Les plantes aquatiques

Les plantes aquatiques constituent un ensemble fascinant et écologiquement structurant du règne végétal, regroupant les espèces qui ont évolué pour vivre dans l’eau — qu’elles soient totalement immergées, flottant à sa surface ou enracinées dans la vase d’une berge. Comprenant environ deux mille six cents espèces réparties dans plus de quatre-vingts familles et trente ordres botaniques (selon le recensement de référence de Cook, 1990), elles représentent une fraction relativement modeste de la diversité végétale totale, mais leur importance écologique et leur diversité morphologique sont considérables. Apparues à plusieurs reprises au cours de l’évolution par des phénomènes de retour à l’eau depuis des ancêtres terrestres, les plantes aquatiques offrent un cas d’école exceptionnel de convergence évolutive : des familles taxonomiquement très éloignées y partagent des adaptations morphologiques et physiologiques étonnamment similaires.

Le panorama des plantes aquatiques recouvre des groupes aussi divers que les nymphéas (genre Nymphaea, famille Nymphaeaceae), les lotus (genre Nelumbo, famille Nelumbonaceae — distincte des nymphéas malgré une confusion fréquente), la jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes), les lentilles d’eau (Lemna), les massettes (Typha), les iris des marais (Iris pseudacorus), ou encore la spectaculaire Victoria d’Amazonie (Victoria amazonica). L’horticulture aquatique, art et science développés depuis l’Antiquité, a connu une véritable révolution dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle grâce aux travaux du pépiniériste français Joseph Bory Latour-Marliac, créateur de la quasi-totalité des nymphéas colorés cultivés aujourd’hui dans les bassins ornementaux du monde entier.

Qu’est-ce qu’une plante aquatique ?

Une plante aquatique, également appelée hydrophyte ou macrophyte, est une plante qui a évolué pour vivre tout ou partie de son cycle de développement dans l’eau, par opposition aux plantes terrestres (mésophytes) ou aux plantes des milieux secs (xérophytes). Le terme « macrophyte » désigne plus précisément les plantes aquatiques vasculaires (à tissus conducteurs développés), par contraste avec les microphytes (algues unicellulaires, micro-organismes photosynthétiques) — bien que cette frontière soit traversée par certaines macroalgues de grande taille.

Les habitats des plantes aquatiques comprennent les eaux douces stagnantes (lacs, étangs, mares — milieux dits lentiques), les eaux courantes (rivières, ruisseaux, fleuves — milieux lotiques), les zones humides (marais, marécages, tourbières — milieux palustres), et plus marginalement les eaux saumâtres des estuaires ou même les eaux marines (pour quelques rares phanérogames marines comme les Posidonia ou les Zostera). Les conditions écologiques de ces milieux — disponibilité variable de l’oxygène et de la lumière, mouvements de l’eau, salinité, profondeur, températures — ont façonné une diversité d’adaptations remarquable.

Toutes les plantes aquatiques partagent un ensemble d’adaptations morphologiques et physiologiques qui les distinguent des plantes terrestres :

  • Aérenchymes : grands espaces aériens internes formés par dégénérescence partielle du parenchyme, qui assurent la flottaison, facilitent les échanges gazeux et permettent l’oxygénation des racines plongées dans des substrats anaérobies.
  • Cuticule très mince ou absente chez les espèces submergées, autorisant les échanges directs avec l’eau.
  • Feuilles polymorphes chez de nombreuses espèces (hétérophyllie) : feuilles submergées finement découpées, feuilles flottantes larges et lisses, feuilles aériennes plus rigides.
  • Stomates absents ou réduits sur les feuilles submergées, abondants sur la face supérieure (et non inférieure comme chez les plantes terrestres) chez les feuilles flottantes.
  • Système racinaire souvent réduit, partiellement à totalement remplacé par des organes d’ancrage et d’absorption foliaire.
  • Reproduction adaptée : pollinisation par l’eau (hydrogamie), par le vent ou par les insectes, dissémination des graines et fruits par flottaison.

