Euphorbia balsamifera Aiton, communément appelée « tabaiba dulce » (tabaibe douce) aux îles Canaries, est un arbuste semi-succulent de la famille des Euphorbiaceae. Décrite pour la première fois par William Aiton en 1789 dans son Hortus Kewensis, cette espèce constitue l’une des composantes majeures de la végétation xérophile des îles Canaries et des zones arides du nord-ouest africain. Son épithète spécifique « balsamifera », du latin « qui porte du baume », fait référence à la résine aromatique sécrétée par la plante.
Emblème végétal officiel de l’île de Lanzarote, Euphorbia balsamifera est l’une des rares espèces présentes sur la totalité des sept îles de l’archipel canarien. Cette euphorbe succulente revêt un intérêt biogéographique considérable : elle représente le seul exemple vivant du patron de distribution dit « Rand Flora » encore présent à la fois aux Canaries et sur le continent africain voisin. Ce patron biogéographique ancien témoigne de la fragmentation des flores de l’Afrique nord-occidentale sous l’effet de l’aridification progressive du Sahara.
Classification et nomenclature
Position systématique
Euphorbia balsamifera appartient à l’ordre des Malpighiales, famille des Euphorbiaceae, sous-famille des Euphorbioideae, tribu des Euphorbieae, sous-tribu des Euphorbiinae. Le genre Euphorbia Linnaeus, avec plus de 2 000 espèces, est l’un des plus vastes du règne végétal.
Synonymes
Les principaux synonymes nomenclaturaux de cette espèce incluent : Tithymalus balsamifer (Aiton) Haworth ; Euphorbia balsamifera subsp. eubalsamifera Maire ; Euphorbia capazii Caballero ; Euphorbia rogeri N.E.Brown.
Taxons infra-spécifiques et espèces apparentées
La taxonomie infra-spécifique de ce complexe a fait l’objet de révisions récentes. Depuis 1965, deux sous-espèces étaient traditionnellement reconnues : Euphorbia balsamifera subsp. balsamifera, distribuée aux îles Canaries et dans le nord-ouest de l’Afrique, et Euphorbia balsamifera subsp. adenensis (Deflers) P.R.O.Bally, présente en Asie du Sud-Ouest et dans le nord-est de l’Afrique tropicale.
En 2021, Riina et collaborateurs ont proposé de rééléver Euphorbia adenensis Deflers au rang d’espèce à part entière, sur la base de données moléculaires et morphologiques. Toutefois, une étude de Thulin publiée en 2025 dans le Nordic Journal of Botany a démontré qu’aucun des caractères morphologiques invoqués (taille, port, forme foliaire, degré de fusion des styles, puberté des ovaires et des fruits) ne permet de distinguer clairement les deux taxons. Thulin recommande donc de maintenir le traitement en deux sous-espèces géographiques, la disjonction géographique rendant l’identification aisée.
L’espèce sœur de ce complexe est Euphorbia sepium N.E.Brown, distribuée dans le Sahel occidental, de la Mauritanie au Niger. Les analyses phylogénétiques de Villaverde et collaborateurs (2018) et Rincón-Barrado et collaborateurs (2024) situent la divergence entre Euphorbia sepium et le clade Euphorbia balsamifera + Euphorbia adenensis au Miocène supérieur (environ 6,8 millions d’années), tandis que la divergence au sein de ce dernier clade remonte au Pliocène inférieur (environ 3,7 millions d’années), période correspondant à l’aridification croissante de l’Afrique. Les trois taxons sont diploïdes (Molero et collaborateurs, 2002).
Description morphologique
Port et dimensions
Euphorbia balsamifera forme un arbuste dichotomiquement ramifié, de port arrondi et de hauteur variable, depuis des buissons rampants à peine saillants du sol dans les stations très exposées au vent, jusqu’à de petits arbres atteignant 1 à 3 mètres, exceptionnellement 5 mètres dans les situations les plus favorables. La plante développe un tronc succulent épais, noueux avec l’âge, conférant aux spécimens âgés un aspect de bonsaï naturel très prisé des collectionneurs.
Tiges
Les tiges sont semi-succulentes, inermes (sans épines), pouvant atteindre 15 cm de diamètre. Leur surface, lisse, est marquée de cicatrices foliaires transversales caractéristiques. La coloration de l’écorce varie du gris au terre cuite selon les populations et les conditions environnementales. La ramification est dichotomique, les parties âgées devenant progressivement noueuses et considérablement épaissies.
