Furcraea macdougalii

Furcraea macdougallii Matuda est sans doute la plus spectaculaire et la plus tragique des représentantes du genre Furcraea. Endémique d’une zone extrêmement restreinte du sud du Mexique, dans l’État d’Oaxaca, cette succulente arborescente est la plus grande de tous les Furcraea et de tous les Agave au sens large, atteignant une hauteur de sept mètres et plus dans son habitat d’origine. Son port architectural unique — un tronc massif surmonté d’une rosette rigidement dressée de feuilles bleu-vert — lui confère une silhouette intermédiaire entre un agave géant et un petit palmier.

Mais l’histoire de Furcraea macdougallii est avant tout celle d’une disparition. Classée Éteinte à l’état sauvage (EW) par l’UICN en 2020, elle n’a plus été observée dans son milieu naturel depuis les dernières collectes effectuées dans les années 1960. Son habitat originel a été largement détruit pour laisser place à des plantations d’agaves destinées à la production de mezcal. L’espèce ne survit aujourd’hui qu’en culture : dans quelques jardins botaniques à travers le monde, et sous forme de plantations villageoises clonales autour de la localité de Santiago Chazumba, dans le nord de l’Oaxaca.

Plus préoccupant encore, l’ensemble du matériel végétal en culture semble dériver d’un unique clone, ce qui pose des questions fondamentales sur la viabilité génétique à long terme de l’espèce et sur les possibilités concrètes de sa réintroduction dans la nature.

Taxonomie et nomenclature

Description originale et autorité

Furcraea macdougallii a été décrite en 1955 par le botaniste japonais-mexicain Eizi Matuda (1894–1978), à partir de spécimens collectés par Thomas Baillie MacDougall dans la région de Tehuantepec, Oaxaca. L’épithète spécifique macdougallii rend hommage à ce collecteur écossais, naturaliste passionné qui explora pendant quatre décennies les forêts et les déserts du sud du Mexique.

L’orthographe correcte de l’épithète comporte un double « l » : macdougallii. On rencontre fréquemment dans la littérature horticole et commerciale la graphie erronée macdougalii (avec un seul « l »), qui ne constitue pas un nom valide au sens du Code international de nomenclature.

Position dans le genre Furcraea

Le genre Furcraea Vent. comprend environ 25 espèces acceptées, réparties du Mexique au nord de l’Amérique du Sud, en passant par les Caraïbes et l’Amérique centrale. Onze espèces sont présentes au Mexique (García-Mendoza, 2011). Le genre se rattache à la famille des Asparagaceae, sous-famille des Agavoideae — un placement confirmé par les analyses phylogénétiques moléculaires modernes, qui ont conduit à l’abandon de l’ancienne famille des Agavaceae.

Furcraea macdougallii est placée dans la section Furcraea, qui regroupe les espèces arborescentes du genre. Elle est étroitement apparentée à Furcraea longaeva Karw. & Zucc. et à Furcraea parmentieri (Roezl ex Ortgies) García-Mend., avec lesquelles elle partage le caractère arborescent et la production de hampes florales spectaculaires. García-Mendoza (2000, 2001) a proposé une révision taxonomique approfondie des espèces arborescentes du genre pour le Mexique et le Guatemala.

Noms vernaculaires

Furcraea macdougallii est connue sous plusieurs noms communs : Falso Maguey Grande (espagnol, Oaxaca), Maguey de Pescadillo (en référence à l’utilisation des feuilles comme poison de pêche), et en anglais MacDougall’s Giant Century PlantTree Furcraea ou encore Oaxacan Furcraea. L’appellation « century plant » (plante centenaire) est un abus de langage partagé avec les agaves, faisant allusion — de manière exagérée — au temps que met la plante avant de fleurir.

Thomas Baillie MacDougall (1895–1973)

Le collecteur auquel l’espèce est dédiée mérite une mention particulière. Thomas Baillie MacDougall, né le 9 décembre 1895 sur l’île de Bute en Écosse, fut un naturaliste autodidacte d’une remarquable ténacité. Après des études au Jardin Botanique de Manchester et en agronomie forestière à l’Université de Syracuse (New York), il s’installa comme pépiniériste dans le Bronx. Chaque hiver, de 1931 à sa mort en 1973, il partait explorer les forêts et les zones arides du sud du Mexique, principalement dans les États d’Oaxaca et du Chiapas.

