Aeonium haworthii

Aeonium haworthii Webb & Berthel. est l’un des représentants les plus largement diffusés du genre Aeonium, endémique de l’île de Tenerife dans l’archipel des Canaries. Sous-arbuste densément ramifié formant un coussin dôme, il porte de petites rosettes terminales aux feuilles charnues vert glauque finement bordées de rouge et hérissées de cils marginaux caractéristiques. Sa relative rusticité, son port serré et sa multiplication aisée en ont fait l’une des espèces les plus précocement diffusées en horticulture européenne, dès le milieu du XIXᵉ siècle. Naturalisé aujourd’hui dans toute la zone méditerranéenne occidentale — en France continentale, en Corse, sur les Baléares, en Italie, en Sicile —, ainsi qu’en Californie côtière, en Australie et en Nouvelle-Zélande, Aeonium haworthii est probablement, avec Aeonium arboreum, l’Aeonium que l’on a le plus de chances de rencontrer subspontané dans les jardins du sud de la France. C’est aussi la souche réputée à l’origine de l’un des cultivars les plus populaires au monde, Aeonium ‘Kiwi’, dont la parenté exacte est cependant débattue.

Comment reconnaître Aeonium haworthii

Aeonium haworthii possède une combinaison de caractères qui le rendent identifiable au sein du genre, à condition d’être attentif à quelques détails de la rosette et de la feuille.

Port général. Sous-arbuste succulent densément ramifié, formant un coussin dôme arrondi de 15 à 60 cm de hauteur, exceptionnellement jusqu’à 70 cm chez les sujets très âgés et bien conduits. Les rameaux sont nombreux, courts, ascendants ou retombants, parfois nettement tortueux, donnant au sujet un aspect échevelé caractéristique en silhouette. La largeur d’occupation au sol équivaut généralement à la hauteur. Les sujets cultivés en contenant restent plus compacts ; en pleine terre, le port s’élargit avec les années pour former de véritables coussins denses.

Tiges. Ligneuses dès la base, de 3 à 10 mm de diamètre selon l’âge. Écorce mate, brun-grisâtre, rugueuse, réticulée et fissurée à l’œil — un caractère utile pour distinguer un sujet adulte établi d’autres petits sous-arbrisseaux du genre. Les tiges produisent fréquemment des racines aériennes capillaires, particulièrement sous une humidité ambiante élevée ou en période de stress hydrique : ce trait, plutôt rare chez la plupart des autres Aeonium en culture, est l’un des indicateurs les plus fiables.

Rosettes. Petites, terminales, mesurant 6 à 11 cm de diamètre — exceptionnellement plus chez quelques sujets cultivés. Chaque rosette compte 15 à 25 feuilles, en disposition lâche et semi-aplatie, avec les feuilles internes plus érigées que celles de la périphérie. Sur un sujet adulte, on compte facilement plusieurs dizaines de rosettes simultanées portées par les ramifications terminales, ce qui contribue à l’effet de coussin dense.

Feuilles. C’est la signature visuelle de l’espèce. Obovales (en forme de spatule renversée), 3 à 5,5 cm de long sur 1,5 à 3 cm de large, épaisses de 2,5 à 4 mm. Apex apiculé, parfois caudé. Base cunéiforme. Surface lisse, glabre, souvent couverte d’une pruine glauque marquée qui donne au feuillage un aspect bleuté à gris-vert distinctif sous lumière soutenue. Couleur de fond vert moyen à vert jaunâtre selon les conditions. Marges rougeâtres, plus ou moins marquées, qui s’intensifient sous une exposition lumineuse soutenue ou sous stress hydrique. Le caractère diagnostique le plus distinctif est la présence sur les marges de cils incurvés vers l’avant, longs de 0,4 à 0,8 mm — visible à la loupe ou tactile au passage du doigt. Ce détail est plus fiable pour distinguer Aeonium haworthii d’espèces voisines que tous les autres caractères confondus.

Inflorescences. Cymes terminales lâches, semi-globulaires, mesurant 6 à 16 cm de diamètre pour autant en hauteur. Pédoncules courts (1 à 9 cm), pédicelles glabres. Floraison de fin de printemps et début d’été (mai à juillet selon les régions et les conditions de culture).

