Voici un cultivar dont la genèse est radicalement différente de celle de ‘Zwartkop’ ou ‘Atropurpureum’. Aeonium ‘Velour’ n’est pas une mutation somatique repérée dans une pépinière, ni une sélection issue de la variabilité d’une espèce sauvage. C’est un hybride horticole intentionnel, créé en 1976 par l’un des plus grands hybridateurs d’Aeonium du XXe siècle — le Californien Jack Catlin — par croisement entre Aeonium canariense et Aeonium arboreum ‘Zwartkop’. Il a été officiellement introduit dans le commerce en 2000 par le programme International Succulent Introductions du Huntington Botanic Garden. Du parent maternel canarien il hérite une pubescence glandulaire fine qui donne aux feuilles un toucher velouté — d’où son nom — et de ‘Zwartkop’ une pigmentation sombre intense qui se déploie en été. Le résultat est un cultivar à la fois tactile et chromatique, distinct de tous les Aeonium arborescents classiques par son port plus buissonnant et son cycle saisonnier de coloration spectaculaire.
Une nomenclature à clarifier : pourquoi pas Aeonium arboreum ‘Velour’ ?
De nombreuses pépinières et catalogues commercialisent ce cultivar sous le nom Aeonium arboreum ‘Velour’. Cette appellation, bien que courante, est nomenclaturalement incorrecte. Conformément aux règles du Code international de nomenclature des plantes cultivées, un cultivar issu du croisement entre deux espèces doit porter un nom d’hybride sans rattachement à l’une ou l’autre des espèces parentes — sauf à indiquer explicitement la formule hybride.
‘Velour’ étant le produit d’un croisement entre Aeonium canariense (espèce maternelle) et Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ (cultivar paternel), il ne peut donc pas légitimement être qualifié d’Aeonium arboreum. Les deux désignations correctes sont :
- Aeonium ‘Velour’ — la forme la plus simple, qui se contente de désigner le cultivar à l’intérieur du genre sans préciser sa parenté.
- Aeonium canariense × Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ ‘Velour’ — la formule hybride complète, longue mais informative, utilisée dans les contextes taxonomiques rigoureux.
L’erreur commerciale s’explique aisément. Aeonium arboreum est, de loin, l’espèce la plus connue du genre, et accoler ce nom à un cultivar inconnu rassure le client. Mais cette commodité commerciale induit en erreur sur l’origine génétique réelle de la plante et sur ses exigences culturales — qui peuvent différer sensiblement entre les espèces parentes. Il est donc préférable, à chaque fois que possible, de désigner ce cultivar simplement par Aeonium ‘Velour’.
L’obtenteur : Jack Catlin et l’âge d’or de l’hybridation californienne
Jack Catlin (Californie, États-Unis) est l’un des hybridateurs d’Aeonium les plus prolifiques et influents du XXe siècle. À partir des années 1960 et tout au long des années 1970-1980, il a réalisé dans son atelier californien une série de croisements interspécifiques systématiques au sein du genre, donnant naissance à un véritable corpus de cultivars hybrides aujourd’hui diffusés mondialement. Parmi les plus connus :
- ‘Cyclops’ — Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ × Aeonium undulatum. Très grandes rosettes rouge-bronze à cœur vert.
- ‘Voodoo’ — frère de ‘Cyclops’, même croisement.
- ‘Blushing Beauty’ — frère de semis de ‘Velour’, issu du même lot d’hybridation.
- ‘Plum Purdy’ — frère de semis de ‘Velour’ également.
- ‘Zwartkin’ — Aeonium tabuliforme × Aeonium arboreum ‘Zwartkop’.
- ‘Jack Catlin’ — autre hybride avec Aeonium tabuliforme, qui porte le nom de son créateur.
- ‘Cabernet’ — Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ × Aeonium simsii.
