Zamia montana

Zamia montana est une cycadale colombienne du genre Zamia, endémique du département d’Antioquia, dans la cordillère Occidentale de Colombie. C’est l’une des rares Zamia véritablement arborescentes, au tronc dressé pouvant atteindre 1,5 m, portant de grandes feuilles à folioles larges et coriaces marquées de plusieurs nervures saillantes, caractère peu fréquent chez les cycadales. Décrite dès 1875 à partir de récoltes anciennes, elle est restée introuvable pendant plus d’un siècle avant sa redécouverte en 1983 dans la forêt pluvieuse prémontagnarde d’Antioquia. Elle forme, avec Zamia wallisii et Zamia oligodonta, un groupe d’espèces andines de haute altitude à folioles nervurées propre à la Colombie. Extrêmement rare et classée en danger critique, elle compte parmi les cycadales les plus menacées d’Amérique du Sud.

Comment reconnaître Zamia montana

Zamia montana est une grande espèce arborescente : son tronc dressé peut atteindre 1,5 m de hauteur pour une vingtaine de centimètres de diamètre, et porte jusqu’à une dizaine de feuilles. La base du pétiole est garnie d’aiguillons épars.

Le trait le plus distinctif tient aux folioles : larges, coriaces, elles présentent plusieurs nervures longitudinales saillantes, caractère rare dans l’ordre des cycadales et que Zamia montana partage avec quelques autres espèces sud-américaines. Ce feuillage nervuré, associé au port arborescent, identifie l’espèce.

L’espèce est dioïque. Le cône femelle, généralement solitaire au sommet du tronc, est dressé et cylindrique, atteignant 33 cm de long pour 16 cm de diamètre, couvert d’un tomentum beige-jaune à l’état juvénile (la couleur à maturité n’a pas été observée), à apex stérile obtus. Les cônes mâles, plus modestes, mesurent une douzaine de centimètres de long à l’état juvénile.

Hybrides connus

Aucun hybride naturel ni horticole n’est documenté pour Zamia montana. Son extrême rareté, son isolement dans la cordillère Occidentale et sa quasi-absence des collections rendent toute hybridation improbable.

Confusion

Zamia montana appartient à un petit groupe d’espèces colombiennes à folioles nervurées, le sous-clade « Wallisii », qui réunit également Zamia wallisii et Zamia oligodonta. Les trois partagent des folioles larges, coriaces et marquées de nervures saillantes, des tiges souterraines à semi-arborescentes, des cônes femelles ovoïdes à graines peu nombreuses mais volumineuses, et une répartition cantonnée au versant occidental de la cordillère Occidentale de Colombie.

C’est avant tout de Zamia oligodonta que Zamia montana doit être distinguée : les deux espèces ont longtemps été tenues pour une seule, Zamia oligodonta ayant été placée en synonymie sous Zamia montana en 2009, avant que la révision de terrain de 2015 ne rétablisse leur distinction. Zamia montana se reconnaît à son tronc nettement arborescent (jusqu’à 1,5 m) et à sa dizaine de feuilles, là où Zamia oligodonta, propre au département de Risaralda, a une tige le plus souvent souterraine, occasionnellement à peine arborescente, et un nombre de feuilles plus réduit. Zamia wallisii, qui partage avec elle le département d’Antioquia, se signale pour sa part par des folioles d’une taille exceptionnelle.

Taxonomie

Zamia montana a été décrite en 1875 par le botaniste allemand Alexander Braun, dans les Monatsberichte der Königlich Preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin (1875, page 376). Elle compte deux synonymes : Aulacophyllum montanum (A.Braun) Regel, combinaison publiée dans la Gartenflora en 1876, et Zamia kalbreyeri Dammer ex J.Schust., du nom du collecteur Wilhelm Kalbreyer. L’épithète montana, du latin montanus (« des montagnes »), renvoie à son habitat d’altitude.

