Zamia skinneri est l’une des cycadales les plus spectaculaires et les plus emblématiques du genre Zamia. Endémique des forêts pluviales côtières de la province de Bocas del Toro, sur le versant caraïbe du Panama, cette grande espèce arborescente combine un tronc atteignant deux mètres et demi, des frondes spectaculaires dépassant deux mètres et surtout d’immenses folioles plicées qui figurent parmi les plus grandes de l’ordre des Cycadales. Décrite en 1851 par le botaniste allemand Albert Gottfried Dietrich à partir de matériel collecté l’année précédente par l’explorateur polono-lituanien Józef Warszewicz, Zamia skinneri a longtemps été un nom porte-manteau appliqué à des populations très variables réparties du Nicaragua méridional au centre du Panama. La révision taxonomique majeure publiée en 2008 par Taylor, Haynes et Holzman a démantelé ce complexe d’espèces en isolant trois taxons nouveaux (Zamia hamannii, Zamia imperialis, Zamia nesophila) et en restreignant Zamia skinneri sensu stricto aux populations à émergence foliaire verte de la côte caraïbe continentale de Bocas del Toro, où moins de cinq cents individus sont aujourd’hui dénombrés. Cette restriction géographique récente, combinée à des pressions anthropiques fortes, place l’espèce parmi les Zamia d’Amérique centrale les plus menacés.
Comment reconnaître Zamia skinneri
L’identification de Zamia skinneri repose sur une combinaison de caractères de stature, de feuillage et d’émergence foliaire qui, à l’âge adulte, en font l’une des espèces les plus reconnaissables du genre.
Le tronc est arborescent, érigé, généralement non ramifié, atteignant deux à deux mètres cinquante de hauteur pour environ quinze centimètres de diamètre. Marqué de cicatrices foliaires persistantes, il porte au sommet une couronne de frondes étalées à arquées. Cette stature classe Zamia skinneri parmi les Zamia arborescents les plus hauts, derrière Zamia roezlii qui peut atteindre des dimensions plus imposantes encore.
La couronne foliaire se compose de quelques frondes pennées d’un mètre cinquante à deux mètres de long, à rachis robuste. Le pétiole peut porter quelques aiguillons selon les formes.
Les folioles constituent le caractère le plus immédiatement spectaculaire : très grandes, ovales à elliptiques, elles peuvent atteindre jusqu’à 45 centimètres de long sur 20 centimètres de large sur des sujets pleinement matures, ce qui les place parmi les folioles les plus volumineuses de l’ensemble des Cycadales. La face supérieure est marquée par une nervation plicée prononcée — nervures parallèles saillantes formant un motif rainuré-corrugé caractéristique du complexe skinneri —, qui donne à la lamine un aspect plissé immédiatement reconnaissable. La texture est cuirée et rigide, le vert profond et brillant sur les feuilles matures.
L’émergence des nouvelles feuilles est typiquement vert clair chez Zamia skinneri sensu stricto, sans coloration bronze, cuivre ou rouge — un point clarifié par la révision de Taylor, Haynes et Holzman (2008). Cette caractéristique distingue précisément l’espèce de Zamia hamannii et Zamia imperialis, séparées en 2008 du complexe et caractérisées au contraire par un néofeuillage rouge éclatant. Les confusions historiques qui ont longtemps attribué à Zamia skinneri un flush coloré spectaculaire concernaient en réalité ces espèces désormais distinctes.
Le caractère dioïque impose la séparation des sexes sur des pieds distincts. Les cônes mâles, cylindriques, sont portés en plusieurs unités sur les sujets matures. Les cônes femelles, plus massifs, sont distinctement portés sur des pédoncules courts et épais — caractère discriminant face à Zamia neurophyllidia à pédoncule allongé et plus grêle. Les graines sont volumineuses, à sarcotesta charnue rouge vif à maturité, attirant les disperseurs animaux.
Le nombre chromosomique est de 2n = 22, qui distingue également Zamia skinneri de Zamia neurophyllidia (2n = 18) selon les déterminations caryotypiques publiées.