Feuilles
Les feuilles sont sessiles, groupées en rosettes terminales à l’extrémité des rameaux. Leur morphologie est variable selon les populations : linéaires-lancéolées à obovales, elles mesurent de 15 à 80 mm de longueur pour 3 à 8 mm de largeur. Leur coloration est vert glauque, l’apex est apiculé, les marges entières, la surface glabre ou munie de quelques poils minuscules vers la base.

Euphorbia balsamifera est une espèce caducifoliée estivale : elle perd ses feuilles durant la saison sèche et chaude afin de réduire les pertes hydriques par transpiration. Cette dormance estivale interrompt la photosynthèse, la plante puisant dans ses réserves stockées dans les tiges succulentes. L’arbre défeuillé présente alors un aspect mort trompeur. Dans les situations exceptionnellement favorables, la plante peut conserver son feuillage toute l’année (comportement sempervirent).
Fleurs et inflorescence
Euphorbia balsamifera est une espèce dioïque : les fleurs mâles et femelles sont portées par des individus distincts. L’inflorescence est une cyme terminale, généralement réduite à un unique cyathe subsessile de 6 mm de diamètre au sommet de chaque rameau. Cette caractéristique — une inflorescence terminale uniflore — distingue nettement cette espèce des autres membres du genre. Les pseudo-pétales sont d’un jaune-vert pâle. Les glandes nectarifères, au nombre de cinq, sont étalées, larges de 2 à 3 mm. Les styles mesurent de 3 à 3,5 mm de longueur, avec des apex nettement bifides.
Fruits et graines
Le fruit est une capsule subsessile de grande taille, d’environ 9 × 10 mm, visqueuse, passant du vert au rose-rouge à maturité, superficiellement lobée, glabre ou pubescente selon les populations. Comme chez la plupart des Euphorbiaceae, la capsule est explosive : à maturité, elle s’ouvre brutalement en projetant les graines, assurant une dissémination locale efficace (autocorie balistique). Les graines sont subglobuleuses, lisses, grises, mesurant environ 3 × 2,8 mm. La dissémination secondaire est assurée par les oiseaux granivores (ornithochorie).
Latex
Comme toutes les euphorbes, Euphorbia balsamifera produit un latex blanc laiteux lorsque ses tissus sont lésés. Ce latex est toxique par ingestion mais, fait remarquable, il est nettement moins caustique et moins amer que celui des autres espèces du genre. Il possède une consistance visqueuse et collante, ainsi qu’un parfum balsamique caractéristique qui lui a valu son nom vernaculaire de « tabaiba dulce » (tabaibe « douce »), par opposition à la « tabaiba amarga » (Euphorbia regis-jubae Webb & Berthelot, syn. Euphorbia obtusifolia Poiret), dont le latex est beaucoup plus irritant.
Écologie et distribution
Aire de répartition
L’aire de répartition d’Euphorbia balsamifera subsp. balsamifera couvre l’ensemble de l’archipel canarien (sept îles principales et îlots associés), le Maroc occidental, le Sahara occidental, et s’étend en Afrique de l’Ouest dans la zone sahélienne, de la Mauritanie au Sénégal, au Mali, au Niger et au nord du Nigeria. La limite septentrionale continentale coïncide avec la frange sahélienne marquant la bordure méridionale du Sahara.

La sous-espèce adenensis occupe le versant oriental du Sahara, le long des côtes de la mer Rouge, la Corne de l’Afrique, le sud de la péninsule Arabique et l’île de Socotra (premier signalement en 2024, où seulement trois individus arborescents ont été observés sur un versant rocheux isolé du sud-ouest de l’île).
L’écosystème du cardonal-tabaibal
Aux îles Canaries, Euphorbia balsamifera est l’une des espèces structurantes de la formation végétale appelée « cardonal-tabaibal », l’un des écosystèmes les plus emblématiques et les plus répandus de l’archipel. Cette formation arbustive xérophile, dominée par des euphorbes succulentes et cactiformes, occupe l’étage basal (piso basal), depuis le niveau de la mer jusqu’à environ 350 m d’altitude sur les versants nord et jusqu’à 700 m sur les versants sud, voire 800 m localement.
Ce milieu se caractérise par une forte insolation, des températures moyennes annuelles autour de 20 °C, des précipitations très faibles (souvent inférieures à 200 mm par an) et des sols pauvres, souvent rocheux ou sableux d’origine volcanique.
