Le genre Washingtonia

Washingtonia filifera
Groupe de palmiers Washingtonia filifera à Hyères-les-Palmiers (Var)

Le genre Washingtonia regroupe les palmiers à feuilles palmées parmi les plus reconnaissables et les plus largement cultivés au monde. Ce sont des palmiers très appréciées dans toutes les régions au climat méditerranéen, subtropical sec ou chaud tempéré. Leur croissance rapide, leur bonne rusticité sous climats tempérés chauds, leur silhouette élancée et leur faible coût de production expliquent qu’on les retrouve aussi bien dans les grandes compositions paysagères publiques que sur les étals des jardineries.

Le genre Washingtonia appartient à la famille des Arecaceae, sous-famille des Coryphoideae, tribu des Trachycarpeae ; il a été établi par le botaniste allemand Hermann Wendland en 1879 et dédié à George Washington (1732-1799), premier président des États-Unis. Le nom Washingtonia H.Wendl. est un nom conservé (nomen conservandum), afin d’éviter la confusion avec un homonyme antérieur tombé en synonymie.

Washingtonia robusta
Groupe de Washingtonia robusta en culture au Domaine du Rayol

Comment reconnaître le genre Washingtonia

Les Washingtonia sont de grands palmiers à stipe solitaire, dressé et colonnaire, jamais cespiteux. Le stipe est partiellement ou entièrement recouvert par les bases foliaires et par les feuilles sèches marcescentes, qui forment autour du tronc une « jupe » (ou « jupon ») caractéristique tant que l’on ne procède pas à son élagage. Les feuilles sont costapalmées, en éventail, à plissement induplié, portées par un long pétiole armé de dents acérées sur ses marges — pétiole qui peut devenir inerme chez les très grands sujets. Entre les segments de la feuille se développent de fins filaments blanchâtres, particulièrement abondants chez certaines formes : c’est ce caractère qui a donné l’épithète filifera (« porte-fils »).

Les inflorescences, longues et arquées, dépassent souvent le feuillage et portent des fleurs hermaphrodites. Les fruits sont de petites drupes charnues et comestibles, noirâtres à maturité, dont la dispersion en milieu naturel est principalement assurée par les coyotes et les renards. Le genre se distingue d’autres palmiers éventails méditerranéens par sa très grande taille, son stipe non ramifié, son jupon de feuilles mortes et ses filaments inter-segmentaires.

Les espèces du genre Washingtonia

En horticulture et dans la plupart des flores du XXᵉ siècle, le genre est traité comme comprenant deux espèces, aisément séparables par le port et le stipe :

  • Washingtonia filifera — le palmier de Californie ou palmier-jupon du désert. Stipe massif, trapu et colonnaire (souvent 80 à 100 cm de diamètre, parfois davantage), hauteur généralement comprise entre 15 et 20 m. Feuilles vert glauque, larges, portant des filaments abondants et persistants. Croissance un peu moins rapide que l’espèce suivante, mais rusticité supérieure. C’est le seul palmier indigène du sud-ouest des États-Unis.
  • Washingtonia robusta — le palmier du Mexique, parfois surnommé skyduster. Stipe nettement plus fin et plus élancé, souvent renflé à la base puis effilé, pouvant atteindre 25 à 30 m de hauteur. Feuillage d’un vert plus franc, base du pétiole teintée de roux, filaments moins persistants chez les sujets âgés. Croissance très rapide, mais rusticité inférieure à celle de Washingtonia filifera.

Il existe également un hybride horticole, Washingtonia × filibusta Hodel, issu du croisement entre Washingtonia filifera et Washingtonia robusta. Très répandu en pépinière — au point que de nombreux sujets vendus comme l’une ou l’autre espèce sont en réalité des hybrides —, il combine la résistance à l’humidité de Washingtonia robusta et une partie de la rusticité de Washingtonia filifera, ce qui en fait un candidat intéressant pour les climats frais et humides.