Les grandes catégories écologiques de plantes aquatiques

La classification écologique de référence (Cook, 1990) distingue cinq grandes catégories de plantes aquatiques selon leur position relative au milieu liquide et leur mode de fixation au substrat :

Plantes flottantes libres (acropleustophytes ou neuston)

Ces plantes flottent librement à la surface de l’eau, sans aucune fixation au substrat. Leurs racines, lorsqu’elles existent, pendent librement dans la colonne d’eau et absorbent directement les nutriments dissous. Cette catégorie comprend des espèces très diverses :

  • Lemna spp. (lentilles d’eau, famille Araceae — ex-Lemnaceae) — plantes minuscules à fronde simple, parmi les plus petites plantes à fleurs au monde
  • Wolffia spp. — encore plus petites que les Lemna, dépourvues de racine ; Wolffia globosa est considérée comme la plus petite plante à fleurs au monde
  • Eichhornia crassipes (jacinthe d’eau, Pontederiaceae) — magnifique mais redoutable plante invasive d’origine sud-américaine
  • Pistia stratiotes (laitue d’eau, Araceae) — rosette flottante d’aspect évoquant une laitue
  • Salvinia spp. (Salviniaceae) — fougères aquatiques flottantes à feuilles velues hydrophobes
  • Azolla spp. (Salviniaceae) — autre fougère aquatique flottante, en symbiose avec la cyanobactérie Anabaena azollae fixatrice d’azote

Plantes à feuilles flottantes ancrées (nymphaeides)

Ces plantes possèdent un rhizome ou des racines ancrés dans le substrat du fond, et émettent vers la surface des pétioles longs portant des feuilles qui flottent à la surface de l’eau. Cette catégorie regroupe les espèces les plus emblématiques de l’horticulture aquatique :

  • Nymphaea spp. (nymphéas, nénuphars, Nymphaeaceae) — environ soixante espèces réparties sur tous les continents tempérés et tropicaux, base de la quasi-totalité des cultivars horticoles de bassin
  • Nuphar spp. (jaunets d’eau, Nymphaeaceae) — proches parents des nymphéas, à fleurs jaunes plus globuleuses
  • Genre Victoria : Victoria amazonica et Victoria cruziana (victoria royale, Nymphaeaceae) — feuilles flottantes spectaculaires pouvant atteindre trois mètres de diamètre chez V. amazonica, à marges relevées caractéristiques
  • Euryale ferox (Nymphaeaceae) — proche de Victoria, native d’Asie de l’Est
  • Nelumbo nucifera (lotus sacré, Nelumbonaceae) et Nelumbo lutea (lotus américain, Nelumbonaceae) — voir section dédiée plus bas, taxonomiquement distincts des nymphéas
  • Nymphoides peltata (faux nénuphar, Menyanthaceae) — superficiellement similaire aux nymphéas mais dans une famille différente
  • Hydrocharis morsus-ranae (morène, Hydrocharitaceae) — petites feuilles cordées flottantes

Plantes submergées (élodéides ou isoétides)

Ces plantes vivent entièrement sous la surface de l’eau, avec ou sans système racinaire d’ancrage. Elles incluent :

  • Elodea spp., Egeria densa, Hydrilla verticillata (Hydrocharitaceae) — plantes à tiges feuillées submergées, abondamment utilisées en aquariophilie
  • Vallisneria spp. (Hydrocharitaceae) — rubans foliaires émergeant en spirale depuis le fond
  • Ceratophyllum demersum (cornifle nageant, Ceratophyllaceae) — sans racines, flottant en pleine eau
  • Myriophyllum spp. (Haloragaceae) — feuilles finement découpées en plumes
  • Cabomba spp. (Cabombaceae) — feuilles submergées finement divisées en éventail
  • Utricularia spp. (Lentibulariaceae) — plantes carnivores aquatiques à pièges en utricule
  • Aldrovanda vesiculosa (Droseraceae) — autre plante carnivore aquatique, parente de la dionée
  • Isoetes spp. (Isoetaceae) — ptéridophytes (lycophytes) entièrement submergés en rosette basale

