× Butyagrus, l’hybride Butia × Syagrus

× Butyagrus est le nom donné aux palmiers hybrides entre le genre Butia et le palmier reine, Syagrus romanzoffiana. Le signe × indique qu’il ne s’agit pas d’un genre au sens habituel, mais d’un nothogenre, c’est-à-dire d’un nom réservé aux hybrides entre deux genres. Le plus connu, × Butyagrus nabonnandii, est né en France en 1890 d’un croisement artificiel réalisé par l’horticulteur Paul Nabonnand entre Butia odorata (alors appelé Butia capitata) et Syagrus romanzoffiana. Il pousse aussi à l’état naturel dans le sud du Brésil, là où les deux parents cohabitent. Surnommé « mule palm » en anglais parce qu’on le croyait stérile, cet hybride réunit le feuillage plumeux et la croissance rapide du palmier reine et une partie de la résistance au froid des Butia. On le trouve aussi sous l’orthographe × Butiagrus.

L’essentiel sur × Butyagrus

  • Nom : × Butyagrus Vorster (1990), nothogenre publié dans la revue Taxon ; statut dans POWO non vérifié directement (le nom figure dans IPNI et GBIF)
  • Parents : une espèce de Butia × Syagrus romanzoffiana
  • Nothoespèces : quatre reconnues par les botanistes brésiliens, dont × Butyagrus nabonnandii (Prosch.) Vorster, la seule cultivée couramment
  • Ancien nom : Cocos nabonnandii Prosch., basionyme de × Butyagrus nabonnandii ; orthographe variante × Butiagrus
  • Famille : Arecaceae, sous-tribu des Attaleinae, comme ses deux parents
  • Noms communs : mule palm (anglais) ; aucun nom français attesté
  • Répartition naturelle : sud du Brésil (Rio Grande do Sul, Santa Catarina, Paraná), là où les parents sont en contact
  • CITES : aucune inscription à notre connaissance (non vérifié sur Species+) ; non évalué par l’UICN
  • Rusticité documentée : −10 °C pour des sujets assez grands, parfois −12 °C selon les individus (université de Floride) ; voir Culture
  • Exposition et substrat : plein soleil, sol drainant
  • Toxicité : aucune donnée

Caractères de × Butyagrus

Un × Butyagrus est un palmier à palmes pennées dont les caractères combinent ceux de ses deux parents, dans des proportions qui varient d’un individu à l’autre.

  • Taille : l’université de Floride donne une hauteur courante d’une trentaine de pieds, soit environ 9 m, pour × Butyagrus nabonnandii, avec une croissance rapide.
  • Variabilité : chaque plant issu de semis hérite d’un mélange différent des caractères de ses parents. La morphologie de l’hybride est donc variable, ce qui complique son identification sur le terrain.
  • Feuilles : l’anatomie des folioles combine des caractères des deux parents et suit un schéma propre à l’hybride ; c’est un outil utile pour le distinguer de Butia odorata et de Syagrus romanzoffiana (Oliveira-Neves et ses collègues, 2024).
  • Fruits et graines : beaucoup de fruits ne contiennent pas de graine, et les graines formées sont souvent détruites par des larves de coléoptères, ce qui explique le faible taux de germination observé au Brésil.

Taxonomie et classification

× Butyagrus n’est pas un genre au sens strict : c’est un nothogenre, catégorie que le Code international de nomenclature réserve aux hybrides entre genres. Le nom a été publié par P. Vorster en 1990, dans Taxon, avec la combinaison × Butyagrus nabonnandii (Prosch.) Vorster, fondée sur un nom plus ancien, Cocos nabonnandii Prosch. Ses deux parents appartiennent à la sous-tribu des Attaleinae, où les croisements entre genres sont possibles : les Butia s’hybrident aussi avec Jubaea chilensis (× Jubautia).

Quatre nothoespèces

Les botanistes brésiliens reconnaissent aujourd’hui quatre nothoespèces, selon l’espèce de Butia impliquée :

  • × Butyagrus nabonnandii (Prosch.) Vorster : Butia odorata × Syagrus romanzoffiana ; naturel dans le Rio Grande do Sul ;
  • × Butyagrus alegretensis K.Soares : Butia lallemantii × Syagrus romanzoffiana ; naturel dans le Rio Grande do Sul (Cerro do Tigre, à Alegrete) ;
  • × Butyagrus paranaënsis : connu dans l’État du Paraná ;
  • × Butyagrus liebschii : connu dans l’État de Santa Catarina.