Connu localement sous le surnom affectueux de « Don Tomás », MacDougall collecta et documenta avec passion la faune et la flore de régions alors quasi inexplorées scientifiquement. Ses carnets de terrain et ses quelque 5 000 photographies sont conservés au Muséum américain d’histoire naturelle de New York. Au moins 21 espèces végétales ont été décrites en son honneur, dont Agave guiengolaTillandsia macdougallii et, bien entendu, Furcraea macdougallii.

Description morphologique

Port général

Furcraea macdougallii est une plante succulente arborescente sempervirente, de grande taille. Elle développe un tronc unique, non ramifié, massif et droit, pouvant atteindre 6 à 9 mètres de hauteur pour un diamètre de 30 à 70 cm. En culture, les dimensions sont généralement plus modestes : 2,5 à 4 mètres de tronc sont plus courants dans les jardins. Le tronc est couvert des bases persistantes des anciennes feuilles, qui confèrent à l’écorce une texture rugueuse et fibreuse caractéristique. Lorsque ces bases sont nettoyées, le tronc nu présente un aspect très ornemental.

Le port global de la plante mature est souvent comparé à un croisement entre un agave géant et un petit palmier — une description évocatrice qui traduit bien le caractère unique de cette espèce parmi les Agavoideae.

Feuilles

La rosette terminale est composée de 80 à 120 feuilles. Celles-ci mesurent 140 à 180 cm de long (jusqu’à 240 cm selon certaines sources horticoles) pour 6 à 10 cm de large à la base, s’effilant vers l’apex. Elles sont de couleur bleu-vert glauque, très charnues, épaisses et rigides, avec une orientation caractéristique : toutes les feuilles se dressent de manière quasi verticale, conférant à la rosette une silhouette colonnaire distinctive. Cette verticalité est l’un des traits les plus remarquables de l’espèce.

Les marges foliaires sont munies de petites dents crochues (recourbées), espacées et relativement discrètes sur les jeunes plantes, mais devenant plus proéminentes avec l’âge. L’apex foliaire se termine par une épine terminale courte et rigide.

Inflorescence et floraison

Furcraea macdougallii est une espèce monocarpique : chaque rosette ne fleurit qu’une seule fois au cours de sa vie, puis meurt après la fructification. En culture, la floraison intervient généralement après 25 à 40 ans de croissance, parfois davantage. Dans l’habitat naturel, le cycle était probablement plus court en raison des conditions climatiques favorables.

L’inflorescence est une gigantesque panicule dressée, pouvant atteindre 5 à 9 mètres de hauteur au-dessus du sommet de la rosette. Des témoignages de floraisons en jardin botanique rapportent des hauteurs totales (tronc + hampe) approchant les 15 à 17 mètres. Un spécimen ayant fleuri au Jardin botanique de l’UCLA a atteint une hauteur totale d’environ 17 mètres. L’inflorescence porte de nombreuses fleurs blanches à blanc verdâtre, pendantes, disposées en grappes le long des ramifications de la panicule. La croissance de la hampe florale est remarquablement rapide : le spécimen de Kew a atteint plus de 4 mètres en quelques semaines seulement en 2020.

Fruits, graines et bulbilles

Après la floraison, l’inflorescence produit en abondance de petites bulbilles (plantules végétatives) le long de la hampe florale. Ces bulbilles constituent le principal mode de propagation de l’espèce en culture. Elles tombent au sol en grand nombre et s’enracinent facilement, ce qui explique que MacDougall ait trouvé des populations villageoises dérivées du matériel originel.

Dans la description originale, Matuda mentionne la présence de graines nombreuses, ce qui laisse penser que la population sauvage historique était capable de reproduction sexuée. Cependant, la situation actuelle, où tout le matériel en collection dérive probablement d’un clone unique, rend la production de graines viables très improbable en raison de la probable auto-incompatibilité de l’espèce (un mécanisme connu chez d’autres Agavoideae).

Distribution et habitat naturel

Aire de répartition historique

Furcraea macdougallii est (ou plutôt était) une micro-endémique mexicaine, dont l’aire de répartition naturelle se limitait à une zone extrêmement restreinte du sud du Mexique. Selon les données de Plants of the World Online (Kew), l’espèce est native du district de Yautepec dans l’État d’Oaxaca. La localité type se situe aux alentours du kilomètre 713 de l’autoroute Cristóbal Colón (Carretera Panamericana), à environ 80 km au nord-est de Tehuantepec, Oaxaca. Des mentions existent également pour les États de Puebla et du Chiapas, mais il est probable que celles-ci concernaient des populations cultivées ou semi-naturalisées.

