Dioon sonorense est une cycadale endémique du nord-ouest du Mexique, appartenant à la famille des Zamiaceae et à l’ordre des Cycadales, l’un des groupes de plantes à graines les plus anciens de la planète. Son épithète spécifique sonorense fait référence à l’État du Sonora, au nord-ouest du Mexique, où furent découvertes les premières populations connues de cette espèce. Décrite initialement comme variété de Dioon tomasellii par les botanistes italiens Paolo De Luca, Salvatore Sabato et Mario Vázquez Torres en 1984 sous le nom de Dioon tomasellii var. sonorense dans la revue Brittonia, elle fut ensuite brièvement traitée comme variété de Dioon edule par McVaugh et Pérez de la Rosa en 1992, avant d’être élevée au rang d’espèce à part entière par Jeffrey Chemnick, Timothy J. Gregory et Silvia Salas-Morales en 1998, dans la revue Phytologia. Cette reconnaissance spécifique fut justifiée par des différences morphologiques, écologiques et biogéographiques significatives avec les espèces voisines.
Dioon sonorense constitue la population la plus septentrionale du genre Dioon, qui compte aujourd’hui dix-sept espèces reconnues, presque toutes endémiques du Mexique (une seule espèce, Dioon mejiae, atteint le Honduras). Cette position géographique extrême, aux confins du désert de Sonora et de la forêt tropicale sèche, confère à l’espèce un intérêt biogéographique et évolutif exceptionnel. Classée « En danger » (Endangered) par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Dioon sonorense fait partie des cycadales les plus menacées au monde — un groupe de plantes considéré globalement comme le plus menacé de tous les groupes végétaux terrestres. Encore très rare en culture, cette espèce mérite d’être mieux connue des amateurs de plantes primitives et des collectionneurs de cycadales, tant pour sa beauté austère que pour l’histoire évolutive prodigieuse dont elle témoigne.
Origine et habitat naturel
Aire de répartition et type de végétation
Dioon sonorense est strictement endémique du nord-ouest du Mexique, où sa distribution se limite aux États du Sonora (partie méridionale) et du nord du Sinaloa, le long de la Sierra Madre occidentale et des chaînes montagneuses adjacentes. L’espèce croît dans des zones d’écotone entre la forêt tropicale sèche (bosque tropical caducifolio) et la chênaie xérophile (encinar seco), selon la classification de Rzedowski (1978). Les populations méridionales, situées dans la région d’Álamos et de Nuri, se trouvent dans des forêts tropicales sèches encore relativement bien conservées, tandis que les populations septentrionales occupent des environnements nettement plus xériques, à la transition avec le désert de Sonora proprement dit.
Quatre populations principales ont été documentées dans les études de génétique des populations : Mazatán, El Novillo, Nuri et Álamos, réparties le long d’un gradient latitudinal nord-sud. Cependant, des prospections plus récentes (Gutiérrez-Ortega et al., 2014, 2018) ont identifié jusqu’à neuf populations distinctes dans l’ensemble de l’aire de répartition, révélant une distribution plus étendue qu’on ne le pensait initialement, mais toujours très fragmentée. L’espèce cohabite avec des chênes (Quercus spp.), des légumineuses arborescentes, des cactées columnaires et, aux altitudes inférieures, avec le mesquite (Prosopis sp.) et l’ocotillo (Fouquieria splendens).
Il est important de noter que la taxonomie de Dioon sonorense a été significativement révisée en 2018 par Gutiérrez-Ortega et ses collaborateurs, qui ont démontré que les populations les plus septentrionales du Sonora, auparavant rattachées à Dioon sonorense, représentent en réalité une espèce distincte : Dioon vovidesii Gutiérrez-Ortega et al. Cette séparation repose sur des différences de morphologie foliaire, d’anatomie cuticulaire et épidermique, ainsi que sur des données de génétique des populations. Depuis cette révision, Dioon sonorense au sens strict ne désigne plus que les populations méridionales du sud du Sonora et du nord du Sinaloa, dont la morphologie correspond au type original décrit en 1984.