Fleurs. Étoilées, environ 1 cm de diamètre, à 7 à 9 pétales lancéolés et pointus. Couleur crème à jaune pâle, souvent légèrement nuancée de rose ou de pourpre à l’extrémité. Calice glabre. Étamines presque glabres à très faiblement pubescentes. La couleur florale, située à mi-chemin entre les jaunes francs des autres représentants de la section Aeonium (par exemple Aeonium arboreum) et les blancs-roses de la section Leuconium, n’est pas un caractère diagnostique très fort à elle seule. Chaque rosette est strictement monocarpique : elle meurt après floraison. Le port densément ramifié et la production régulière de rejets latéraux assurent cependant la persistance du sujet sans difficulté.

Cytologie. Diploïde, 2n = 72 chromosomes.

Sous-espèces et variations infraspécifiques

Selon POWO et la révision la plus récente du genre par Cristini (2022), Aeonium haworthii comprend deux sous-espèces actuellement reconnues.

Aeonium haworthii subsp. haworthii

Forme nominale, à laquelle correspond la description botanique principale ci-dessus. Distribuée dans toute la zone côtière et de basse altitude de Tenerife, principalement sur les versants nord-occidentaux du massif de Teno mais également sur les premières pentes d’Anaga. Rosettes typiques de 6 à 11 cm, feuilles vert glauque à marges rougeâtres bien marquées sous le soleil.

Aeonium haworthii subsp. volkeri (E.Hern. & Bañares) Cristini

Sous-espèce décrite originellement comme espèce autonome, Aeonium volkeri, par Hernández et Bañares en 1996, puis réduite au rang de sous-espèce par Cristini dans sa monographie de 2022 (The Genus Aeonium, Piante Grasse 42 Suppl., page 88). Localisée dans le massif d’Anaga, au nord-est de Tenerife. Elle se distingue par une ramification plus dense, des rosettes plus petites et plus compactes (2 à 6 cm de diamètre seulement), et des feuilles obovales glabres adaptées à des sites rocheux particulièrement exposés. Les modalités de séparation morphologique restent fines et la distinction sur le terrain n’est pas toujours immédiate, ce qui explique la longue indétermination taxonomique de ce taxon entre rang spécifique et subspécifique.

Hybrides naturels

Aeonium haworthii est sympatrique à Tenerife avec plusieurs autres espèces du genre. Dans les zones d’interface où les barrières prézygotiques (séparation altitudinale, décalage de période de floraison) s’estompent, l’hybridation naturelle est régulière. Plusieurs hybrides naturels stabilisés sont reconnus.

Aeonium × mixtum P.V.Heath (synonyme : Aeonium × hawbicum). Croisement entre Aeonium haworthii et Aeonium urbicum subsp. urbicum. Hybride morphologiquement intermédiaire, à port plus dressé que Aeonium haworthii tout en conservant son caractère ramifié.

Aeonium × pseudohawbicum Bañares. Croisement entre Aeonium haworthii et Aeonium pseudourbicum. Cas particulier où le parent pseudourbicum, lui-même proche d’Aeonium urbicum, donne naissance à un hybride parfois confondu avec Aeonium × mixtum. Voir aussi Aeonium × tenense, considéré comme synonyme par certains auteurs.

Aeonium × monteaquaense. Croisement entre Aeonium haworthii et Aeonium tabuliforme. Combine la ramification du premier avec la disposition spiralée des feuilles caractéristique du second. Très rare dans la nature, jamais entré durablement en culture.

× Greenonium gordonii (synonyme : Aeonium × gordonii). Hybride intergénérique entre Aeonium haworthii et Greenovia millennium. Décrit par Arango (2021) dans le cadre de ses travaux sur les hybrides naturels du genre, c’est l’un des rares cas documentés d’hybridation entre l’ancien genre Greenovia (aujourd’hui section Greenovia d’Aeonium) et la section Aeonium. Pour ceux qui ne suivent pas la fusion taxonomique des deux genres, l’hybride conserve la dénomination intergénérique × Greenonium.

Cultivars horticoles

L’horticulture a sélectionné plusieurs formes remarquables d’Aeonium haworthii ou de cultivars qui lui sont rattachés, parfois avec une parenté débattue.

