Zamia amazonum

Zamia amazonum est l’un des rares représentants du genre Zamia inféodés aux forêts de plaine du haut bassin amazonien. Contrairement à l’image familière du cycas à tronc dressé, c’est une plante acaule à tige entièrement souterraine, dont seules les feuilles émergent de la litière forestière. Décrite tardivement, en 2001, elle reste très peu connue en culture et n’apparaît que dans quelques collections spécialisées et jardins botaniques. Son intérêt tient autant à sa rareté qu’à son écologie singulière : Zamia amazonum compte parmi les très rares cycadales associées aux forêts amazoniennes sur sable blanc, des milieux oligotrophes, acides et sableux d’une grande originalité. L’espèce est largement répartie du sud du Venezuela jusqu’au Pérou et figure sur la liste rouge de l’UICN au rang de Préoccupation mineure.

Comment reconnaître Zamia amazonum ?

Zamia amazonum est une plante acaule dont la tige souterraine mesure 3 à 8 cm de diamètre. Chaque individu porte de 2 à 6 feuilles ovales à elliptiques dans leur contour général, longues de 0,5 à 2,5 m. Le pétiole, long de 0,5 à 1 m, est armé de petits aiguillons rigides et ramifiés, et présente généralement un indument ferrugineux dans sa partie basale. Le rachis, de longueur comparable, porte 10 à 30 paires de folioles subopposées, non imbriquées, avec quelques aiguillons sur son tiers proximal.

Les folioles sont cartacées à papyracées, lancéolées, longues de 15 à 20 cm pour 2 à 4 cm de large, sessiles, non sillonnées, à apex acuminé et à marge denticulée sur la moitié supérieure. À l’émergence, le jeune feuillage prend souvent des teintes orangées à rosées, caractère ornemental remarqué par les rares pépiniéristes qui en proposent.

L’espèce est dioïque. Les cônes mâles, au nombre de 2 à 6, sont cylindriques, longs de 6 à 10 cm pour 1 à 2 cm de diamètre, de couleur brune, portés par un pédoncule de 8 à 15 cm. Le cône femelle, solitaire, mesure 10 à 15 cm de long sur 3 à 5 cm de diamètre, brun rougeâtre foncé, sur un pédoncule de 5 à 8 cm. Les graines sont ovoïdes, d’environ 1 cm de long sur 0,5 cm de diamètre, recouvertes d’une sarcotesta charnue rouge.

Hybrides connus

Aucun hybride naturel ni horticole n’est documenté pour Zamia amazonum. La rareté de l’espèce en culture et son aire de répartition, en partie disjointe de celle des autres Zamia amazoniens, rendent l’hybridation peu probable dans les conditions actuelles.

Confusion possible avec d’autres espèces du genre Zamia

Les Zamia amazoniens forment un ensemble taxonomiquement délicat d’espèces de sous-bois partageant un même type biologique : tige souterraine, port acaule et folioles fines et papyracées. Zamia amazonum peut être confondue avec plusieurs espèces dont l’aire jouxte ou recoupe la sienne, notamment Zamia hymenophyllidia (sud-est de la Colombie et nord du Pérou), Zamia ulei, Zamia lecointei, Zamia urep, Zamia multidentata et Zamia melanorrhachis.

Chez Zamia amazonum, l’attention se porte sur les folioles lancéolées relativement larges (2 à 4 cm), denticulées sur leur moitié supérieure, et sur l’association à des forêts sur sable blanc. Une détermination fiable sur le terrain exige toutefois l’examen des cônes et reste souvent affaire de spécialiste, plusieurs de ces espèces n’ayant été décrites que récemment et leurs limites morphologiques demeurant à préciser.

Taxonomie

Zamia amazonum a été décrite par le botaniste américain Dennis William Stevenson, le protologue ayant paru en 2001 dans le volume 21 de la Flora de Colombia (page 33, fig. 3). L’épithète amazonum renvoie à la répartition de l’espèce dans le haut bassin amazonien. Le type est constitué par la récolte D.W. Stevenson 886, effectuée au Brésil (État d’Amazonas, à la confluence du rio Tauri et du rio Içana) ; l’holotype est conservé à l’INPA, avec des isotypes à COL, MO, NY et U.