Nature du terrain et du sol
Dioon sonorense pousse typiquement sur des pentes abruptes de canyons, des versants escarpés et des affleurements rocheux, dans des situations où la pente et l’inaccessibilité du terrain offrent une protection naturelle contre les perturbations anthropiques. Les sols sont squelettiques, peu profonds, bien drainés, d’origine volcanique ou métamorphique. La pente du terrain et la teneur en potassium échangeable du sol sont les deux variables environnementales qui expliquent le mieux la variance d’abondance des individus adultes, selon les études de modélisation démographique. L’abondance des plantules est fortement corrélée à la pente et à la présence d’adultes, suggérant un effet de seuil : en dessous d’une densité critique d’adultes, le recrutement de plantules s’effondre.
L’altitude de l’aire de répartition s’échelonne de 300 à 1 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec une concentration des populations entre 615 et 1 200 mètres selon Whitelock (2002). Cette plage altitudinale correspond à la zone de transition entre la plaine côtière aride du Pacifique et les premiers contreforts boisés de la Sierra Madre occidentale.
Climat et températures
Le climat dans l’aire de répartition de Dioon sonorense est de type semi-aride à aride chaud, avec une saison sèche prononcée et des précipitations concentrées pendant la saison estivale (mousson nord-américaine, de juillet à septembre). Les précipitations annuelles moyennes varient de 250 à 500 millimètres, tombant principalement sous forme d’orages convectifs violents durant l’été. La saison sèche, qui s’étend d’octobre à juin, est extrêmement prononcée, avec des mois entiers sans la moindre pluie.
Les températures estivales sont élevées, dépassant régulièrement 35–40 °C dans les vallées et les canyons. Les hivers sont doux dans les stations les plus basses, mais des gelées nocturnes occasionnelles sont possibles dans les stations d’altitude, en particulier lors des épisodes d’air froid continental. L’espèce occupe une position biogéographique remarquable, aux confins du désert de Sonora — l’un des déserts les plus chauds d’Amérique du Nord — et de la forêt tropicale sèche, un biome parmi les plus menacés au monde.
Un facteur climatique préoccupant est le phénomène d’aridification progressive observé dans l’aire de répartition de Dioon sonorense. Des zones de chênaies mortes ont été documentées dans l’habitat de la cycadale, remplacées par du mesquite (Prosopis sp.), une espèce caractéristique de la végétation de matorral plus sèche des basses altitudes (González-Astorga et al., 2009). Ce remplacement de la végétation forestière par de la végétation arbustive xérophile, probablement lié au changement climatique, constitue une menace supplémentaire pour l’espèce.
Pollinisation et dispersion des graines
Comme toutes les cycadales, Dioon sonorense est une plante dioïque : les individus sont soit mâles, soit femelles, et ne changent jamais de sexe au cours de leur vie. La reproduction nécessite donc impérativement la présence de plantes des deux sexes dans un rayon suffisamment proche pour permettre le transfert de pollen.
La pollinisation des espèces du genre Dioon est assurée par des coléoptères spécialisés, et non par le vent comme on l’a longtemps cru. Deux groupes principaux de coléoptères pollinisateurs ont été identifiés dans les cônes de Dioon : les charançons primitifs de la sous-tribu des Allocorynina (famille des Belidae), considérés comme les pollinisateurs les plus anciens du genre, et les coléoptères du genre Pharaxonotha (famille des Erotylidae), colonisateurs plus récents. Ces insectes vivent et se reproduisent dans les cônes mâles, se nourrissant de pollen et de tissus du cône, puis transfèrent le pollen aux cônes femelles lorsqu’ils migrent d’une plante à l’autre. Les analyses phylogénétiques des Allocorynina suggèrent que Dioon est le genre hôte le plus anciennement colonisé par ces charançons, avec des radiations ultérieures vers le genre Zamia.
