Echinopsis (Trichocereus) pasacana — souvent appelé “pasacana” ou localement “cardón” — fait partie des grands cierges sud-américains capables de donner, avec le temps, une véritable cactus géant dans un jardin d’exotiques. Son nom botanique actuellement le plus accepté est Leucostele atacamensis subsp. pasacana, même si les noms Trichocereus pasacana et Echinopsis pasacana restent très employés en horticulture. En région méditerranéenne douce et sur certains secteurs atlantiques abrités, c’est une espèce tout à fait rustiques, à condition de raisonner drainage, inertie thermique et protection du collet.
Origine et écologie
Trichocereus pasacana est originaire des hautes régions arides de l’Altiplano andin, principalement Bolivie (sud) et nord-ouest de l’Argentine.
On le rencontre typiquement dans des paysages de puna : plateaux et versants pierreux, sols minéraux, exposés au vents, connaissants de fortes amplitudes thermiques entre le jour et la nuit. Les pluies sont souvent concentrées sur une partie de l’année. Des synthèses horticoles indiquent des altitudes autour de 2000 à 4000 m et un climat très sec.
Cette écologie explique pourquoi Trichocereus pasacana :
- tolère bien le froid sec,
- déteste l’humidité froide persistante,
- peut souffrir en été si l’air est lourd, si le sol reste humide longtemps, ou si la plante est “forcée” (substrat trop riche + arrosages trop fréquents).
Statut UICN et menaces dans la nature
La plante est généralement rattachée au complexe Leucostele/Echinopsis atacamensis, et évalué Near Threatened (NT) à l’échelle de l’espèce dans plusieurs bases de référence.
Côté menaces, les synthèses disponibles mentionnent surtout :
- collecte illégale de plantes pour le marché horticole,
- changement d’usage des terres où pousse naturellement cette espèce (agriculture/élevage, aménagements),
- faible reproduction (croissance lente, installation des plantules difficile).
Dans certaines zones, les “cardonales” (formations végétales dominées par ces grands cierges) sont aussi intégrées à des sites d’intérêt de conservation (KBA), ce qui reflète leur rôle écologique et patrimonial.
Description
Le pasacana est un cactus colonnaire massif, de croissance lente, pouvant atteindre plusieurs mètres de haut. D’après le livre The Cactus Family (Anderson, 2001), des sujets de plus de 10 mètres sont observables dans la nature.
Les tiges présentent généralement 20–30 côtes marquées, avec de grosses aréoles et des épines robustes. Les épines ont une fonction défensive contre les herbivores, mais elles protègent par leur densité des rayons du soleil et de la grêle. Elles permettent aussi la condensation de la rosée et le ruissellement de l’eau sur la tige, jusqu’aux racines.
Trichocereus pasacana peut rester longtemps solitaire, puis finir par se ramifier avec l’âge, donnant un port de candélabre. Les fleurs sont grandes, souvent blanches, très spectaculaires sur les sujets adultes.
En altitude, certains individus développent des aréoles plus laineuses et une “protection” naturelle contre l’excès de lumière et le froid nocturne, ce qu’on retrouve parfois sur des formes très épineuses ou cotonneuses en culture.


Formes, variétés et hybrides connus
Formes horticoles
En collection, on croise des plantes étiquetées “formes” plutôt que des cultivars stables :
- formes plus courtes en épines ou très épineuses,
- individus plus ou moins glauques,
- sujets plus ou moins ramifiés.
On voit aussi passer des appellations comme f. brevispinus chez certains vendeurs/collectionneurs ; ce type d’étiquette est très variable selon les sources et n’est pas toujours traité de manière homogène.
Hybrides
Les hybrides sont plus fréquents dans d’autres groupes de Trichocereus/Echinopsis (ornement ou sélection), mais pasacana est surtout cultivé “pur” pour son port et sa rusticité relative.
Différence avec Trichocereus terscheckii
Trichocereus pasacana et Trichocereus terscheckii sont de grands cierges sud-américains, mais ils ne se comportent pas tout à fait pareil en jardin.
1) Taille et allure
- Trichocereus pasacana est souvent décrit comme un peu plus petit et plus “dur” (plus apte à encaisser certaines conditions difficiles) que terscheckii.
- Trichocereus terscheckii peut devenir colossal, avec une présence très “monumentale” dans les paysages argentins.