Aeonium haworthii ‘Variegatum’

Sport panaché ancien, à feuillage vert marginé de crème pâle. Stable à la propagation végétative. Lauréat du Royal Horticultural Society’s Award of Garden Merit, distinction qui valide ses qualités ornementales et culturales pour le public britannique. Moins spectaculaire que ‘Kiwi’ mais plus compact et au port plus typique de l’espèce.

Aeonium ‘Kiwi’

Synonymes rencontrés dans le commerce spécialisé : Aeonium haworthii ‘Dream Color’, Aeonium haworthii ‘Tricolor’, Aeonium haworthii ‘Variegata’, Aeonium ‘Kiwionium’, Aeonium percarneum ‘Kiwi’, Aeonium decorum ‘Kiwi’.

L’un des cultivars d’Aeonium les plus diffusés au monde, et l’un des plus durablement présents dans les jardineries européennes. Petites rosettes tricolores de 7 à 12 cm de diamètre, à feuillage spatulé crème-jaunâtre au cœur, virant au vert tendre vers la périphérie, et bordé d’une fine ligne rose à rouge vif sous une bonne exposition lumineuse. Port densément ramifié, hauteur 30 à 60 cm, parfois jusqu’à 90 cm en sujet âgé bien conduit. Floraison estivale de petites fleurs jaunes en panicules ramifiées. Lauréat du RHS Award of Garden Merit, monocarpique au niveau de la rosette comme l’ensemble du genre.

La parenté de ‘Kiwi’ reste partiellement débattue. La version la plus largement admise dans le commerce horticole l’attribue à Aeonium haworthii, et c’est sous cette désignation que le cultivar circule majoritairement. Plusieurs sources botaniques émettent toutefois l’hypothèse alternative d’un hybride impliquant Aeonium decorum ou Aeonium percarneum, sans que la question n’ait été tranchée par des analyses moléculaires publiées. La taille des rosettes (jusqu’à 12 cm) et certaines caractéristiques foliaires sont cohérentes avec Aeonium haworthii, mais la panachure crème-jaune est inhabituelle dans cette espèce stricto sensu. La multiplication doit dans tous les cas se faire exclusivement par voie végétative ; les semis ne reproduisent pas la panachure tricolore.

À noter que le nom commercial Aeonium ‘Kiwionium’ désigne souvent en jardinerie le même cultivar ‘Kiwi’, confusion entretenue par la prononciation.

Autres cultivars rattachés

Quelques autres sélections horticoles sont parfois commercialisées sous Aeonium haworthii, notamment des formes à coloration plus rouge marquée ou à ramification plus compacte, sans validation taxonomique formelle. Leur statut horticole reste flottant, comme c’est souvent le cas dans le commerce des succulentes.

Confusions possibles

La confusion la plus fréquente est avec Aeonium decorum, autre sous-arbuste compact endémique des Canaries, à port et taille de rosette comparables. Plusieurs caractères les départagent. Aeonium decorum présente des feuilles vert brillant sans pruine et des fleurs roses à blanchâtres, là où Aeonium haworthii arbore des feuilles vert glauque pruineuses et des fleurs crème à jaune pâle. Les cils marginaux sont également plus marqués et plus typiquement courbés vers l’avant chez Aeonium haworthii. Enfin, Aeonium haworthii produit fréquemment des racines aériennes le long des tiges même sur sujet en bonne santé, ce qui est plus rare chez Aeonium decorum.

La confusion avec Aeonium ciliatum, également présent à Tenerife et à port plus arborescent mais aux marges foliaires hérissées de cils, peut survenir sur les jeunes sujets. Aeonium ciliatum atteint cependant des dimensions bien supérieures à terme (jusqu’à 1,2 m et plus), porte des rosettes plus grandes (jusqu’à 30 cm) et des inflorescences plus pyramidales aux fleurs vert-blanc.

La confusion avec Aeonium percarneum, espèce endémique de Gran Canaria, est rare en culture mais possible chez les sujets jeunes en raison du feuillage glauque commun aux deux espèces. Aeonium percarneum est cependant beaucoup moins ramifié, plus haut, et produit de grandes rosettes (jusqu’à 20 cm) à fleurs franchement rosées.

En jardinerie, le cultivar ‘Kiwi’ est parfois étiqueté indifféremment comme Aeonium haworthii, Aeonium decorum ou Aeonium percarneum. Devant un sujet sans indication précise, on peut considérer que la parenté la plus probable est Aeonium haworthii, qui demeure la version commerciale dominante.

