Zamia oligodonta est une cycadale colombienne du genre Zamia, endémique du département de Risaralda, dans la cordillère Occidentale. C’est une espèce de montagne à tige le plus souvent souterraine, ne portant qu’une à trois feuilles, dont les folioles larges et coriaces se distinguent par des nervures saillantes ondulées, de grosses dents subapicales et un apex acuminé-falqué, combinaison qui l’identifie au sein du genre. Décrite en 2003 à partir de plants cultivés, puis brièvement mise en synonymie sous Zamia montana avant d’être rétablie comme espèce distincte en 2015, elle forme avec Zamia montana et Zamia wallisii un petit groupe d’espèces andines à folioles nervurées propre à la Colombie. Rarissime et étroitement localisée, elle figure parmi les cycadales les plus menacées d’Amérique du Sud.
Comment reconnaître Zamia oligodonta
Zamia oligodonta est une cycadale de petite à moyenne taille à la tige généralement souterraine, courte, parfois à peine émergente, pouvant atteindre une quarantaine de centimètres de long pour une dizaine de centimètres de diamètre. Le houppier ne porte qu’une à trois feuilles à la fois. Chez les individus sauvages adultes, ces feuilles sont étonnamment longues, atteignant environ 2,7 m, alors que les plants cultivés sur lesquels l’espèce a été décrite restaient bien plus modestes. La base du pétiole porte des aiguillons épars.
Le caractère distinctif tient aux folioles : larges, coriaces, elliptiques, elles présentent de fortes nervures longitudinales saillantes et ondulées (feuillage plissé), de grosses dents dans la région subapicale et un apex acuminé à falqué. Cette association de nervures saillantes, de dents subapicales épaisses et d’un apex effilé sépare Zamia oligodonta de toutes les autres espèces du genre.
L’espèce est dioïque, comme toutes les cycadales : les cônes mâles et femelles sont portés par des pieds séparés, le cône femelle étant ovoïde et renfermant des graines peu nombreuses mais volumineuses.
Hybrides connus
Aucun hybride naturel ni horticole n’est documenté pour Zamia oligodonta. Son extrême rareté, son aire minuscule et sa quasi-absence des collections rendent toute hybridation improbable.
Confusion
Zamia oligodonta appartient au sous-clade « Wallisii », petit groupe d’espèces colombiennes à folioles nervurées qui réunit également Zamia wallisii et Zamia montana. Toutes partagent des folioles larges, coriaces et marquées de nervures saillantes, des tiges souterraines à semi-arborescentes, des cônes femelles ovoïdes à graines peu nombreuses mais volumineuses, et une répartition cantonnée au versant occidental de la cordillère Occidentale de Colombie.
La confusion la plus directe concerne Zamia montana : les deux espèces ont été tenues pour une seule, Zamia oligodonta ayant été placée en synonymie sous Zamia montana en 2009 avant que la révision de terrain de 2015 ne rétablisse leur distinction. Zamia oligodonta, propre au Risaralda, se reconnaît à sa tige le plus souvent souterraine, à son houppier réduit à une à trois feuilles, et surtout à ses folioles à grosses dents subapicales et apex acuminé-falqué. Zamia montana, propre à l’Antioquia, se distingue par son tronc nettement arborescent (jusqu’à 1,5 m) et sa dizaine de feuilles. Zamia wallisii, également d’Antioquia, se signale pour sa part par des folioles d’une taille exceptionnelle.
Taxonomie
Zamia oligodonta a été décrite en 2003 par les botanistes Eduardo Calderón-Sáenz et Dennis W. Stevenson, dans la Revista de la Academia Colombiana de Ciencias Exactas, Físicas y Naturales (volume 27, n° 105, pages 486 à 489). La description originale reposait sur quelques plants cultivés à la Reserva Natural El Refugio-Torremolinos (Risaralda), l’holotype étant la récolte Calderón-Sáenz 174, conservée à l’herbier de l’Institut Humboldt. L’épithète oligodonta, du grec oligos (« peu ») et odous, odontos (« dent »), fait référence au petit nombre de dents présentes dans la région apicale de chaque foliole.