Les espèces compagnes caractéristiques de cette formation comprennent Euphorbia canariensis Linnaeus (le cardón canario, euphorbe cactiforme majeure), Euphorbia regis-jubae Webb & Berthelot (tabaiba amarga), Kleinia neriifolia Haworth (verode), Ceropegia fusca Bolle, Ceropegia dichotoma Haworth (cardoncillo), Plocama pendula Aiton (balo), Launaea arborescens (Battandier) Murb. (aulaga), Schizogyne sericea (Linnaeus f.) Schultz Bipontinus (salado) et Periploca laevigata Aiton (cornical).
Habitat et substrats
L’espèce prospère sur une grande diversité de substrats : terrains rocheux volcaniques, malpaís (coulées de lave), sables consolidés (elle évite toutefois les dunes très mobiles), sols argilo-sableux sur plaines, sols encroûtants sur latérite ou grès superficiels, éboulis, et sols calcaires ou gypseux. En Afrique continentale, elle colonise les mêmes types de terrains arides, des plaines aux pentes rocheuses. La plante n’est pas consommée par le bétail ni par les termites, ce qui contribue à sa pérennité en milieu pastoral.
Biogéographie et évolution
L’étude phylogéographique majeure de Rincón-Barrado et collaborateurs (2024), publiée dans Annals of Botany, a bouleversé la compréhension de l’histoire de cette espèce. Grâce aux techniques d’enrichissement ciblé couplées au séquençage génomique et à l’utilisation de réseaux neuronaux convolutifs pour discriminer entre scénarios de colonisation alternatifs, les auteurs ont établi que :
– La colonisation de l’archipel canarien s’est effectuée d’est en ouest, conformément à l’« hypothèse du syngaméon surfant » (Surfing Syngameon Hypothesis).
– Les populations continentales africaines d’Euphorbia balsamifera ne sont pas les reliques d’un stock ancestral africain, mais résultent d’événements de migration récente (rétro-colonisation) depuis Lanzarote et Fuerteventura vers le continent.
– Les populations de Lanzarote et Fuerteventura ont connu des extinctions suivies de recolonisations depuis Tenerife et Grande Canarie.
– Un signal d’admixture (hybridation) entre les populations des îles orientales et celles du nord-ouest africain a été détecté.
Ce résultat capital démontre que les archipels océaniques ne sont pas seulement des « puits » de biodiversité, mais peuvent constituer des « sources » de variabilité génétique nourrissant les populations continentales. Le temps de génération de l’espèce a été estimé entre 5 et 6 ans par observation directe (Berg, 1990).
Dissémination et reproduction
La reproduction sexuée de cette espèce dioïque nécessite la proximité d’individus mâles et femelles. La pollinisation est probablement assurée par des insectes attirés par les glandes nectarifères des cyathes. La dissémination primaire est balistique (explosion des capsules), complétée par une dissémination secondaire ornithochore (par les oiseaux granivores). Berg (1990) a décrit en détail ce mécanisme de dissémination chez cette espèce, incluant une note sur la sclérendochorie.
Conservation
Comme la plupart des euphorbes succulentes, Euphorbia balsamifera figure à l’Annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Son commerce international est donc réglementé et soumis à la délivrance de permis. Aux îles Canaries, la formation du cardonal-tabaibal constitue l’écosystème le plus dégradé de l’archipel, principalement en raison de l’urbanisation littorale, du développement touristique et de la conversion des terres pour l’agriculture (bananiers, cultures sous serre). Plusieurs sites abritant cette espèce bénéficient néanmoins du statut d’espaces naturels protégés.
Usages traditionnels et ethnobotanique
Odontologie traditionnelle
L’usage ethnobotanique le plus remarquable d’Euphorbia balsamifera concerne l’odontologie traditionnelle. Au Maroc, le latex de cette espèce est largement employé comme antalgique pour le traitement des pulpites dentaires aiguës. Moins caustique que celui des autres euphorbes, ce latex possède des propriétés analgésiques reconnues en médecine traditionnelle.
Médecine traditionnelle
En Afrique de l’Ouest, les usages médicinaux sont multiples. Le latex est appliqué en usage externe comme antidote sur les morsures de serpents et les piqûres d’insectes, et sur les lésions causées par le ver de Guinée. L’écorce des racines est utilisée comme émétique. Les décoctions de l’extrémité fleurie des rameaux sont employées comme vermifuges. Divers usages galactogènes (stimulation de la lactation), abortifs, fébrifuges et anti-vénériens sont également rapportés dans la littérature ethnobotanique.