Plantes émergées ou hélophytes

Ces plantes ont leurs racines ancrées dans le substrat immergé (substrat saturé d’eau ou recouvert d’une faible lame d’eau) mais leurs tiges et feuilles s’élèvent au-dessus de la surface. Elles forment typiquement les roselières et bordures de zones humides :

  • Typha spp. (massettes, roseaux à massette, Typhaceae) — inflorescences cylindriques caractéristiques
  • Phragmites australis (roseau commun, Poaceae) — grande graminée dominante des roselières
  • Genre Cyperus : Cyperus papyrus (papyrus, Cyperaceae) — la plante historique du papier de l’Égypte antique
  • Iris pseudacorus (iris des marais, iris jaune, Iridaceae) — emblématique des berges européennes
  • Sagittaria sagittifolia (sagittaire, flèche d’eau, Alismataceae) — feuilles aériennes en forme de pointe de flèche
  • Alisma plantago-aquatica (plantain d’eau, Alismataceae)
  • Pontederia cordata (pontédérie cordée, Pontederiaceae) — épis floraux bleu-mauve
  • Acorus calamus et Acorus gramineus (Acoraceae) — feuilles linéaires parfumées
  • Caltha palustris (populage des marais, souci d’eau, Ranunculaceae) — fleurs jaunes printanières

Plantes de berge et zones humides (plantes amphibies)

À la frontière entre l’aquatique strict et le terrestre humide, ces plantes tolèrent la submersion temporaire ou la saturation du sol sans en dépendre obligatoirement :

  • Lythrum salicaria (salicaire commune, Lythraceae) — épis pourpres caractéristiques
  • Mentha aquatica (menthe aquatique, Lamiaceae)
  • Myosotis scorpioides (myosotis des marais, Boraginaceae)
  • Filipendula ulmaria (reine-des-prés, Rosaceae)
  • Hippuris vulgaris (pesse d’eau, Plantaginaceae)

Lotus et nénuphar : la confusion à dissiper

Parmi les plantes aquatiques, peu de couples de genres prêtent autant à confusion que Nymphaea (nénuphar, nymphéa) et Nelumbo (lotus). Cette confusion est si répandue qu’elle mérite une clarification dédiée, d’autant que ces deux genres représentent par ailleurs les fleurons emblématiques de l’horticulture aquatique mondiale.

D’un point de vue taxonomique moderne, Nymphaea et Nelumbo appartiennent à des familles, et même à des ordres botaniques, totalement distincts :

  • Nymphaea appartient à la famille des Nymphaeaceae dans l’ordre des Nymphaeales, l’un des ordres les plus basaux des angiospermes, divergeant très tôt dans l’évolution des plantes à fleurs (avec les Amborellales et les Austrobaileyales, dans ce que les phylogénéticiens appellent le « grade ANITA »).
  • Nelumbo appartient à la famille des Nelumbonaceae (dont il est le seul genre vivant) dans l’ordre des Proteales, au sein des eudicotylédones — donc apparenté aux platanes (Platanus) et aux protées (Proteaceae).

La ressemblance morphologique entre nymphéas et lotus est ainsi un cas typique de convergence évolutive : deux lignées indépendantes ont développé des adaptations similaires à la vie aquatique, sans relation de parenté étroite. Les analyses moléculaires modernes ont définitivement confirmé cette divergence taxonomique, le caractère diagnostique le plus net étant le pollen tricolpate de Nelumbo (caractère typique des eudicotylédones), distinct du pollen monosulqué des Nymphaeaceae (caractère ancestral des angiospermes basales).

