Sabal palmetto, le palmier-chou (cabbage palm ou cabbage palmetto en anglais), est l’espèce la plus connue et la plus largement plantée du genre Sabal. Palmier arborescent emblématique du sud-est des États-Unis, il en est devenu un véritable symbole : c’est l’arbre officiel de la Floride et de la Caroline du Sud, dont il orne le drapeau. Robuste, très tolérant au sel, au vent et même aux ouragans, d’une bonne longévité et d’une rusticité honorable, c’est pour le jardinier un palmier de structure idéal sous climat doux et littoral, à la croissance lente mais sûre.
Comment reconnaître Sabal palmetto ?
Sabal palmetto est un palmier à stipe solitaire, dressé et colonnaire, gris, atteignant le plus souvent 12 à 20 m de hauteur pour un diamètre d’une trentaine de centimètres. Chez les sujets jeunes, le stipe est typiquement couvert des bases foliaires persistantes et fendues — les « boots » des Anglo-Saxons —, qui s’entrecroisent en un motif caractéristique ; avec l’âge, il se nettoie et devient lisse et annelé. La couronne est ample et arrondie.
Les feuilles sont fortement costapalmées : la nervure médiane prolonge le pétiole dans le limbe et arque nettement la feuille, lui donnant un port recourbé reconnaissable. Elles sont vert à vert grisâtre, divisées en de nombreux segments reliés par de fins filaments — caractère qui distingue Sabal palmetto de Sabal minor, dont les feuilles, presque plates, en sont dépourvues. Le pétiole est lisse et désarmé, comme dans tout le genre. Les inflorescences, ramifiées et arquées, dépassent le feuillage et portent des milliers de petites fleurs parfumées blanc crème, suivies de fruits sphériques noirs et luisants d’environ 1 cm. C’est un palmier de grande longévité, pouvant vivre bien plus d’un siècle.
Hybrides connues
Sabal palmetto est considéré comme l’un des parents probables du clone horticole Sabal ‘Birmingham’, sélection réputée pour sa rusticité supérieure et sa croissance lente, dont on suppose qu’il résulte d’un croisement de Sabal palmetto avec une autre espèce, vraisemblablement Sabal minor. Comme tous les Sabal, l’espèce peut par ailleurs s’hybrider avec ses congénères cultivés à proximité, si bien que les semis récoltés dans les collections mêlant plusieurs espèces ne sont pas garantis fidèles.
Confusion
Sabal palmetto se confond surtout avec les autres Sabal arborescents — Sabal bermudana, Sabal mexicana, Sabal domingensis ou Sabal causiarum —, dont la distinction sur un sujet isolé est notoirement délicate et repose souvent sur des détails de l’inflorescence, du fruit ou sur la provenance. À l’inverse, il se sépare aisément de Sabal minor, plus petit, généralement acaule et à feuilles plates sans filaments. Le pétiole lisse et désarmé permet enfin de l’écarter des palmiers éventails à pétiole armé, comme les Washingtonia, le palmier de Chine (Trachycarpus fortunei) ou le palmier scie (Serenoa repens).
Taxonomie
Sabal palmetto (Walter) Lodd. ex Schult. & Schult.f. a été publié en 1830, sur la base du basionyme Corypha palmetto Walter (1788) ; l’épithète dérive du mot espagnol palmito. L’espèce appartient à la famille des Arecaceae, sous-famille des Coryphoideae, tribu des Sabaleae. Elle traîne une synonymie abondante reflétant l’histoire nomenclaturale du genre, parmi laquelle Inodes palmetto, Sabal jamesiana, Sabal bahamensis et Sabal viatoris.
Dans la nature
Sabal palmetto est originaire des régions côtières subtropicales du sud-est des États-Unis — Floride, Géorgie, Caroline du Sud et sud-est de la Caroline du Nord — ainsi que de Cuba (côte nord), des Bahamas et des îles Turques-et-Caïques. Il occupe une grande diversité de milieux : marécages et zones humides d’eau douce, hammocks et forêts côtières, pinèdes et forêts mixtes, où il se montre tolérant à l’inondation, au sel, au vent et au feu. C’est l’un des palmiers les plus répandus de son aire, où il n’est nullement menacé (classé en « préoccupation mineure » par l’UICN, et « sécurisé » par NatureServe).