Le travail de Catlin se distingue par son approche systématique : il a méthodiquement croisé ‘Zwartkop’ — porteur de la pigmentation pourpre la plus intense disponible — avec une grande variété d’autres Aeonium, explorant la combinatoire chromatique et morphologique du genre. Plusieurs de ses hybrides ont été distribués via le programme International Succulent Introductions (ISI), géré par le Huntington Botanic Garden de San Marino (Californie). Ce programme, actif depuis 1958, joue un rôle institutionnel majeur dans la diffusion contrôlée de plantes succulentes nouvelles ou rares vers les jardins botaniques, les pépinières spécialisées et les collectionneurs avertis.
‘Velour’ a été créé en 1976 et officiellement introduit dans le catalogue ISI en 2000, sous la référence ISI 2000. Il faut noter cet écart de vingt-quatre ans entre la création et la diffusion : Catlin a observé, sélectionné et stabilisé son hybride pendant plus de deux décennies avant de le juger digne d’une introduction commerciale officielle.
Filiation : deux espèces, deux écologies, un hybride
Comprendre ‘Velour’ demande de connaître ses deux parents, qui appartiennent à des sections différentes du genre Aeonium.
Aeonium canariense — le parent canarien à feuilles veloutées
Aeonium canariense (L.) Webb & Berthel. est une espèce des Canaries occidentales (Tenerife principalement, plus quelques sous-espèces réparties sur d’autres îles). Elle appartient à la section Canariensia du genre, qui regroupe les Aeonium à très grandes rosettes plates ou en coupelle, à feuilles larges, veloutées, couvertes de poils glandulaires collants. Ces espèces sont caractéristiques des forêts de laurisylve et des zones humides ombragées d’altitude moyenne aux Canaries — un habitat à brouillard fréquent où la pubescence glandulaire joue un rôle écologique précis : capter et retenir l’humidité atmosphérique, augmenter le contact des feuilles avec la rosée nocturne, et limiter l’évapotranspiration en plein soleil par la couche de poils.
Aeonium canariense peut former des rosettes de 30 à 50 centimètres de diamètre, parmi les plus grandes du genre, sur de courtes tiges peu ramifiées. Le feuillage est vert tendre à vert grisâtre, doux au toucher, et la plante prend des teintes rougeâtres en exposition extrême — sans jamais atteindre les pigmentations sombres d’Aeonium arboreum.
Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ — le parent à pigmentation noire
Le cultivar paternel apporte la composante chromatique. Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ a déjà fait l’objet d’une fiche dédiée. Il s’agit d’un cultivar à feuillage pourpre-bourgogne très foncé, presque noir en plein soleil, issu d’une mutation somatique repérée à Leyde et formellement décrite par B.K. Boom en 1959. Il appartient à la section Aeonium, à port arborescent et rosettes terminales relativement petites.
L’hybride : un compromis morphologique et physiologique
‘Velour’ hérite des deux parents un compromis caractéristique :
- De Aeonium canariense : la pubescence glandulaire (le velouté), la tendance à former des rosettes plus grandes et plus charnues, le port plus buissonnant et moins élancé que ‘Zwartkop’, et une tolérance accrue à l’humidité atmosphérique.
- De ‘Zwartkop’ : la pigmentation pourpre intense en saison favorable, la capacité à se ramifier sur tige (héritée d’Aeonium arboreum), et un cycle saisonnier de coloration prononcé.
Comme beaucoup d’hybrides intersectionnels, ‘Velour’ présente une floraison rare ou absente. Aucune description complète de fleurs n’est documentée à ce jour pour ce cultivar — l’hybride pourrait être partiellement ou totalement stérile, conséquence fréquente du croisement entre sections distinctes. Ce trait, parfois considéré comme un défaut, est en réalité un avantage ornemental : la plante n’entre pas dans le cycle monocarpique destructeur des rosettes après floraison, et conserve indéfiniment sa silhouette buissonnante.
Description morphologique
‘Velour’ atteint typiquement 60 à 80 centimètres de hauteur, exceptionnellement 1 mètre sur des sujets âgés bien établis. Le port est buissonnant et bien ramifié, conservant des tiges latérales actives sur toute la hauteur de la plante — caractère hérité du parent canariense, qui le distingue immédiatement de ‘Zwartkop’ (lequel développe des tiges grêles dénudées à la base avec l’âge).