Distinctions morphologiques pratiques pour reconnaître l’un de l’autre :

  • Les feuilles : chez Nymphaea, le pétiole s’insère latéralement sur le limbe au niveau d’une échancrure (feuille pelté-cordée fendue), et le limbe flotte à la surface de l’eau. Chez Nelumbo, le pétiole s’insère centralement sous le limbe (feuille peltée pure), et la feuille s’élève souvent au-dessus de la surface sur un long pétiole rigide.
  • Les fleurs : chez Nymphaea, fleurs flottantes ou peu élevées au-dessus de l’eau, à étamines lamellaires nombreuses passant progressivement aux pétales. Chez Nelumbo, fleurs portées bien au-dessus de l’eau sur un long pédoncule rigide, à structure plus distincte et à réceptacle conique caractéristique (le « pommeau de douche » bien connu, qui devient la capsule à graines après floraison).
  • Les graines : chez Nelumbo, grosses graines comestibles (le « riz du lotus ») insérées dans les alvéoles du réceptacle ; chez Nymphaea, petites graines noyées dans une pulpe et libérées par les fruits-baies submergés.

Cette distinction taxonomique a son importance horticole également : les lotus et les nymphéas ne se cultivent pas exactement de la même façon (voir sections culturales dans les fiches spécifiques), et leurs aires d’origine sont différentes (les lotus sont essentiellement asiatiques pour N. nucifera et nord-américains pour N. lutea, alors que les Nymphaea sont cosmopolites).

Panorama des principales familles botaniques aquatiques

Nymphaeaceae : la famille des nymphéas

La famille des Nymphaeaceae regroupe les vrais nénuphars et leurs proches parents. Elle comprend cinq à six genres actuels (selon les auteurs) et environ soixante-quinze espèces, distribuées de manière cosmopolite à l’exception des régions polaires.

  • Nymphaea — genre type, environ soixante espèces, base de la quasi-totalité des cultivars horticoles. Comprend les Nymphaea rustiques tempérées et tropicales.
  • Nuphar — environ quinze espèces de l’hémisphère nord, fleurs jaunes globuleuses, dont l’européenne Nuphar lutea.
  • Victoria — deux espèces sud-américaines (V. amazonica et V. cruziana), feuilles flottantes géantes pouvant supporter plusieurs kilogrammes.
  • Euryale ferox — espèce unique d’Asie de l’Est, à feuilles flottantes hérissées d’épines, graines comestibles utilisées en médecine traditionnelle chinoise (« makhana »).
  • Barclaya — quatre espèces tropicales d’Asie du Sud-Est, parfois classées dans une famille distincte (Barclayaceae).

Nelumbonaceae : la famille des lotus

La famille des Nelumbonaceae, à présent classée dans l’ordre des Proteales chez les eudicotylédones, ne comprend plus qu’un seul genre vivant :

  • Nelumbo — deux espèces actuelles : Nelumbo nucifera (lotus sacré, lotus indien, lotus d’Asie), répandue de l’Inde à l’Australie et particulièrement révérée dans les traditions hindoue, bouddhiste et taoïste ; et Nelumbo lutea (lotus américain, lotus jaune), native de l’est de l’Amérique du Nord et de l’Amérique centrale.

Cinq genres fossiles supplémentaires sont connus (Nelumbites, Exnelumbites, Paleonelumbo, Nelumbago, Notocyamus), témoignant d’une diversité passée plus importante de la famille.

