Cycas chenii

Cycas chenii appartient au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels. Décrite seulement en 2015, c’est une espèce endémique du haut bassin du fleuve Rouge (Yuanjiang), au centre du Yunnan, en Chine. Elle illustre, comme plusieurs de ses voisines, le modèle « riverain » des cycas du Yunnan, où chaque espèce tend à occuper un réseau hydrographique propre. Sa particularité est d’être un cycas acaule, à tige souterraine, ce qui la distingue immédiatement de son plus proche parent, Cycas guizhouensis.

Comment reconnaître Cycas chenii ?

Le caractère le plus marquant est l’absence de tronc aérien : Cycas chenii est acaule, sa tige restant souterraine, et ne porte que 2 à 8 feuilles à la couronne. Les feuilles, pennées, mesurent 70 à 190 cm de long, d’un vert clair à foncé très luisant ; elles sont planes en coupe (folioles opposées insérées à 160-180° sur le rachis) et comptent 26 à 74 folioles, le rachis se terminant toujours par une paire de folioles. Un feutrage roux couvre les jeunes feuilles, puis disparaît au déploiement. Le pétiole, glabre, mesure 20 à 80 cm (soit le quart à les deux cinquièmes de la feuille) et porte des épines sur presque toute sa longueur. Les folioles médianes sont simples, longues de 17 à 30 cm pour 0,9 à 1,3 cm de large, à apex acuminé non épineux et à nervure médiane saillante sur les deux faces.

L’espèce est dioïque. Les cônes mâles, vert jaunâtre, mesurent 10 à 15 cm de long sur 6 à 8 cm de large ; la lame des microsporophylles est rigide, terminée par une épine apicale grêle et appliquée de 1 à 3 mm. Les mégasporophylles femelles, longues de 10 à 12 cm, sont couvertes d’un tomentum brun ; elles portent 2 à 4 ovules glabres (un caractère de la section Stangerioides) et une lame stérile rhombique à ovale de 5 à 7 cm sur 2,5 à 3,5 cm, profondément pectinée, armée de 12 à 18 épines souples, l’épine apicale se distinguant nettement des épines latérales. Les graines sont ovoïdes, de 2 à 3 cm de long sur 1,5 à 2,6 cm de large, à tégument charnu (sarcotesta) jaune. Le caryotype compte 2n = 22 chromosomes, de formule 2n = 2x = 6m + 4sm + 12t.

Hybrides connus

Aucun hybride horticole nommé ni hybride naturel formellement décrit n’est attesté pour Cycas chenii. Sur les arbres moléculaires, l’espèce forme un groupe propre, niché dans une polytomie avec son plus proche parent Cycas guizhouensis. Elle partage par ailleurs le sud du Yunnan avec d’autres cycas de la section Stangerioides, notamment Cycas simplicipinna et Cycas tanqingii, mais s’en sépare nettement aussi bien par la morphologie que par le génotype.

Confusion avec d’autres espèces

Cycas chenii a été comparé en détail à ses trois plus proches voisines.

De Cycas guizhouensis, son plus proche parent, il se distingue avant tout par le port : Cycas chenii est acaule, alors que Cycas guizhouensis développe un tronc dressé pouvant atteindre 2 m et porte beaucoup plus de feuilles (9 à 30, contre 2 à 8). Les mégasporophylles de Cycas guizhouensis sont aussi plus larges (lame de 4 à 10 cm sur 6 à 8 cm, à épines plus nombreuses), et son caryotype diffère. Les deux espèces occupent en outre des bassins distincts, Cycas guizhouensis étant lié à la vallée du Nanpanjiang.

De Cycas simplicipinna, dont il partage pourtant le même caryotype, Cycas chenii se distingue par des feuilles qui ne brunissent pas en noircissant à la dessiccation et par une foliole apicale différente des folioles latérales.

De Cycas tanqingii, enfin, il se sépare par des feuilles et des folioles plus courtes, par des mégasporophylles rhombiques à ovales (et non orbiculaires), et par un caryotype différent ; les deux espèces occupent par ailleurs des bassins versants séparés.

Taxonomie

Cycas chenii a été décrit en 2015 par Wei Zhou, Meng-Meng Guan et Xun Gong (Kunming Institute of Botany), dans le Journal of Systematics and Evolution. L’autorité du nom est abrégée en X. Gong & Wei Zhou ; l’identifiant nomenclatural IPNI est 77166521-1. L’holotype (W. Zhou 201235) est conservé à l’herbier de l’Institut de botanique de Kunming (KUN) ; il provient de Chine, au Yunnan : district de Shuangbai, Dutian, vers 1 100 m d’altitude.

L’espèce est rangée dans la section Stangerioides, à laquelle la rattachent à la fois la morphologie (ovules glabres notamment) et les données moléculaires ; elle y apparaît comme une lignée distincte, proche de Cycas guizhouensis. L’épithète chenii rend hommage au professeur Chia-Jui Chen (Jiarui Chen), botaniste de l’Institut de botanique de l’Académie chinoise des sciences, en reconnaissance de ses travaux importants sur le genre Cycas en Chine ; le nom chinois de l’espèce est 陈氏苏铁, « le cycas de Chen ».

Dans la nature

Cycas chenii est endémique du haut bassin du fleuve Rouge (Yuanjiang), dans le centre du Yunnan, en Chine. Il n’est connu que de quatre populations réparties entre le district de Shuangbai (Dutian, qui est la localité-type, et Qingshuihe) et le district de Honghe (Menglong et Lianhua). L’espèce croît dans des forêts sempervirentes subtropicales de feuillus, entre 500 et 1 300 m d’altitude, généralement sur des pentes raides et sur des substrats variés allant du calcaire aux schistes et aux phyllades. Les arbres dominants de ces forêts comprennent Pistacia weinmannifoliaPhyllanthus emblicaDalbergia hupeana et Ficus tinctoria subsp. gibbosa. La floraison a lieu en avril-mai et les graines mûrissent en octobre-novembre.