Les rosettes mesurent 20 à 30 centimètres de diamètre, plus larges et plus charnues que celles de ‘Zwartkop’. Les feuilles sont obovales-spatulées, atteignant 8 à 12 centimètres de long, à base atténuée et sommet arrondi à brièvement apiculé. La marge porte des cils fins caractéristiques du genre.
La surface foliaire est l’élément distinctif : couverte d’une fine pubescence glandulaire, qui donne au toucher une sensation veloutée évocatrice — d’où le nom du cultivar. Cette pubescence est plus marquée sur les jeunes feuilles et tend à s’estomper sur les feuilles adultes. Les poils glandulaires sont visibles à la loupe et donnent à la surface un aspect légèrement mat, contrastant avec le luisant glabre de ‘Zwartkop’ ou d »Atropurpureum’.
La couleur foliaire suit un cycle saisonnier marqué et plus complexe que celui des cultivars précédents :
- Hiver (saison de croissance active) : rosettes principalement vertes à vert tendre, parfois avec un simple liseré pourpre sur les marges des feuilles externes les plus exposées. C’est la forme la plus discrète du cultivar.
- Printemps : transition progressive, les marges foliaires brunissent puis prennent des teintes pourpre rougeâtre.
- Été (sécheresse + chaleur, dormance) : pigmentation maximale, feuillage prenant des teintes pourpre profond à chocolat, parfois presque noir, à mesure que la sécheresse et la chaleur intensifient la production d’anthocyanes.
- Automne : pigmentation conservée encore quelques semaines avant le retour vers le vert avec la reprise hydrique automnale.
Cette plasticité chromatique saisonnière distingue ‘Velour’ de ‘Zwartkop’ (qui reste foncé toute l’année en plein soleil) et d »Atropurpureum’ (qui conserve un cœur vert constant). ‘Velour’ offre donc un spectacle ornemental différent selon les mois — un argument de poids pour les collectionneurs qui apprécient les plantes « à transformations ».
Le toucher velouté : un héritage glandulaire fonctionnel
La pubescence glandulaire d’Aeonium canariense, transmise à ‘Velour’, n’est pas qu’un caractère ornemental. Elle traduit une adaptation écologique précise des Aeonium de la section Canariensia, qui poussent dans des habitats où l’humidité atmosphérique (brouillards d’altitude moyenne, rosée nocturne fréquente) est une ressource hydrique majeure aux côtés des précipitations.
Les poils glandulaires jouent plusieurs rôles :
- Captage d’humidité : les trichomes augmentent la surface de contact des feuilles avec l’air ambiant et facilitent la condensation de la rosée et du brouillard sur l’épiderme.
- Limitation de l’évapotranspiration : la couche de poils crée une couche limite immobile à la surface foliaire, ralentissant la diffusion de la vapeur d’eau et limitant la perte hydrique en exposition sèche.
- Protection mécanique : les sécrétions glandulaires (résineuses, parfois collantes) découragent les insectes broyeurs et les oiseaux herbivores.
- Réflexion lumineuse : la couche pubescente diffuse une partie du rayonnement solaire incident, réduisant l’échauffement foliaire en plein soleil.
‘Velour’ a hérité de cet équipement à un degré atténué (un hybride n’exprime que rarement ses caractères parentaux à 100 %). La conséquence pratique pour le jardinier : les feuilles de ‘Velour’ sont moins luisantes que celles de ‘Zwartkop’, leur surface piège la poussière atmosphérique de manière plus visible, et le cultivar tolère un peu mieux les climats à humidité atmosphérique élevée. C’est un point notable pour les jardins littoraux brumeux ou les serres ventilées humides, où ‘Zwartkop’ pourrait souffrir davantage.