Cabombaceae : les cabombas

Petite famille de l’ordre des Nymphaeales, sœur des Nymphaeaceae, comprenant deux genres et environ huit espèces :

  • Cabomba (sept espèces tropicales américaines)
  • Brasenia schreberi (espèce unique cosmopolite)

Hydrocharitaceae : la famille des élodées

Famille importante de monocotylédones aquatiques, comprenant à la fois des espèces dulcicoles et des phanérogames marines :

  • Elodea, Egeria, Hydrilla, Lagarosiphon — submergées invasives ou ornementales
  • Vallisneria — rubans foliaires
  • Hydrocharis — morène flottante
  • Stratiotes aloides — aloès d’eau européen
  • Plusieurs phanérogames marines : Halophila, Thalassia, Enhalus

Autres familles aquatiques importantes

  • Pontederiaceae : Eichhornia (jacinthe d’eau), Pontederia
  • Araceae (en partie) : Pistia stratiotes, Lemna spp., Wolffia spp., Cryptocoryne spp. (aquariophilie)
  • Alismataceae : Sagittaria, Alisma, Echinodorus (aquariophilie tropicale)
  • Salviniaceae : Salvinia, Azolla (fougères aquatiques)
  • Marsileaceae : Marsilea (autre fougère aquatique, trèfle d’eau)
  • Ceratophyllaceae : Ceratophyllum
  • Typhaceae : Typha, Sparganium
  • Cyperaceae : Cyperus, Carex, Eleocharis, Scirpus
  • Iridaceae (en partie) : Iris pseudacorus, Iris laevigata, Iris versicolor
  • Poaceae (en partie) : Phragmites, Glyceria, Oryza (riz)
  • Lythraceae : Lythrum salicaria, Trapa natans (mâcre, châtaigne d’eau)
  • Menyanthaceae : Nymphoides, Menyanthes trifoliata (trèfle d’eau)
  • Haloragaceae : Myriophyllum

Usages des plantes aquatiques

Les plantes aquatiques sont valorisées par l’homme depuis la plus haute antiquité, dans des contextes culturels et économiques très divers :

Usages ornementaux

L’horticulture aquatique constitue le principal usage moderne des plantes aquatiques. Elle s’organise autour de plusieurs grands types de réalisations :

  • Bassins ornementaux de jardin — pièce maîtresse de nombreux jardins paysagers, hébergeant typiquement des nymphéas (Nymphaea), des nénuphars jaunes (Nuphar), des iris des marais (Iris pseudacorus) en bordure, et des plantes submergées oxygénantes pour l’équilibre biologique.
  • Étangs naturels et jardins de bassin — compositions évoquant les zones humides naturelles, particulièrement populaires dans les jardins de style anglais ou japonais.
  • Bassins à lotus — tradition asiatique forte, plus récemment développée en Occident, présentant Nelumbo nucifera en mémorial ou en composition contemplative (à l’image des fameux bassins à lotus historiques de la pépinière Latour-Marliac, datés de 1870).
  • Aquariophilie — plantes submergées utilisées dans les aquariums d’eau douce, notamment Elodea, Vallisneria, Cryptocoryne, Echinodorus, Cabomba, ainsi que des fougères et des mousses aquatiques (Microsorum, Vesicularia dubyana « mousse de Java »).
  • Aquascaping — discipline contemporaine inspirée notamment de l’école japonaise de Takashi Amano, qui élève la composition d’aquariums plantés au rang d’art paysager miniature.

Usages alimentaires

Plusieurs plantes aquatiques fournissent des aliments importants à l’échelle mondiale :

  • Oryza sativa (riz) — graminée semi-aquatique cultivée en rizière, base alimentaire de plus de la moitié de la population mondiale
  • Nelumbo nucifera — toutes les parties du lotus sacré sont comestibles : rhizomes (« renkon » japonais), graines (« riz du lotus »), feuilles, pétales
  • Trapa natans (mâcre, châtaigne d’eau) — graines à amande comestible
  • Eleocharis dulcis (châtaigne d’eau chinoise) — tubercules très consommés en Asie
  • Nasturtium officinale (cresson de fontaine) — feuilles utilisées en salade
  • Nymphaea spp. — rhizomes et graines comestibles dans plusieurs traditions (Amérique du Nord, Afrique, Asie)
  • Euryale ferox — graines (« makhana ») consommées en Inde
  • Ipomoea aquatica (liseron d’eau) — légume-feuille très consommé en Asie du Sud-Est