Taxonomie

Aeonium haworthii Webb & Berthel. est le nom accepté selon POWO (Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew, consultation 2026). L’espèce a été décrite par Philip Barker Webb et Sabin Berthelot dans le tome 3 de leur monumentale Histoire Naturelle des Îles Canaries, où elle apparaît en deux temps : d’abord sous le nom de Sempervivum haworthii page 193 du volume 3(2;1), publié en janvier 1841, puis sous le nom Aeonium haworthii à la planche 34 du même volume, publiée en mars 1841 — soit dans la même année et le même ouvrage. Les auteurs ont eux-mêmes opéré le transfert de leur espèce de Sempervivum vers Aeonium, témoignant de la fluidité encore présente entre les deux genres à l’époque.

POWO reconnaît un seul synonyme : le basionyme Sempervivum haworthii (Webb & Berthel.) Salm-Dyck ex Christ, combinaison effectuée par Hermann Christ dans Botanische Jahrbücher für Systematik 9 : 118 (1887), à une époque où l’ensemble du genre actuel Aeonium était souvent traité sous Sempervivum L. au sens large.

Le nom de genre Aeonium dérive du grec ancien aiônios (αἰώνιος), « éternel » ou « sans âge », en référence à la longévité des rosettes. L’épithète spécifique haworthii honore Adrian Hardy Haworth (1768–1833), botaniste et entomologiste britannique, l’un des plus grands spécialistes des plantes succulentes de son temps, auteur de la Synopsis Plantarum Succulentarum (1812) et figure majeure de la première systématisation horticole des succulentes en Europe. Plusieurs autres taxons portent son nom, notamment l’ensemble du genre Haworthia Duval (1809), créé par Henri Auguste Duval à partir d’espèces sud-africaines précédemment placées sous Aloe.

Au sein du genre, Aeonium haworthii appartient à la section Aeonium (Liu 1989 ; Mes 1995 ; Messerschmid et al. 2023), section type qui regroupe les espèces arborescentes ou densément ramifiées à fleurs typiquement jaunes — ou jaune pâle dans le cas présent. Certaines sources horticoles plus anciennes (notamment Nyffeler dans Illustrated Handbook of Succulent Plants : Crassulaceae, 2003) avaient placé Aeonium haworthii dans la section Leuconium sur la base de critères morphologiques traditionnels, mais cette attribution est aujourd’hui considérée comme obsolète au regard des analyses phylogénétiques moléculaires. La monographie de référence sur le genre est celle de Cristini (2022, Piante Grasse 42, Supplément), qui maintient l’espèce dans la section Aeonium et reconnaît les deux sous-espèces décrites plus haut.

Aeonium haworthii dans la nature

Aeonium haworthii est endémique strict de l’île de Tenerife dans les Canaries. Sa distribution naturelle se concentre sur deux noyaux disjoints situés aux extrémités septentrionales de l’île : le massif de Teno au nord-ouest et le massif d’Anaga au nord-est. Cette disjonction reflète probablement une distribution plus continue à l’origine, fragmentée par les éruptions volcaniques quaternaires qui ont modelé la partie centrale de Tenerife.

Sur ces deux massifs, Aeonium haworthii occupe l’étage xérophytique côtier et l’étage thermophile inférieur, depuis le niveau de la mer jusqu’à environ 500 mètres d’altitude, exceptionnellement jusqu’à 1 000 mètres dans certains secteurs abrités. Les biotopes de prédilection sont les falaises maritimes, les pentes rocheuses ensoleillées, les éboulis basaltiques et les escarpements abrupts orientés sud à sud-ouest. L’espèce supporte parfaitement les embruns salins et l’exposition au vent atlantique caractéristique du nord de Tenerife.

Cette niche écologique, plus thermophile et plus xérique que celle d’Aeonium cuneatum qui occupe au contraire la lisière de la laurisylve humide sur les mêmes massifs, illustre l’un des mécanismes classiques de spéciation insulaire à Tenerife : deux espèces sœurs ou apparentées peuvent partager une même île tout en occupant des étages écologiques différents, sans concurrence directe. La sympatrie s’observe néanmoins aux interfaces entre les deux étages, où les rencontres entre les deux espèces sont possibles sans que des hybrides naturels n’aient à ce jour été décrits entre elles.

