Le genre Microcycas

Microcycas A.DC. est un genre monotypique de cycadales appartenant à la famille des Zamiaceae. Il ne comprend qu’une seule espèce vivante, Microcycas calocoma (Miq.) A.DC., endémique stricte de l’ouest de Cuba. Ce fossile vivant, dont la lignée remonte au Jurassique, constitue l’un des plus anciens genres de cycadales encore présents sur Terre. Avec ses spécimens pouvant atteindre 10 mètres de hauteur et un tronc de 70 centimètres de diamètre, il détient le record de la plus grande cycadale de l’hémisphère occidental.

Considéré comme le membre le plus primitif de la famille des Zamiaceae, le genre Microcycas occupe une position phylogénétique singulière, étroitement apparenté au genre Zamia selon les analyses chloroplastiques et nucléaires les plus récentes. Classé en danger critique d’extinction (CR) par l’UICN et inscrit à l’Annexe I de la CITES, il fait l’objet de programmes de conservation actifs tant à Cuba qu’à l’international.

Tableau récapitulatif

ClassificationRègne : Plantae — Embranchement : Cycadophyta — Classe : Cycadopsida — Ordre : Cycadales — Famille : Zamiaceae
GenreMicrocycas A.DC., 1868
Type nomenclaturalGenre monotypique : Microcycas calocoma (Miq.) A.DC.
RépartitionEndémique de Cuba occidentale (province de Pinar del Río)
Statut UICNCR — En danger critique d’extinction
CITESAnnexe I (commerce international interdit sauf dérogation scientifique)
Nombre chromosomique2n = 16

Étymologie et nomenclature

Le nom de genre Microcycas est composé du préfixe grec mikros (« petit ») et du nom de genre Cycas, littéralement « petit Cycas ». Cette dénomination, paradoxale pour l’une des plus grandes cycadales du Nouveau Monde, s’explique par le fait que le matériel d’herbier originel étudié par le botaniste néerlandais Friedrich Anton Wilhelm Miquel provenait vraisemblablement d’un individu très juvénile.

L’espèce fut initialement décrite en 1851 par Miquel sous le basionyme Zamia calocoma Miq. (Flore des Serres et des Jardins de l’Europe, 7: 141, 1852), le mot Microcycas n’étant alors qu’un nom de section. C’est le botaniste suisse Alphonse de Candolle qui, après examen des organes reproducteurs (cônes) sur du matériel d’herbier, éleva la plante au rang de genre distinct dans son Prodromus Systematis Naturalis Regni Vegetabilis (16(2): 538, 1868). Le port arborescent ne fut reconnu et décrit qu’ultérieurement par les botanistes américains Caldwell et Baker en 1907, sur la base d’observations directes à Cuba.

L’épithète spécifique calocoma provient du grec kalos (« beau ») et kome (« chevelure, couronne »), en référence à la disposition quasi-sphérique remarquable des feuilles formant une couronne parfaitement arrondie.

Le nom vernaculaire cubain palma corcho (« palmier liège ») fait allusion soit à l’aspect subéreux de l’écorce, soit à un usage local du terme corcho désignant une ruche logée dans un tronc creux.

Position phylogénétique

Les analyses phylogénomiques fondées sur le génome chloroplastique complet (165 667 pb, 135 gènes) et sur de multiples gènes nucléaires à copie unique placent Microcycas comme genre frère de Zamia au sein de la famille des Zamiaceae. Cette relation de groupe frère est fortement soutenue par les données moléculaires combinées (plastidiques et nucléaires).

Microcycas est néanmoins considéré comme le membre le plus plésiomorphe (primitif) des Zamiaceae, présentant un ensemble de caractères ancestraux qui le distinguent nettement de Zamia, notamment la disposition des sporophylles en rangées verticales sur les cônes mâles, un port arborescent pouvant se ramifier et des folioles articulées dépourvues de nervure médiane.

Caractères distinctifs du genre

Le genre Microcycas se distingue des autres genres de Zamiaceae par la combinaison des caractères suivants :

  • Port arborescent de grande taille pouvant atteindre 10 à 11 mètres de hauteur, avec un tronc cylindrique de 30 à 70 centimètres de diamètre, parfois ramifié après traumatisme apical.
  • Couronne foliaire quasi-sphérique portant généralement 10 à 40 feuilles pennées d’environ 1 mètre de longueur, disposées dans toutes les directions.
  • Feuilles d’apparence tronquée : les folioles médianes et distales conservent une longueur similaire, donnant aux feuilles un aspect « coupé net » caractéristique, visible dès le stade juvénile.
  • Folioles articulées et sans nervure médiane (contrairement à la plupart des autres genres), lancéolées, coriaces, de 15 à 25 centimètres de long sur 0,8 à 1 centimètre de large, vert clair à l’émergence puis vert foncé à maturité.
  • Cônes femelles parmi les plus grands du monde des cycadales : largement cylindriques, brun-jaunâtre, pubescents, de 50 à 90 centimètres de long et 13 à 16 centimètres de diamètre. Mégasporophylles à apex aplati, facetté et bilobé.
  • Cônes mâles cylindriques, plus grêles, de 25 à 50 centimètres de long et 5 à 8 centimètres de diamètre, brun-jaunâtre, pubescents. Sporophylles disposées en rangées verticales, dont les deux tiers de la face abaxiale sont densément couverts de sporanges.
  • Graines ellipsoïdales, de 3,5 à 4 centimètres de long et 2 à 2,5 centimètres de diamètre, dotées d’une sarcotesta charnue rose à rouge vif.
  • Nombre chromosomique : 2n = 16, caractéristique conservée chez les Zamiaceae.

Espèce unique

Le genre Microcycas est monotypique et ne comprend qu’une seule espèce :

EspèceNoms vernaculairesRépartition
Microcycas calocoma (Miq.) A.DC., 1868Palma corcho (es.), Cork palm (en.), Microcycas corcho (fr.)Cuba occidentale : province de Pinar del Río

➤ Voir la fiche espèce détaillée : Microcycas calocoma (Miq.) A.DC.

Conservation du genre

Microcycas figure parmi les genres de cycadales les plus menacés au monde. Avec une population sauvage estimée à seulement quelques centaines d’individus matures répartis sur cinq localités connues (superficie d’occupation d’environ 20 km²), le genre est classé en danger critique d’extinction (CR) par l’UICN.

Les menaces principales incluent la déforestation au profit des cultures de tabac et de l’élevage, la collecte illégale à des fins horticoles, et la disparition quasi-totale de son pollinisateur spécifique, le coléoptère Pharaxonotha esperanzae (Erotylidae), décrit en 2005. Le 5 juin 1989, Microcycas calocoma a été déclaré Monument naturel national par le gouvernement cubain. Des programmes de pollinisation manuelle ont été initiés avec succès, notamment grâce à la collaboration entre le Fairchild Tropical Botanical Garden et le Montgomery Botanical Center en Floride.

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