Lagunage, épuration et phytoremédiation

Les plantes aquatiques jouent un rôle essentiel dans les systèmes d’épuration des eaux par lagunage (filtres plantés) et dans la phytoremédiation des milieux pollués :

  • Phragmites australis — roseau commun, plante phare des stations d’épuration par lagunage
  • Typha — massettes utilisées en complément
  • Eichhornia crassipes — jacinthe d’eau utilisée pour absorber les nitrates et certains métaux lourds (en milieu contrôlé pour éviter sa diffusion envahissante)
  • Lemna et Azolla — utilisées en surface pour leur capacité d’absorption rapide

Usages culturels, religieux et symboliques

Le lotus sacré (Nelumbo nucifera) occupe une place fondamentale dans plusieurs grandes traditions spirituelles asiatiques : hindouisme (fleur de Vishnu, Brahma, Lakshmi), bouddhisme (symbole de pureté et d’éveil), taoïsme. Sa capacité à émerger immaculé d’une eau boueuse en fait un symbole universel d’élévation et de transcendance.

Le nymphéa bleu (Nymphaea caerulea) était sacré dans l’Égypte antique, où il symbolisait la renaissance et apparaît abondamment dans l’iconographie funéraire et religieuse.

Histoire horticole : la révolution Latour-Marliac et les Nymphéas de Monet

L’horticulture aquatique moderne, particulièrement celle des nymphéas ornementaux, a été entièrement révolutionnée par les travaux d’un seul homme : Joseph Bory Latour-Marliac (1830-1911), pépiniériste français installé à Le Temple-sur-Lot dans le Lot-et-Garonne, qui fonda sa pépinière en 1875.

Avant les travaux de Latour-Marliac, les nymphéas rustiques cultivables sous les climats tempérés européens étaient exclusivement blancs (l’unique espèce indigène européenne étant Nymphaea alba à fleurs blanches). Les nymphéas colorés (jaunes, roses, rouges) étaient des espèces strictement tropicales, impossibles à cultiver en extérieur en France sans serre chaude. Latour-Marliac eut l’idée — et la patience — d’hybrider la Nymphaea alba européenne avec des espèces colorées importées d’Amérique du Nord et du Mexique : la Nymphaea mexicana à fleurs jaunes (alors connue sous le nom de Nymphaea flava) pour les jaunes, puis la forme rubra de Nymphaea odorata (originaire de Cape Cod) pour les roses et rouges.

Son premier succès commercial majeur fut le célèbre cultivar Nymphaea ‘Marliacea Chromatella’, premier nymphéa rustique à fleurs jaunes présenté en 1887. Latour-Marliac présenta sa collection — dix-sept cultivars dont onze de ses propres créations — à l’Exposition universelle de Paris de 1889, qui marquait l’achèvement de la tour Eiffel et le centenaire de la Révolution française. Ses nymphéas, exposés dans les bassins du Trocadéro juste à côté du pavillon des artistes, remportèrent le premier prix dans leur catégorie et firent sensation.

Parmi les visiteurs émerveillés se trouvait un certain Claude Monet (1840-1926), peintre impressionniste qui louait alors une propriété à Giverny, en Normandie. Profondément marqué par les nymphéas colorés de Latour-Marliac, Monet acheta l’année suivante sa propriété de Giverny, fit construire son jardin d’eau (le célèbre étang aux nymphéas franchi par le pont japonais), et passa sa première commande de plantes à la pépinière Latour-Marliac en 1894. Les archives de la pépinière, conservées sur place, comportent encore les commandes manuscrites de Monet — qui acheta autant de lotus que de nymphéas, mais dont les premiers ne s’acclimatèrent pas aussi bien que les seconds. Ces nymphéas hybrides de Latour-Marliac devinrent le sujet de la série monumentale des Nymphéas que Monet peignit jusqu’à sa mort, et dont la pièce maîtresse — le cycle monumental commandé par l’État français — est aujourd’hui exposée à l’Orangerie de Paris.