L’espèce coexiste en habitat naturel avec d’autres Aeonium tinérféens : Aeonium ciliatum, Aeonium tabuliforme et Aeonium urbicum subsp. urbicum sur les falaises et escarpements ; Aeonium canariense subsp. canariense dans les zones de transition ; et plus localement avec Aeonium volkeri qui correspond aujourd’hui à la sous-espèce volkeri d’Anaga.

L’espèce n’est pas évaluée actuellement sur la Liste rouge de l’UICN au niveau global. Sur le terrain canarien, elle est largement répandue et non menacée à court terme, malgré la pression touristique élevée sur certains secteurs.

Naturalisation en France et en Europe méditerranéenne

Aeonium haworthii est l’une des quelques espèces du genre les plus largement naturalisées en Europe méditerranéenne, avec Aeonium arboreum. Selon la base Euro+Med PlantBase, son statut européen comprend :

  • France métropolitaine (continentale) : statut introduit, naturalisée localement.
  • Corse : statut introduit, naturalisée localement (Burdet 1996, Compléments au prodrome de la flore corse).
  • Baléares : statut introduit.
  • Italie (continentale) : statut naturalisée.
  • Sardaigne : statut casual (introduction sporadique).
  • Sicile (avec Malte) : statut casual.

En France méditerranéenne, des sujets de Aeonium haworthii échappés de jardins peuvent occasionnellement être observés sur les vieux murs, dans les fissures des murets en pierre sèche, sur les talus rocheux abrités et le long des sentiers côtiers, particulièrement dans les zones les plus douces des Alpes-Maritimes, du Var côtier, des Bouches-du-Rhône littorales, de l’Hérault méridional et des Pyrénées-Orientales. La capacité de l’espèce à survivre et se reproduire végétativement par boutures spontanées tombées à terre la rend particulièrement apte à coloniser des biotopes anthropisés. Sa présence subspontanée n’est pas considérée comme problématique sur le plan de la conservation : elle reste très localisée et ne déplace pas la flore indigène.

Culture

Aeonium haworthii compte parmi les Aeonium les plus rustiques et les plus tolérants en culture. Son origine côtière l’a doté d’une résistance notable au vent, à la sécheresse atmosphérique et à l’embrun salin, qualités qui en font un excellent candidat pour les jardins méditerranéens et atlantiques côtiers. Les paramètres de culture ci-dessous valent pour la France métropolitaine, en distinguant les conditions méditerranéennes et les conditions atlantiques tempérées.

Exposition. Plein soleil dans toutes les conditions tempérées. En climat méditerranéen côtier (Provence, Côte d’Azur, Languedoc, Corse littorale), un emplacement légèrement abrité du soleil ardent de l’après-midi peut être bénéfique aux périodes de canicule, sans toutefois être indispensable étant donné la robustesse de l’espèce. En climat atlantique tempéré (Bretagne sud littorale, Belle-Île, côte de Granit Rose, microclimats abrités de Normandie), le plein soleil est recherché en raison de la luminosité globalement plus diffuse. La pleine lumière intensifie les marges rougeâtres des feuilles et conserve la compacité des rosettes ; à l’ombre, le sujet s’étiole et perd sa coloration caractéristique.

Substrat. Mélange standard pour Aeonium, à drainage soigné mais non extrêmement maigre. La combinaison de 50 % de terreau de qualité (peu fibreux, bien décomposé) et 50 % de matière minérale grossière (pouzzolane fine, pumice, gravier de Loire, sable grossier) convient. Le pH neutre à légèrement alcalin est idéal, mais l’espèce tolère sans difficulté les sols légèrement acides des littoraux atlantiques. Aeonium haworthii est l’un des Aeonium les plus tolérants face aux sols pauvres, sablonneux ou caillouteux — son habitat naturel sur les falaises basaltiques de Tenerife l’a sélectionné pour cela.

Arrosage. Plante à croissance hivernale et dormance estivale, comme l’ensemble des Aeonium. Arroser modérément de septembre à mai dès que les deux premiers centimètres du substrat sont secs au toucher. Réduire fortement les apports en juin-juillet-août en climat méditerranéen sec. Aeonium haworthii est un peu plus tolérant face à un excès ponctuel d’eau que les espèces de laurisylve (Aeonium canariense, Aeonium cuneatum), mais le risque de pourriture estivale demeure réel sur substrat insuffisamment drainant.