Taxonomie et classification

La délimitation des espèces de Washingtonia a longtemps posé problème : de nombreuses espèces ont été décrites au XIXᵉ siècle à partir de plantes cultivées, sur des protologues incomplets et sans matériel-type fiable, avant une simplification progressive aboutissant au schéma à deux espèces. Une étude génétique et morphométrique menée sur l’ensemble de l’aire de répartition par Villanueva-Almanza et collaborateurs (2021) a montré que les populations varient de manière continue, du sud au nord, le long d’un gradient d’environ 1 300 km sur la péninsule de Basse-Californie, les deux formes extrêmes étant reliées par des intermédiaires morphologiques. Ce résultat appuie l’hypothèse selon laquelle le genre ne comprendrait qu’un seul taxon, très variable.

À la suite de ces travaux, le référentiel taxonomique Plants of the World Online (POWO, Kew) ne reconnaît plus qu’une seule espèce acceptée, Washingtonia filifera, subdivisée en trois variétés : Washingtonia filifera var. filifera, Washingtonia filifera var. robusta et Washingtonia filifera var. sonorae.

Dans cette lecture, le palmier du Mexique devient Washingtonia filifera var. robusta. D’autres référentiels et la grande majorité de la littérature horticole continuent toutefois de traiter Washingtonia filifera et Washingtonia robusta comme deux espèces distinctes.

Sur ce site, nous conservons la distinction des deux taxons au niveau des pages d’espèces, car elle correspond à des entités horticoles réellement différentes par le port, la vitesse de croissance et la rusticité, tout en signalant que le traitement de référence actuel les réunit au sein d’une seule espèce variable.

Dans la nature

Le genre Washingtonia est endémique du sud-ouest de l’Amérique du Nord : sud de la Californie, sud-ouest et centre de l’Arizona aux États-Unis, et nord-ouest du Mexique (Basse-Californie, Basse-Californie du Sud et Sonora). Les palmiers y occupent un biome désertique à semi-désertique et se concentrent autour des oasis alimentées par des sources ou des cours d’eau, dans des canyons et des points d’eau permanents au cœur de paysages arides. Washingtonia filifera var. filifera domine les oasis du désert du Colorado, en Californie du Sud.

Largement planté hors de son aire d’origine, le genre s’est naturalisé dans de nombreuses régions à hiver doux — bassin méditerranéen, îles Canaries, Floride, Hawaï, Australie, entre autres. Dans plusieurs de ces territoires, Washingtonia robusta est considéré comme une espèce ornementale potentiellement envahissante, en raison de sa fructification abondante et de la dispersion de ses graines par les oiseaux. Washingtonia filifera est classé en « préoccupation mineure » (Least Concern) sur la Liste rouge de l’UICN.

Culture

Les Washingtonia comptent parmi les palmiers les plus faciles à cultiver sous climat approprié. Ils réclament avant tout une exposition pleinement ensoleillée et un sol parfaitement drainé. Tolérants quant à la nature du substrat, ils prospèrent aussi bien en sol sableux, caillouteux que limoneux, pourvu que l’eau ne stagne pas. Bien que d’origine désertique, ils répondent très favorablement aux arrosages réguliers et à la fertilisation pendant la saison de végétation, ce qui accélère encore leur croissance déjà rapide ; en pleine terre et en conditions favorables, un sujet peut prendre plusieurs dizaines de centimètres de stipe par an. Washingtonia robusta est globalement plus exigeant en eau et mieux adapté aux climats à humidité estivale que Washingtonia filifera, véritable espèce de désert qui redoute les froids prolongés associés à l’humidité.

En culture en bac, ces palmiers se comportent bien quelques années, à condition d’un contenant profond, d’un substrat très drainant et d’arrosages suivis ; leur vigueur les conduit toutefois rapidement à l’étroit, et la plantation en pleine terre reste préférable partout où le climat le permet. La taille doit se limiter au retrait des feuilles entièrement sèches : l’élagage excessif (« en plumeau »), fréquent sur les sujets paysagers, affaiblit le palmier et l’expose davantage au vent et aux ravageurs.

Multiplication

La multiplication du genre Washingtonia se fait exclusivement par semis, les palmiers ne produisant ni rejets ni drageons. Les graines, nettoyées de leur pulpe, germent facilement et rapidement à la chaleur (de l’ordre de 25 à 30 °C), souvent en quelques semaines, sans traitement particulier. La fraîcheur des semences améliore nettement le taux de levée. Du fait de la grande compatibilité génétique entre Washingtonia filifera et Washingtonia robusta et de leur floraison partiellement simultanée, les semis issus de sujets cultivés à proximité l’un de l’autre sont fréquemment hybrides : c’est l’une des explications de l’omniprésence de formes intermédiaires (Washingtonia × filibusta) dans le commerce.