2) Rusticité relative
Dans les retours de terrain, Trichocereus pasacana est fréquemment cité comme plus tolérant au froid sec que Trichocereus terscheckii à taille comparable, même si tout dépend du sol, du vent, de l’humidité du substrat et de la durée du gel.
3) Conservation / pressions
Un article sur la génétique de populations de Echinopsis terscheckii rappelle un statut de conservation Vulnérable.
Ce n’est pas un argument horticole, mais c’est utile pour comprendre pourquoi l’achat de plantes de semis est préférable.
Culture en climat tempéré océanique ou méditerranéen
Exposition
- Le plein soleil indispensable : c’est un cierge d’altitude, qui à besoin d’une forte lumière.
- En climat méditerranéen très chaud, les jeunes sujets – de faible diamètre – peuvent être tué par une trop forte insolation. Une légère ombre aux heures extrêmes peut éviter les coups de soleil. Dans la nature, c’est généralement un arbuste qui tient lieu d’ombrière temporaire.
Dans nos régions aux hivers froids et longs, placez-le contre un mur ou une habitation exposé au sud ou sud-ouest. La plante profitera de de la réverbération et du rayonnement nocturne du mur en hiver.
Substrat
Comme pour toutes les plantes succulentes, le substrat doit être minéral, drainant et apporter de la stabilité à une plante qui peut devenir très haute.
En pot
L’objectif est que le contenu du pot sèche vite, même en mi-saison. Un mélange drainant peut être préparé avec les proportions suivantes.
- 70–90% minéral (pouzzolane, pierre ponce, gravier, sable grossier),
- 10–30% fraction plus fine (terre pauvre tamisée / très peu de terreau pour cactus).
En pleine terre
La plantation se fait sur butte, rocaille ou talus de 50 cm de haut au minimum. Si la terre du jardin est argileuse, on rajoute un substrat caillouteux par dessus pour constituer le monticule. Le cactus ne doit pas être planté dans une cuvette qui accumulerait et retiendrait l’eau.
Irrigation
Le raisonnement simple :
- Juin à septembre : arrosages espacés mais francs, uniquement quand tout est sec.
- Octobre → mai : pas d’arrosage. En pleine terre, on vise surtout à empêcher l’eau de stagner ; en pot, on arrose très rarement (par pulvérisation brève de la plante et de la surface du substrat) si les températures sont basses.
Problèmes fréquents (et comment les éviter)
- Pourriture de base / collet
Cause n°1 : pluie froide + sol organique.
Prévention : butte minérale + abri anti-pluie + zéro arrosage en hiver. - Éclatement / stress hydrique (rare mais possible)
Arrosages irréguliers “trop / pas assez”, surtout en pot chauffé au soleil. - Coup de soleil
Sur jeunes plantes mises brutalement au plein soleil après serre/ombre : acclimatation progressive. - Cochenilles / araignées rouges
En hivernage lumineux et sec, surveillez les aréoles et la zone racinaire.

Crédit photographique : Pixabay
Multiplication
Semis
Le semis est le meilleur moyen d’obtenir une plante robuste et bien structurée. Voici le mode opératoire :
- Semer au chaud au printemps, substrat très minéral et propre.
- Lumière forte (sans soleil brûlant direct sur les plantules).
- Humidité contrôlée puis aération progressive.
C’est la voie la plus “propre” : pas de risque de pourriture de bouture mal cicatrisée, et meilleure adaptation racinaire au substrat final. Mais il faut de nombreuses années avant d’obtenir un cactus colonnaire.
Bouturage
Possible, si vous avez un sujet ramifié ou si une tête est cassée :
- coupe nette,
- cicatrisation longue (plusieurs semaines) en endroit sec et ventilé,
- mise en substrat minéral à peine humide (ou totalement sec au départ),
- reprise de l’eau très progressive après émission racinaire (plusieurs semaines ou mois).
Résistance au froid
Dans l’aire d’origine
Trichocereus pasacana vit en haute puna, avec des nuits froides fréquentes. Autour de certaines zones proches de son aire (ex. La Quiaca, ~3400 m, puna du NW argentin), un record de température minimale de −15,2 °C est rapporté. Cette valeur ne signifie pas que le cactus “aime” −15 °C et il est possible que des plantes soient tuées par un tel évènement. Mais il donne un ordre de grandeur de ce que l’environnement régional peut produire lors d’épisodes extrêmes.