Fertilisation. Apports modérés d’engrais liquide équilibré dilué une fois par mois pendant la saison de croissance. Pas d’apport en été pendant la dormance.

Conduite en pot. Excellent comportement en pot, avec une croissance maîtrisable. Privilégier les contenants en terre cuite naturelle. Un pot de 18 à 25 cm de diamètre suffit à un sujet adulte. Rempotage tous les deux à trois ans en début de saison de croissance. Aeonium haworthii est l’une des rares espèces du genre à pouvoir être maintenue en intérieur lumineux toute l’année, à condition de bénéficier d’au moins six heures de lumière vive directe par jour — une véranda exposée sud convient parfaitement.

Conduite en pleine terre. En climat méditerranéen côtier (zone USDA 9b à 10a), Aeonium haworthii prospère en pleine terre dans les rocailles, sur les murets, dans les fissures de pierre sèche, en bordure de massifs et sur les talus drainés. La capacité de l’espèce à coloniser les anfractuosités rocheuses minérales en fait un excellent sujet pour les rocailles et les jardins de bord de mer. En climat océanique tempéré sur la frange littorale la plus douce, la pleine terre est également possible avec un drainage exemplaire et une protection contre les vents froids hivernaux.

Multiplication

Aeonium haworthii fait partie des Aeonium les plus simples à multiplier, par toutes les méthodes classiques applicables aux espèces ramifiées du genre.

Bouture de tige. Méthode de référence. À l’automne, à la reprise de croissance, prélever une rosette terminale avec 3 à 5 cm de tige à l’aide d’un sécateur stérilisé. Le caractère densément ramifié de l’espèce permet de prélever de nombreuses boutures sans compromettre l’aspect du pied-mère. Laisser cicatriser à plat à l’ombre pendant trois à cinq jours, puis mettre en pot dans un substrat très drainant à peine humide. L’enracinement intervient en deux à quatre semaines. Les racines aériennes parfois déjà présentes sur la tige avant le prélèvement accélèrent l’enracinement.

Rejets latéraux. Aeonium haworthii produit régulièrement des rejets à la base ou le long des rameaux principaux. Ces rejets, lorsqu’ils possèdent déjà quelques racines, peuvent être détachés en automne et plantés directement comme une bouture déjà enracinée. Méthode très productive sur sujet adulte établi.

Bouture de feuille. Comme pour la majorité des Aeonium, le bouturage de feuille isolée donne des résultats médiocres et inconsistants chez Aeonium haworthii. Quelques succès anecdotiques sont cités mais le rendement est trop faible pour constituer une méthode pratique.

Semis. Possible mais peu employé étant donné la facilité des méthodes végétatives. Graines très fines, à semer en surface sur un substrat fin et humide, à 18-22 °C, sous couvert humide. Germination en deux à trois semaines. Croissance lente la première année. Le semis n’est utile que pour les semis d’hybridation contrôlée. Tout cultivar doit être propagé par voie strictement végétative, en particulier le célèbre ‘Kiwi’ dont la panachure tricolore n’est pas reproduite par graine.

Maladies et ravageurs

Aeonium haworthii est généralement peu affecté par les ravageurs et maladies en culture. Les problèmes principaux sont :

Cochenilles farineuses au cœur des rosettes ou entre les rameaux serrés. Inspection régulière en fin d’été et au début de l’automne. Traitement par tampon imbibé d’alcool isopropylique à 70 % en application localisée sur les colonies visibles, ou pulvérisation de savon insecticide en traitement étendu.

Pucerons sur les jeunes inflorescences au printemps, particulièrement attirés par les inflorescences dressées au-dessus du feuillage. Pulvérisation de savon noir dilué.

Pourriture racinaire consécutive à un arrosage estival excessif ou à un substrat insuffisamment drainant. Le caractère densément ramifié de l’espèce et la présence fréquente de racines aériennes sur les tiges peuvent toutefois compenser une perte du système racinaire principal : un sujet partiellement pourri à la base peut être sauvé par bouturage des extrémités saines.