Le cône femelle de Dioon est hermétiquement fermé et ne s’ouvre que par une fissure horizontale étroite à sa base, par laquelle les coléoptères pollinisateurs pénètrent. Des études récentes (Salzman et al., 2023) ont montré que l’humidité dégagée par le cône femelle constitue un signal d’attraction puissant pour les pollinisateurs.
Les graines sont dispersées par gravité et, dans une moindre mesure, par les rongeurs. La capacité de dispersion à longue distance est très faible, ce qui contribue à l’isolement génétique des populations.
Menaces et statut de conservation
Dioon sonorense est classée « En danger » (Endangered, catégorie A2cd+4cd) par l’UICN (Chemnick & Gregory, 2010). L’espèce est également inscrite à l’Annexe II de la CITES, qui réglemente le commerce international de toutes les cycadales, et bénéficie du statut de « Protégée » (catégorie P) dans la norme officielle mexicaine (NOM-059-SEMARNAT). Sa population totale est estimée à un nombre restreint d’individus, et un déclin de plus de 50 % est estimé sur une période de 75 ans (50 ans passés et 25 ans futurs).
Les menaces sont multiples et cumulatives. La déforestation et la conversion des terres pour l’agriculture et l’élevage ont détruit une partie significative de l’habitat forestier de la cycadale. Le commerce horticole illégal, alimenté par la demande des collectionneurs internationaux, a entraîné le prélèvement d’individus adultes dans les populations sauvages. L’exploitation traditionnelle des troncs pour la production d’un alcool artisanal (une sorte de tequila rustique) a contribué à la réduction de certaines populations. L’aridification climatique progressive, documentée par l’observation de la mortalité des chênes dans l’habitat de la cycadale, constitue une menace à long terme potentiellement irréversible.
Seules les populations méridionales de Dioon sonorense bénéficient d’une protection in situ, dans l’Área de Protección de Flora y Fauna Sierra de Álamos-Río Cuchujaqui, une aire protégée fédérale mexicaine. Les populations septentrionales (désormais attribuées à Dioon vovidesii) et les populations intermédiaires restent largement dépourvues de mesures de conservation concrètes. Les études de génétique de la conservation (Gutiérrez-Ortega et al., 2014, 2018) ont identifié au moins deux unités évolutives significatives au sein de l’espèce, plaidant pour une stratégie de conservation intégrant l’ensemble des populations.
Description de l’espèce
Port général et tronc
Dioon sonorense est une cycadale de taille modeste à moyenne, au port caractéristique de sous-arbrisseau ou d’arbuste bas. Le tronc est cylindrique, érigé, généralement non ramifié, recouvert d’une armure dense de bases foliaires persistantes qui le protègent des incendies fréquents dans son habitat naturel. Le tronc est également revêtu d’une couche épaisse de poils laineux denses, qui persistent jusqu’à ce qu’ils soient brûlés par le passage du feu. Le diamètre du tronc atteint 22 à 25 centimètres.
La hauteur du tronc émergent est généralement modeste, de 30 à 90 centimètres, atteignant exceptionnellement 150 centimètres (Whitelock, 2002), voire 2 mètres dans les descriptions les plus généreuses. Le tronc est composé principalement de tissu de réserve, avec très peu de vrai bois — une caractéristique partagée par toutes les cycadales. La plante émet parfois des rejets basaux pour former une touffe de plusieurs troncs. Comme chez les autres Dioon, la croissance est extrêmement lente : un individu présentant 30 centimètres de tronc visible peut être âgé de 20 à 40 ans, voire davantage. Les plus vieux individus du genre Dioon sont estimés à plus de 1 000 ans d’âge.