La pépinière Latour-Marliac existe toujours aujourd’hui à Le Temple-sur-Lot, après plusieurs successions (rachetée en 1999 par l’Anglais Ray Davies, fondateur de Stapeley Water Gardens, puis depuis 2007 par le paysagiste franco-américain Robert Sheldon). Elle abrite la Collection nationale française du genre Nymphaea, présente environ deux cent cinquante espèces et cultivars de nymphéas rustiques et tropicaux, conserve les bassins à lotus historiques datés de 1870 et est labellisée « Jardin remarquable ». La majorité des cultivars rustiques de nymphéas commercialisés dans le monde aujourd’hui sont des créations de Latour-Marliac ou de leurs descendants directs.

D’autres centres horticoles ont contribué à l’enrichissement des collections aquatiques depuis le vingtième siècle, notamment Perry’s Water Gardens aux États-Unis, plusieurs pépinières asiatiques pour les nymphéas tropicaux et les lotus, et la Stapeley Water Gardens en Angleterre (jusqu’à sa fermeture en 2012).

Conservation et espèces invasives

Les plantes aquatiques font face à une double pression écologique paradoxale dans le contexte contemporain :

D’un côté, de nombreuses espèces indigènes des zones humides sont menacées par la destruction et la fragmentation des habitats : drainage des zones humides pour l’urbanisation et l’agriculture, pollution des eaux par les nitrates et phosphates (eutrophisation), modification des régimes hydriques des cours d’eau, changements climatiques. Plusieurs espèces européennes (Caldesia parnassifolia, Marsilea quadrifolia, Aldrovanda vesiculosa) sont aujourd’hui en situation préoccupante voire au bord de l’extinction sur leur aire native.

De l’autre, plusieurs espèces aquatiques introduites pour l’ornement ou par accident sont devenues envahissantes, perturbant gravement les écosystèmes d’eau douce qu’elles colonisent. Parmi les exemples documentés en France et en Europe :

  • Eichhornia crassipes (jacinthe d’eau) — invasive majeure des cours d’eau tropicaux et subtropicaux mondiaux, présente en Méditerranée
  • Elodea canadensis et Elodea nuttallii — élodées américaines naturalisées dans toute l’Europe
  • Egeria densa — émergence récente en France
  • Myriophyllum aquaticum — myriophylle du Brésil, envahissant
  • Ludwigia grandiflora et Ludwigia peploides — jussies, lourdement envahissantes en France méditerranéenne
  • Hydrocotyle ranunculoides — hydrocotyle fausse renoncule
  • Lemna minuta — lentille d’eau minuscule américaine

La règle d’achat raisonnée s’applique strictement pour les plantes aquatiques : acheter exclusivement auprès de pépiniéristes spécialisés tracés, vérifier systématiquement le statut réglementaire de chaque espèce avant introduction (la liste française des espèces exotiques envahissantes interdites à l’introduction est régulièrement mise à jour par le ministère de la transition écologique), et ne jamais relâcher de plantes aquatiques ornementales dans les milieux naturels.

Vers les fiches détaillées

Ce panorama introduit l’ensemble des fiches détaillées consacrées aux principaux genres et espèces de plantes aquatiques, à venir progressivement. Chacune approfondira la taxonomie, la morphologie, la distribution, l’écologie, la culture, la multiplication et les particularités historiques des taxons traités. Les priorités éditoriales naturelles pour ce panorama sont :