Rusticité

La rusticité distingue nettement les deux espèces et constitue le principal critère de choix selon le climat.

Washingtonia filifera est le plus résistant au froid. Les sujets établis tolèrent couramment des minima de l’ordre de −9 °C, et des spécimens adultes acclimatés ont survécu à des températures proches de −12 °C au prix d’une perte importante de feuillage. Sa résistance est toutefois conditionnée par la sécheresse de l’air et du sol : un froid humide et prolongé lui est bien plus dommageable qu’un froid sec, et peut se révéler létal. On le situe généralement en zone USDA 8b et au-delà. Sur le forum PalmTalk, des cultivateurs rapportent des sujets ayant encaissé −9 °C (15 °F) avec dégâts foliaires mais reprise au printemps.

Washingtonia robusta est sensiblement plus gélif. Les estimations courantes le donnent rustique jusqu’à environ −6,5 °C, les dégâts foliaires apparaissant quelques degrés au-dessus selon l’humidité ambiante et l’humidité du sol — plus le contexte est sec, plus la tolérance s’améliore. On le réserve généralement à la zone USDA 9a et au-delà. Les retours du forum Hardy Tropicals UK, en climat océanique, soulignent qu’en conditions humides même les sujets adultes nécessitent une protection hivernale et ne doivent pas être considérés comme pleinement rustiques.

Dans les deux cas, la rusticité augmente avec l’âge et le diamètre du stipe : un jeune plant non tronqué est bien plus vulnérable qu’un sujet adulte au méristème protégé. La durée de l’épisode froid pèse autant que le minimum atteint. Enfin, l’hybride Washingtonia × filibusta est souvent recommandé pour les climats frais et humides, car il associe une partie de la rusticité de Washingtonia filifera à la meilleure tolérance à l’humidité hivernale de Washingtonia robusta.

Maladies et ravageurs

Comme tous les palmiers du bassin méditerranéen, le genre Washingtonia est exposé au charançon rouge du palmier (Rhynchophorus ferrugineus) et au papillon palmivore (Paysandisia archon). Il s’agit toutefois de l’un des genres les plus résistants à ces ravageurs, et nettement moins sensible que les palmiers du genre Phoenix — en particulier le palmier des Canaries (Phoenix canariensis), hôte de prédilection du charançon rouge.

Cette résistance au charançon rouge est documentée scientifiquement. Dembilio, Jacas et Llácer (2009) ont montré que Washingtonia filifera n’est pas un hôte favorable du charançon et présente à la fois des mécanismes d’antixénose et d’antibiose. Cangelosi et collaborateurs (2016) ont constaté que des extraits de rachis foliaire de Washingtonia filifera provoquaient une mortalité de 100 % des larves de charançon en deux jours, et ont relié cette antibiose à la présence de composés spécifiques (un chalconoïde, le filiférol). Dembilio et Jacas (2012) qualifient même Washingtonia filifera de seule espèce, parmi celles étudiées, à présenter une résistance complète au charançon rouge. Cette protection n’est pas absolue — des attaques restent possibles — mais elle explique la moindre incidence du ravageur sur le genre.

Vis-à-vis du papillon palmivore Paysandisia archon, le genre Washingtonia peut être attaqué, mais reste moins recherché que Phoenix canariensis ou que le palmier nain méditerranéen (Chamaerops humilis), particulièrement sensibles. La surveillance demeure recommandée, d’autant que les dégâts des deux ravageurs se ressemblent.

Outre ces ravageurs, les Washingtonia peuvent souffrir de pourritures du cœur en sol mal drainé ou après une période de froid humide, ainsi que de carences (notamment en potassium et en magnésium) se traduisant par des décolorations foliaires.

Usages

L’usage principal du genre Washingtonia est ornemental et paysager : alignements urbains, parcs, grandes compositions exotiques et jardins méditerranéens du monde entier. Dans leur aire d’origine, les fruits charnus étaient traditionnellement consommés par les peuples autochtones du désert du Colorado, et la plante a connu divers usages alimentaires, médicinaux et utilitaires. Sa robustesse, sa croissance rapide et son faible coût de production en font aujourd’hui l’un des palmiers les plus utilisés au monde dans l’aménagement des espaces extérieurs sous climats doux.