L’histoire taxonomique de l’espèce est mouvementée. En 2009, Anders Lindström la plaça en synonymie sous Zamia montana, estimant que les caractères invoqués pour les séparer (tige souterraine, morphologie des folioles) relevaient de la variation liée à l’âge au sein d’une même espèce. Cette synonymie fut admise plusieurs années, jusqu’à la révision conduite en 2015 par Michael Calonje, Gustavo Morales, Cristina López-Gallego et Francisco Javier Roldán : fondée sur des études de terrain dans les populations sauvages, elle démontra que Zamia oligodonta et Zamia montana sont des espèces morphologiquement distinctes et géographiquement séparées, et rétablit Zamia oligodonta comme espèce valide. Les auteurs notèrent au passage que les plants cultivés ayant servi à la description initiale étaient nettement plus petits que les individus observés en milieu naturel.
Sur le plan phylogénétique, l’analyse moléculaire de Calonje et de ses collaborateurs (2019) a réuni Zamia oligodonta et Zamia wallisii dans un sous-clade « Wallisii » bien soutenu, au sein des Zamia situées à l’ouest des Andes ; Zamia montana, non échantillonnée alors, s’y rattache très probablement. Le genre Zamia, le plus diversifié des cycadales avec environ 80 espèces néotropicales, est aussi le plus largement réparti du Nouveau Monde, de la Floride à la Bolivie.
Dans la nature
Zamia oligodonta est endémique du département de Risaralda, en Colombie, sur le versant occidental de la cordillère Occidentale, où elle croît en forêt de montagne entre 1 500 et 1 800 m d’altitude. La localisation précise de ses populations a été délibérément tenue confidentielle dans les publications afin de limiter le risque de collecte illégale. Comme toutes les Zamiaceae, elle développe des racines coralloïdes hébergeant des cyanobactéries fixatrices d’azote.
Sur le plan de la conservation, Zamia oligodonta compte parmi les cycadales les plus menacées de Colombie. Faute de données de terrain, elle avait d’abord été classée « données insuffisantes » dans l’évaluation colombienne ; à l’issue des relevés réalisés pour la révision de 2015, Calonje et ses collaborateurs ont recommandé un classement « en danger » selon les critères B1ab(i–v)+2ab de l’UICN. Certaines compilations la mentionnent comme étant en danger critique d’extinction. Son aire minuscule, la fragmentation de son habitat et la pression de collecte justifient l’attention conservatoire dont elle fait l’objet. Comme l’ensemble des cycadales, l’espèce est inscrite à l’Annexe II de la CITES.
Culture
Zamia oligodonta est pour ainsi dire absente de la culture, et aucun retour d’expérience horticole substantiel n’est disponible pour cette espèce rarissime et protégée. Les indications ci-dessous procèdent de son habitat, en forêt de montagne d’altitude moyenne.
Culture en pleine terre. La culture extérieure permanente n’est envisageable que sous climat doux, humide et sans gelée. Plante de forêt de montagne, elle suppose une atmosphère fraîche à tempérée mais non gélive, une humidité élevée et constante, une exposition ombragée à lumineuse sans soleil brûlant, et un sol riche et parfaitement drainant. Sa tige souterraine la rend particulièrement sensible à l’humidité stagnante au niveau du collet.
Culture en pot. On privilégiera un substrat drainant retenant l’humidité, des arrosages réguliers, une hygrométrie soutenue et une lumière tamisée. Un contenant profond convient à son port à tige enterrée et à ses longues feuilles. Tout excès d’eau stagnante, surtout par temps frais, expose la tige souterraine et les racines à la pourriture.
Multiplication
La multiplication se fait par semis. Zamia oligodonta étant dioïque, l’obtention de graines suppose la présence de pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. Les graines se nettoient de leur sarcotesta charnue avant d’être semées sur un substrat drainant maintenu chaud et humide ; comme chez toutes les cycadales, la germination est lente. Pour une espèce aussi menacée et aussi étroitement localisée, la mise en culture ex situ à partir de semences présente un intérêt conservatoire évident.
Maladies et ravageurs
En culture, Zamia oligodonta serait exposée, comme les autres cycadales, aux cochenilles et tout particulièrement à la cochenille asiatique des cycas (Aulacaspis yasumatsui), ravageur redoutable en collection et sous serre. Le principal risque demeure toutefois la pourriture de la tige et des racines, favorisée par un substrat trop humide, mal drainé ou maintenu froid, d’autant plus dommageable que la tige est ici souterraine.