Hybrides connues
Aucun hybride naturel validé scientifiquement n’est documenté pour Zamia skinneri sensu stricto. La séparation taxonomique récente des espèces du complexe skinneri (Taylor, Haynes & Holzman, 2008) a clarifié des situations longtemps interprétées comme des variations intraspécifiques, ce qui réduit le périmètre des situations susceptibles d’être interprétées comme hybridogènes.
En culture, aucun hybride horticole stabilisé n’est rapporté. La rareté de l’espèce en collection et la difficulté de maintenir simultanément des sujets adultes des deux sexes hors zones tropicales limitent considérablement les opportunités d’hybridation expérimentale. Quelques croisements sporadiques ont pu être tentés par des collectionneurs spécialisés, mais aucun cultivar issu d’une telle démarche n’a été publié ni enregistré.
Confusion avec d’autres espèces
Zamia skinneri est avant tout susceptible d’être confondue avec les autres espèces du complexe morphologique des Zamia à folioles plicées d’Amérique centrale, dont la plupart ont été séparées d’elle relativement récemment.
Zamia neurophyllidia D.W. Stev. est la plus proche et la plus fréquemment confondue : décrite en 1993 par Stevenson, elle se distingue par une stature plus modeste (tronc rarement au-delà d’un mètre cinquante), des folioles plus petites (jusqu’à environ 30 × 12 cm), un pédoncule de cône femelle plus long et plus fin, et un nombre chromosomique différent (2n = 18 contre 2n = 22 chez Zamia skinneri). Les deux espèces partagent en revanche une émergence foliaire verte, et leur identification repose donc principalement sur la taille du sujet adulte, les dimensions des folioles et la caryologie. Leurs distributions diffèrent : Zamia skinneri sensu stricto est cantonnée à la côte caraïbe continentale de Bocas del Toro (Panama), tandis que Zamia neurophyllidia s’étend du nord du Panama au Costa Rica.
Zamia hamannii A.S. Taylor, J.L. Haynes & Holzman, Zamia imperialis A.S. Taylor, J.L. Haynes & Holzman et Zamia nesophila A.S. Taylor, J.L. Haynes & Holzman ont été décrites en 2008 à partir de populations précédemment incluses dans Zamia skinneri. Zamia hamannii et Zamia imperialis se distinguent immédiatement de Zamia skinneri par leur néofeuillage rouge éclatant, ainsi que par des folioles encore plus volumineuses. Zamia imperialis, originaire de la province de Coclé, présente parmi les feuilles les plus massives du genre. Zamia nesophila, également de Bocas del Toro mais inféodée aux îles, conserve une émergence foliaire verte mais occupe un microhabitat distinct.
Zamia amplifolia Mast., espèce colombienne du bassin de la Calima, partage le port général et la grande taille des folioles plicées, mais s’en distingue par les marges des folioles entières (dentées ou crénelées chez Zamia skinneri selon les sources), et surtout par sa distribution géographique sud-américaine totalement séparée.
Zamia pseudoparasitica Yates, seule cycadale épiphyte connue au monde, partage avec Zamia skinneri l’appartenance au clade panaméen plicé mais son habitus épiphytique unique exclut toute confusion réelle.
Taxonomie
Zamia skinneri a été publiée en 1851 par le botaniste allemand Albert Gottfried Dietrich (1795-1856) à partir d’un spécimen collecté l’année précédente, en 1850, par l’explorateur polono-lituanien Józef Warszewicz (1812-1866) dans les montagnes de la province de Veraguas, au Panama. L’autorité complète du nom est Zamia skinneri Warsz. ex A.Dietr., formalisant le rôle de Warszewicz comme collecteur ayant fourni le matériel original et celui de Dietrich comme auteur de la publication valide. L’identifiant IPNI de l’espèce est 297378-1.
L’épithète spécifique honore George Ure Skinner (1804-1867), commerçant et collecteur britannique d’origine écossaise actif en Amérique centrale, en particulier au Guatemala, dans la première moitié du XIXᵉ siècle. Skinner est surtout connu pour ses introductions massives d’orchidées centraméricaines dans les serres européennes, et la dédicace de cette cycadale à son nom reflète son rôle dans les réseaux botaniques de l’époque.