Limaces et escargots en climat océanique humide, sur les jeunes pousses printanières. Granulés à base de phosphate ferrique ou ramassage manuel nocturne.

Brunissures et taches foliaires chez le cultivar ‘Kiwi’ particulièrement, souvent dues à la combinaison d’un excès de chaleur, d’humidité atmosphérique élevée et d’arrosage excessif. Ces taches s’estompent généralement avec la croissance ; en prévention, conduite culturale plus sobre et meilleure aération.

Rusticité

Aeonium haworthii tolère brièvement des températures de l’ordre de –3 à –4 °C en condition sèche, et accuse des dégâts foliaires sévères en deçà de –5 °C. La combinaison froid + humidité hivernale est nettement plus dangereuse que le froid sec. Sa naturalisation documentée en Provence, en Corse et en Sardaigne témoigne de son adaptation aux conditions méditerranéennes hivernales standard.

En France métropolitaine, la zone USDA 9b représente le seuil acceptable pour la culture en pleine terre de l’espèce. Les stations littorales abritées des zones 10a — frange méditerranéenne très protégée des vents froids du nord et du nord-est, microclimats du golfe du Morbihan, Île de Bréhat, Belle-Île, certaines portions de la côte de Granit Rose, Île de Ré dans les zones les plus douces — lui conviennent parfaitement. Au-delà de la zone 9b, la culture en pot avec hivernage en serre froide hors gel ou en véranda lumineuse à 5–10 °C devient obligatoire.

Usages

L’usage horticole de Aeonium haworthii est très largement répandu, à plusieurs niveaux d’amateurisme.

Sujet de débutant. L’espèce est l’une des portes d’entrée recommandées pour la culture des Aeonium : tolérante, vigoureuse, facile à multiplier, ornementalement satisfaisante en moins d’une saison, capable de pardonner certaines erreurs culturales. Elle initie efficacement le jardinier au cycle inversé du genre.

Rocailles méditerranéennes et atlantiques. Le port en coussin dôme, les rosettes glauques à marges rouges et la robustesse à l’embrun salin en font un excellent sujet de premier plan pour les rocailles, les murets, les escaliers de pierre, les bordures et les fissures rocheuses. Son comportement subspontané sur les vieilles pierres est une qualité plus qu’un défaut dans un jardin sauvage méditerranéen.

Jardins de bord de mer. L’origine côtière de Tenerife confère à Aeonium haworthii une tolérance remarquable à l’embrun salin, qui en fait l’un des Aeonium les plus adaptés aux jardins de la côte méditerranéenne ou atlantique tempérée — qu’il s’agisse des jardins de Provence en bord de Méditerranée ou des jardins exotiques de la pointe Finistère, du golfe du Morbihan ou de l’Île de Bréhat.

Composition horticole. Forme un excellent contraste avec les Aeonium arborescents (Aeonium arboreum, Aeonium urbicum, Aeonium ciliatum) en composition mixte : il joue le rôle de coussin bas et étalé devant ou autour des sujets verticaux. En association avec les cultivars sombres (‘Zwartkop’, ‘Velour’), il offre un contraste de couleur (vert glauque à marges rouges contre pourpre noir).

Couvre-sol structurant en climat doux. Dans les zones où il peut rester en pleine terre toute l’année, Aeonium haworthii peut être planté en groupes serrés pour former des nappes décoratives durables. Avec le temps, les coussins se rejoignent et constituent une couverture végétale homogène.

Sujet d’intérieur. L’une des très rares espèces du genre qui supporte raisonnablement bien la culture en intérieur lumineux. Une véranda non chauffée ou un appartement à grandes baies vitrées sud convient bien, à condition de respecter le cycle inversé.

Le cultivar ‘Kiwi’ comme starter. Pour beaucoup d’amateurs de succulentes, le cultivar ‘Kiwi’ rattaché à Aeonium haworthii a été la porte d’entrée vers le genre puis vers les succulentes en général. Son aspect tricolore spectaculaire et sa large diffusion en jardinerie expliquent ce rôle d’introducteur.

L’espèce et ses cultivars sont considérés comme non toxiques, sans danger en présence d’enfants ou d’animaux domestiques.