‘Velour’ et ses frères de semis : ‘Blushing Beauty’ et ‘Plum Purdy’
Catlin a sélectionné non pas un seul, mais trois cultivars distincts dans le même lot d’hybridation canariense × ‘Zwartkop’ réalisé en 1976. Les trois plantes sont des frères de semis — au sens strict, des plantes-sœurs issues du même croisement et du même lot de graines — mais présentent des caractéristiques suffisamment différentes pour mériter chacune un nom de cultivar :
- ‘Velour’ — pigmentation maximale en été, allant jusqu’au pourpre chocolat presque noir. C’est la plus sombre des trois.
- ‘Blushing Beauty’ — pigmentation plus rosée, davantage centrée sur les marges, retenant des nuances olive et rose tendre. Catlin la décrivait comme retenant mieux son « rougissement » (« blush ») en culture stressée et en exposition vive.
- ‘Plum Purdy’ — teintes pourpre prune (« plum »), intermédiaire entre les deux autres en intensité.
Cette diversification au sein d’un même lot illustre la richesse génétique d’un croisement intersectionnel : la ségrégation transgressive permet l’apparition de phénotypes parentaux recombinés selon des combinaisons multiples. Pour le collectionneur, posséder les trois siblings en culture côte à côte est une démonstration vivante de génétique horticole — et permet d’apprécier les nuances chromatiques propres à chacun.
Confusions possibles
- ‘Blushing Beauty’ et ‘Plum Purdy’ — déjà discutés ci-dessus. Distinction par la teinte saisonnière dominante, mais les trois siblings peuvent paraître très similaires en hiver, lorsque tous reviennent à des tons verts dominants.
- ‘Zwartkop’ — distinction nette par le port (élancé chez ‘Zwartkop’, buissonnant chez ‘Velour’), la texture foliaire (luisante chez ‘Zwartkop’, veloutée chez ‘Velour’) et l’intensité chromatique hivernale (sombre chez ‘Zwartkop’ toute l’année en plein soleil, vert chez ‘Velour’ en hiver).
- ‘Atropurpureum’ — distinction par la texture foliaire (luisante chez ‘Atropurpureum’), le cycle saisonnier (constant chez ‘Atropurpureum’, alternant chez ‘Velour’) et le port (plus arborescent chez ‘Atropurpureum’).
- ‘Cyclops’ et ‘Voodoo’ — autres hybrides de Catlin, mais issus d’Aeonium undulatum × ‘Zwartkop’. Rosettes nettement plus grandes, à cœur vert vif, sans pubescence veloutée. Distinction immédiate au toucher.
- ‘Madeira Rose’ — cultivar plus récent, issu de croisements ultérieurs impliquant probablement ‘Blushing Beauty’. Présente une transition saisonnière encore plus marquée que ‘Velour’, avec des teintes apple-vert / olive en hiver et cuivre / bronze / pourpre en été. Les pointes de feuilles restent toujours teintées, même en pleine phase verte.
Une forme crêtée existe également
Comme plusieurs cultivars d’Aeonium, ‘Velour’ présente occasionnellement une forme crêtée (fasciation) : le méristème apical s’allonge en crête sinueuse au lieu de produire une rosette régulière. Le résultat est une sculpture végétale fasciée évoquant un cerveau ou une vague figée, à la fois pourpre profond et veloutée — un cumul de caractères ornementaux qui rend ces sujets particulièrement recherchés en collection.
La forme crêtée de ‘Velour’ est instable comme toutes les cristations d’Aeonium : elle peut disparaître spontanément au profit de croissances normales, ou inversement, des branches crêtées peuvent émerger sur des sujets jusqu’alors typiques. Sa propagation se fait par bouturage prélevé directement sur les zones fasciées.
Culture en climat méditerranéen
Exposition
Plein soleil ou ombre légère lumineuse. ‘Velour’ tolère mieux que ‘Zwartkop’ une exposition partiellement ombragée — une part de l’héritage canariense, espèce de laurisylve et de mi-ombre. La pigmentation maximale s’obtient néanmoins en plein soleil estival, lorsque la combinaison chaleur-sécheresse-luminosité forte induit la production d’anthocyanes.
