Le baobab africain, Adansonia digitata, est l’espèce la plus répandue du genre Adansonia et la seule qui occupe naturellement le continent africain. C’est aussi la plus grande plante succulente du monde : un tronc massif, gorgé d’eau, surmonté d’une ramure épaisse qui lui a valu partout le surnom d’« arbre à l’envers ». Longévité extrême, floraison nocturne pollinisée par des chauves-souris, fruit farineux entré depuis peu sur le marché européen de l’alimentation : peu d’arbres réunissent autant de motifs d’intérêt. Cette fiche rassemble ce qui est établi sur sa reconnaissance, sa taxonomie, son écologie et sa culture, en distinguant ce qui est documenté de ce qui relève encore de l’hypothèse.
Comment reconnaître Adansonia digitata ?
Le port est immédiatement caractéristique. Le tronc, cylindrique à nettement bouteille, atteint des proportions considérables : les plus gros sujets dépassent 25 m de circonférence, alors que la hauteur excède rarement 25 m. Il se divise brusquement en branches épaisses, tortueuses, qui évoquent un système racinaire retourné vers le ciel. L’écorce est lisse, grise à gris-rougeâtre, fibreuse et sans épines — un caractère utile, car plusieurs sosies en portent.

La culture du baobab était rare jusqu’à récemment. Cette plante qui symbolise l’Afrique peut être cultivée en dehors de son continent d’origine. Sous climat tempéré, il est possible de cultiver cette plante de croissance lente pendant de nombreuses années en pot. Le baobab passera plusieurs mois en extérieur avant d’être rentré pour passer l’hiver. S’il est capable de supporter brièvement zéro degré, il convient de l’hiverner à l’abri du gel, mais aussi à une température suffisamment élevée pour garantir un bon hivernage à la plante. Une température minimale de +10°C permet de garantir sa survie. Le baobab africain apprécie les arrosages – deux fois par semaine s’il fait chaud – lorsqu’il porte ses feuilles. Mais lorsque celles-ci sont tombées, les arrosages doivent être suspendus.
Les feuilles sont caduques. Sur un sujet adulte, elles sont digitées, longuement pétiolées, larges de 15 à 20 cm, à cinq folioles le plus souvent, parfois jusqu’à sept, elliptiques et acuminées. Attention au piège classique : les jeunes plants produisent d’abord des feuilles entières, simples, puis trifoliolées, avant de passer progressivement à la feuille digitée. Un semis de deux ans ne ressemble donc pas du tout à l’image mentale que l’on se fait du baobab.
Les fleurs sont solitaires, pendantes à l’aisselle des feuilles, portées par un pédoncule qui peut approcher 90 cm. La corolle blanc crème, large de 15 à 20 cm, s’ouvre en fin de journée, les pétales se réfléchissant en arrière autour d’une masse dense d’étamines soudées en houppe et d’un style saillant. La fleur ne dure qu’une nuit : dès le lendemain elle brunit, dégage une odeur désagréable et tombe.
Le fruit est une capsule indéhiscente ovoïde à oblongue, souvent supérieure à 12 cm et pouvant atteindre 25 cm, couverte d’un tomentum jaune-brun velouté. La coque ligneuse renferme une pulpe blanchâtre, sèche et farineuse, acidulée, qui enrobe des graines réniformes brun-noir. La capsule ne s’ouvre pas d’elle-même : elle reste suspendue jusqu’à ce que le vent la détache ou qu’un animal la brise.
Le bois, enfin, est spongieux et gorgé d’eau, très tendre — ce n’est pas un bois d’œuvre, et c’est aussi ce qui explique la vulnérabilité de l’espèce au gel.
Hybrides
Aucun hybride naturel impliquant Adansonia digitata n’est documenté. La raison est simple : c’est la seule espèce du genre présente sur le continent africain, et elle est géographiquement isolée des six espèces malgaches comme de l’espèce australienne. S’y ajoute une barrière de ploïdie, Adansonia digitata étant tétraploïde alors que toutes les autres espèces du genre sont diploïdes.