Les parents exacts et les auteurs des deux dernières n’ont pas pu être vérifiés, ni le statut des quatre noms dans POWO. Dans le commerce horticole, on rencontre aussi des hybrides obtenus avec d’autres Butia, comme Butia eriospatha × Syagrus romanzoffiana, vendus sous des formules de croisement plutôt que sous un nom de nothoespèce.

Un hybride vraiment stérile ?

Pas tout à fait. Le surnom de « mule palm » vient de la stérilité qu’on lui prêtait. L’étude de Rosa et ses collègues (2023, Brazilian Journal of Biology) conclut que × Butyagrus nabonnandii n’est ni rare ni infertile : son pollen a déjà servi à des rétrocroisements, mais la germination de ses graines reste faible, à cause des fruits sans graine et de la prédation par des larves de coléoptères.

Étymologie et histoire

Comme le veut l’usage pour les nothogenres, le nom × Butyagrus est formé à partir des noms des deux genres parents, Butia et Syagrus. L’épithète nabonnandii rend hommage à Paul Nabonnand (1858–1937), horticulteur français connu aussi pour ses rosiers, qui réalisa le premier ce croisement.

L’hybride a d’abord été décrit comme un croisement artificiel, obtenu en 1890 entre Syagrus romanzoffiana et Butia odorata. Il a été reconnu bien plus tard dans la nature : au Rio Grande do Sul, il a été signalé dans les municipalités de Manoel Viana, Cachoeira do Sul, Venâncio Aires et Porto Alegre, puis dans la région de São Gabriel, où deux sujets poussaient avec leurs parents. Aux États-Unis, il est devenu un palmier d’ornement apprécié, notamment en Floride.

Noms communs

Aucun nom français n’est attesté par une flore ou un ouvrage de référence. En anglais, × Butyagrus nabonnandii est appelé « mule palm », par analogie avec la mule, hybride réputé stérile. Le nom « palmier mule », parfois employé en français, n’est qu’une traduction de ce nom anglais.

Biogéographie et écologie

Les × Butyagrus naturels n’existent que là où une espèce de Butia et Syagrus romanzoffiana fleurissent côte à côte, c’est-à-dire dans le sud du Brésil. Le palmier reine y est largement répandu, du sud du Brésil au nord de l’Argentine et à l’Uruguay ; les Butia parents ont des aires plus restreintes. Les hybrides naturels sont signalés dans le Rio Grande do Sul, à Santa Catarina et au Paraná, au milieu de leurs parents : à São Gabriel, par exemple, deux sujets ont été trouvés avec Butia odorata et Syagrus romanzoffiana. Aucune donnée n’a été trouvée sur leur écologie propre.

Réglementation et conservation

Aucune réglementation particulière ne vise les × Butyagrus, à notre connaissance. Les hybrides ne sont en général pas évalués par l’UICN. Leurs parents Butia sont en revanche souvent menacés dans la nature (voir la page du genre Butia). Les plants du commerce sont issus de semis de graines hybrides F1, obtenues par pollinisation contrôlée. Les bases officielles (Species+, Liste rouge de l’UICN) n’ont pas pu être consultées directement en septembre 2026.

Culture des × Butyagrus

Les × Butyagrus se cultivent comme leurs parents : plein soleil, sol drainant, arrosages d’été jusqu’à l’enracinement. Leur intérêt principal est leur vigueur : ils poussent plus vite qu’un Butia, et il ne faut pas craindre de planter de petits sujets.

  • Croissance : rapide, signe de la vigueur hybride ; les jeunes plants grandissent vite.
  • Semis : les graines F1 germent bien et donnent de façon fiable des plants vigoureux, selon les grainetiers spécialisés. Les obtenir est plus difficile : la pollinisation contrôlée entre les deux parents est délicate et demande de bien connaître leur biologie florale.
  • Nutrition : une bonne fertilisation évite les carences, surtout en pot.
  • Taches sur les feuilles : en Floride, des × Butyagrus nabonnandii présentent des taches jaunes et brunes qui ressemblent à une maladie, mais qui ne sont dues ni à un champignon ni à une carence. L’université de Floride les décrit comme des « lesion mimics », phénomène sans doute lié à l’hybridation ; fongicides et engrais n’y changent rien.