Substrat
Mélange drainant standard pour Crassulacées : 50 % de terreau de qualité, 50 % de matériau drainant (perlite, pumice, pouzzolane fine). ‘Velour’ apprécie un substrat légèrement plus riche en matière organique que les Aeonium arboreum typiques, en cohérence avec son héritage canariense (espèce de stations un peu plus humides et plus fertiles).
Arrosage
Cycle classique du genre : croissance hivernale, dormance estivale. Arroser abondamment quand les deux ou trois premiers centimètres du substrat sont secs durant la saison de croissance (de l’automne au printemps). Réduire fortement les arrosages en été, sans toutefois maintenir un dessèchement complet et prolongé : ‘Velour’, plus charnu que ‘Zwartkop’, supporte moins bien l’extrême sécheresse estivale et apprécie un arrosage léger toutes les trois à quatre semaines pendant la dormance.
Tolérance thermique
‘Velour’ supporte mal les chaleurs extrêmes prolongées au-dessus de 38 °C — héritage à nouveau du parent canariense, espèce de stations relativement fraîches en altitude. Dans les arrière-pays méditerranéens à canicules estivales prolongées, prévoir un ombrage léger l’après-midi ou un déplacement du contenant sous une tonnelle pendant les pics caniculaires.
Fertilisation
Engrais liquide équilibré pour plantes succulentes, dilué de moitié, mensuel en saison de croissance uniquement. Aucune fertilisation pendant la dormance estivale.
Conduite
Le port buissonnant naturel de ‘Velour’ demande peu de taille. Si la plante devient trop dense ou présente des branches déséquilibrées, étêter les rosettes pour bouturer (10 à 15 cm de tige) en fin d’automne. Les plants en pot, vu la masse foliaire conséquente, peuvent devenir lourds et basculer par grand vent — il est judicieux d’alester les pots avec quelques gros galets ou tessons en fond de contenant pour stabiliser l’ensemble.
Multiplication
Comme tous les hybrides horticoles, ‘Velour’ se propage exclusivement par voie végétative par boutures de tige. La voie séminale est de toute façon inutilisable : la plante fleurit rarement (et probablement de manière partiellement stérile), et tout descendant éventuel ségrégerait dans la diversité parentale sans reproduire le phénotype ‘Velour’.
Procédé standard :
- Sélectionner une tige saine portant une rosette, en fin d’automne ou au début du printemps.
- Couper proprement à 10–15 centimètres sous la rosette, à l’aide d’un sécateur désinfecté.
- Laisser cicatriser à l’air libre, à l’ombre, pendant 3 à 5 jours.
- Planter dans un substrat drainant légèrement humide.
- Maintenir à l’ombre claire, en arrosant très parcimonieusement, jusqu’à apparition de nouvelles racines (2 à 4 semaines).
- Reprendre une culture normale et exposer progressivement au plein soleil.
Le taux de réussite est élevé, généralement supérieur à 85 %. Les boutures de ‘Velour’ s’enracinent légèrement plus lentement que celles de ‘Zwartkop’ ou ‘Atropurpureum’ — peut-être en raison du caractère un peu plus charnu et hydraté des tiges héritées du parent canariense — mais sans difficulté particulière.
Maladies, ravageurs et accidents physiologiques
- Pucerons en saison de croissance, sur les jeunes pousses et au cœur des rosettes. La pubescence glandulaire piège volontiers les pucerons, qui adhèrent et meurent partiellement par engluement — phénomène autrefois observé en culture, mais qui ne dispense pas d’une vigilance et d’un traitement éventuel.
- Cochenilles farineuses à l’aisselle des feuilles, particulièrement en intérieur et serre. Tampon imbibé d’alcool isopropylique à 70 %.
- Acarien des galles de l’Aeonium — comme pour les autres cultivars, suppression des parties atteintes.
- Pourritures fongiques en cas de surarrosage estival ou de substrat saturé. La pubescence foliaire de ‘Velour’ peut retenir l’eau plus longtemps que les feuilles glabres d’Aeonium arboreum, augmentant la sensibilité aux maladies cryptogamiques foliaires (mildiou, oïdium) en climat humide. Aération et plantation aérée recommandées.