Rusticité
Zamia oligodonta est une espèce de forêt de montagne, sans tolérance documentée au gel. Aucune donnée précise de rusticité au froid n’est disponible pour cette plante rarissime, ni dans la littérature horticole ni sur les forums spécialisés. Son habitat d’altitude moyenne, entre 1 500 et 1 800 m, laisse supposer qu’elle supporte des conditions fraîches et humides mieux que les Zamia de plaine tropicale, sans pour autant tolérer la gelée ; en l’absence de tout retour de culture chiffré, on se gardera d’avancer un seuil de température. Comme pour les autres cycadales, l’humidité froide stagnante est plus dommageable que le froid sec, et le risque est ici accru par la tige souterraine. Hors climat doux et sans gel, la culture relève de la serre tempérée ou de la véranda fraîche et lumineuse.
Usages traditionnels
Aucun usage traditionnel propre à Zamia oligodonta n’est documenté de façon fiable dans la littérature accessible. Espèce récemment décrite, étroitement localisée et de localisation tenue confidentielle, elle n’a fait l’objet d’aucun emploi rapporté qui lui soit directement attribuable.
Une mise en garde s’impose en tout état de cause : comme toutes les cycadales, Zamia oligodonta contient de la cycasine et des composés apparentés, hautement toxiques pour l’humain comme pour les animaux. La plante doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques.
FAQ
Est-ce un palmier ? Non. Malgré son feuillage, Zamia oligodonta est une cycadale (Zamiaceae), gymnosperme se reproduisant par cônes, sans lien de parenté étroit avec les palmiers.
D’où vient-elle ? Elle est endémique du département de Risaralda, en Colombie, sur le versant occidental de la cordillère Occidentale, où elle pousse en forêt de montagne entre 1 500 et 1 800 m d’altitude.
Qu’a-t-elle de particulier ? Sa tige le plus souvent souterraine, son houppier réduit à une à trois feuilles, et surtout ses folioles à nervures saillantes ondulées, grosses dents subapicales et apex acuminé-falqué.
Pourquoi a-t-elle été confondue avec Zamia montana ? En raison de leurs ressemblances végétatives, les deux espèces ont été réunies en 2009, avant que des études de terrain ne démontrent en 2015 qu’il s’agit bien d’espèces distinctes, séparées géographiquement (Risaralda pour l’une, Antioquia pour l’autre).
Est-elle menacée ? Oui, gravement : la révision de 2015 a recommandé un classement « en danger », et elle figure parmi les cycadales les plus menacées de Colombie.
Est-elle toxique ? Oui. Toutes ses parties contiennent de la cycasine, toxique pour l’humain et les animaux.
Sites de référence
Plants of the World Online (POWO) — base taxonomique des Jardins botaniques royaux de Kew : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:60427055-2
International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/60427055-2
World Flora Online (WFO) — fiche taxonomique : https://www.worldfloraonline.org/taxon/wfo-0000430870
Bibliographie
Calderón-Sáenz, E. & Stevenson, D.W. (2003). Una nueva especie de Zamia L. (Zamiaceae) de los Andes de Colombia y clave actualizada para las especies del género en Colombia. Revista de la Academia Colombiana de Ciencias Exactas, Físicas y Naturales 27(105) : 486-489. [Protologue de l’espèce ; description originale et clé des Zamia de Colombie.]
Calonje, M., Morales, G., López-Gallego, C. & Roldán, F. (2015). A taxonomic revision of Zamia montana and Zamia oligodonta, with notes on their conservation status. Phytotaxa 192 : 279-289. [Révision de terrain ; rétablissement de l’espèce, morphologie comparée, recommandation de statut de conservation.]
Calonje, M., Meerow, A.W., Griffith, M.P., Salas-Leiva, D., Vovides, A.P., Coiro, M. & Francisco-Ortega, J. (2019). A time-calibrated species tree phylogeny of the New World cycad genus Zamia L. (Zamiaceae, Cycadales). International Journal of Plant Sciences 180(4) : 286-314. [Cadre phylogénétique ; définition du sous-clade « Wallisii ».]
Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Origine de l’épithète oligodonta.]
Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of Cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique et répartition par pays.]