Feuilles
Les feuilles sont pennées, disposées en spirale au sommet du tronc, formant une couronne dressée et élégante qui confère à la plante son allure caractéristique de palmier miniature. Chaque feuille mesure jusqu’à 100 centimètres de longueur à maturité, parfois un peu plus. Les folioles sont lancéolées, étroites, légèrement falciformes (en forme de faucille), rigides, terminées par une épine acérée. Elles sont disposées de part et d’autre du rachis et sont décrites comme légèrement tordues, ce qui constitue l’un des caractères distinctifs de l’espèce. Les folioles inférieures sont réduites à des épines, comme chez toutes les espèces de Dioon.
Le feuillage est vert-bleu légèrement glauque, contrastant avec le vert franc et les feuilles larges de Dioon tomasellii, avec lequel l’espèce était autrefois confondue. Les feuilles nouvelles, émises en couronne (appelée « flush » en anglais horticole), peuvent présenter des teintes bleutées ou légèrement rougeâtres caractéristiques à leur émergence. Les cataphylles — feuilles protectrices réduites qui alternent avec les feuilles normales — sont présentes comme chez toutes les cycadales et protègent les bourgeons foliaires en développement.
Cônes mâles et cônes femelles
Comme toutes les cycadales, Dioon sonorense ne produit ni fleurs ni fruits au sens botanique strict. La reproduction se fait par des cônes (strobiles), les organes reproducteurs primitifs caractéristiques des gymnospermes. Les plantes étant dioïques, les cônes mâles et les cônes femelles sont portés par des individus séparés.
Le cône mâle (microstrobilus) est pédonculé, allongé, cylindrique, composé de microsporophylles aplaties et recourbées vers le haut, disposées en spirale autour de l’axe du cône. Chaque microsporophylle porte sur sa face inférieure de nombreux sacs polliniques qui s’ouvrent par des fentes pour libérer le pollen. Les grains de pollen sont monosulqués (à une seule ouverture germinative), un caractère primitif partagé par toutes les cycadales.
Le cône femelle (mégastrobilus) est plus massif, ovoïde, terminal, solitaire. Il est densément couvert d’une laine protectrice. Les mégasporophylles portent à leur base deux ovules (d’où le nom du genre, Dioon, du grec di « deux » et oon « œuf »). Les écailles terminales des sporophylles sont aplaties, recourbées vers le haut et étroitement imbriquées, formant un cône hermétiquement fermé qui ne s’ouvre que par une fissure horizontale à la base pour permettre l’entrée des pollinisateurs. Le développement du cône femelle est prolongé, s’étalant sur plus d’une année. L’intervalle entre deux cônes femelles successifs est considérablement plus long que chez les mâles, typiquement de l’ordre de dix ans ou plus.
Graines
Les graines sont relativement grosses, de la taille d’un gros raisin, dures, enveloppées d’un tégument charnu (sarcotesta). Elles contiennent un endosperme amylacé abondant. Comme chez toutes les cycadales, les graines et d’autres tissus de la plante contiennent des toxines, notamment des glycosides d’azoxymethane (cycasine et macrozamine) et potentiellement de la bêta-methylamino-L-alanine (BMAA), un acide aminé neurotoxique. Le tégument des graines est réputé cancérigène et il est fortement déconseillé de manipuler les graines sans gants ou d’en consommer quelque partie que ce soit.
Espèces proches et phylogénie
Position phylogénétique
Le genre Dioon Lindley (famille des Zamiaceae, ordre des Cycadales) est considéré comme l’un des genres de cycadales les plus primitifs d’après les analyses d’ADN chloroplastique (De Luca et al., 1995). Il est couramment divisé en deux groupes morphologiques. Le premier comprend les grandes espèces robustes à frondes longues, troncs développés et cônes massifs : Dioon spinulosum, Dioon mejiae et Dioon rzedowskii. Le second regroupe les espèces plus modestes : Dioon edule, Dioon merolae, Dioon holmgrenii, Dioon purpusii, Dioon califanoi, Dioon caputoi, Dioon tomasellii et Dioon sonorense. Ce second groupe se caractérise par des troncs plus courts, des frondes considérablement plus courtes et des cônes plus petits.
