à la fin du Pléistocène ; elles montrent aussi un déclin des effectifs sur les dernières dizaines de milliers d’années, en partie attribué aux oscillations climatiques quaternaires, aggravé plus récemment par les perturbations humaines.

Sur le plan de la conservation, la situation est critique : l’espèce est évaluée « En danger critique » (CR) sur la Liste rouge de l’UICN, du fait de la perte d’habitat et d’un prélèvement intense pour le commerce des plantes ornementales (cette espèce très décorative est recherchée), avec un petit nombre de populations résiduelles. Elle bénéficie de quelques aires protégées, dont la réserve de cycas de Honghe et la réserve naturelle du mont Xilong, au Yunnan. Comme toute la famille des Cycadaceae, l’espèce relève de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture. Cycas multipinnata est donc avant tout une espèce de conservation, dont la survie dépend largement des aires protégées et des collections ex situ.

Culture

La culture de Cycas multipinnata est recherchée des amateurs en raison de son feuillage exceptionnel, mais elle reste délicate et l’espèce est rare en collection légale. De son origine — sous-bois de forêts sempervirentes sur pentes calcaires de la région du fleuve Rouge —, on déduit les besoins d’une plante thermophile appréciant la chaleur, une lumière filtrée à mi-ombragée (elle pousse sous couvert), un sol parfaitement drainant, volontiers calcaire, et une bonne hygrométrie. Les arrosages sont réguliers durant la végétation, plus mesurés en saison fraîche, sans eau stagnante. L’immense feuillage demande de l’espace et un emplacement abrité du vent, qui déchirerait les grandes feuilles. La croissance est lente, comme chez la plupart des cycas.

Multiplication

La multiplication se fait par semis, à partir de graines fraîches. L’espèce étant dioïque, l’obtention de graines viables suppose des pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. La sarcotesta charnue est nettoyée avant le semis ; les graines demandent de la chaleur et un substrat drainant maintenu humide pour germer, lentement. Compte tenu du statut « En danger critique » de l’espèce et de la forte pression de prélèvement qui pèse sur elle, seul du matériel issu de semis et de sources légales doit être recherché : le cultiver à partir de graines légitimes contribue directement à sa conservation ex situ.

Maladies et ravageurs

Les ennemis sont communs à l’ensemble des cycas cultivés : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), particulièrement redoutable sous climat chaud et humide, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges. La chenille du papillon Luthrodes pandava (le « bleu des cycas »), ravageur des jeunes pousses de cycadales dans la région indo-pacifique, peut s’attaquer aux jeunes feuilles — un risque d’autant plus sérieux que le feuillage fait tout l’intérêt de l’espèce. La pourriture du tronc et des racines, liée à un excès d’humidité ou à un drainage insuffisant, reste le principal trouble physiologique, accru chez une plante à tronc en partie souterrain.

Rusticité

Issu de forêts sempervirentes de la région du fleuve Rouge, Cycas multipinnata est sensible au gel et réservé aux climats chauds (zones de rusticité USDA de l’ordre de 10 à 11). Son origine, en altitude moyenne dans des vallées calcaires parfois fraîches l’hiver, suggère une tolérance à de courts épisodes frais, mais son immense feuillage est fragile et supporte mal le vent froid et les écarts brutaux. Aucun retour d’expérience chiffré et fiable spécifique à cette espèce n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés. Partout où des gelées sont possibles, la culture en serre chaude ou en bac hiverné à l’abri, dans une atmosphère lumineuse et humide, reste la solution la plus sûre.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre et fiablement documenté n’est associé à Cycas multipinnata. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. Le statut « En danger critique » de l’espèce et son inscription à la CITES proscrivent en outre tout prélèvement dans la nature.

FAQ

Qu’est-ce qui rend Cycas multipinnata unique ? Ses feuilles bipennées (deux fois divisées), à segments ultimes fourchus en Y, et ses pétioles démesurés (jusqu’à 3,4 m dans la nature, 4 m en culture) — les plus longs connus chez les gymnospermes.

Que signifie l’épithète multipinnata ? « Plusieurs fois penné », en référence au limbe divisé plus d’une fois, caractère exceptionnel dans le genre.

Où pousse-t-il à l’état sauvage ? Dans la région du fleuve Rouge, à cheval sur le sud-est du Yunnan (Chine) et le nord du Vietnam (Yên Bái), sous forêt sempervirente, sur pentes calcaires.

Est-il menacé ? Oui, gravement : il est classé « En danger critique » (CR), du fait de la perte d’habitat et d’un prélèvement intense pour l’horticulture ornementale.

Ne l’a-t-on pas confondu avec une autre espèce ? Si : il a longtemps été confondu avec Cycas micholitzii (du centre du Vietnam et du Laos), au point d’être traité comme sa sous-espèce ; on le rencontre aussi sous le nom rejeté Epicycas multipinnata.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté, répartition et synonymie : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:979059-1

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/979059-1

Cycad List, The World List of Cycads (cycadlist.org) — type, étymologie, synonymie et statut UICN : https://cycadlist.org/scientific_name/170

Bibliographie

Chen, C.J. & Yang, S.Y. (1994). [Cycas multipinnata C.J.Chen & S.Y.Yang.] Acta Phytotaxonomica Sinica 32(3) : 239, 480-481. [Description originale (protologue).]

Gong, Y.-Q., Zhan, Q.-Q., Nguyen, K.S., Nguyen, H.T., Wang, Y.-H. & Gong, X. (2015). The historical demography and genetic variation of the endangered Cycas multipinnata (Cycadaceae) in the Red River region, examined by chloroplast DNA sequences and microsatellite markers. PLOS ONE 10(2) : e0117719. [Phylogéographie : deux groupes génétiques (Yunnan / nord Vietnam), déclin démographique.]

Hill, K.D. (2008). The genus Cycas (Cycadaceae) in China. Telopea 12(1) : 71-118. [Cadre de classification infragénérique du genre en Chine ; placement en section Stangerioides.]

Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Étymologie des noms de cycadales.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]