L’hybridation existe en revanche à Madagascar, où le contact entre espèces sympatriques a laissé des traces d’introgression détectables par microsatellites nucléaires (Leong Pock Tsy et al., 2013). Ces travaux concernent les taxons malgaches et ne s’appliquent pas au baobab africain.
Côté horticulture, il n’existe pas de cultivar stabilisé ni d’hybride commercial d’Adansonia digitata. Les sujets proposés dans le commerce sont issus de semis, avec la variabilité que cela implique sur la forme du tronc et la vitesse de croissance.
Confusion possible
Le premier point de vigilance est nomenclatural : Adansonia kilima, décrit en 2012 pour des populations d’altitude d’Afrique orientale et australe, n’est plus reconnu comme espèce distincte et est aujourd’hui placé en synonymie d’Adansonia digitata. Des étiquettes anciennes ou des sites non actualisés continuent de le présenter comme un taxon valide.
Au stade jeune, les autres espèces du genre sont difficiles à distinguer sur photo. Adansonia za, Adansonia grandidieri et Adansonia rubrostipa sont couramment vendues en semis et se différencient surtout par la forme du fût à l’âge adulte, la couleur de l’écorce et la morphologie florale — caractères indisponibles sur un plant de trois ans.
Hors du genre, plusieurs pachycaules sont régulièrement confondus avec le baobab, ou vendus sous ce nom :
- Ceiba speciosa et Ceiba insignis, dont le tronc renflé porte de gros aiguillons coniques absents chez Adansonia digitata, et dont les fleurs sont roses ou crème à cinq pétales étalés.
- Pachira glabra et Pachira aquatica, largement diffusées en « bonsaï baobab » : base renflée, mais feuilles à folioles nettement pétiolulées, fleurs à longues étamines rouges ou blanches en pinceau, capsule déhiscente.
- Moringa drouhardii et Moringa ovalifolia, à silhouette bouteille comparable mais à feuilles composées-pennées et fleurs petites, blanchâtres, en panicules.
- Brachychiton rupestris, au tronc en tonneau mais aux feuilles simples ou lobées, persistantes.
- Bombax ceiba, souvent appelé « kapokier », à tronc épineux et grandes fleurs rouges.
En pratique, la combinaison écorce lisse et inerme, feuille digitée à folioles subsessiles, fleur blanche pendante à houppe d’étamines et capsule veloutée indéhiscente ne laisse guère de place au doute.
Taxonomie
Adansonia digitata appartient aux Malvaceae, sous-famille des Bombacoideae, tribu des Adansonieae. L’espèce était autrefois classée dans les Bombacaceae, famille aujourd’hui traitée comme sous-famille des Malvaceae, ce qui explique la coexistence des deux placements dans la littérature.
La nomenclature réserve une subtilité utile à connaître. Le nom apparaît bien dans le Species Plantarum de 1753 (2 : 1190), mais il y est invalide, le nom de genre Adansonia n’ayant pas été validement publié à cette date. La validation intervient en 1759 dans la dixième édition du Systema Naturae (2 : 1144, 1382). L’identifiant IPNI est 558628-1.
Le genre a été dédié par Linné à Michel Adanson (1727-1806), naturaliste français qui décrivit l’arbre au Sénégal. Le nom vernaculaire « baobab » est plus ancien : il dérive de la forme bahobab employée par le botaniste italien Prospero Alpino dans son De Plantis Aegypti Liber (1592), à propos de fruits vus sur les marchés égyptiens. L’épithète digitata renvoie aux folioles insérées en éventail comme les doigts d’une main.
Le genre compte huit espèces acceptées : six endémiques de Madagascar, une en Australie (Adansonia gregorii) et Adansonia digitata pour l’Afrique continentale et le sud de la péninsule Arabique. Les principaux synonymes d’Adansonia digitata retenus par POWO sont Adansonia bahobab, Adansonia baobab, Adansonia integrifolia, Adansonia kilima, Adansonia scutula, Adansonia situla, Adansonia somalensis, Adansonia sphaerocarpa, Adansonia sulcata, Baobabus digitata et Ophelus sitularius.