García-Mendoza (1995) a estimé l’aire de distribution de l’espèce à un carré d’environ 1° de latitude sur 1° de longitude, soit une superficie maximale de 10 000 km², ce qui en fait une espèce micro-endémique selon les critères de l’UICN.

Habitat et écologie

L’habitat de Furcraea macdougallii est décrit comme des forêts épineuses sèches décidues (selva baja caducifolia), sur des sols calcaires et pierreux, entre 750 et 1 800 mètres d’altitude. La localité type se situe plus précisément entre 800 et 1 000 mètres. Le climat y est caractérisé par des hivers où le gel peut être relativement sévère, un printemps sec et des pluies estivales sporadiques — un régime typique du biome tropical saisonnier sec.

Cette espèce partageait son habitat avec d’autres succulentes et xérophytes caractéristiques de la vallée de Tehuacán-Cuicatlán, une réserve de biosphère reconnue pour sa richesse exceptionnelle en plantes arides, comprenant notamment de nombreuses espèces d’Agave, de Cactaceae et de Crassulaceae.

Conservation et statut UICN

Statut UICN : EW Éteinte à l’état sauvageÉvaluée en novembre 2019, publiée en 2020 (Martínez Salas, Samain & Fuentes, 2020). L’espèce est également classée « E » (probablement éteinte à l’état sauvage) dans la norme officielle mexicaine NOM-059-SEMARNAT-2010.

Chronologie de la disparition

L’histoire de la disparition de Furcraea macdougallii dans la nature est relativement bien documentée grâce aux observations de MacDougall et aux travaux ultérieurs de García-Mendoza :

  • 1953 : MacDougall réalise la collecte type et observe 6 plantes en fleur sur la localité type.
  • 1955 : 11 plantes en fleur sont signalées.
  • 1961 : seulement 5 plantes en fleur sont encore observées.
  • 1965 : dernière collecte connue sur la localité type (par Gentry).
  • Après 1965 : l’espèce n’a plus jamais été retrouvée dans son habitat naturel malgré des prospections.

Causes de la disparition

Le facteur principal de l’extinction à l’état sauvage est la destruction de l’habitat pour la plantation d’Agave à mezcal. Le sud de l’Oaxaca est l’une des principales régions de production de mezcal au Mexique, et la conversion des terres a été particulièrement intense dans les zones de forêt épineuse sèche. Les incendies de végétation ont probablement joué un rôle aggravant. La distribution extrêmement restreinte de l’espèce l’a rendue particulièrement vulnérable : comme le note l’UICN, les derniers individus sauvages ont pu être facilement détruits par des perturbations locales de faible ampleur.

Populations résiduelles cultivées

John Trager, du Huntington Botanical Gardens (Californie), a confirmé l’existence d’une population de Furcraea macdougallii autour de la ville de Santiago Chazumba, dans le nord de l’Oaxaca. Ces plantes sont probablement clonales, issues de bulbilles transportées depuis la localité type par les populations locales qui les utilisaient comme clôtures vivantes. Cependant, un travail d’empreinte génétique (DNA fingerprinting) serait nécessaire pour confirmer qu’il s’agit bien d’un seul et même clone.

Le problème du clone unique

L’un des aspects les plus préoccupants de la conservation de Furcraea macdougallii est que tout le matériel en culture à travers le monde — tant à Kew qu’au Huntington, à l’UCLA et dans toutes les autres collections — semble dériver d’un seul clone originel : HBG 18137, distribué successivement sous les numéros ISI 459 (1965), ISI 1657 (1986) et ISI 90-59. Ce clone provient de la collecte type de MacDougall en 1953.

L’auto-incompatibilité, un mécanisme courant chez les Agavoideae (Rocha et al., 2006), est probablement présente chez Furcraea macdougallii. Si c’est le cas, la pollinisation croisée entre individus génétiquement identiques ne peut pas produire de graines viables, ce qui compromet fondamentalement la capacité de l’espèce à se reproduire sexuellement. Établir cette espèce dans son habitat nécessiterait la collecte de graines viables à partir de croisements entre génotypes différents — une tâche rendue quasiment impossible si la diversité génétique est effectivement réduite à un seul génotype.