Le genre Zamia, le plus diversifié des cycadales sur les plans écologique et morphologique, compte environ 90 espèces néotropicales. Une étude transcriptomique publiée en 2024, portant sur 77 espèces, a structuré le genre en sept clades correspondant à des aires géographiques distinctes ; Zamia amazonum s’inscrit dans l’ensemble des espèces sud-américaines de basse altitude.

Dans la nature

Zamia amazonum est une plante du sous-bois des forêts tropicales humides de plaine, depuis le niveau de la mer jusqu’à environ 300 m d’altitude. Son aire couvre le bassin amazonien supérieur : Brésil (Amazonas), Colombie (Amazonas, Vaupés), Équateur (Morona-Santiago, Napo, Sucumbíos), Pérou (Loreto) et sud du Venezuela. Localement, l’espèce peut être abondante.

Son trait écologique le plus original est son association fréquente aux forêts amazoniennes sur sable blanc et aux abords des cours d’eau noire (formations de type campina et campinarana). Ces milieux oligotrophes, acides et sableux, pauvres en nutriments, comptent parmi les écosystèmes les plus particuliers d’Amazonie et n’abritent qu’une poignée de cycadales. Comme toutes les Zamiaceae, Zamia amazonum développe des racines coralloïdes hébergeant des cyanobactéries fixatrices d’azote, adaptation précieuse sur de tels sols pauvres.

Sur le plan de la conservation, l’espèce est évaluée en Préoccupation mineure (LC) sur la liste rouge mondiale de l’UICN (évaluation de 2020, version corrigée 2022, par Lopez-Gallego & Calonje), en raison de sa vaste répartition et de l’absence de menace majeure connue à l’échelle de l’aire. Elle est toutefois considérée comme Vulnérable sur la liste rouge nationale colombienne. Zamia amazonum est inscrite, comme l’ensemble des cycadales, à l’Annexe II de la CITES, qui encadre son commerce international.

Culture

Zamia amazonum n’est cultivée que de façon très marginale, hors de quelques collections spécialisées et jardins botaniques. Les recommandations ci-dessous découlent de son habitat connu ; elles n’ont pas la robustesse d’un retour d’expérience horticole étendu, encore inexistant pour cette espèce.

Culture en pleine terre. La culture extérieure permanente n’est envisageable que sous climat strictement tropical, sans la moindre gelée (zones USDA 11 et au-delà). Hors de ces conditions, la pleine terre n’est possible qu’à l’abri d’une serre tropicale chauffée. Un emplacement ombragé à mi-ombragé, reproduisant la lumière filtrée du sous-bois, est indispensable : le plein soleil direct est à proscrire.

Culture en pot. En dehors des tropiques, Zamia amazonum relève de la serre chaude ou de la culture en terrarium. Le substrat doit s’écarter des mélanges riches et humifères recommandés pour les Zamia forestiers de sols fertiles : l’association de l’espèce aux sables blancs oligotrophes plaide pour un substrat acide, très drainant et minéral, à faible teneur en matière organique. Un mélange de sable grossier, de perlite et d’une faible proportion de tourbe acide ou d’écorce de pin compostée peut s’en approcher. La plante demande une chaleur constante, une humidité atmosphérique élevée (75 % ou plus) et des arrosages réguliers, sans stagnation d’eau. C’est, au total, une espèce exigeante, réservée aux cultivateurs aguerris disposant d’installations tropicales.

Multiplication

La multiplication se fait par semis. Zamia amazonum étant dioïque, la production de graines viables suppose la présence de pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. Les graines se sèment fraîches, après retrait de la sarcotesta charnue, sur substrat drainant maintenu chaud et humide ; la germination des cycadales est lente. Les semences de cette espèce sont réputées extrêmement difficiles à obtenir, ce qui explique sa rareté persistante dans le commerce. La tige strictement souterraine ne se prête pas au prélèvement de rejets.

Maladies et ravageurs

En culture sous serre, Zamia amazonum est exposée aux ravageurs habituels des cycadales en conditions abritées, au premier rang desquels les cochenilles. Le principal risque tient cependant aux conditions de culture elles-mêmes : sur un substrat trop riche, trop compact ou insuffisamment drainant, ou sous des températures trop fraîches, la tige souterraine est sujette à la pourriture. Le maintien d’une chaleur constante et d’un substrat aéré constitue la meilleure prévention.