Deux épisodes récents méritent mention. Le premier est l’affaire Adansonia kilima : Pettigrew et al. (2012) décrivent dans Taxon une seconde espèce africaine, diploïde, cantonnée aux altitudes de 650 à 1 500 m et distinguée par la taille des fleurs, la morphologie du pollen et le nombre chromosomique. Cron et al. (2016), dans la même revue, montrent qu’aucun de ces caractères n’est constant et qu’aucune différence génétique ne sépare les deux formes ; la synonymie est depuis largement suivie.
Le second est génomique. Wan et al. (2024) ont séquencé les huit espèces du genre et défendent Madagascar comme centre d’origine des lignées actuelles, avec une évolution réticulée. Pour Adansonia digitata elle-même, la phylogéographie chloroplastique de Leong Pock-Tsy et al. (2009) suggérait un centre d’origine ouest-africain. Un génome de référence à l’échelle chromosomique, ancré sur 42 chromosomes, a par ailleurs été produit pour l’espèce, avec deux événements de multiplication du génome dont le plus récent est vraisemblablement lié à une autotétraploïdie (Kitony et al., 2024, préprint).
Sur le plan de la conservation, Adansonia digitata est la seule espèce du genre à ne pas figurer sur la Liste rouge de l’UICN — non pas parce qu’elle serait à l’abri, mais parce que son aire immense la ferait probablement classer en préoccupation mineure sur les seuls critères de répartition, ce qui masquerait les menaces réelles pesant sur les vieux sujets et sur la régénération.
Dans la nature
L’aire native couvre l’Afrique tropicale et australe ainsi que le sud de la péninsule Arabique (Yémen, Oman). L’espèce a été largement transportée par l’homme : Inde, Sri Lanka, Caraïbes, îles de l’océan Indien, et jusqu’à des populations naturalisées en Afrique centrale, où sa présence est en partie anthropique.
L’habitat type est la savane arborée et le bois clair des basses terres sèches, sur sols sablonneux bien drainés, mais aussi sur sols latéritiques en bordure de mares saisonnières et le long des cours d’eau. La pluviométrie annuelle se situe généralement entre 200 et 800 mm, avec des extrêmes de 90 à 1 400 mm, et l’altitude reste le plus souvent basse, jusqu’à 1 250 m au Soudan. Dans un paysage sec, la silhouette d’un baobab signale souvent de loin la présence d’eau.
La phénologie est strictement calée sur la saison des pluies : l’arbre reste défeuillé la plus grande partie de l’année, la feuillaison et la floraison étant déclenchées par les premières pluies. La pollinisation est nocturne et assurée principalement par des chauves-souris frugivores ; galagos, papillons de nuit et divers insectes visitent également les fleurs et y prélèvent nectar et pollen. La capsule, indéhiscente, dépend pour sa dissémination des babouins, des singes, des éléphants et de l’homme.
L’architecture des très gros sujets a été élucidée par les travaux de datation au radiocarbone d’Adrian Patrut et de ses collaborateurs. Un « tronc » de baobab géant n’est pas un axe unique : c’est un anneau de tiges multiples, issues de générations successives, partiellement soudées et délimitant une cavité centrale — la « fausse cavité », qui n’est pas une pourriture mais un espace jamais comblé. Cette architecture explique à la fois les volumes de bois de 300 à 500 m³ et les âges approchant 2 000 ans.
Ces mêmes travaux ont livré un résultat inattendu. Patrut et al. (2018) rapportent que 9 des 13 plus vieux individus et 5 des 6 plus gros suivis étaient morts ou s’étaient effondrés au cours des douze années précédentes, sans cause établie. Le baobab de Chapman, au Botswana, en est l’exemple emblématique : ses six tiges, appartenant à trois générations âgées de 1 400 ans, 800 à 1 000 ans et 500 à 600 ans, se sont couchées simultanément le 7 janvier 2016. Le baobab de Sunland, en Afrique du Sud, s’est effondré en deux temps, en août 2016 puis en avril 2017. Les auteurs évoquent une possible relation avec les modifications climatiques affectant l’Afrique australe, hypothèse que Venter et Witkowski (2024) contestent, faisant valoir que l’échantillon ne renseigne pas la démographie des populations entières et que la mortalité de sujets très âgés n’a rien d’anormal en soi. Le débat n’est pas tranché.
