Cycas lingshuigensis

Cycas lingshuigensis est un nom de cycas du genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels, appliqué à des plantes de l’île de Hainan, dans le sud de la Chine. Décrit en 2004, il n’a connu qu’une brève existence comme espèce reconnue : Plants of the World Online (POWO) et la World List of Cycads le placent aujourd’hui en synonyme de Cycas taiwaniana. Son cas, comme celui de Cycas hainanensis, illustre la difficulté extrême de délimiter les espèces au sein du complexe de Cycas taiwaniana. Cet article présente le concept lingshuigensis en signalant d’emblée ce statut, et en restant transparent sur le peu de données qui le distinguent réellement.

Une mise au point taxonomique préalable

Le nom Cycas lingshuigensis G.A.Fu a été publié en 2004 (on rencontre aussi l’orthographe Cycas lingshuiensis). En 2021, l’étude de Feng et collaborateurs sur la délimitation des espèces du complexe de Cycas taiwaniana a montré que Cycas lingshuigensis, tout comme Cycas hainanensis et Cycas shanyaensis, n’était pas distinguable de Cycas taiwaniana sur des bases moléculaires et morphologiques solides ; ces noms ont donc été placés en synonymie. POWO et la World List of Cycads suivent ce traitement. Cycas lingshuigensis est par ailleurs réputé extrêmement proche de Cycas hainanensis, dont il partage l’aire à Hainan, ce qui a contribué à sa mise en synonymie.

Il faut être clair : ce taxon ne dispose pas d’une description morphologique indépendante largement diffusée et vérifiable, et aucune base de référence majeure ne le retient aujourd’hui comme espèce valide. Les caractères pertinents sont donc ceux du complexe de Cycas taiwaniana, présentés ci-dessous.

Comment reconnaître les plantes nommées Cycas lingshuigensis ?

Les plantes rapportées à ce nom sont des cycas de Hainan appartenant au complexe de Cycas taiwaniana, et en partagent l’allure générale : un cycas arborescent à tronc relativement court mais bien marqué, portant une couronne de grandes feuilles simplement pennées, planes, à folioles coriaces et à nervure médiane unique. Les pieds sont dioïques, avec de grands cônes polliniques chez les sujets mâles et, chez les sujets femelles, des mégasporophylles libres en couronne, à lame pectinée, portant les ovules puis de grandes graines à tégument charnu.

C’est précisément l’absence de caractère diagnostique stable, distinguant Cycas lingshuigensis de Cycas hainanensis et de Cycas taiwaniana, qui a conduit à ne plus le reconnaître : ses mégasporophylles et son feuillage s’inscrivent dans la gamme de variation de ces taxons. Pour une description chiffrée des plantes de ce groupe, on se reportera utilement aux concepts Cycas hainanensis (cycas robuste de Hainan, tronc jusqu’à 1,5–2,5 m, feuilles de 1 à 2,2 m, folioles en 50 à 80 paires) et Cycas taiwaniana (tronc jusqu’à 3,5 m), sous lesquels Cycas lingshuigensis est aujourd’hui rangé.

Hybrides connus

Aucun hybride horticole nommé ni hybride naturel formellement décrit n’est attesté sous le nom Cycas lingshuigensis. La situation est même l’inverse d’une hybridation : ce nom a été créé pour des plantes que des analyses ultérieures ont révélées non distinctes de Cycas taiwaniana. Comme dans l’ensemble du complexe, des flux de gènes anciens ont été mis en évidence entre lignées par les études génomiques.