Rusticité et contexte français

L’université de Floride indique que × Butyagrus nabonnandii supporte au moins −10 °C une fois assez grand, et jusqu’à −12 °C pour certains individus, selon l’héritage génétique de chacun ; elle le recommande pour les zones USDA 9 à 11, et 8b. Ces valeurs se situent entre celles données pour le palmier reine (−7 à −8 °C pour des sujets adultes, selon la page du genre Syagrus) et celles annoncées pour Butia odorata (−10 à −12 °C).

En France, l’hybride reste rare en culture, malgré son origine française. Aucun résultat documenté n’a été trouvé zone par zone (littoral méditerranéen, façade atlantique, intérieur), ni aucun épisode de froid avec des dégâts relevés. Le comportement de ses parents au même endroit donne un repère : au Jardin zoologique tropical de La Londe-les-Maures, dans le Var, trois Butia odorata ont passé −7 °C en février 2012 sans dégâts, tandis qu’un Syagrus romanzoffiana voisin a été entièrement défolié par une tempête de mistral. Aucune observation publiée n’a été trouvée sur des × Butyagrus cultivés au Jardin zoologique tropical ou ailleurs dans le Var.

Toxicité et précautions

Aucune donnée de toxicité n’a été trouvée pour les × Butyagrus, ni pour l’humain ni pour les animaux ; l’absence de données ne prouve pas l’innocuité. Les fruits de son parent Butia odorata sont comestibles, mais rien ne documente ceux de l’hybride : mieux vaut ne pas les consommer. En cas d’ingestion, contactez un centre antipoison, un médecin ou un vétérinaire.

Nothoespèces de × Butyagrus

  • × Butyagrus nabonnandii (Prosch.) Vorster : Butia odorata × Syagrus romanzoffiana ; obtenu en France en 1890, naturel dans le Rio Grande do Sul ; le seul couramment cultivé.
  • × Butyagrus alegretensis K.Soares : Butia lallemantii × Syagrus romanzoffiana ; Alegrete, Rio Grande do Sul.
  • × Butyagrus paranaënsis : Paraná.
  • × Butyagrus liebschii : Santa Catarina.

FAQ sur les × Butyagrus

Butyagrus ou Butiagrus ?

× Butyagrus, l’orthographe du nom publié par Vorster en 1990 et reprise par IPNI. Butiagrus est une variante fréquente dans le commerce et la littérature horticole.

Le × Butyagrus est-il stérile ?

Pas complètement. Il porte beaucoup de fruits vides, mais une étude brésilienne de 2023 a montré qu’il n’est pas infertile et que son pollen a servi à des rétrocroisements. En pratique, ses graines germent mal.

Quelle température supporte-t-il ?

Environ −10 °C pour un sujet assez grand, parfois −12 °C, selon l’université de Floride. La valeur varie d’un individu à l’autre, et aucune donnée française n’a été trouvée.

Pousse-t-il plus vite qu’un Butia ?

Oui. C’est l’un des intérêts de l’hybride : il a la croissance rapide du palmier reine, alors que les Butia sont lents.

Peut-on obtenir un × Butyagrus en semant les graines d’un Butia ?

Parfois. Un Butia qui fleurit près d’un Syagrus romanzoffiana peut être fécondé par son pollen et donner des graines hybrides. Seule la culture des plants permet ensuite de le vérifier ; une pollinisation contrôlée est plus sûre.

Pourquoi mon × Butyagrus a-t-il des taches sur les feuilles ?

Cela peut être un phénomène génétique sans maladie. L’université de Floride a décrit chez cet hybride des taches qui imitent une maladie sans champignon ni carence en cause. Avant tout traitement, faites vérifier l’absence de ravageur ou de carence réelle.

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Sites de référence

Bibliographie

  • Vorster, P. (1990). [Publication du nothogenre × Butyagrus et de × Butyagrus nabonnandii.] Taxon 39(4) : 662–663. [Relevé via IPNI ; titre de l’article non vérifié.]
  • Rosa, L.Z., Sant’Anna-Santos, B.F., Almeida, C.G.M., Kuhn, S.A., Hüther, C.M. & Souza, V.Q. (2023). ×Butyagrus nabonnandii (Prosch.) Vorster (Arecaceae) : a sterile and rare palm with variable morphology? Brazilian Journal of Biology. doi:10.1590/1519-6984.271366 [Article à comité de lecture.]
  • Oliveira-Neves, P., Sant’Anna-Santos, B.F., Rosa, L.Z. & Pereira, A.B. (2024). Comparative leaf anatomy of the nothospecies × Butyagrus nabonnandii (Arecaceae) with its parental species. Rodriguésia. [Article à comité de lecture.]