Plus discrète mais peut-être plus préoccupante, la question de la régénération se pose dans les zones pâturées et cultivées d’Afrique australe, où les jeunes baobabs se font rares.
Culture
En pleine terre
La plantation en pleine terre n’est envisageable qu’en climat sans gel, en pratique à partir de la zone USDA 10b, et de préférence dans des situations chaudes, très ensoleillées, à hiver sec ou au moins peu pluvieux. L’espèce tolère des sols pauvres, sableux à argileux, légèrement acides à neutres, mais exige un drainage franc : les sols engorgés sont éliminatoires. Elle supporte modérément la salinité, ce qui autorise les plantations littorales, et résiste bien au feu.
La croissance juvénile est rapide en bonnes conditions — de l’ordre de 2 m en deux ans et 7 m en dix ans — puis ralentit fortement. Prévoir large : le tronc s’élargit indéfiniment et l’arbre n’accepte pas d’être serré contre une construction. La taille se limite au retrait du bois mort ; les grosses plaies cicatrisent mal sur un bois aussi tendre.
En pot et sous abri
C’est la formule réaliste sous climat tempéré, et elle donne de bons résultats. Le substrat doit être minéral et très drainant : un mélange de deux parts de pouzzolane ou de lapilli, une part de sable grossier et une part de terreau convient bien, sans excès de matière organique. Le pot sera plutôt profond, avec un trou de drainage généreux.
Pendant la végétation, de la reprise printanière à l’automne, l’arrosage peut être régulier et abondant, le substrat séchant entre deux apports, avec une fertilisation légère et équilibrée. Au repos, la conduite change du tout au tout : arrêt complet de l’arrosage dès la chute des feuilles et jusqu’au débourrement. C’est la règle la plus importante de la culture du baobab.
L’hivernage se fait hors gel, en serre ou en véranda, idéalement au-dessus de 10-12 °C, en pleine lumière et au sec. Rempotage annuel sur les jeunes sujets, puis espacé. En pot, l’arbre reste modeste — souvent moins de 1,50 à 2 m — et le renflement du tronc s’exprime peu, ce qui déçoit régulièrement les acheteurs. L’espèce se prête en revanche bien au traitement en bonsaï et en sujet à caudex, pratique bien établie en Afrique du Sud.
Multiplication
Le semis est la voie normale. La graine possède un tégument dur qui impose un prétraitement : les protocoles comparés sur Adansonia digitata donnent les meilleurs résultats avec un trempage à l’eau froide, suivi d’une scarification mécanique du tégument, puis d’un trempage à l’eau chaude laissée refroidir. Un trempage complémentaire de 24 heures avant semis est courant. Sans traitement, la germination reste faible et très étalée.
Semer au printemps ou en été dans un substrat drainant, à 26-28 °C, en recouvrant légèrement de sable, à mi-ombre et en maintenant humide. La levée intervient généralement en deux à six semaines. Repiquer individuellement lorsque les plantules atteignent quelques centimètres, en évitant de casser la racine pivotante, qui se renfle très tôt.
Le bouturage est possible mais peu pratiqué : les sujets obtenus s’enracinent inégalement et développent difficilement un tronc renflé comparable à celui d’un franc de pied. Il n’existe pas de porte-greffe éprouvé pour l’espèce ; les tentatives de greffe sur d’autres Bombacoideae relatées sur les forums ne sont pas documentées par des résultats publiés.
Maladies et ravageurs
En culture, la première cause de mortalité n’est pas un parasite mais une erreur de conduite : la pourriture du collet et des racines, consécutive à un arrosage maintenu pendant la dormance ou à un substrat trop rétenteur. Le tronc gorgé d’eau se ramollit et l’issue est généralement fatale.
Sous abri, les ravageurs habituels de serre s’installent volontiers sur le feuillage tendre : acariens tétranyques favorisés par l’air sec et chaud, cochenilles farineuses dans les aisselles, pucerons au débourrement. Une inspection régulière suffit le plus souvent, la défoliation naturelle de l’automne assainissant la plante.