Perspectives de conservation

Pour envisager la réintroduction de Furcraea macdougallii, plusieurs étapes seraient nécessaires : évaluer la diversité génétique réelle parmi les plantes cultivées (y compris celles de Santiago Chazumba), étudier les mécanismes de pollinisation et d’incompatibilité, tenter la production de graines viables par croisements contrôlés entre individus issus de populations distinctes (si elles existent), et protéger un habitat approprié dans l’aire de répartition historique. Des travaux similaires ont été réalisés sur l’espèce apparentée Furcraea parmentieri (Albarrán et al., 2017), qui pourrait servir de modèle méthodologique.

Histoire en culture et collections botaniques

Huntington Botanical Gardens (Californie)

Le Huntington Botanical Gardens, à San Marino (Californie), est le dépositaire du clone originel de Furcraea macdougallii. Le spécimen HBG 18137, issu de la collecte type de MacDougall en 1953, a été cultivé dans le Desert Garden supérieur du Huntington. Ce spécimen a fleuri à plusieurs reprises au cours des décennies, produisant des bulbilles qui ont été distribuées à d’autres institutions : ISI 459 en 1965, ISI 1657 en 1986, ISI 90-59. En 2013, une nouvelle floraison a permis de proposer des trios de bulbilles à la vente par l’International Succulent Introductions (ISI).

Royal Botanic Gardens, Kew (Royaume-Uni)

Kew a reçu de jeunes plants du Huntington en 1990, sous forme de bulbilles issues d’une floraison dans le Desert Garden. Deux spécimens ont été cultivés dans la pépinière tropicale de Kew. En octobre 2020, l’un d’entre eux a commencé à montrer des signes de floraison imminente : le point de croissance est devenu atypique, puis une pousse semblable à une asperge s’est développée, confirmant l’arrivée de l’inflorescence. La hampe a atteint plus de 4 mètres en quelques semaines. Cet événement a fait l’objet d’une publication dans le prestigieux Curtis’s Botanical Magazine (Rees, 2023, planche 1053).

UCLA Botanical Garden (Californie)

Le Jardin botanique Mildred E. Mathias de l’UCLA abritait un spécimen de Furcraea macdougallii introduit dans les années 1980 par l’intermédiaire de l’International Succulent Institute. Ce spécimen a fleuri de manière spectaculaire en 2011–2012, atteignant une hauteur totale d’environ 17 mètres (tronc + inflorescence), ce qui en faisait un spectacle remarquable dans le paysage du campus. L’événement a surpris le personnel du jardin, car la plante avait poussé sans attention particulière pendant des décennies.

Autres collections

Des spécimens de Furcraea macdougallii sont également cultivés dans d’autres jardins botaniques et collections privées à travers le monde, notamment en Californie du Sud, en Espagne méditerranéenne (un spécimen cultivé dans la province de Valence a fait l’objet d’une note de van der Meer en 2014), à Singapour (NParks), et en Australie. Des plants sont disponibles sporadiquement dans le commerce spécialisé, généralement sous forme de bulbilles.

Guide de culture

Fiche de culture résuméeRusticité : −6 à −3 °C (zones USDA 9 à 11) · Exposition : plein soleil à mi-ombre · Sol : très drainant, calcaire apprécié · Arrosage : modéré, laisser sécher entre les apports · Croissance : relativement rapide pour un Agavoideae arborescent.

Exposition et luminosité

Furcraea macdougallii est fondamentalement une plante de plein soleil, exigeant un minimum de six heures d’ensoleillement direct quotidien pour un développement optimal. Elle tolère néanmoins une mi-ombre légère, surtout dans les régions où les étés sont très chauds. En climat méditerranéen français (zone littorale de la Côte d’Azur, par exemple), une exposition plein sud ou sud-ouest est idéale.

Sol et substrat

Un drainage excellent est impératif. Dans la nature, Furcraea macdougallii poussait sur des sols calcaires, pierreux et secs. En culture, on utilisera un substrat très drainant composé de terre de jardin légère mélangée à du sable grossier, de la pouzzolane ou de la pierre ponce, dans une proportion de 50 à 70 % de matériaux minéraux. Un pH légèrement alcalin à neutre est apprécié. En pot, utiliser un mélange pour cactées et succulentes enrichi de matériaux grossiers. La stagnation d’eau au niveau des racines est le principal facteur de mortalité en culture.

Arrosage

Espèce très tolérante à la sécheresse, Furcraea macdougallii nécessite des arrosages modérés et espacés. En pleine terre en climat méditerranéen, les pluies naturelles suffisent généralement, sauf en cas de sécheresse prolongée au printemps ou en été. En pot, arroser en profondeur puis laisser le substrat sécher complètement entre deux apports. Réduire fortement les arrosages en hiver, surtout si la plante est en situation fraîche.