Sur le plan nomenclatural, POWO reconnaît quatre synonymes à Zamia skinneri. Le synonyme homotypique Palmifolium skinneri (Warsz. ex A.Dietr.) Kuntze, publié dans la Revisio Generum Plantarum (1891), résulte d’une tentative générique aujourd’hui caduque. Trois synonymes hétérotypiques ou nomenclaturalement subordonnés complètent la liste : Aulacophyllum skinneri (Warsz. ex A.Dietr.) Regel (Gartenflora 25 : 143, 1876), conséquence de la classification éphémère du XIXᵉ siècle séparant les Zamia à folioles plicées dans le genre Aulacophyllum ; Zamia forgetiana J.Schust., publiée comme synonyme (pro syn.) dans le Pflanzenreich d’Engler (1932) ; et Zamia skinneri var. latifolia J.Verschaff. (Index bibliographique de l’horticulture belge, 1887), considérée comme nomen nudum faute de description valide.
L’histoire taxonomique de Zamia skinneri est exceptionnelle par l’ampleur de la confusion qu’elle a accumulée. Pendant plus d’un siècle, le nom a été appliqué de manière large à des populations à folioles plicées s’étendant du Nicaragua méridional au Panama central, masquant en réalité plusieurs espèces distinctes sous une circonscription unique. Stevenson (1993) a amorcé la clarification en décrivant Zamia neurophyllidia comme entité distincte. Mais c’est la révision majeure de Taylor, Haynes et Holzman publiée en 2008 dans le Botanical Journal of the Linnean Society qui a restructuré l’ensemble du complexe, en re-caractérisant Zamia skinneri sensu stricto et en érigeant simultanément trois espèces nouvelles (Zamia hamannii, Zamia imperialis, Zamia nesophila) à partir de populations qui étaient auparavant rattachées à Zamia skinneri. Cette révision a ramené l’aire et l’effectif connus de Zamia skinneri sensu stricto à une fraction de l’extension antérieurement supposée.
Sur le plan phylogénétique, les analyses moléculaires successives (notamment Caputo et al. 2004 et Calonje et al. 2019) placent Zamia skinneri et ses proches voisines dans un clade panaméen rassemblant les espèces à folioles plicées (Zamia neurophyllidia, Zamia hamannii, Zamia imperialis, Zamia nesophila) ainsi que la cycadale épiphyte Zamia pseudoparasitica. Cette diversification panaméenne reflète une longue histoire évolutive sur l’isthme.
Dans la nature
Après la révision taxonomique de 2008, Zamia skinneri sensu stricto est strictement endémique de la province de Bocas del Toro, dans le nord-ouest du Panama, sur le versant caraïbe. Les populations connues se concentrent sur la côte continentale, principalement entre le niveau de la mer et environ trois cents mètres d’altitude. Les références antérieures à la révision faisaient état d’altitudes jusqu’à neuf cent cinquante mètres et d’une vaste aire centraméricaine, mais ces données concernent en réalité des populations désormais attribuées à d’autres espèces du complexe.
L’habitat typique correspond aux forêts pluviales caraïbes de basse altitude, où l’espèce occupe le sous-bois (understorey) des forêts primaires et secondaires bien conservées. Les sujets se rencontrent préférentiellement sur les pentes prononcées et les crêtes plutôt que dans les fonds de vallée — une préférence corrélée au mode de dispersion des graines par gravité et écoulement, qui privilégie les terrains inclinés. Les sols sont organiques, riches, bien drainés malgré la pluviométrie très élevée, grâce à la topographie accidentée.
Le climat local est équatorial à sub-équatorial : précipitations annuelles atteignant 4 000 à 8 000 mm sur le versant caraïbe de cette province, hygrométrie élevée toute l’année, absence de saison sèche marquée, températures stables sans amplitude saisonnière notable et gel totalement absent. Ces conditions définissent strictement l’écologie de l’espèce et conditionnent ses besoins culturaux.