- Coups de chaleur au-dessus de 38 °C en plein soleil — feuilles externes qui ramollissent puis brunissent. Ombrage léger recommandé pendant les canicules.
- Décoloration excessive en hiver — phénomène normal lié au cycle saisonnier et à la lumière hivernale plus faible. La pigmentation revient au printemps avec l’augmentation de l’éclairement et de la température.
Rusticité
‘Velour’ est moins rustique que ‘Zwartkop’ et ‘Atropurpureum’ — héritage du parent canariense, qui supporte mal le gel. Les seuils suivants sont à retenir :
- 0 °C : seuil de prudence ; protection souhaitable au-delà.
- −1 à −2 °C bref et en air sec : survie possible des sujets adultes, généralement avec perte de la majeure partie du feuillage.
- −3 °C ou en deçà : dégâts sévères probables, risque de mort de la charpente.
En métropole française, la culture en pleine terre n’est pratiquement jamais durable en dehors des microclimats les plus favorisés du littoral méditerranéen le plus chaud (Côte d’Azur abritée, presqu’île de Giens, certains versants varois). Partout ailleurs, et même dans la majorité des sites méditerranéens français, la culture en pot avec hivernage sous abri lumineux non gélif est la solution de référence. Les sujets en pot peuvent être hivernés en serre froide, en véranda non chauffée bien exposée, ou simplement déplacés contre un mur sud bien orienté, à l’abri de la pluie pendant les épisodes froids.
Comme pour les autres cultivars du genre, l’humidité hivernale aggrave la sensibilité au gel : un froid de −2 °C en air sec est mieux toléré qu’un froid de 0 °C accompagné de pluie persistante. Une protection ponctuelle (voile d’hivernage, déplacement) pendant les épisodes froids et humides peut faire la différence.
Usages au jardin et en composition
‘Velour’ n’est pas le cultivar le plus dramatique — ‘Zwartkop’ lui dispute ce rôle —, mais il est probablement le plus tactilement intéressant du commerce, et l’un des plus subtils dans son cycle saisonnier. Quelques contextes où il excelle :
- En contenant unique sur terrasse, où les évolutions chromatiques saisonnières se déploient sans concurrence visuelle. Le pot peut être déplacé pour suivre les saisons et adapter l’exposition.
- Dans une composition « jardin de toucher » ou jardin sensoriel, où la pubescence veloutée est un argument différenciant — utile en pédagogie de jardin botanique ou pour des publics enfants et malvoyants.
- En association avec des feuillages glabres luisants (Aeonium ‘Zwartkop’, Echeveria spp.), où le contraste de texture entre velouté et lustré ajoute une dimension supplémentaire à la composition.
- En collection comparative avec ses frères de semis ‘Blushing Beauty’ et ‘Plum Purdy’, pour offrir aux visiteurs d’un jardin pédagogique la démonstration vivante d’une ségrégation hybride.
- En sujet de collection, particulièrement la forme crêtée si elle est disponible.
Comme les autres Aeonium, ‘Velour’ est résistant aux cervidés et considéré comme non toxique pour l’homme et les animaux domestiques. Sa tolérance aux embruns salins est probablement bonne, héritage des deux parents littoraux, mais moins bien documentée que pour Aeonium arboreum.
Foire aux questions
Pourquoi mon ‘Velour’ est-il presque entièrement vert en hiver ?
C’est un comportement normal du cultivar. ‘Velour’ est saisonnalement chromatique : vert en hiver (saison de croissance), pourpre profond en été (sécheresse, dormance, lumière intense). C’est l’une de ses différences majeures avec ‘Zwartkop’ qui reste foncé toute l’année en plein soleil.
‘Velour’ est-il vraiment un Aeonium arboreum ?
Non, c’est un hybride : Aeonium canariense × Aeonium arboreum ‘Zwartkop’. Le rattacher à Aeonium arboreum seul est une simplification commerciale incorrecte. La désignation rigoureuse est Aeonium ‘Velour’.