Sur le plan phylogénétique, Zamia montana se rattache au clade des Zamia situées à l’ouest des Andes et, au sein de celui-ci, au sous-clade « Wallisii » avec Zamia wallisii et Zamia oligodonta. La révision taxonomique conduite en 2015 par Michael Calonje, Gustavo Morales, Cristina López-Gallego et Felipe Roldán, fondée sur des études de terrain dans les populations sauvages de Risaralda et d’Antioquia, a démontré que Zamia montana et Zamia oligodonta sont des espèces morphologiquement distinctes et géographiquement séparées. Le genre Zamia, le plus diversifié des cycadales avec environ 80 espèces néotropicales, est le plus largement réparti du Nouveau Monde, de la Floride à la Bolivie.

Dans la nature

Zamia montana est endémique du département d’Antioquia, en Colombie, sur le versant occidental de la cordillère Occidentale, dans la région de Frontino. Elle croît à haute altitude, en forêt pluvieuse prémontagnarde, à une élévation exceptionnelle pour une cycadale néotropicale. Comme toutes les Zamiaceae, elle développe des racines coralloïdes hébergeant des cyanobactéries fixatrices d’azote ; son feuillage sert par ailleurs de plante-hôte aux chenilles du papillon Eumaeus, défoliateur spécialisé des cycadales.

L’histoire de l’espèce est singulière. Récoltée au XIXe siècle par le collecteur Wilhelm Kalbreyer puis décrite par Braun en 1875, elle est ensuite restée introuvable pour la science pendant plus d’un siècle, jusqu’à sa redécouverte en 1983 par les botanistes colombiens Rodrigo Bernal et Gloria Galeano, qui retrouvèrent l’itinéraire de Kalbreyer en étudiant les palmiers de Colombie.

Sur le plan de la conservation, Zamia montana est classée en danger critique d’extinction sur la liste rouge mondiale de l’UICN (évaluation de 2010, par López-Gallego). L’espèce est extrêmement rare et son habitat est gravement menacé par l’exploitation forestière ; l’évaluation de 2010 envisageait même une possible extinction à l’état sauvage, l’unique population connue se trouvant dans une zone récemment exploitée. Les études de terrain menées pour la révision de 2015 ont toutefois documenté des individus sauvages encore vivants en Antioquia. Comme l’ensemble des cycadales, l’espèce est inscrite à l’Annexe II de la CITES.

Culture

Zamia montana est pour ainsi dire absente de la culture, et aucun retour d’expérience horticole substantiel n’est disponible pour cette espèce rarissime. Les indications ci-dessous procèdent de son habitat, en forêt pluvieuse d’altitude.

Culture en pleine terre. La culture extérieure permanente n’est envisageable que sous climat doux, humide et sans gelée. Plante de forêt pluvieuse de montagne, elle suppose une atmosphère fraîche à tempérée mais non gélive, une humidité élevée et constante, une exposition ombragée à lumineuse sans soleil brûlant, et un sol riche et parfaitement drainant.

Culture en pot. On privilégiera un substrat drainant retenant l’humidité, des arrosages réguliers, une hygrométrie soutenue et une lumière tamisée. Compte tenu de la taille adulte de l’espèce, un contenant volumineux devient nécessaire avec les années. Tout excès d’eau stagnante, surtout par temps frais, expose le tronc et les racines à la pourriture.

Multiplication

La multiplication se fait par semis. Zamia montana étant dioïque, l’obtention de graines suppose la présence de pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. Les graines se nettoient de leur sarcotesta charnue avant d’être semées sur un substrat drainant maintenu chaud et humide ; comme chez toutes les cycadales, la germination est lente. Pour une espèce aussi menacée, la mise en culture ex situ à partir de semences présente un intérêt conservatoire évident.

Maladies et ravageurs

En culture, Zamia montana serait exposée, comme les autres cycadales, aux cochenilles et tout particulièrement à la cochenille asiatique des cycas (Aulacaspis yasumatsui), ravageur redoutable en collection et sous serre. Le second risque est la pourriture du tronc et des racines, favorisée par un substrat trop humide, mal drainé ou maintenu froid. Dans la nature, ses feuilles sont consommées par les chenilles du papillon Eumaeus, phénomène qui relève de l’écologie de l’espèce plus que d’un problème de culture.