Dioon sonorense appartient au clade des Dioon à feuilles étroites du versant Pacifique de la Sierra Madre occidentale, qui comprend également Dioon tomasellii (sa plus proche parente), Dioon holmgrenii et Dioon vovidesii (récemment séparée de Dioon sonorense). Les analyses de génétique des populations utilisant des marqueurs allozymiques (González-Astorga et al., 2008) et des marqueurs chloroplastiques (Gutiérrez-Ortega et al., 2014) ont confirmé le partage d’un haplotype ancestral entre Dioon sonorense et Dioon tomasellii, témoignant de leur origine commune récente. La diversification de ce clade serait liée aux cycles glaciaires du Pléistocène, qui auraient provoqué la fragmentation et l’isolement des populations le long de la Sierra Madre occidentale.
Différences avec Dioon tomasellii
Dioon tomasellii De Luca, Sabato & Vázq. Torres est l’espèce la plus étroitement apparentée à Dioon sonorense et la confusion historique entre les deux taxons est à l’origine de l’histoire taxonomique complexe de cette dernière. Les différences sont néanmoins significatives. Dioon tomasellii possède des feuilles nettement plus larges, de couleur vert franc (et non vert-bleu glauque), avec des folioles plus larges, plates et non tordues. Son port général est souvent plus robuste. Dioon tomasellii occupe une aire de répartition plus méridionale, dans les États du Jalisco, du Nayarit, du Durango et de l’ouest du Michoacán, et ne chevauche pas l’aire de Dioon sonorense. Les deux espèces partagent un haplotype chloroplastique ancestral, ce qui indique une divergence relativement récente à l’échelle évolutive.
Différences avec Dioon vovidesii
La description de Dioon vovidesii par Gutiérrez-Ortega et al. (2018) a clarifié la situation des populations les plus septentrionales du Sonora, qui étaient auparavant rattachées à Dioon sonorense. Dioon vovidesii se distingue par des caractères de morphologie foliaire et d’anatomie cuticulaire spécifiques. Ses populations occupent des habitats plus xériques, à la frange du désert de Sonora proprement dit, tandis que Dioon sonorense au sens strict reste confiné aux forêts tropicales sèches et aux chênaies du sud du Sonora et du nord du Sinaloa. Cette séparation taxonomique a des implications importantes pour la conservation, car elle signifie que chacune des deux espèces possède une aire de répartition et un nombre de populations encore plus restreints qu’on ne le croyait lorsqu’elles étaient considérées comme une seule entité.
Différences avec Dioon edule
Dioon edule Lindley est l’espèce type du genre et la plus largement cultivée. C’est une espèce beaucoup plus répandue, distribuée dans les États de la Sierra Madre orientale (Hidalgo, Querétaro, San Luis Potosí, Nuevo León, Tamaulipas, Veracruz). Morphologiquement, Dioon edule se distingue par ses folioles sans épines marginales à maturité (caractère unique dans le genre), sa coloration vert-bleu pâle, ses feuilles plus longues (100–200 centimètres) et son port souvent plus massif. C’est surtout une cycadale beaucoup plus rustique au froid, tolérant jusqu’à -12 °C pour les formes les plus résistantes, contre une tolérance nettement moindre pour Dioon sonorense.
Culture de Dioon sonorense
Culture en pleine terre en climat tempéré et méditerranéen
Dioon sonorense est l’une des cycadales les moins connues en culture, et les données horticoles disponibles sont nettement plus limitées que pour Dioon edule ou Dioon spinulosum. Les informations publiées proviennent principalement de Whitelock (2002), du forum PalmTalk et de quelques collections spécialisées de Californie et de Floride.