Sur le plan de la conservation, la situation est préoccupante : aucune aire protégée ne couvre ni ne jouxte les populations connues, et l’effectif total est estimé à moins de 500 individus. Les auteurs de la description proposent de classer l’espèce « En danger » (EN) sur la Liste rouge de l’UICN, et soulignent l’urgence d’une protection in situ, les populations étant menacées par le défrichement agricole. Comme toute la famille des Cycadaceae, l’espèce relève de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture.

Culture

La culture de Cycas chenii est quasi inexistante hors de Chine et l’espèce reste exceptionnelle en collection ; quelques individus ont toutefois été introduits au jardin botanique de Kunming. À partir de son écologie — sous-bois de forêts subtropicales de moyenne altitude du Yunnan —, on peut en déduire les exigences d’un cycas thermophile appréciant la chaleur, une lumière vive à filtrée (l’espèce poussant sous couvert) et un sol parfaitement drainant. Les arrosages sont réguliers durant la végétation, plus mesurés en saison fraîche, sans excès d’eau stagnante. Du fait de sa tige souterraine, la plante reste de petite taille et se prête à la culture en pot profond. La croissance est lente, comme chez la plupart des cycas.

Multiplication

La multiplication se fait par semis, à partir de graines fraîches. L’espèce étant dioïque, l’obtention de graines viables suppose des pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. La sarcotesta charnue est nettoyée avant le semis ; les graines demandent de la chaleur et un substrat drainant maintenu humide pour germer, lentement. Le caractère acaule limite la production de rejets, de sorte que le semis reste la voie principale. Compte tenu de la rareté de l’espèce et de son statut de conservation, seul du matériel issu de semis et de sources légales doit être recherché : le cultiver à partir de graines légitimes contribue à sa conservation ex situ.

Maladies et ravageurs

Les ennemis sont communs à l’ensemble des cycas cultivés : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), redoutable, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges en atmosphère chaude et sèche. Le principal trouble physiologique reste la pourriture de la tige souterraine et des racines, provoquée par un excès d’humidité ou un drainage insuffisant — un risque accru chez une espèce acaule, dont l’organe vital est enterré.

Rusticité

Issu de forêts subtropicales du Yunnan, entre 500 et 1 300 m, Cycas chenii doit être considéré comme sensible au gel et réservé aux climats chauds (zones de rusticité USDA de l’ordre de 10). Son origine, dans des vallées chaudes et bien drainées, suggère une bonne tolérance à la chaleur estivale et à une sécheresse passagère, mais ne préjuge pas d’une résistance au froid. Aucun retour d’expérience fiable et spécifique à cette espèce n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés, ce qui s’explique par sa rareté et sa description récente. Dans le doute, et partout où des gelées sont possibles, la culture en bac hivernée à l’abri reste la solution la plus sûre.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Cycas chenii n’est documenté de façon fiable. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. Le statut menacé de l’espèce et son inscription à la CITES proscrivent par ailleurs tout prélèvement dans la nature.

FAQ

Qu’est-ce qui distingue Cycas chenii de Cycas guizhouensis ? Avant tout le port : Cycas chenii est acaule (tige souterraine) et ne porte que 2 à 8 feuilles, alors que Cycas guizhouensis développe un tronc aérien (jusqu’à 2 m) et porte 9 à 30 feuilles. S’y ajoutent des mégasporophylles plus étroites, un caryotype différent et un bassin versant distinct.

Où pousse-t-il à l’état sauvage ? Uniquement dans le haut bassin du fleuve Rouge (Yuanjiang), au centre du Yunnan, dans les districts de Shuangbai et de Honghe, entre 500 et 1 300 m.

À quelle section appartient-il ? À la section Stangerioides, caractérisée par des ovules glabres, des sporophylles mâles molles et des graines à sarcotesta jaune.

Est-il menacé ? Oui : l’effectif total est estimé à moins de 500 individus, sans aire protégée, et les auteurs de la description proposent un statut « En danger » (EN).

Que signifie l’épithète chenii ? Elle honore le professeur Chia-Jui Chen (Jiarui Chen), botaniste de l’Académie chinoise des sciences, pour ses travaux sur les Cycas de Chine.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté et répartition : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:77166521-1

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/77166521-1

Journal of Systematics and Evolution — article de description originale (Zhou, Guan & Gong, 2015) : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/jse.12153

Bibliographie

Zhou, W., Guan, M.-M. & Gong, X. (2015). Cycas chenii (Cycadaceae), a new species from China, and its phylogenetic position. Journal of Systematics and Evolution 53(6) : 489-498. [Description originale (protologue) : diagnose, description complète, comparaison morphologique et caryologique avec Cycas guizhouensisCycas simplicipinna et Cycas tanqingii, position dans la section Stangerioides, répartition et conservation.]

Hill, K.D. (2008). The genus Cycas (Cycadaceae) in China. Telopea 12(1) : 71-118. [Cadre de classification infragénérique du genre en Chine.]

Zheng, Y., Liu, J., Gong, X. et al. (2017). The distribution, diversity, and conservation status of Cycas in China. Ecology and Evolution 7(9) : 3212-3224. [Répartition, diversité et conservation des cycas de Chine.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]