Usage alimentaire
Aux îles Canaries, les feuilles étaient traditionnellement récoltées et cuites comme légume vert. Au Sénégal, les jeunes pousses constituaient également un aliment d’appoint. Les chameaux, moutons et chèvres consomment la plante, et les moutons mangent les feuilles tombées au sol, bien que les bovins l’évitent.
Autres usages
Le latex a été utilisé à Lanzarote comme une sorte de chewing-gum naturel, un usage facilité par sa moindre toxicité. Sa consistance collante présente également un potentiel comme piège à insectes, à l’instar de certaines autres euphorbes dont le latex adhésif a été utilisé avec succès pour capturer des mouches tsé-tsé. Le latex est aussi employé dans les poisons de flèches et les poisons ordaliques. Le bois, léger, sert à la fabrication d’ustensiles et de petit mobilier. La résine balsamique entre dans la composition d’encens et de parfums artisanaux. La plante est enfin très couramment utilisée comme haie vive et marqueur de limites parcellaires dans toute la zone sahélienne, où elle est considérée comme l’une des meilleures espèces de haie pour les régions à faible pluviométrie (moins de 900 mm par an).
Culture
Conditions générales
Euphorbia balsamifera est une espèce relativement facile à cultiver, tant en pleine terre dans les régions au climat adapté qu’en pot. Sa croissance est lente à modérée, les sujets atteignant leur maturité reproductive en 5 à 6 ans. Les spécimens âgés développent un tronc succulent remarquable qui leur confère une valeur ornementale et marchande considérable.
Exposition lumineuse
La plante nécessite une forte luminosité pour conserver un port compact et bien ramifié. Le plein soleil est l’exposition idéale. Les sujets cultivés sans luminosité suffisante prennent un port étiolé, avec des tiges allongées et fragiles pouvant nécessiter un tuteurage. Néanmoins, dans les régions à ensoleillement très intense, un léger ombrage aux heures les plus chaudes peut être bénéfique pour éviter le blanchiment des tissus. Toute acclimatation au plein soleil doit être progressive pour prévenir les brûlures.
Substrat
Le drainage est la condition absolue de réussite. Le substrat doit être très drainant, minéral, pauvre en matière organique. Un mélange type pour la culture en pot se compose de deux parts de sable grossier (granulométrie 2 à 5 mm) ou de pouzzolane, une part de terreau de feuilles décomposé et une part de tourbe (ou fibre de coco en substitution écologique). En pleine terre, tout sol profond, bien drainé, sableux ou graveleux convient. La plante tolère les sols calcaires, argileux-sableux et même les substrats volcaniques bruts.
Arrosage
Du printemps à l’automne (période de végétation active dans nos régions), arroser lorsque le substrat est sec sur les 2 à 3 premiers centimètres. En hiver, réduire considérablement les arrosages : juste assez pour empêcher le flétrissement des tiges. En saison chaude, privilégier les arrosages le soir. L’excès d’humidité est le principal facteur de mortalité en culture : il provoque des pourritures racinaires souvent fatales.
Il est essentiel de comprendre le cycle naturel de cette espèce : dans son habitat d’origine, la période de repos correspond à l’été (saison sèche aux Canaries). En culture européenne, le repos hivernal imposé par le froid remplace cette dormance estivale. La plante est donc active au printemps et en automne, avec une possible pause estivale marquée par la chute des feuilles si les températures dépassent 35 °C de manière prolongée.
Températures et rusticité
Euphorbia balsamifera est adaptée aux climats chauds et secs. Elle tolère sans difficulté les fortes chaleurs estivales. Sa rusticité hivernale est limitée mais réelle : les spécimens adultes en bonne santé, cultivés dans un substrat parfaitement drainant, peuvent supporter des gelées brèves de l’ordre de −1 à −2 °C. Des gelées plus sévères ou prolongées endommagent irréversiblement les tissus. L’humidité ambiante combinée au froid est particulièrement délétère. En hiver, la plante doit impérativement être maintenue au sec et à l’abri des pluies froides.
En zone USDA 10a à 11b (températures minimales de −1 à +10 °C), la culture en pleine terre est envisageable en situation protégée (pied de mur orienté sud, surplomb, rocaille drainée). En France métropolitaine, la culture en pleine terre n’est réalistement possible que sur la Côte d’Azur, en Corse littorale et dans quelques micro-climats privilégiés du littoral atlantique méridional, toujours avec la précaution d’un hivernage au sec.