Whitelock mentionne que Dioon sonorense « tolère plusieurs degrés de gel sans dommage en culture ». Les données précises de rusticité restent toutefois rares et contradictoires. L’espèce provient d’un habitat semi-aride où les gelées sont occasionnelles mais brèves, ce qui suggère une tolérance au froid intermédiaire au sein du genre Dioon — probablement supérieure à celle de Dioon spinulosum (subtropical, sensible sous -5 °C) mais très inférieure à celle de Dioon edule (qui peut tolérer -12 °C en sol sec). Sur le forum PalmTalk, les discussions sur la rusticité des Dioon rares comme sonorense soulignent le manque d’expérience directe des cultivateurs, par opposition aux espèces courantes comme edule et spinulosum. En l’absence de données publiées fiables, une rusticité estimée de l’ordre de -3 °C / -6 °C en sol parfaitement drainé et sec semble une hypothèse prudente, qui devra être confirmée par l’expérience horticole.
En zone méditerranéenne (littoral provençal, Côte d’Azur, Ligurie italienne, Sicile, Sardaigne, côtes espagnoles), la culture en pleine terre est théoriquement envisageable dans les situations les plus favorables : pente bien drainée ou rocaille surélevée, exposition sud protégée des vents froids du nord, sol très drainant, absence d’humidité stagnante hivernale. La principale difficulté n’est pas tant le froid absolu que la combinaison froid-humidité, fatale à la plupart des cycadales subtropicales. Dans les zones côtières où les gelées ne descendent que rarement en dessous de -3 °C (Menton, Sanremo, Palerme, Malaga), la culture en pleine terre devrait être possible avec des précautions de drainage. En Provence intérieure ou dans les zones soumises à des gelées régulières sous -5 °C, la culture en pot hiverné sous abri sera préférable.
Comme toutes les cycadales, Dioon sonorense est une espèce de sous-bois dans son habitat naturel et tolère la mi-ombre. Cependant, en culture européenne, un ensoleillement généreux (plein soleil à mi-ombre légère) favorise une croissance plus compacte et un feuillage plus dense. L’espèce apprécie la chaleur estivale et les arrosages modérés pendant la saison de croissance, avec un repos hivernal au sec presque complet.
Culture en pot et sous abri
La culture en conteneur constitue l’option la plus sûre et la plus réaliste pour les amateurs européens souhaitant cultiver cette espèce rare. Un pot de taille adaptée (20 à 40 litres pour un sujet établi), rempli d’un substrat très drainant (70 % de matériaux minéraux : pouzzolane, pumice, perlite grossière, graviers fins — et 30 % de terreau grossier ou de terre franche sableuse), offre des conditions proches de celles de l’habitat naturel.
En été, le pot peut être installé à l’extérieur dans la situation la plus chaude et la plus ensoleillée disponible (terrasse orientée au sud, contre un mur réverbérant). L’arrosage doit être régulier mais modéré, avec un séchage complet du substrat entre deux apports. Les cycadales répondent favorablement à des apports réguliers d’engrais équilibré (NPK 10-10-10 ou similaire) faiblement dosé pendant la saison de croissance, contrairement à de nombreuses plantes xérophiles qui préfèrent un sol pauvre.
En hiver, le pot doit être déplacé dans un abri lumineux, hors gel et très sec : serre froide, véranda non chauffée, local lumineux entre 5 °C et 12 °C. L’arrosage hivernal doit être quasi nul. Les cycadales sont sujettes aux pourritures racinaires et basales en conditions froides et humides, et un arrosage hivernal excessif est la première cause de perte en culture.
La croissance de Dioon sonorense est extrêmement lente — c’est une plante que l’on cultive à l’échelle d’une vie humaine, voire de plusieurs générations. La patience est une vertu indispensable pour le cultivateur de cycadales.
Résumé des conditions culturales
- Exposition : plein soleil à mi-ombre légère. Tolère l’ombre partielle mais avec une croissance plus lente et un feuillage moins dense.
- Sol : très bien drainé, de préférence minéral (graveleux, sableux, rocailleux). pH neutre à légèrement alcalin. Ne supporte pas les sols argileux lourds mal drainés.
- Arrosage : modéré en été avec séchage complet entre les arrosages. Quasi nul en hiver. Ne jamais laisser d’eau stagnante au cœur de la couronne.