Température et rusticité

La tolérance au froid de Furcraea macdougallii est estimée entre −3 et −6 °C en conditions de sol sec et d’exposition abritée. Cela la rend cultivable en pleine terre dans les zones les plus clémentes du littoral méditerranéen français (Côte d’Azur, littoral varois, Corse méridionale), en Italie méridionale, en Espagne méditerranéenne et dans les îles Canaries. Dans les régions plus fraîches, la culture en grand bac s’impose, avec un hivernage hors gel dans un local lumineux et frais.

Zone climatiqueMode de cultureProtection hivernale
Côte d’Azur, littoral varoisPleine terre possibleVoile d’hivernage les nuits les plus froides
Littoral atlantique doux (Pays basque, Bretagne sud)Pleine terre risquéeAbri sec indispensable en hiver
Italie méridionale (Sicile, Sardaigne, Calabre)Pleine terre possibleProtection légère en altitude
Climat continental (Lyon, Paris, nord de la France)Bac uniquementHivernage en serre froide ou véranda
Îles Canaries, sud de l’EspagnePleine terre sans souciAucune

Entretien

L’entretien est minimal. On peut retirer les feuilles mortes et sèches à la base de la rosette pour dégager le tronc et mettre en valeur son aspect architectural. La fertilisation n’est pas nécessaire en pleine terre ; en bac, un apport léger d’engrais pour cactées au printemps peut stimuler la croissance. Le rempotage se fait tous les 3 à 5 ans pour les sujets en conteneur, en prenant soin de ne pas endommager les racines.

Utilisation paysagère

Furcraea macdougallii est une plante architecturale de premier plan. Son port vertical et sculptural en fait un spécimen focal exceptionnel dans les jardins de style xérophyte, méditerranéen ou exotique. Elle se marie admirablement avec des Agave, des Yucca, des cactées columnaires, des Dasylirion et des palmiers. Jeune, elle constitue également une remarquable plante de conteneur pour les terrasses et les patios, son port érigé lui conférant une dimension verticale très appréciée des paysagistes.

Multiplication

Par bulbilles

La multiplication par bulbilles est de loin le mode de propagation le plus courant et le plus fiable. Les bulbilles se forment en grand nombre le long de l’inflorescence après la floraison. Elles peuvent être récoltées lorsqu’elles atteignent quelques centimètres de longueur et présentent des ébauches racinaires. On les laisse sécher 24 à 48 heures à l’ombre avant de les planter dans un substrat sableux bien drainé. L’enracinement est généralement rapide (quelques semaines) en conditions chaudes et lumineuses.

C’est par ce biais que l’espèce a été distribuée dans les collections botaniques du monde entier : le Huntington Botanical Gardens a diffusé des bulbilles à plusieurs reprises depuis les années 1960.

Par rejets basaux

Certains spécimens produisent des rejets (drageons) à la base du tronc. Ces rejets peuvent être séparés de la plante mère lorsqu’ils sont suffisamment développés (au moins 15 à 20 cm) et replantés individuellement. Ce mode de propagation reste cependant moins courant que la multiplication par bulbilles.

Par semis

Le semis est théoriquement possible mais, dans les conditions actuelles, quasiment irréalisable. L’auto-incompatibilité probable de l’espèce et l’absence de diversité clonale dans le matériel cultivé rendent la production de graines viables extrêmement improbable. Dans l’hypothèse où des graines fertiles seraient obtenues (par croisement entre génotypes différents, si de tels génotypes existent), le semis se ferait dans un substrat léger et drainant, maintenu légèrement humide, à une température de 20 à 25 °C.

Maladies et ravageurs

Pourriture des racines et du collet

Comme pour la majorité des succulentes, le principal problème phytosanitaire est la pourriture racinaire et du collet, causée par des champignons pathogènes tels que PhytophthoraFusarium et Pythium. Un excès d’arrosage, un substrat mal drainé ou un hiver humide et froid sont les facteurs déclenchants habituels. La prévention passe par un drainage irréprochable et une gestion rigoureuse de l’irrigation.

Cochenilles

Les cochenilles farineuses (Pseudococcidae) et les cochenilles à bouclier (Diaspididae) peuvent coloniser les feuilles, en particulier à la base de la rosette où l’humidité est piégée. Un traitement à l’huile de paraffine ou au savon noir dilué permet généralement de contrôler les infestations modérées. En cas d’attaque sévère, un insecticide systémique peut être nécessaire.