Rusticité

Zamia amazonum est une espèce strictement tropicale, dépourvue de toute tolérance au gel. Aucune donnée documentée de résistance au froid n’existe pour cette plante, qui n’est pas cultivée en extérieur hors zone tropicale. Les recherches dans la littérature horticole et les forums spécialisés ne fournissent aucun témoignage de culture en climat tempéré, même abrité, ni de seuil de température minimale éprouvé. Par prudence, on retiendra une exigence de températures constamment chaudes (vraisemblablement jamais en deçà de 12 à 15 °C) et l’absence de repos froid : la culture relève de la serre tropicale ou du terrarium chauffé, sans exception connue à ce jour.

Usages traditionnels

Zamia amazonum fait l’objet d’usages traditionnels documentés. Au nord-est du Pérou, le peuple Chayahuita emploie la racine écrasée, préalablement trempée dans l’eau une nuit, en application externe contre la leishmaniose ; il s’agit d’un usage topique et non d’une ingestion. L’espèce est par ailleurs signalée comme plante alimentaire, à l’image de nombreuses Zamia dont la fécule de tige ou de racine est consommée après détoxification ; ses noms vernaculaires portugais, batata-de-paca et palmeirinha-espinhosa, témoignent de cet ancrage local.

Ces usages appellent une mise en garde : comme toutes les cycadales, Zamia amazonum contient de la cycasine et des composés apparentés, hautement toxiques. Toute consommation traditionnelle suppose des procédés de détoxification éprouvés, et la plante doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques.

FAQ

Est-ce un palmier ? Non. Malgré son allure de petit palmier, Zamia amazonum est une cycadale (Zamiaceae), groupe de gymnospermes sans fleurs ni fruits, qui se reproduit par cônes et n’a aucun lien de parenté étroit avec les palmiers.

Est-elle rustique ? Non. C’est une espèce tropicale sans tolérance au gel, à cultiver en serre chaude ou en terrarium dès que le climat n’est pas tropical.

Plein soleil ou ombre ? Ombre à mi-ombre. C’est une plante de sous-bois adaptée à la lumière filtrée ; le soleil direct lui est défavorable.

Quelle différence avec Zamia furfuracea ? Zamia furfuracea, le « cardboard palm » courant en jardinerie, est une espèce mexicaine robuste à folioles épaisses et coriaces, tolérant le plein soleil et une certaine sécheresse. Zamia amazonum est tout l’inverse : plante amazonienne de sous-bois, à folioles fines et papyracées, exigeant chaleur, ombre et humidité élevée constantes.

Est-elle toxique ? Oui. Toutes les parties contiennent de la cycasine, toxique pour l’humain et les animaux.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — base taxonomique des Jardins botaniques royaux de Kew : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:20009732-1

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/20009732-1

Global Biodiversity Information Facility (GBIF) — données d’occurrence : https://www.gbif.org/species/5284138

World Flora Online (WFO) — fiche taxonomique et description : https://www.worldfloraonline.org/taxon/wfo-0000429877

World List of Cycads (WLoC) — liste mondiale de référence des cycadales : https://cycadlist.org/scientific_name/438

UICN — liste rouge mondiale des espèces menacées : https://www.iucnredlist.org/species/42160/243402195

Bibliographie

Stevenson, D.W. (2001). Zamiaceae. In : Flora de Colombia 21 : 33, fig. 3. Bogotá. [Protologue de Zamia amazonum ; désignation du type Stevenson 886.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of Cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique et répartition par pays pour l’ensemble des cycadales, dont Zamia amazonum.]

Lopez-Gallego, C. & Calonje, M. (2023) [version corrigée de l’évaluation de 2022]. Zamia amazonum. The IUCN Red List of Threatened Species 2022 : e.T42160A243402195. [Évaluation Préoccupation mineure ; éléments de répartition et de menaces.]

Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Origine de l’épithète amazonum, en référence au haut bassin amazonien.]

Hokche, O., Berry, P.E. & Huber, O. (éds.) (2008). Nuevo Catálogo de la Flora Vascular de Venezuela : 1-859. Fundación Instituto Botánico de Venezuela. [Présence au Venezuela.]

Bernal, R., Gradstein, S.R. & Celis, M. (éds.) (2015 ; mise à jour 2020). Catálogo de plantas y líquenes de Colombia. Instituto de Ciencias Naturales, Universidad Nacional de Colombia, Bogotá. [Répartition et statut national colombien.]