- Fertilisation : engrais équilibré faiblement dosé pendant la saison de croissance. Répondant bien à la fertilisation, contrairement aux idées reçues sur les plantes xérophiles.
- Rusticité : estimée zone USDA 9b–10a (-3 °C / -6 °C) en sol parfaitement sec, à confirmer par l’expérience horticole. Nettement moins rustique que Dioon edule.
- Croissance : extrêmement lente. Un sujet de 30 cm de tronc visible peut avoir 20–40 ans ou plus.
- Ennemis : pourritures racinaires et basales par excès d’humidité hivernale. Cochenilles diaspines (en particulier Aulacaspis yasumatsui, un ravageur invasif originaire d’Asie du Sud-Est qui menace toutes les cycadales cultivées). Chenilles occasionnelles sur le feuillage.
Propagation
Semis
Le semis est le principal mode de propagation de Dioon sonorense pour les amateurs, mais il exige une patience considérable et un accès à des graines fraîches, ce qui reste difficile pour cette espèce rare et protégée. Les graines doivent impérativement provenir de sources légales (pépinières spécialisées disposant de certificats CITES, jardins botaniques, échanges entre collectionneurs accrédités).
Les graines doivent être nettoyées de leur tégument charnu (sarcotesta), puis trempées dans l’eau tiède pendant 24 à 48 heures avant le semis. Le substrat de semis doit être stérile et parfaitement drainant : mélange de perlite grossière, sable de rivière et vermiculite en parts égales, ou substrat commercial pour cactées additionné de 50 % de perlite. Les graines sont posées sur le substrat en position horizontale ou légèrement enfoncées, en laissant la moitié supérieure exposée. La température optimale de germination est de 25–30 °C, en atmosphère humide mais pas saturée. Un tapis chauffant est recommandé.
La germination des graines de Dioon est lente et irrégulière, prenant de deux à six mois, voire davantage. Le taux de germination est variable selon la fraîcheur des graines. Les plantules développent d’abord une longue racine pivotante, puis une première feuille simple, suivie progressivement de feuilles pennées. Les plantules doivent être repiquées dans des pots individuels profonds lorsqu’elles ont développé deux à trois feuilles, dans un substrat similaire à celui recommandé pour les adultes.
Les racines coralloïdes, caractéristiques des cycadales, apparaissent spontanément près de la surface du sol. Ces structures racinaires spécialisées hébergent des cyanobactéries du genre Nostoc qui fixent l’azote atmosphérique, fournissant à la plante un apport en nutriments azotés dans les sols pauvres de son habitat naturel. La présence de racines coralloïdes est un signe de bonne santé et ne doit en aucun cas être perturbée lors des rempotages.
Autres modes de propagation
Dioon sonorense émet occasionnellement des rejets basaux (« pups » en anglais horticole), en particulier sur les sujets âgés ou après un stress mécanique. Ces rejets peuvent être séparés et bouturés, mais le succès est variable et l’opération délicate. La division de rejets est le seul moyen de propagation végétative, car les cycadales ne se bouturent pas par feuilles ou tiges. La multiplication in vitro est théoriquement possible mais n’est pas pratiquée à l’échelle commerciale pour cette espèce.
Jardins botaniques et collections notables
Dioon sonorense est une espèce très rarement représentée dans les collections botaniques internationales, en raison de sa rareté dans la nature, de la difficulté d’obtenir du matériel végétal légal et de sa description relativement récente comme espèce à part entière (1998).
Au Mexique, les collections nationales de cycadales les plus importantes sont celles du Jardín Botánico Francisco Javier Clavijero de l’Instituto de Ecología, A.C. à Xalapa (Veracruz), qui conserve la Colección Nacional de Cycadas, une collection de référence pour l’ensemble des espèces mexicaines de cycadales, et qui a fourni du matériel pour de nombreuses études génétiques sur Dioon sonorense. L’Área de Protección de Flora y Fauna Sierra de Álamos-Río Cuchujaqui, dans le sud du Sonora, protège les populations méridionales in situ.