Confusion avec d’autres espèces

La confusion est ici consubstantielle au taxon : Cycas lingshuigensis a précisément été confondu — à juste titre, selon les traitements actuels — avec les autres cycas du complexe de Cycas taiwaniana. Les plantes les plus proches sont Cycas hainanensis (jugé quasi indiscernable et partageant l’aire de Hainan) et Cycas taiwaniana lui-même, sous lequel le nom est désormais placé. Le complexe inclut aussi Cycas changjiangensis (autre endémique de Hainan), Cycas szechuanensis et Cycas fairylakea. La distinction entre ces taxons repose sur des nuances ténues des mégasporophylles et du feutrage des jeunes feuilles, nuances dont la valeur spécifique a été remise en cause par les données moléculaires.

Il convient en outre de ne pas confondre ces cycas de Hainan avec le cycas du Japon (Cycas revoluta), beaucoup plus répandu en culture, aux folioles nettement plus étroites et à marges enroulées.

Taxonomie

Le nom Cycas lingshuigensis a été publié par G.A. Fu en 2004 dans le Bulletin of Botanical Research (Harbin), volume 24(4), pages 387-388. L’épithète renvoie au xian de Lingshui (陵水, district autonome Li de Lingshui), dans le sud-est de Hainan, d’où provenaient les plantes décrites. La graphie originale (lingshuiensis) a été normalisée en lingshuigensis dans certains référentiels.

POWO et la World List of Cycads considèrent ce nom comme un synonyme de Cycas taiwaniana Carruth., à la suite de Feng et collaborateurs (2021). Aucune base de référence majeure ne le retient au rang d’espèce. Ce sort, partagé avec Cycas hainanensis et Cycas shanyaensis, témoigne de la prolifération de noms au sein du complexe de Cycas taiwaniana dans les années 2000, et de leur regroupement ultérieur à la lumière des données génétiques.

Dans la nature

Les plantes rapportées à Cycas lingshuigensis sont endémiques de Hainan, dans le secteur de Lingshui, au sein de milieux tropicaux de basse altitude, chauds et humides, sans gel. Cette écologie est celle de l’ensemble des cycas de Hainan du complexe de Cycas taiwaniana, qui croissent en forêt et en terrains de collines, en populations localisées du fait de la faible distance de dispersion de leurs lourdes graines.

Les études de génétique des populations conduites sur ce complexe (en traitant ces plantes au sein de Cycas taiwaniana) relèvent une diversité génétique relativement faible et une forte différenciation, en lien avec l’histoire géologique et climatique de Hainan. Sur le plan de la conservation, les cycas de Hainan de ce groupe sont menacés par la destruction de l’habitat et le prélèvement pour le commerce ornemental ; Cycas taiwaniana, sous lequel Cycas lingshuigensis est rangé, est évalué « En danger » (EN) par l’UICN. Comme toute la famille des Cycadaceae, ces plantes relèvent de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture.

Culture

La culture des plantes nommées Cycas lingshuigensis ne se distingue pas de celle des autres cycas de Hainan du complexe de Cycas taiwaniana. Ce sont des cycas thermophiles qui apprécient une exposition lumineuse (du plein soleil à une ombre légère), un sol parfaitement drainant, de la chaleur et des arrosages réguliers en période de végétation, plus espacés ensuite. La fertilisation gagne à être calée sur le rythme de croissance par poussées propre aux cycas. En pleine terre, la culture n’est envisageable que sous climat doux à chaud, sans gel ; ailleurs, la culture en bac, hivernée à l’abri, est préférable. La croissance est lente, et l’excès d’eau stagnante, surtout par temps frais, reste le principal danger pour le tronc.

Multiplication

La multiplication se fait essentiellement par semis, à partir de graines fraîches. Ces cycas étant dioïques, l’obtention de graines viables suppose de disposer de pieds mâles et femelles et, le plus souvent en culture, de procéder à une pollinisation manuelle. La sarcotesta charnue est nettoyée avant le semis ; les graines demandent de la chaleur et un substrat drainant maintenu humide, et germent lentement. Le prélèvement de rejets, lorsqu’ils se forment à la base du tronc, offre une voie de multiplication végétative complémentaire : on les laisse cicatriser à sec avant rempotage.