Dans son aire naturelle et en plantation, l’espèce est réputée robuste. Les problèmes signalés incluent des chenilles défoliatrices, dont Helicoverpa armigera, des punaises du genre Dysdercus, des altises, ainsi que des fumagines et un oïdium. La pourriture racinaire y reste liée aux sols engorgés.
Une dernière atteinte est d’origine humaine : le prélèvement excessif d’écorce, pratiqué pour la fibre, affaiblit durablement les arbres lorsqu’il est répété, tout comme la récolte intensive des fruits qui s’ajoute au déficit de régénération.
Rusticité
Adansonia digitata n’est pas une plante rustique, et il faut le dire sans nuance : les tissus gorgés d’eau du tronc et des branches gèlent en quelques heures, sans mécanisme d’acclimatation comparable à celui des arbres tempérés. Le fait que l’arbre soit défeuillé en hiver ne signifie pas qu’il soit en dormance profonde : il poursuit une activité réduite et continue de prélever de l’eau dans le sol.
Les observations rapportées par les cultivateurs convergent :
- Aux Canaries, à Santa Cruz de Tenerife, un sujet issu du Sénégal a été planté en pleine terre en 1999-2000 ; devenu adulte, il fleurit et fructifie depuis 2012, perdant son feuillage trois à quatre mois par an, principalement de février à avril. D’autres sujets adultes existent au Palmetum de la même ville. Il s’agit d’un littoral subtropical strictement sans gel.
- En Italie, sur le forum Tropicamente, un cultivateur de Numana dans les Marches (zone USDA 8b/9a, climat Csa) rapportait vers 2010 une dizaine de sujets de semis végétant d’avril à novembre puis hivernés en serre froide à 3-6 °C, sans aucun désordre au réveil, un exemplaire ayant été mis en pleine terre à titre d’essai. Les intervenants du même fil déconseillaient toutefois de descendre à ces valeurs sans nécessité.
- Sur le forum FruttAma, des cultivateurs de Milan et de Ligurie signalaient en 2021 des sujets en pot ayant supporté des minimales de 3 à 5 °C sans même perdre leur feuillage. Le consensus qui s’y dégage est que les pluies froides prolongées de l’hiver méditerranéen sont plus destructrices que le froid sec lui-même.
- Le site spécialisé Baobab Stories déconseille explicitement toute exposition au gel, fût-elle de quelques jours, et note que les jeunes sujets sont les plus vulnérables.
En résumé : pleine terre réservée aux climats sans gel, sol drainant et hiver sec ; ailleurs, culture en pot avec hivernage hors gel, au sec, au-dessus de 10 °C dans l’idéal. Un chauffage de sol ou une protection ponctuelle ne compensent pas une gelée sur la partie aérienne. Aucun rapport crédible de survie d’Adansonia digitata à des températures négatives durables n’a été trouvé ; les valeurs très basses parfois avancées sur les forums relèvent manifestement d’erreurs de transcription.
Usages traditionnels
Le baobab africain est l’un des arbres utiles majeurs du continent, avec plusieurs centaines d’usages recensés.
La pulpe du fruit, le « pain de singe » — bouye au Sénégal —, est consommée telle quelle, délayée dans l’eau ou le lait, ou fermentée. Elle est acidulée et riche en vitamine C, avec une variabilité considérable d’un arbre à l’autre : l’étude de référence menée au Kenya sur 64 arbres donne une moyenne de 175 ± 62 mg pour 100 g de partie comestible, avec un coefficient de variation de 36 %, tandis que des échantillons angolais atteignent près de 289 mg pour 100 g. Les chiffres uniques diffusés par le marketing des compléments alimentaires sont donc à prendre avec précaution. La pulpe est également une bonne source de potassium et de calcium.
Les feuilles jeunes, fraîches ou séchées et réduites en poudre (le lalo sahélien), servent de légume-feuille et d’épaississant pour les sauces. Les graines sont torréfiées, fermentées ou pressées pour une huile alimentaire et cosmétique. L’écorce fournit une fibre très résistante employée pour les cordes, les nattes et les toitures, et se régénère après prélèvement modéré. Elle a aussi une réputation fébrifuge en médecine traditionnelle — usage traditionnel qui ne constitue pas une indication thérapeutique validée.