Mon ‘Velour’ ne fleurit jamais. Est-ce normal ?
Oui. La floraison est rare voire absente chez ‘Velour’, conséquence probable de la stérilité partielle des hybrides intersectionnels. Ce n’est pas un défaut : la plante n’entre pas dans le cycle monocarpique destructeur des rosettes après floraison, et conserve indéfiniment son port.
Pourquoi les feuilles de ‘Velour’ sont-elles « velues » ?
La pubescence glandulaire est un héritage du parent Aeonium canariense, espèce des laurisylves canariennes adaptée à la condensation des brouillards. Elle confère aux feuilles un toucher velouté caractéristique, à l’origine du nom du cultivar.
Quelle est la différence entre ‘Velour’ et ‘Blushing Beauty’ ?
Ce sont deux frères de semis issus du même croisement de Jack Catlin en 1976. ‘Velour’ atteint des teintes pourpre chocolat plus profondes en été, alors que ‘Blushing Beauty’ reste sur des nuances rosées et olive plus claires. En hiver, les deux peuvent paraître très similaires.
Peut-on le cultiver en pleine terre dans le sud de la France ?
Très difficilement, et seulement dans les microclimats les plus chauds du littoral méditerranéen, en position abritée. Pour la quasi-totalité des sites français, la culture en pot avec hivernage sous abri non gélif est la solution recommandée.
Combien de temps vit un ‘Velour’ ?
Plusieurs décennies pour un sujet bien conduit, vraisemblablement plus longtemps que ‘Zwartkop’ du fait de l’absence de monocarpie destructive. Le port buissonnant se densifie avec l’âge.
Qui est Jack Catlin, l’obtenteur de ‘Velour’ ?
Jack Catlin est l’un des hybridateurs californiens d’Aeonium les plus prolifiques du XXe siècle. Il a créé une série de cultivars hybrides aujourd’hui mondialement diffusés (‘Cyclops’, ‘Voodoo’, ‘Velour’, ‘Blushing Beauty’, ‘Plum Purdy’, ‘Zwartkin’, ‘Jack Catlin’, ‘Cabernet’), tous distribués via le programme International Succulent Introductions du Huntington Botanic Garden.
Sites de référence
- POWO (Plants of the World Online) — fiches taxonomiques des deux espèces parentes Aeonium canariense et Aeonium arboreum, Royal Botanic Gardens, Kew : https://powo.science.kew.org/
- Huntington Botanic Garden — International Succulent Introductions (ISI) — programme de diffusion contrôlée de plantes succulentes, fiche ISI 2000 incluant ‘Velour’ : https://huntington.org/international-succulent-introductions
- International Crassulaceae Network (ICN) — ressource taxonomique spécialisée pour la famille des Crassulacées : https://www.crassulaceae.ch/
- World of Succulents — fiche du cultivar avec photographies : https://worldofsucculents.com/
- San Marcos Growers (Californie) — données de culture en climat méditerranéen : https://www.smgrowers.com/
- Aeonium Australia — descriptions comparatives détaillées des cultivars de Catlin et de leurs frères de semis : https://www.aeoniumaustralia.com.au/
- Cactus and Succulent Society of America (CSSA) — publications spécialisées et bibliographie : https://cssainc.org/
Bibliographie
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Webb, P.B. & Berthelot, S. (1840). Histoire naturelle des Îles Canaries, vol. 3, partie 2 : Phytographia Canariensis. [Combinaison Aeonium arboreum et Aeonium canariense.]
Boom, B.K. (1959). [Description originale de Aeonium arboreum ‘Zwartkop’.] Succulenta, Pays-Bas.
Praeger, R.L. (1932). An Account of the Sempervivum Group. Royal Irish Academy, Dublin.
Liu, H.-Y. (1989). Systematics of Aeonium (Crassulaceae). National Museum of Natural Science Special Publication, n° 3, Taïwan, p. 1–102.
International Succulent Introductions (2000). ISI 2000-X (référence catalogue Huntington Botanic Garden). [Introduction officielle d’Aeonium ‘Velour’.]
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