Aux États-Unis, des spécimens de Dioon sonorense sont cultivés dans quelques collections spécialisées de Californie du Sud, notamment par des membres de la Cycad Society et de l’International Palm Society. Le Huntington Botanical Gardens (San Marino, Californie) et le Montgomery Botanical Center (Miami, Floride) possèdent des collections importantes de cycadales, incluant potentiellement des représentants de cette espèce. Le Fairchild Tropical Botanic Garden (Miami) conserve également une collection de cycadales de référence mondiale.
En Europe, la représentation de Dioon sonorense dans les collections reste anecdotique. L’Orto botanico di Palermo (Sicile) et les jardins botaniques de la Côte d’Azur (Villa Thuret à Antibes, Jardin exotique de Monaco) cultivent diverses espèces de Dioon, principalement Dioon edule et Dioon spinulosum, mais la présence de Dioon sonorense n’y est pas documentée publiquement. Quelques collectionneurs privés européens, principalement en Espagne méditerranéenne et en Italie méridionale, sont susceptibles de posséder des spécimens obtenus via les réseaux internationaux de collectionneurs de cycadales.
L’extrême rareté de cette espèce en culture constitue à la fois un défi et un argument en faveur du développement de programmes de conservation ex situ, qui pourraient contribuer à réduire la pression de collecte sur les populations sauvages tout en rendant l’espèce progressivement plus accessible aux amateurs sérieux.
Bibliographie commentée
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De Luca, P., Sabato, S. & Vázquez Torres, M. (1984). «Dion tomasellii (Zamiaceae), a new species with two varieties from western Mexico.» Brittonia 36(3): 223–227. — Description originale de Dioon tomasellii var. sonorense, le basionyme de Dioon sonorense, incluant les premières illustrations et la distinction morphologique avec la variété type.
Chemnick, J., Gregory, T.J. & Salas-Morales, S. (1998). «Dioon sonorense (Zamiaceae), a new species from northwestern Mexico.» Phytologia 83(1): 1–6. — Élévation de la variété sonorense au rang d’espèce à part entière, sur la base de caractères morphologiques, écologiques et biogéographiques. Publication fondamentale pour la taxonomie de l’espèce.
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Gutiérrez-Ortega, J.S., Jiménez-Cedillo, K., Pérez-Farrera, M.A., Martínez, J.F., Molina-Freaner, F., Watano, Y. & Kajita, T. (2018b). «Species definition of Dioon sonorense (Zamiaceae, Cycadales), and description of D. vovidesii, a new cycad species from northwestern Mexico.» Phytotaxa 369(2): 107–114. — Révision taxonomique majeure redéfinissant Dioon sonorense au sens strict (populations méridionales uniquement) et décrivant Dioon vovidesii pour les populations septentrionales du Sonora : https://www.biotaxa.org/Phytotaxa/article/view/phytotaxa.369.2.4
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PalmTalk Forum (International Palm Society). «Hardiness of various Dioons (Sonorense/Vovidesii, Caputoi, etc.).» — Discussion communautaire sur la rusticité des espèces rares de Dioon en culture, incluant les retours d’expérience des cultivateurs de Californie, de Floride et du Texas : https://www.palmtalk.org/forum/topic/61784-hardiness-of-various-dioonssonorensevovidesii-caputoi-etc/
DavesGarden. «An introduction to the genus Dioon.» — Article introductif sur le genre Dioon, avec des observations de culture détaillées pour chaque espèce, rédigé par un cultivateur de Californie du Sud : https://davesgarden.com/guides/articles/view/1981/
The World List of Cycads. «Dioon sonorense.» — Fiche de référence taxonomique pour Dioon sonorense, incluant la synonymie complète, les données de distribution, et le statut UICN à jour : https://cycadlist.org/scientific_name/261