Les troncs creux ont été exploités de longue date comme citernes, abris, greniers et lieux de sépulture. Un tronc de taille moyenne évidé peut retenir de l’ordre de 1 500 litres d’eau, les plus grands nettement davantage, l’eau s’y conservant longtemps si l’ouverture est bien close.
Sur le plan réglementaire, la pulpe séchée de baobab a été autorisée dans l’Union européenne comme nouvel ingrédient alimentaire par la décision 2008/575/CE de la Commission du 27 juin 2008, à la suite d’une demande déposée par PhytoTrade Africa. Cette autorisation a ouvert la voie au commerce européen du fruit, avec un revers : la pression de récolte liée à l’essor du marché des « superaliments » est aujourd’hui citée parmi les menaces pesant sur les peuplements naturels.
FAQ
Peut-on cultiver un baobab en pleine terre en Europe ? Seulement dans les stations strictement sans gel, comme les Canaries, où des sujets adultes fleurissent et fructifient. Partout ailleurs en Europe, la culture en pot avec hivernage hors gel est la seule option fiable.
Pourquoi mon jeune baobab a-t-il des feuilles simples et non digitées ? C’est normal. Les plantules produisent d’abord des feuilles entières, puis trifoliolées, avant de passer aux feuilles digitées à cinq folioles. La transition se fait progressivement avec l’âge.
Faut-il arroser en hiver ? Non. Dès la chute des feuilles et jusqu’au débourrement, l’arrosage doit être totalement suspendu. L’excès d’eau au repos est la première cause de perte en culture.
Mon baobab a perdu toutes ses feuilles, est-il mort ? Probablement pas : la défoliation est le comportement normal de l’espèce à la saison sèche, et elle se déclenche en culture à l’approche de l’hiver. Vérifiez la fermeté du tronc ; s’il est ferme, attendez le printemps.
En combien de temps un baobab devient-il gros ? En pleine terre et en climat favorable, la croissance juvénile est rapide, de l’ordre de 7 m en dix ans, puis elle ralentit fortement. Le renflement spectaculaire du tronc est l’affaire de plusieurs siècles. En pot, il ne s’exprimera pratiquement pas.
Quel âge peut atteindre un baobab ? Les datations au radiocarbone sur les plus grands sujets donnent des âges approchant 2 000 ans, ce qui en fait le plus vieil angiosperme connu. Ces individus ne sont pas un tronc unique mais un ensemble de tiges de générations successives soudées entre elles.
Adansonia kilima est-il un vrai baobab distinct ? Non. Décrit en 2012, ce taxon a été mis en synonymie d’Adansonia digitata en 2016, aucun des caractères invoqués ne s’étant révélé constant.
Sites de référence
Plants of the World Online (POWO), Royal Botanic Gardens, Kew — autorité nomenclaturale retenue pour cette fiche : nom accepté, liste des synonymes et aire de répartition native. https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:558628-1
International Plant Names Index (IPNI) — source du détail nomenclatural essentiel : nom invalide en 1753 dans le Species Plantarum, validé en 1759 dans le Systema Naturae. https://www.ipni.org/n/558628-1
PROTA, via PlantUse (Plantnet) — monographie de référence sur les usages africains, la répartition détaillée pays par pays et les noms vernaculaires. Source fiable et rédigée par des spécialistes régionaux. https://uses.plantnet-project.org/en/Adansonia_digitata_(PROTA)
PlantZAfrica, SANBI — fiche descriptive sud-africaine ayant fourni la morphologie florale, la durée de vie de la fleur, la biologie de pollinisation et le devenir du baobab de Sunland. Institutionnelle et fiable. https://pza.sanbi.org/adansonia-digitata
World Agroforestry (ICRAF), fiche AgroforestryTree Database — données de croissance juvénile, capacité de stockage d’eau des troncs évidés et usages en agroforesterie. https://apps.worldagroforestry.org/treedb/AFTPDFS/Adansonia_digitata.PDF
Missouri Botanical Garden, Plant Finder — dimensions des organes, étymologie et liste des ravageurs et maladies signalés en culture ornementale. https://www.missouribotanicalgarden.org/PlantFinder/PlantFinderDetails.aspx?taxonid=277943