Sur l’Altiplano bolivien (secteurs type Salar d’Uyuni), des températures nocturnes minimales entre −9 et +5 °C sont mentionnées comme fréquentes selon les périodes.
En culture : succès et échecs
États-Unis
Les expériences les plus positives viennent souvent de climats secs (sud-ouest, Californie intérieure), où le froid est court et l’air peu humide. L’idée “sec en hiver” est déterminante.
Europe
On trouve des annonces de rusticité autour de −10 °C chez des vendeurs européens, presque toujours avec la condition “sol sec”.
Une pépinière française évoque même −15 °C “à condition d’être au sec” — à lire comme un maximum théorique en conditions optimales (plante adulte, parfaitement drainée, gel bref).
Mais en janvier 2012, un cultivateur a perdu la plupart de ses Trichocereus pasacana après un gel de -12°C. Dans ce cas, la durée du froid – avec plusieurs jours sans dégel – en est la cause.
Échecs typiques en France/Europe
- sol trop riche, trop fin, qui reste humide 5–10 jours en hiver,
- collet enterré ou paillage organique humide,
- gel + brouillard + pluie + redoux : le cactus ne meurt pas “du froid”, mais de pourriture ensuite.
Japon / Corée
Je n’ai pas trouvé de source solide et chiffrée, spécifique au pasacana, donnant une rusticité comparable aux retours européens. Dans ces pays, les recommandations “collection” restent souvent prudentes sur les grands cierges, car l’humidité hivernale et les alternances peuvent être sévères selon régions. En pratique, la stratégie fiable reste universelle : sec + abri de pluie + pleine lumière.
Protection hivernale réellement employée avec cette espèce (France)
- Toit anti-pluie (polycarbonate incliné)
C’est la protection la plus efficace : elle ne réchauffe pas “magiquement”, mais elle empêche la cause principale des pertes (humidité froide au collet). - Butte minérale + collet haut
La butte fait gagner plusieurs “niveaux” de sécurité. On vise un ressuyage quasi immédiat. - Voile d’hivernage ponctuel
Uniquement lors des nuits critiques, en évitant d’enfermer l’humidité plusieurs jours. - Culture en pot avec hivernage très lumineux
Solution la plus simple en climat tempéré (vallées froides, gel durable) : serre froide sèche / véranda froide.
Jardins botaniques où le voir en pleine terre
Pour inspirer une conduite “en vrai”, voilà des lieux où des pasacana sont signalés en extérieur :
- Jardin Exotique de Monaco : publications mentionnant Echinopsis atacamensis subsp. pasacana / Trichocereus pasacana dans les collections.
- Jardin Exotique d’Èze (Alpes-Maritimes) : documents touristiques et descriptifs citant Trichocereus pasacana comme espèce présente et reconnaissable à ses grandes fleurs blanches.
- Radicepura (Sicile, Italie) : la liste/présentation du jardin mentionne un “tall Trichocereus pasacana” en contexte méditerranéen.
- En Europe plus au nord : on le voit aussi dans des collections botaniques (ex. photos/mentions pour Meise ou Berlin), plutôt en contexte abrité/collection, pas forcément comme “pleine terre sans protection”.
FAQ (5 questions)
1) Peut-on le planter en pleine terre en France ?
Oui, mais surtout en microclimat doux (Côte d’Azur, certains coins atlantiques abrités) et avec un triptyque : butte minérale + plein soleil + hiver sec.
2) Quelle est la vraie limite : le gel ou la pluie ?
Dans la majorité des échecs, c’est la pluie froide + sol qui ne sèche pas, plus que le gel ponctuel.
3) Jusqu’à combien de degrés peut-il tenir ?
On voit des repères autour de −10 °C au sec chez des vendeurs européens, et des annonces plus ambitieuses (jusqu’à −15 °C au sec) à prendre avec prudence.
La durée du froid et l’humidité comptent autant que le minimum.
4) Bouture ou semis : que choisir ?
Le semis donne souvent des plantes plus robustes (racines adaptées). Le bouturage marche sur segments, mais exige une cicatrisation longue et un démarrage très sec.
5) Comment le faire grossir “vite” ?
Ne cherchez pas à forcer : plein soleil, chaleur, substrat minéral, arrosages d’été bien gérés, pot adapté. Trop d’eau + trop de matière organique = croissance molle et risques.