  • Le genre Nymphaea (nymphéas) — fiche genre + fiches d’espèces majeures (N. alba, N. odorata, N. mexicana, N. caerulea, N. lotus, N. tetragona) et de cultivars historiques (lignée Latour-Marliac)
  • Le genre Nelumbo (lotus) — fiche genre + fiches des deux espèces vivantes (N. nucifera, N. lutea) et de cultivars majeurs
  • Le genre Victoria — fiches des espèces géantes (V. amazonica, V. cruziana)
  • Les genres ornementaux essentiels : Nuphar, Euryale, Pontederia, Sagittaria, Typha, Iris pseudacorus
  • Les fougères aquatiques : Salvinia, Azolla, Marsilea
  • Les plantes aquariophiles : Cryptocoryne, Echinodorus, Vallisneria
  • Les invasives à connaître : Eichhornia crassipes, Ludwigia grandiflora, complexe Elodea/Egeria

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO, Royal Botanic Gardens Kew) — base taxonomique de référence pour la classification mondiale des plantes vasculaires, incluant les familles aquatiques : https://powo.science.kew.org/

IPNI (International Plant Names Index) — référence des publications nomenclaturales : https://www.ipni.org/

GBIF (Global Biodiversity Information Facility) — données d’occurrence mondiales pour toutes les espèces de plantes aquatiques : https://www.gbif.org/

International Water Lily and Water Gardening Society (IWGS) — association internationale de référence pour l’horticulture aquatique et la conservation : https://iwgs.org/

Latour-Marliac (Le Temple-sur-Lot, Lot-et-Garonne) — pépinière historique fondée en 1875, Collection nationale française du genre Nymphaea, Jardin remarquable.

Fédération des Conservatoires d’Espaces Naturels — référence pour la conservation des zones humides françaises : https://reseau-cen.org/

Ministère de la Transition Écologique — liste française des espèces exotiques envahissantes : https://www.ecologie.gouv.fr/

Tela Botanica — réseau botanique francophone, fiches d’espèces aquatiques pour la flore de France : https://www.tela-botanica.org/

Bibliographie

Cook, C.D.K. (1990). Aquatic Plant Book. SPB Academic Publishing, La Haye/New York. [Référence mondiale fondamentale pour la classification écologique et floristique des plantes aquatiques. Recense environ deux mille six cents espèces aquatiques dans trente-trois ordres et quatre-vingt-huit familles, et propose la classification en cinq catégories écologiques largement adoptée depuis.]

APG IV (2016). An update of the Angiosperm Phylogeny Group classification for the orders and families of flowering plants: APG IV. Botanical Journal of the Linnean Society 181(1) : 1-20. [Référence taxonomique mondiale fixant la classification phylogénétique des angiospermes, incluant la séparation définitive des Nymphaeales et des Proteales (et donc des Nymphaea et des Nelumbo).]

Borsch, T., Hilu, K.W., Wiersema, J.H., Löhne, C., Barthlott, W. & Wilde, V. (2007). Phylogeny of Nymphaea (Nymphaeaceae): Evidence from substitutions and microstructural changes in the chloroplast trnT-trnF region. International Journal of Plant Sciences 168(5) : 639-671. [Étude phylogénétique de référence sur le genre Nymphaea, clarifiant les relations infragenériques.]

Les Stuckey, R.L. & Wehrmeister, J.R. (1976). Bibliography of Aquatic Plants in North America. [Ouvrage de référence historique sur les plantes aquatiques nord-américaines, abondamment cité dans la littérature spécialisée.]

Schneider, E.L. & Williamson, P.S. (1993). Nymphaeaceae. In : Kubitzki, K. (ed.), The Families and Genera of Vascular Plants, vol. 2 : 486-493. Springer, Berlin. [Traitement systématique de référence de la famille des Nymphaeaceae dans l’ouvrage encyclopédique de Kubitzki.]

Sculthorpe, C.D. (1967). The Biology of Aquatic Vascular Plants. Edward Arnold, Londres. [Ouvrage classique fondateur sur la biologie des plantes aquatiques vasculaires, encore largement référencé aujourd’hui.]