Tropicamente, fil « esperienza coltivazione: Adansonia digitata » — retours de cultivateurs italiens sur l’hivernage en serre froide et un essai de pleine terre dans les Marches. Source amateur, à valeur d’observation et non de mesure. https://www.tropicamente.it/forums/topic/esperienza-coltivazione-adansonia-digitata/
FruttAma, fil « Baobab (adansonia digitata) » — observations de culture en pot en Italie du Nord, minimales supportées et rôle des pluies froides. Même réserve : témoignages non instrumentés, et le fil contient au moins une valeur de rusticité manifestement erronée. https://www.fruttama.it/forum/viewtopic.php?t=4313
Canarius, blog — description du baobab adulte de Santa Cruz de Tenerife, dates de plantation, de floraison et de fructification, et rythme de défoliation. https://www.canarius.com/blog/tag/baobab/?lang=en
Jardines sin fronteras — historique de la présence des baobabs en Espagne, origine du sujet de Santa Cruz de Tenerife et rappel de l’étymologie via Prospero Alpino et Michel Adanson. https://jardinessinfronteras.com/2024/02/28/la-presencia-de-baobabs-en-espana/
EUR-Lex — texte intégral de la décision 2008/575/CE autorisant la mise sur le marché de la pulpe séchée de baobab comme nouvel ingrédient alimentaire. https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX:32008D0575
Baobab Stories — site spécialisé consacré au semis et à la culture du baobab, consulté pour les recommandations d’hivernage et la mise en garde contre toute exposition au gel. https://baobabstories.com/en/grow_baobab_seeds/
Bibliographie
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Sidibé, M. & Williams, J. T. (2002). Baobab, Adansonia digitata L.. International Centre for Underutilised Crops, Southampton, 96 p. [Synthèse agronomique et ethnobotanique consacrée à la seule espèce africaine ; référence classique sur les usages alimentaires.]
Sacande, M., Rønne, C., Sanon, M. D. & Joker, D. (2006). Adansonia digitata L. Seed Leaflet 109, Forest & Landscape Denmark. [Fiche technique sur la récolte, la conservation et le prétraitement des semences.]
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Cron, G. V. et al. (2016). One African baobab species or two? Synonymy of Adansonia kilima and A. digitata. Taxon 65(5) : 1037-1049. [Réfutation de l’espèce précédente ; référence à citer pour justifier la synonymie.]
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Venter, S. M. & Witkowski, E. T. F. (2024). Baobabs as symbols of resilience. Nature Plants 10(5) : 732-735. DOI : 10.1038/s41477-024-01681-4. [Critique méthodologique de l’article précédent, notamment de l’attribution de la mortalité au changement climatique.]
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Wan, J.-N., Wang, S.-W., Leitch, A. R., Leitch, I. J., Jian, J.-B. et al. (2024). The rise of baobab trees in Madagascar. Nature 629(8014) : 1091-1099. DOI : 10.1038/s41586-024-07447-4. [Génomes des huit espèces ; Madagascar proposé comme centre d’origine du genre, avec recommandations de conservation pour les taxons malgaches.]
Kitony, J. K., Colt, K., Abramson, B. W., Hartwick, N. T., Petrus, S., Konozy, E. H. E., Karimi, N., Yant, L. & Michael, T. P. (2024). Chromosome-level baobab (Adansonia digitata) genome illuminates its evolutionary insights. Préprint bioRxiv. DOI : 10.1101/2024.04.14.589434. [Génome de référence ancré sur 42 chromosomes ; multiplications du génome et question de l’autotétraploïdie. Statut de préprint à vérifier au moment de la publication.]
Stadlmayr, B., Wanangwe, J., Waruhiu, C. G., Jamnadass, R. & Kehlenbeck, K. (2020). Nutritional composition of baobab (Adansonia digitata L.) fruit pulp sampled at different geographical locations in Kenya. Journal of Food Composition and Analysis 94 : 103617. DOI : 10.1016/j.jfca.2020.103617. [Analyse de 59 échantillons issus de 64 arbres ; source des teneurs en vitamine C, potassium et calcium et de la mesure de la variabilité entre arbres.]