FAQ

Quelle est la différence entre Washingtonia filifera et Washingtonia robusta ? Washingtonia filifera a un stipe massif et trapu, un feuillage vert glauque, une croissance un peu plus lente et une meilleure rusticité. Washingtonia robusta a un stipe fin et très élancé, peut dépasser 25 m, pousse plus vite et résiste moins au froid.

Quel Washingtonia choisir en climat frais ou humide ? Washingtonia filifera pour sa rusticité, à condition d’un sol bien drainé, ou l’hybride Washingtonia × filibusta qui tolère mieux l’humidité hivernale. Washingtonia robusta est à réserver aux climats les plus doux.

Les Washingtonia sont-ils sensibles au charançon rouge ? Beaucoup moins que les palmiers du genre Phoenix. Washingtonia filifera présente des mécanismes de résistance documentés, mais une surveillance reste prudente.

Combien d’espèces compte le genre Washingtonia ? Deux espèces sont traditionnellement reconnues en horticulture, Washingtonia filifera et Washingtonia robusta. Le référentiel POWO ne reconnaît toutefois qu’une seule espèce variable, Washingtonia filifera, avec trois variétés.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — référentiel taxonomique de référence, genre Washingtonia : https://powo.science.kew.org/

International Plant Names Index (IPNI) — nomenclature, Washingtonia H.Wendl. : https://www.ipni.org/n/331308-2

Flora of North America (FNA) — traitement botanique et morphologie du genre : http://floranorthamerica.org/Washingtonia

Palmpedia (Palm Grower’s Guide) — fiches horticoles et iconographie comparée des deux espèces : https://palmpedia.net/wiki/Washingtonia_robusta

PalmTalk (International Palm Society) — forum, retours d’expérience documentés sur la rusticité : https://www.palmtalk.org

Hardy Tropicals UK — forum, comportement des Washingtonia en climat océanique humide : https://www.hardytropicals.co.uk

Bibliographie

Cangelosi, B., Clematis, F., Curir, P. & Monroy, F. (2016). Susceptibility and possible resistance mechanisms in the palm species Phoenix dactylifera, Chamaerops humilis and Washingtonia filifera against Rhynchophorus ferrugineus (Olivier, 1790) (Coleoptera: Curculionidae). Bulletin of Entomological Research 106(3): 341-346. [Démontre par bioessais que des extraits de rachis de Washingtonia filifera tuent 100 % des larves de charançon en deux jours ; résistance attribuée à l’antibiose.]

Cornett, J. W. (1987). Cold tolerance in the desert fan palm, Washingtonia filifera (Arecaceae). Madroño 34(1): 57-62. [Étude des températures minimales et de la durée de gel tolérées par les populations naturelles ; éclaire les limites de distribution de l’espèce.]

Dembilio, Ó., Jacas, J. A. & Llácer, E. (2009). Are the palms Washingtonia filifera and Chamaerops humilis suitable hosts for the red palm weevil, Rhynchophorus ferrugineus (Col. Curculionidae)? Journal of Applied Entomology 133(7): 565-567. [Établit que Washingtonia filifera et Chamaerops humilis résistent au charançon rouge, contrairement à Phoenix canariensis.]

Dransfield, J., Uhl, N. W., Asmussen, C. B., Baker, W. J., Harley, M. M. & Lewis, C. E. (2008). Genera Palmarum: The Evolution and Classification of Palms. Royal Botanic Gardens, Kew. [Référence pour la classification de la famille des Arecaceae et le placement du genre Washingtonia dans la tribu des Trachycarpeae.]

Villanueva-Almanza, L., Landis, J. B., Koenig, D. & Ezcurra, E. (2021). Genetic and morphological differentiation in Washingtonia (Arecaceae): solving a century-old palm mystery. Botanical Journal of the Linnean Society 196(4): 506-523. [Étude génétique et morphométrique révélant une variation continue le long de la péninsule de Basse-Californie ; fonde la réduction à une seule espèce variable adoptée par POWO.]