Son importance culturelle y est forte. Il a été choisi comme arbre officiel de la Floride en 1953 et figure sur le drapeau de la Caroline du Sud, surnommée le « Palmetto State » : la tradition rapporte qu’un fort bâti de troncs de palmetto, dont le bois fibreux absorbait les boulets, résista à un bombardement britannique en 1776, fixant durablement le palmier dans l’imaginaire de l’État.
Culture
Sabal palmetto est un palmier robuste et facile à réussir sous climat approprié. Il accepte le plein soleil comme une ombre légère et s’accommode d’une très large gamme de sols, des terrains humides aux sols sableux et calcaires. Une fois installé, il tolère remarquablement la sécheresse, les embruns, le vent fort et même les ouragans, ce qui en fait un excellent sujet pour les jardins de bord de mer.
Sa croissance est lente à modérée, particulièrement dans les premières années et sous les climats aux étés frais, où l’emplacement le plus chaud et ensoleillé favorisera son installation ; arrosages réguliers et fertilisation estivale accélèrent sensiblement son développement. Une particularité horticole mérite d’être signalée : Sabal palmetto se transplante remarquablement bien à l’état adulte, même lorsqu’on lui retire la totalité des feuilles, car il régénère son système racinaire depuis la base du stipe — d’où les grands sujets « étêtés » couramment déplacés dans les aménagements paysagers. Pour le particulier, il reste toutefois préférable de planter de jeunes sujets et de les laisser en place.
Multiplication
La multiplication se fait par semis. Les graines, sphériques et noires à maturité, sont semées fraîches à la chaleur (de l’ordre de 25 à 30 °C) dans des contenants profonds adaptés à l’enracinement. Elles germent selon le mode de germination « éloignée » propre au genre, la plantule enfonçant d’abord profondément son bourgeon dans le sol avant de produire ses premières feuilles. La levée est aisée, mais la croissance ultérieure est lente et demande de la patience.
Maladies et ravageurs
Sabal palmetto est globalement peu sujet aux problèmes. Dans le bassin méditerranéen, le genre Sabal n’est pas un hôte de prédilection du charançon rouge du palmier (Rhynchophorus ferrugineus) ni du papillon palmivore (Paysandisia archon), qui leur préfèrent largement les palmiers du genre Phoenix ; une surveillance reste néanmoins prudente. Dans son aire d’origine, l’espèce est en revanche sensible à des maladies spécifiques peu présentes en Europe, comme le bronzage létal (un phytoplasme) ou la pourriture du pied à Ganoderma. Ailleurs, les principales difficultés sont d’ordre fongique — taches foliaires et pourritures du cœur favorisées par un sol mal drainé ou une humidité hivernale stagnante —, prévenues par un bon drainage.
Rusticité
Sabal palmetto offre une rusticité honorable mais moyenne au sein du genre, bien inférieure à celle de Sabal minor. Les estimations courantes le situent en zone USDA 8, avec des minima tolérés de l’ordre de −9 à −12 °C pour un sujet établi, des dégâts foliaires apparaissant dans le bas de cette plage. Comme pour l’ensemble du genre, la provenance compte : les sujets issus des populations les plus septentrionales (Caroline du Nord) sont réputés un peu plus rustiques.
Les retours d’expérience européens confirment cet ordre de grandeur. Sur le forum français des Fous de Palmiers, des cultivateurs du sud rapportent que leurs Sabal palmetto ont traversé la vague de froid de 2012 avec des minima de −12 °C sur plusieurs nuits, et un membre signale un sujet ayant encaissé −11 °C en conditions humides sans dégât apparent (Fousdepalmiers, 2010). L’espèce demande, plus encore que sa rusticité brute ne le laisse penser, de la chaleur estivale pour bien s’installer ; sa lenteur initiale rend les jeunes sujets vulnérables, et une protection les premiers hivers est recommandée en climat limite. Pour gagner en sécurité dans les régions froides, les amateurs lui préfèrent souvent le clone Sabal ‘Birmingham’ ou Sabal minor.