Comme l’ensemble des cycadales, Zamia skinneri développe au sein de son système racinaire des racines coralloïdes qui hébergent en symbiose des cyanobactéries du genre Nostoc, capables de fixer l’azote atmosphérique. Les travaux conduits sur cette espèce à la Station biologique de La Selva, au Costa Rica, ont montré que la fixation d’azote est plus active dans les racines coralloïdes jeunes, déclinant chez les racines plus anciennes malgré une charge bactérienne plus importante.
Les interactions biologiques notables incluent la phytophagie spécialisée par les chenilles du papillon Eumaeus godartii (Lycaenidae) au Costa Rica et au Panama. Comme leurs homologues nord-américaines (Eumaeus atala sur Zamia integrifolia en Floride), ces chenilles séquestrent les cycasines des tissus végétaux pour se rendre toxiques pour leurs prédateurs, arborant un patron aposématique caractéristique. Cette coévolution plante-insecte illustre l’ancienneté des relations entre les cycadales et leurs phytophages spécialisés.
L’évaluation IUCN classe Zamia skinneri en En danger (Endangered, EN), reflet conjoint d’une aire géographique très restreinte, d’une population estimée à moins de cinq cents individus matures après la révision taxonomique de 2008, et de pressions anthropiques importantes : conversion des forêts caraïbes en plantations (banane, palmier à huile), expansion de l’élevage bovin, fragmentation forestière liée aux infrastructures, et collecte illégale alimentée par la demande des collectionneurs internationaux. L’espèce est inscrite à l’annexe II de la CITES, ce qui réglemente strictement son commerce international.
Culture de Zamia skinneri
Zamia skinneri est une espèce de culture exigeante, réservée en pratique aux serres chaudes tempérées, aux jardins botaniques tropicaux et aux collectionneurs disposant d’installations adaptées. Sa culture extérieure n’est envisageable qu’en climat tropical humide sans saison fraîche marquée. Partout ailleurs, elle se conduit obligatoirement sous abri chauffé.
Culture en pot
La culture en conteneur est la formule la plus courante hors zone tropicale. Compte tenu de la stature ultime de l’espèce (tronc jusqu’à 2,5 m, frondes jusqu’à 2 m), on optera pour un grand contenant profond, capable d’accueillir le système racinaire pivotant typique du genre, en plastique épais, terre cuite émaillée ou matériau plus stable comme la pierre reconstituée ou le béton pour les sujets adultes. Le poids du contenant est un paramètre pratique : un pot suffisamment lourd prévient les basculements liés à l’envergure de la couronne.
Le substrat doit être riche, organique et parfaitement drainant : un mélange équilibré de terreau forestier de qualité, écorces de pin compostées, perlite grossière et compost de feuilles reconstitue correctement les sols humifères de forêt pluviale tropicale. À la différence des Zamia xérophiles (par exemple Zamia furfuracea), Zamia skinneri ne tolère pas un substrat sableux pauvre et perméable : son enracinement requiert une rétention organique soutenue.
L’exposition doit être lumineuse mais filtrée, reproduisant l’éclairement modéré du sous-bois forestier. Le plein soleil tropical direct peut décolorer les folioles, particulièrement en air sec. En serre, un voile d’ombrage de 50 à 70 % ou une position à l’écart des zones de surchauffe sous verre est préférable.
Les arrosages doivent être abondants et réguliers toute l’année, l’espèce ne supportant pas le dessèchement du substrat. Le mélange doit rester constamment humide, sans engorgement. L’hygrométrie ambiante doit rester durablement élevée, idéalement supérieure à 60 %. Dans les serres tempérées chauffées en hiver, le recours à la brumisation, à des plateaux d’humidification ou à des systèmes de fogging automatisés est généralement nécessaire pour compenser l’assèchement de l’air. La fertilisation s’effectue de manière généreuse en saison de croissance, avec un engrais équilibré à libération lente complété par des apports organiques (compost de feuilles, fumier composté très ancien) — un régime nutritif cohérent avec l’écologie de l’espèce en sols forestiers riches.