Rusticité

Zamia montana est une espèce de forêt pluvieuse d’altitude, sans tolérance documentée au gel. Aucune donnée précise de rusticité au froid n’est disponible pour cette plante rarissime, ni dans la littérature horticole ni sur les forums spécialisés. Son habitat de haute altitude laisse supposer qu’elle supporte des conditions fraîches et humides mieux que les Zamia de plaine tropicale, sans pour autant tolérer la gelée ; en l’absence de tout retour de culture chiffré, on se gardera d’avancer un seuil de température. Comme pour les autres cycadales, l’humidité froide stagnante est plus dommageable que le froid sec. Hors climat doux et sans gel, la culture relève de la serre tempérée ou de la véranda fraîche et lumineuse.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Zamia montana n’est documenté de façon fiable dans la littérature accessible. Espèce énigmatique, longtemps perdue pour la science et aujourd’hui en danger critique, elle n’a fait l’objet d’aucun emploi rapporté qui lui soit directement attribuable.

Une mise en garde s’impose en tout état de cause : comme toutes les cycadales, Zamia montana contient de la cycasine et des composés apparentés, hautement toxiques pour l’humain comme pour les animaux. La plante doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques.

FAQ

Est-ce un palmier ? Non. Malgré son tronc et son allure, Zamia montana est une cycadale (Zamiaceae), gymnosperme se reproduisant par cônes, sans lien de parenté étroit avec les palmiers.

D’où vient-elle ? Elle est endémique du département d’Antioquia, en Colombie, sur le versant occidental de la cordillère Occidentale, où elle pousse à haute altitude en forêt pluvieuse prémontagnarde.

Qu’a-t-elle de particulier ? Son tronc arborescent (jusqu’à 1,5 m) et ses folioles larges à nervures multiples saillantes, caractère rare chez les cycadales, dans un groupe d’espèces colombiennes qui inclut Zamia wallisii et Zamia oligodonta.

Est-elle menacée ? Oui, gravement : elle est classée en danger critique d’extinction par l’UICN, l’exploitation forestière menaçant son unique région d’occurrence.

Est-elle toxique ? Oui. Toutes ses parties contiennent de la cycasine, toxique pour l’humain et les animaux.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — base taxonomique des Jardins botaniques royaux de Kew : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:297340-1

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/297340-1

World Flora Online (WFO) — fiche taxonomique : https://www.worldfloraonline.org/taxon/wfo-0000429916

UICN — liste rouge mondiale des espèces menacées : https://www.iucnredlist.org/species/42113/10651120

Bibliographie

Braun, A. (1875). [Description originale de Zamia montana.] Monatsberichte der Königlich Preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin 1875 : 376. [Protologue de l’espèce.]

Calonje, M., Morales, G., López-Gallego, C. & Roldán, F. (2015). A taxonomic revision of Zamia montana and Zamia oligodonta, with notes on their conservation status. Phytotaxa 192 : 279-289. [Révision de terrain ; morphologie détaillée, distinction d’avec Zamia oligodonta, statut de conservation.]

Calonje, M., Meerow, A.W., Griffith, M.P., Salas-Leiva, D., Vovides, A.P., Coiro, M. & Francisco-Ortega, J. (2019). A time-calibrated species tree phylogeny of the New World cycad genus Zamia L. (Zamiaceae, Cycadales). International Journal of Plant Sciences 180(4) : 286-314. [Cadre phylogénétique ; sous-clade « Wallisii ».]

López-Gallego, C. (2010). Zamia montana. The IUCN Red List of Threatened Species 2010 : e.T42113A10651120. [Évaluation En danger critique ; menaces.]

Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Origine de l’épithète montana.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of Cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique et répartition par pays.]