Fertilisation
Les sujets cultivés en pot bénéficient d’une fertilisation légère durant la période de végétation : un engrais liquide pour cactées et plantes succulentes, dilué à demi-dose, appliqué une à deux fois par mois au printemps et en automne. Un léger apport de matière organique bien décomposée en surface peut être effectué à l’automne pour stimuler la croissance. Éviter tout excès d’azote qui provoque un allongement excessif des entre-nœuds et fragilise la plante.
Rempotage
Le rempotage n’est pas nécessaire chaque année. Il s’effectue lorsque le système racinaire a colonisé l’ensemble du pot, idéalement au début du printemps à la reprise de la végétation. Manipuler la plante avec des gants de protection, des vêtements couvrants et une protection oculaire en raison du latex irritant.
Multiplication
Par bouturage
Le bouturage de tiges est la méthode la plus rapide et la plus fiable. Les boutures de grande taille (50 cm ou plus) donnent les meilleurs résultats et peuvent même être plantées directement en place définitive. Elles peuvent même survivre à plusieurs mois de sécheresse avant de s’enraciner, ce qui témoigne de la résilience extraordinaire de cette espèce.
Protocole : prélever la bouture avec un outil propre et désinfecté. Rincer la section à l’eau pour éliminer le latex. Laisser sécher la plaie à l’ombre pendant 7 à 14 jours afin que le cal cicatriciel se forme et que le risque de pourriture à la plantation soit minimisé. Planter dans un substrat très drainant et maintenir à mi-ombre jusqu’à l’enracinement, puis exposer progressivement au soleil. La période optimale est le printemps ou le début de l’été.
Par semis
Le semis est possible mais plus lent et aléatoire. Semer les graines fraîches juste sous la surface d’un substrat sableux léger, en mini-serre ou terrine couverte. La germination intervient généralement en 1 à 3 semaines. La difficulté principale réside dans l’obtention de graines viables, l’espèce étant dioïque : la production de graines nécessite la présence d’individus des deux sexes et une pollinisation effective.
Ravageurs et maladies
L’espèce est naturellement résistante à la plupart des herbivores en raison de son latex toxique. Les principaux problèmes en culture sont :
– Cochenilles (Coccoidea) : principaux ravageurs, pouvant affaiblir considérablement la plante. Traiter avec un coton imbibé d’alcool à 70° pour les infestations localisées, ou à l’huile de neem en pulvérisation préventive.
– Pourriture racinaire : conséquence d’un excès d’humidité au niveau du substrat. Potentiellement fatale, elle est la première cause de mortalité en culture. La prévention passe par un drainage irréprochable et un arrosage contrôlé.
– Champignons cryptogamiques : favorisés par l’association humidité + froid + stagnation d’air. Une bonne ventilation et un hivernage au sec constituent la meilleure prophylaxie.
Précautions et toxicologie
Le latex d’Euphorbia balsamifera, bien que moins irritant que celui de nombreuses congénères, n’en demeure pas moins potentiellement dangereux. Le contact avec les yeux est particulièrement redouté et peut provoquer des lésions oculaires graves. Le latex contient des esters diterpéniques toxiques susceptibles de provoquer une irritation cutanée chez les individus sensibles. Toute manipulation doit s’effectuer avec des gants, des vêtements protecteurs et une protection oculaire. En cas de contact avec les muqueuses, rincer abondamment à l’eau claire et consulter un médecin. Il est impératif de maintenir cette plante hors de portée des enfants et des animaux domestiques.
Il est à noter que cette espèce a historiquement été employée pour préparer des poisons de flèches et des poisons ordaliques, ce qui témoigne de sa toxicité réelle malgré l’appellation de « douce ».
Conclusion
Euphorbia balsamifera est une espèce fascinante à bien des égards. Son histoire biogéographique, révélée par les études génomiques récentes, témoigne de la complexité des échanges floristiques entre les îles océaniques et les continents. Son rôle structurant dans l’écosystème emblématique du cardonal-tabaibal canarien la place au cœur des enjeux de conservation de la biodiversité macaronésienne. Sa richesse ethnobotanique, de l’odontologie traditionnelle marocaine aux haies vives du Sahel, illustre l’importance culturelle de cette plante pour les sociétés humaines de son aire de répartition.
Pour le collectionneur et le jardinier, Euphorbia balsamifera offre l’attrait d’une espèce au port sculptural unique, relativement facile à cultiver à condition de respecter ses exigences fondamentales : un substrat très drainant, une forte luminosité, un arrosage modéré et une protection contre le gel.
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