FAQ d’Aeonium haworthii

Mon Aeonium haworthii émet des racines aériennes le long des tiges, est-ce inquiétant ? Non, c’est un comportement parfaitement normal et caractéristique de l’espèce. Les racines aériennes apparaissent fréquemment sur Aeonium haworthii, particulièrement en période d’humidité atmosphérique élevée ou de stress hydrique. Elles peuvent même être valorisées comme indice diagnostique pour distinguer l’espèce d’autres petits Aeonium compacts. En cas de besoin, ces tiges déjà racinées se prêtent excellemment au bouturage.

Mon Aeonium ‘Kiwi’ perd ses couleurs vives, que faire ? La panachure tricolore (jaune crème, vert, rose-rouge) du cultivar ‘Kiwi’ dépend directement de l’exposition lumineuse. À l’ombre ou en intérieur insuffisamment éclairé, les couleurs s’estompent au profit d’un vert uniforme. Replacer le sujet en pleine lumière (véranda sud, terrasse plein soleil, fenêtre exposée sud-est) restaure progressivement la coloration en quelques semaines. La marge rose-rouge en particulier exige une lumière directe.

Le ‘Kiwi’ est-il vraiment un cultivar d’Aeonium haworthii ? La parenté est partiellement débattue. Le cultivar est très majoritairement commercialisé sous Aeonium haworthii, et c’est sous cette désignation que vous le trouverez en jardinerie. Plusieurs sources botaniques évoquent toutefois une parenté possible avec Aeonium decorum ou Aeonium percarneum, sans démonstration moléculaire publiée. Quelle que soit son ascendance précise, ‘Kiwi’ reste un excellent cultivar par lui-même.

Peut-on cultiver Aeonium haworthii en pleine terre en Bretagne ? Oui, sur la frange littorale la plus douce (pointe Finistère, golfe du Morbihan, Belle-Île, côte de Granit Rose, Île de Bréhat), en zone USDA 9b à 10a. Drainage exemplaire indispensable, exposition abritée des vents froids du nord-est, mulch minéral en surface pour limiter les remontées d’humidité hivernale par capillarité. Les jardins exotiques bretons (Roscoff, Kerdalo, Conservatoire botanique de Brest) en présentent des sujets durablement établis.

Pourquoi mes Aeonium haworthii poussent-ils naturellement sur mon vieux mur ? Parce que l’espèce est largement naturalisée en France méditerranéenne. Si vous habitez en Provence, sur la Côte d’Azur, en Languedoc, en Corse ou en Pyrénées-Orientales, il est tout à fait possible que des sujets se soient installés spontanément à partir de boutures voisines tombées à terre, dispersées par les pluies ou par les jardiniers. Cette colonisation subspontanée est documentée dans la base Euro+Med PlantBase. Elle est sans menace pour la flore indigène.

Mon Aeonium haworthii fleurit, va-t-il mourir entièrement ? Non. Comme tous les Aeonium, chaque rosette est strictement monocarpique : la rosette qui fleurit meurt après floraison. Mais Aeonium haworthii étant abondamment ramifié, la mort d’une seule rosette florifère parmi les nombreuses rosettes terminales du sujet est imperceptible. Le pied dans son ensemble continue à pousser sans discontinuité. Couper la hampe florale fanée et la rosette morte pour soigner l’aspect d’ensemble.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — fiche d’Aeonium haworthii : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:272228-1

International Plant Names Index (IPNI) — Aeonium haworthii : https://www.ipni.org/n/272228-1

GBIF — Global Biodiversity Information Facility : https://www.gbif.org/species/2985683

iNaturalist — observations d’Aeonium haworthii : https://www.inaturalist.org/taxa/75293-Aeonium-haworthii

Euro+Med PlantBase — distribution européenne et méditerranéenne : https://europlusmed.org/cdm_dataportal/taxon/58079da3-f82d-45f2-a78e-912a8af9e8de

Banco de Datos de Biodiversidad de Canarias : https://www.biodiversidadcanarias.es/

International Crassulaceae Network (ICN) : https://www.crassulaceae.ch/

Royal Horticultural Society — fiche culturale : https://www.rhs.org.uk/plants/search?query=aeonium+haworthii

LLIFLE — Encyclopedia of Living Forms : https://www.llifle.com/Encyclopedia/SUCCULENTS/Family/Crassulaceae/

Bibliographie

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