L’hivernage doit garantir un minimum thermique élevé (voir section Rusticité) et le maintien d’une hygrométrie soutenue malgré le chauffage.
Culture en pleine terre
La mise en pleine terre n’est envisageable qu’en climat tropical humide à très humide sans saison fraîche marquée. L’emplacement doit reproduire au mieux les conditions d’understorey forestier : exposition mi-ombre lumineuse sous canopée légère, brise-vent latéral, sol profond, riche, organique, durablement frais sans engorgement chronique, paillage organique épais. Un drainage soigné reste indispensable malgré l’exigence d’humidité élevée, l’engorgement chronique étant délétère même pour cette espèce hygrophile.
Une fois installée, Zamia skinneri demande des arrosages d’appoint en période sèche éventuelle, le renouvellement périodique du paillage et une surveillance sanitaire attentive. La croissance reste lente : plusieurs années sont nécessaires pour qu’un jeune sujet atteigne son plein développement architectural.
Multiplication
La multiplication de Zamia skinneri s’effectue essentiellement par semis. La rareté de l’espèce, son statut conservationniste et la lenteur de sa maturation rendent toutefois la production de jeunes plants peu fréquente, et le matériel commercial responsable provient désormais quasi exclusivement de plantes mères en collection.
Le caractère dioïque impose la coexistence de sujets adultes des deux sexes, ce qui suppose plusieurs plantes parvenues à maturité sexuelle — laquelle est atteinte tardivement, après plusieurs années à plusieurs décennies de culture selon les conditions. La pollinisation naturelle dans les populations sauvages est entomophile, assurée par des charançons spécialisés (Curculionidae) inféodés aux cycadales, attirés par un mécanisme combinant thermogenèse cônique, émissions olfactives et signaux visuels. En culture, la pollinisation manuelle s’effectue par récolte du pollen sur un cône mâle en pleine déhiscence et application au pinceau ou par insufflation sur les sporophylles d’un cône femelle réceptif.
Les graines mûres se reconnaissent à la coloration rouge vif de leur sarcotesta. On les débarrasse de cette pulpe charnue par macération dans l’eau tiède pendant 24 à 48 heures puis frottement (gants impératifs : la sarcotesta contient des cycasines et macrozamines toxiques irritantes pour la peau et les muqueuses). Les semences nues, rincées, doivent être semées rapidement.
Le semis se fait à plat ou à moitié enterré dans un substrat très drainant à base de perlite ou de sable grossier additionné d’un peu de matière organique, maintenu humide mais jamais détrempé, à une température constante de 25 à 30 °C sous hygrométrie élevée. La germination, hypogée, peut intervenir en deux à six mois selon les lots, parfois davantage. La sensibilité aux pourritures fongiques pendant les premiers mois est marquée ; ventilation, modération de l’humidité de surface et éventuel traitement fongicide préventif réduisent les pertes. Le repiquage s’effectue après émission de la première fronde, dans des godets profonds adaptés au système racinaire pivotant.
La multiplication végétative par division reste exceptionnelle. Les sujets matures à plusieurs couronnes peuvent théoriquement être divisés, mais la grande taille de l’espèce, la valeur de chaque individu et le risque significatif de pourriture pendant la phase de reprise rendent cette voie peu praticable hors contexte horticole spécialisé.
Maladies et ravageurs
Zamia skinneri partage avec l’ensemble des cycadales cultivées une sensibilité à un nombre limité mais bien identifié d’organismes nuisibles.
La cochenille asiatique des cycas, Aulacaspis yasumatsui, demeure à l’échelle mondiale le ravageur le plus préoccupant des collections de cycadales depuis sa dispersion accidentelle hors d’Asie du Sud-Est à partir des années 1990. Cette cochenille à bouclier blanc colonise massivement la face inférieure des folioles puis l’ensemble de la plante, provoquant en quelques mois la chlorose, le dessèchement et la mort en l’absence de traitement. La lutte combine traitements systémiques à base d’imidaclopride ou de dinotéfurane, applications topiques d’huiles minérales et, dans les régions où ces auxiliaires sont établis, mobilisation du prédateur Cybocephalus nipponicus et du parasitoïde Coccobius fulvus dans des programmes intégrés.
