Un écologue visionnaire en pleine guerre
Un pays-continent sans système USDA propre
La Chine, qui s’étend des steppes glaciales de Mandchourie (zone USDA 1) aux forêts tropicales du Yunnan et de Hainan (zone USDA 13), est le pays le plus climatiquement diversifié de la planète avec la Russie. Pourtant, elle n’a jamais développé de système de zones de rusticité au sens occidental du terme. Aucun équivalent chinois de la carte USDA n’existe dans la tradition agronomique nationale.
Ce n’est pas un oubli. C’est un choix méthodologique. Les agronomes et écologues chinois ont, dès les années 1950, adopté une approche plus complexe, héritée à la fois de la tradition soviétique (la Chine maoïste a calqué une grande partie de sa recherche agronomique sur le modèle soviétique) et de l’écologie japonaise de Kira.
Le zonage climatique officiel : 12 + 24 + 56
Le système de classification climatique officiel de la Chine, développé par Zheng Jingyun et ses collègues de l’Académie des sciences chinoise, repose sur un découpage à trois niveaux emboîtés :
- Premier niveau : 12 zones de température — Du subarctique (Heilongjiang du nord) au tropical équatorial (Hainan sud), basées sur les sommes de températures actives et les moyennes de janvier, dans une logique très proche de la ΣT10 soviétique.
- Deuxième niveau : 24 zones d’humidité — Croisement de l’indice d’aridité avec les zones de température. C’est ici que la Chine se distingue : le gradient est-ouest d’humidité (de la côte Pacifique ultra-humide aux déserts du Taklamakan) est aussi important que le gradient nord-sud de température.
- Troisième niveau : 56 zones climatiques — Combinaison fine des deux niveaux précédents, intégrant les effets d’altitude (Tibet), de mousson, et de continentalité.
Ce système, mis à jour avec les données 1971–2000, est l’outil de référence pour la planification agricole, la foresterie et la gestion des incendies en Chine.
L’influence déterminante de Kira
Pour la recherche en écologie végétale, les scientifiques chinois ont massivement adopté l’indice de chaleur de Kira (WI). Des études menées sur 671 stations météorologiques réparties sur tout le territoire ont confirmé que les valeurs de WI correspondaient remarquablement aux zones de végétation observées sur le terrain chinois — des toundras alpines du Qinghai (WI < 15) aux forêts tropicales du Xishuangbanna (WI > 240).
Cette adoption s’explique par une convergence géographique : le Japon et la Chine orientale partagent le même système climatique de mousson est-asiatique. L’axe nord-sud chinois (de Harbin à Canton) reproduit quasiment le même gradient de WI que l’axe nord-sud japonais (de Sapporo à Okinawa). Le système Kira, conçu pour cette réalité climatique, s’y applique naturellement.
La classification de la végétation chinoise (China-VCS)
L’Académie des sciences chinoise a par ailleurs développé un système de classification de la végétation spécifiquement chinois — le China-VCS (China Vegetation Classification System) — publié dans sa forme révisée en 2020. Ce système identifie 11 grands types de végétation, 54 sous-types et 796 groupes et sous-groupes, cartographiés dans un atlas de végétation à l’échelle 1:1 000 000 couvrant l’intégralité du territoire.
C’est l’un des systèmes de classification de la végétation les plus détaillés au monde, bien supérieur en résolution à tout ce qui existe en Europe ou en Amérique du Nord. Il est cependant quasiment inconnu hors de Chine, car la majeure partie de la littérature n’est disponible qu’en mandarin.
Et pour le jardinier ?
Pour le commerce horticole international, des cartes USDA adaptées à la Chine existent. La plus citée est celle de Mark Widrlechner (USDA-ARS), qui utilise les données de l’Atlas des ressources climatiques de Chine (1994) pour transposer la méthodologie USDA sur le territoire chinois. Des cartes interactives en ligne (PlantMaps) couvrent également la Chine en zones USDA.
Ces cartes montrent un pays d’une diversité inouïe : zone 1 à 2 dans le nord du Heilongjiang et le plateau tibétain d’altitude, zone 5 à 6 à Pékin, zone 8 à 9 à Shanghai, zone 10 à Canton, zone 12 à 13 à Hainan et dans le Xishuangbanna. Autrement dit, la Chine couvre à elle seule l’intégralité du spectre USDA — ce qu’aucun autre pays au monde ne peut revendiquer, à l’exception peut-être des États-Unis avec leurs territoires océaniques.
Pour les jardiniers qui importent des plantes chinoises (et ils sont nombreux : les Cycas panzhihuaensis, les Trachycarpus, les Osmanthus, les Camellia, les Cunninghamia viennent toutes de Chine), la carte USDA adaptée est un bon premier filtre. Mais pour comprendre vraiment pourquoi un Cycas panzhihuaensis du Sichuan (zone USDA 9a, WI ≈ 165, climat de mousson avec été très humide) aura du mal en Provence (zone USDA 9b, WI ≈ 180, mais été sec), il faut combiner USDA, Kira et une évaluation de l’humidité saisonnière.