Usages traditionnels
Sabal palmetto doit son nom de palmier-chou à son bourgeon terminal comestible, le « cœur de palmier » (swamp cabbage), consommé cru ou cuit comme un légume — une récolte toutefois destructrice, car elle tue le palmier. Ses feuilles ont servi à confectionner balais, paniers, nattes et couvertures de toit, et son bois fibreux, résistant à la pourriture, à édifier pilotis et fortifications côtières. C’est par ailleurs une plante mellifère appréciée. Aujourd’hui, l’usage de Sabal palmetto est très largement ornemental et paysager : sa silhouette régulière, sa robustesse et sa tolérance au sel en font l’un des palmiers les plus plantés en alignement, en parc et en jardin de bord de mer dans les régions chaudes et tempérées douces du monde.
FAQ
Pourquoi l’appelle-t-on palmier-chou ? À cause de son bourgeon terminal comestible, le « cœur de palmier », au goût rappelant le chou. Le prélever tue toutefois l’arbre.
Quelle est sa rusticité ? De l’ordre de −9 à −12 °C pour un sujet établi, soit une zone USDA 8. C’est moins rustique que Sabal minor, mais suffisant pour les climats doux et littoraux.
Convient-il au bord de mer ? Très bien : Sabal palmetto est l’un des palmiers les plus tolérants au sel, au vent et aux ouragans.
Pousse-t-il vite ? Non, sa croissance est lente à modérée, surtout les premières années et sous étés frais. Chaleur, arrosage et fertilisation l’accélèrent.
Peut-on déplacer un grand sujet ? Oui, c’est l’un des rares palmiers à se transplanter bien à l’état adulte, même entièrement défolié, car il reconstitue ses racines depuis la base du stipe.
Quelle différence avec Sabal minor ? Sabal palmetto est un grand palmier à stipe aérien, aux feuilles arquées et pourvues de filaments ; Sabal minor reste petit, le plus souvent acaule, à feuilles plates et sans filaments, et il est nettement plus rustique.
Sites de référence
Plants of the World Online (POWO) — référentiel taxonomique, fiche Sabal palmetto : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:1004566-2 International Plant Names Index (IPNI) — nomenclature, Sabal palmetto (Walter) Lodd. ex Schult. & Schult.f. : https://www.ipni.org/n/1004566-2 iNaturalist — observations et photographies de Sabal palmetto : https://www.inaturalist.org/taxa/123481-Sabal-palmetto Flora of North America (FNA) — traitement botanique et description de Sabal palmetto : http://floranorthamerica.org/Sabal_palmetto NatureServe Explorer — statut de conservation de Sabal palmetto : https://explorer.natureserve.org/Taxon/ELEMENT_GLOBAL.2.149842/Sabal_palmetto Fousdepalmiers — forum francophone, retours d’expérience sur la rusticité du genre Sabal : https://www.fousdepalmiers.fr/html/forum/viewtopic.php?t=6723 PalmTalk (International Palm Society) — forum anglophone, culture et rusticité des Sabal : https://www.palmtalk.org
Bibliographie
Govaerts, R. & Dransfield, J. (2005). World Checklist of Palms: 1-223. The Board of Trustees of the Royal Botanic Gardens, Kew. [Référentiel suivi par POWO pour l’acceptation du nom Sabal palmetto.]
Zona, S. (1990). A monograph of Sabal (Arecaceae: Coryphoideae). Aliso 12(4): 583-666. [Révision monographique de référence du genre, incluant la circonscription et la néotypification de Sabal palmetto.]
Zona, S. (2000). Arecaceae. In : Flora of North America Editorial Committee (éd.), Flora of North America North of Mexico, vol. 22. Oxford University Press, New York. [Description morphologique détaillée et répartition de Sabal palmetto.]