Les pourritures racinaires et caulinaires d’origine fongique (Pythium, Phytophthora, Fusarium) constituent un risque pour cette espèce exigeante en humidité atmosphérique mais sensible à l’engorgement du substrat. Une aération correcte du substrat, un drainage rigoureux et un suivi attentif des plantules limitent ces incidents.
Les cochenilles farineuses et les acariens apparaissent occasionnellement en serre chaude lors d’épisodes secs ; le maintien d’une hygrométrie élevée et un bassinage régulier du feuillage les tiennent généralement à distance.
Sur le plan sanitaire humain, toutes les parties de la plante — feuilles, tige, graines — contiennent des composés neurotoxiques (cycasines, macrozamines, BMAA) responsables d’intoxications graves en cas d’ingestion non préparée. La sarcotesta charnue rouge vif des graines, particulièrement attractive, doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques. La toxicité de l’espèce envers le bétail est également documentée dans son aire d’origine.
Rusticité
Zamia skinneri est une espèce strictement tropicale, sans la moindre tolérance au gel. Son habitat d’origine, le sous-bois pluvial caraïbe de basse altitude, est caractérisé par des températures stables tout au long de l’année et des minima qui ne descendent jamais sous une vingtaine de degrés. L’espèce n’a développé aucune adaptation au froid ni aux variations thermiques marquées.
L’espèce relève de la zone USDA 11, avec une tolérance opérationnelle prudente recommandée au-dessus de 15 °C en culture, voire 18 °C pour optimiser sa physiologie. Les sources spécialisées s’accordent sur l’absence totale de tolérance au gel : les premiers dommages foliaires apparaissent dès le voisinage de 5 à 8 °C, et toute exposition au point de congélation provoque la nécrose rapide du feuillage et compromet généralement la survie du sujet. Le tronc partiellement aérien, dépourvu de la protection thermique offerte par un caudex subterranéen, accentue encore cette vulnérabilité au froid.
Sous toute latitude tempérée, la culture extérieure n’est pas envisageable et l’espèce relève strictement de la serre chaude tempérée, de la véranda chauffée ou du jardin botanique tropical, avec un minimum thermique opérationnel maintenu entre 15 et 18 °C en période fraîche et une hygrométrie soutenue malgré le chauffage hivernal. La grande surface foliaire de Zamia skinneri, qui amplifie les pertes par transpiration, rend particulièrement nuisible toute ambiance sèche et chauffée typique des intérieurs ordinaires en hiver.
Usages traditionnels éventuels
L’ethnobotanique de Zamia skinneri est peu documentée dans la littérature accessible. Comme les autres cycadales centraméricaines, l’espèce contient des composés toxiques (cycasines, macrozamines, BMAA) susceptibles d’avoir conduit à des usages alimentaires traditionnels conditionnés par une détoxification rigoureuse (lessivages, fermentations, cuissons successives) du caudex riche en amidon, mais aucune pratique précise n’est rapportée pour cette espèce dans les sources ethnobotaniques régionales. Le nom vernaculaire local cebolla roja (« oignon rouge » en espagnol), parfois rapporté pour cette espèce, fait probablement référence à la coloration du néofeuillage et de la sarcotesta des graines.
Sur le plan horticole et ornemental, Zamia skinneri est l’une des cycadales les plus convoitées par les collectionneurs avancés à travers le monde, en raison de la dimension exceptionnelle de ses folioles plicées, de la beauté du flush coloré de ses jeunes frondes et du prestige attaché à une espèce d’aire restreinte et de statut conservationniste préoccupant. Cette demande contribue malheureusement aux pressions de collecte qui pèsent sur les populations sauvages. La diffusion horticole responsable repose désormais sur la propagation à partir de semences issues de plantes en collections (notamment au Fairchild Tropical Botanic Garden en Floride et au Wilson Botanical Garden au Costa Rica), dans le respect du cadre CITES.