Charançon de l’agave

Le charançon de l’agave (Scyphophorus acupunctatus), ravageur majeur des Agave cultivés, est susceptible de s’attaquer également aux Furcraea. Les larves creusent des galeries dans le cœur de la rosette et le tronc, provoquant souvent la mort de la plante. La surveillance régulière et le piégeage phéromonal sont des mesures préventives recommandées dans les régions où ce ravageur est présent.

Dégâts de gel

Les feuilles endommagées par le gel présentent des zones translucides qui brunissent et se nécrosent. En cas de gel modéré, seules les feuilles externes sont affectées et la plante se régénère à partir du cœur de la rosette. Un gel sévère et prolongé peut toutefois détruire le méristème apical et provoquer la mort de la plante. Le maintien d’un sol sec en hiver améliore considérablement la résistance au froid.

Usages traditionnels et ethnobotanique

Poison de pêche

Les feuilles de Furcraea macdougallii sont riches en saponines stéroïdiennes, des composés tensioactifs naturels. Les communautés indigènes de l’Oaxaca les utilisaient comme poison de pêche (barbasco) : les feuilles broyées étaient jetées dans les cours d’eau, où les saponines asphyxient les poissons en perturbant le fonctionnement de leurs branchies, les faisant remonter à la surface. Cette pratique, attestée par le nom vernaculaire « Maguey de Pescadillo » (maguey de petit poisson), est commune à plusieurs espèces de Furcraea et d’Agave dans les régions tropicales d’Amérique.

Fibres textiles

Le genre Furcraea est la source du fique (ou cabuya), une fibre naturelle extraite des feuilles, utilisée depuis des siècles par les peuples autochtones pour la fabrication de sacs, de cordes, de toitures et d’autres objets artisanaux. Si Furcraea macdougallii n’a probablement jamais été exploitée à grande échelle pour sa fibre en raison de sa rareté, ses feuilles longues et fibreuses auraient pu servir à des usages locaux similaires.

Savon naturel

La richesse en saponines des feuilles permettait également leur utilisation comme savon naturel. Les feuilles broyées et mélangées à l’eau produisent une mousse détergente efficace, utilisée pour le lavage du linge et de l’hygiène corporelle.

Clôtures vivantes

Autour de Santiago Chazumba (Oaxaca), Furcraea macdougallii est encore cultivée comme clôture vivante (cerca viva). Les plantes, disposées en rangées, forment des barrières impénétrables grâce à leurs feuilles épineuses. Ce mode de culture constitue paradoxalement l’un des derniers refuges de l’espèce.

Comparaison avec les espèces proches

Furcraea macdougallii se distingue des autres espèces arborescentes du genre par plusieurs caractères. Le tableau ci-dessous présente une comparaison avec les espèces les plus proches morphologiquement et taxonomiquement.

CaractèreFurcraea macdougalliiFurcraea longaevaFurcraea parmentieriFurcraea foetida
Hauteur maximale7–9 m (tronc)4–6 m3–6 mAcaule ou tronc court
FeuillesDressées verticalement, bleu-vert glauqueÉtalées à recourbées, glauquesÉtalées puis recourbées, vert foncéÉtalées, vert vif, larges
Longueur foliaire140–240 cm80–150 cm100–200 cm100–180 cm
Dents marginalesPetites, crochuesPetites, finesPetites, éparsesAbsentes ou minuscules
Inflorescence5–9 m (panicule dressée)Jusqu’à 12 m6–10 m6–9 m
DistributionOaxaca (micro-endémique)Centre du MexiqueCentre du MexiquePantropicale (naturalisée)
Statut UICNEWNon évaluéeMenacéePréoccupation mineure
Rusticité−6 °C−10 °C−12 °C−2 °C

Le caractère le plus distinctif de Furcraea macdougallii est le port strictement érigé de ses feuilles, qui confère à la rosette une silhouette colonnaire unique. Chez Furcraea longaeva et Furcraea parmentieri, les feuilles sont étalées ou recourbées, donnant un aspect plus « classique » d’agave arborescent. Furcraea foetida, beaucoup plus commune et largement naturalisée sous les tropiques, se distingue par son port acaule ou courtement tronqué et ses feuilles larges, lisses et vert vif, dépourvues de dents marginales significatives.

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