Maladies et ravageurs

Les ennemis sont communs à l’ensemble des cycas cultivés : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), redoutable et tenace, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges en atmosphère chaude et sèche. Une surveillance régulière du revers des folioles et de la base des feuilles permet d’intervenir tôt. Le principal trouble physiologique demeure la pourriture du tronc et des racines, provoquée par un excès d’humidité ou un drainage insuffisant.

Rusticité

Les plantes rapportées à Cycas lingshuigensis proviennent de milieux tropicaux de basse altitude de Hainan, sans gel : elles doivent être considérées comme sensibles au gel et réservées aux climats chauds (zones de rusticité USDA de l’ordre de 10 à 11). Aucun retour d’expérience fiable spécifique à ce taxon n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés, ce qui n’a rien d’étonnant compte tenu de son statut nomenclatural. Comme pour l’ensemble du complexe, il ne faut pas lui transposer les indications de rusticité, plus élevées, du cycas de Taïwan (Cycas taitungensis), souvent confondu avec ce groupe dans la littérature horticole. Partout où des gelées sont possibles, une culture en bac hivernée à l’abri reste la solution la plus sûre.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Cycas lingshuigensis n’est documenté de façon fiable. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine et des acides aminés neurotoxiques : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. Le statut menacé de ces plantes et leur inscription à la CITES proscrivent en outre tout prélèvement non contrôlé dans la nature.

FAQ

Est-ce une espèce valide ? Non, selon les référentiels actuels. POWO et la World List of Cycads placent Cycas lingshuigensis en synonyme de Cycas taiwaniana, à la suite de Feng et al. (2021).

D’où vient le nom ? De Lingshui (陵水), district du sud-est de Hainan, d’où provenaient les plantes décrites par G.A. Fu en 2004.

En quoi diffère-t-il de Cycas hainanensis ? En pratique, pas de façon stable : les deux noms désignent des cycas de Hainan jugés extrêmement proches, et tous deux sont aujourd’hui rangés sous Cycas taiwaniana.

Peut-on en acheter ? On rencontre parfois ce nom dans le commerce spécialisé ; il s’agit de plantes du complexe de Cycas taiwaniana, soumises à la CITES (Annexe II), dont l’origine de culture doit être justifiée.

Est-il rustique ? Non, à considérer comme gélif. Attention à ne pas lui appliquer la rusticité, plus élevée, de Cycas taitungensis, espèce de Taïwan souvent confondue avec ce groupe.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — statut nomenclatural (traité comme synonyme de Cycas taiwaniana) : https://powo.science.kew.org/…

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales et protologue : https://www.ipni.org/n/77062520-1

Cycad List, The World List of Cycads (cycadlist.org) — fiche du complexe et notes de synonymie (sous Cycas taiwaniana) : https://cycadlist.org/scientific_name/224

UICN, Liste rouge des espèces menacées — statut En danger, sous Cycas taiwaniana (rechercher par nom d’espèce) : https://www.iucnredlist.org

Bibliographie

Fu, G.A. (2004). [Cycas lingshuigensis G.A.Fu.] Bulletin of Botanical Research (Harbin) 24(4) : 387-388. [Description originale (protologue) du taxon.]

Feng, X.Y. et al. (2021). Species delimitation with distinct methods based on molecular data to elucidate species boundaries in the Cycas taiwaniana complex (Cycadaceae). Taxon 70 : 477-491. [Base de la mise en synonymie de Cycas lingshuigensis sous Cycas taiwaniana.]

Wu, L.X., Xu, H.Y., Jian, S.G., Gong, X. & Feng, X.Y. (2022). Geographic factors and climatic fluctuation drive the genetic structure and demographic history of Cycas taiwaniana (Cycadaceae), an endemic endangered species to Hainan Island in China. Ecology and Evolution 12 : e9508. [Structure génétique et histoire démographique du complexe à Hainan.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]