FAQ pour Zamia skinneri
Comment distinguer Zamia skinneri de Zamia neurophyllidia ? Les deux espèces sont étroitement apparentées, toutes deux pourvues de folioles plicées caractéristiques et toutes deux à émergence foliaire verte. Zamia skinneri est nettement plus grande dans toutes ses parties (tronc jusqu’à 2,5 m contre rarement plus de 1,5 m), avec des folioles plus volumineuses (jusqu’à 45 × 20 cm contre 30 × 12 cm), un pédoncule de cône femelle plus court et plus épais, et un nombre chromosomique différent (2n = 22 contre 2n = 18). Les répartitions ne se recouvrent pratiquement pas : Zamia skinneri sensu stricto est restreinte à la côte caraïbe continentale de Bocas del Toro (Panama), tandis que Zamia neurophyllidia s’étend du nord du Panama au Costa Rica. À noter : les plantes à émergence rouge éclatante autrefois étiquetées « Zamia skinneri » dans les collections horticoles correspondent en réalité à Zamia hamannii ou Zamia imperialis, séparées en 2008.
Pourquoi cette espèce est-elle si rare en collection ? La révision taxonomique de 2008 par Taylor, Haynes et Holzman a démantelé le complexe Zamia skinneri en quatre espèces distinctes, restreignant Zamia skinneri sensu stricto à un effectif estimé à moins de cinq cents individus dans une seule province du Panama. Le commerce international est réglementé par la CITES. La rareté du matériel parental en collection, la lenteur de la croissance, l’exigence de serre chaude et le statut conservationniste limitent considérablement la disponibilité de jeunes plants sur le marché légal.
Quel substrat utiliser pour le rempotage ? Un mélange riche, organique et bien drainant : terreau forestier de qualité, écorces de pin compostées, perlite grossière et compost de feuilles, éventuellement complété d’un peu de pouzzolane fine. La rétention organique est aussi importante que le drainage, à la différence des Zamia xérophiles. Le pH doit être proche de la neutralité ou légèrement acide.
Peut-on cultiver Zamia skinneri à l’extérieur dans les régions tempérées ? Non. L’espèce est strictement tropicale, sans aucune tolérance au gel, et nécessite des conditions de serre chaude tempérée maintenue au-dessus de 15 °C avec une hygrométrie élevée constante. Le tronc partiellement aérien n’offre aucune protection thermique en cas de coup de froid.
Le néofeuillage de Zamia skinneri est-il rouge ou bronze ? Non. Le néofeuillage de Zamia skinneri sensu stricto est vert clair, sans coloration bronze ou rouge. Cette précision est l’une des clarifications majeures apportées par la révision de Taylor, Haynes et Holzman en 2008 : les plantes à émergence rouge éclatante longtemps cultivées sous le nom de « Zamia skinneri » dans les collections internationales appartiennent en réalité à Zamia hamannii ou Zamia imperialis, espèces nouvellement décrites à cette occasion. La confusion s’explique par la circonscription historiquement très large du nom Zamia skinneri avant 2008.
Les graines sont-elles toxiques ? Oui. Toutes les parties de la plante, y compris la sarcotesta charnue rouge des graines, contiennent des cycasines, macrozamines et BMAA neurotoxiques. La manipulation des graines lors du dépulpage s’effectue avec des gants, et l’accès aux cônes mûrs doit être interdit aux enfants et aux animaux domestiques. La toxicité envers le bétail est également documentée dans l’aire d’origine.
Sites de référence
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International Plant Names Index (IPNI) — protologue et identifiant nomenclatural 297378-1 : https://www.ipni.org/n/297378-1
World List of Cycads (Calonje, Stevenson et collaborateurs) — fiche détaillée sur Cycadlist : https://cycadlist.org/
IUCN Red List of Threatened Species — évaluation du statut de conservation : https://www.iucnredlist.org/
CITES Species+ — statut commercial international (annexe II) : https://www.speciesplus.net/
Wikipedia (langue anglaise) — synthèse référencée : https://en.wikipedia.org/wiki/Zamia_skinneri
Bibliographie
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