Aeonium spathulatum

Aeonium spathulatum (Hornem.) Praeger occupe une place singulière au sein du genre Aeonium : c’est la seule espèce de la section Chrysocome — section dont le nom dérive du grec chrysos (or) et komê (chevelure), évoquant les inflorescences en panicule jaune doré qui couronnent ses minuscules rosettes en fin de printemps. Ce petit sous-arbuste densément ramifié, qui dépasse rarement 30 à 60 cm de hauteur, est aussi l’une des espèces du genre à la distribution la plus vaste dans les Canaries occidentales : il est présent sur cinq îles (La Palma, El Hierro, La Gomera, Tenerife, Gran Canaria) et occupe une amplitude altitudinale exceptionnelle, depuis environ 250 mètres au-dessus du niveau de la mer jusqu’à plus de 2 500 mètres, soit l’éventail altitudinal le plus large de toutes les espèces du genre. Avec ses petites rosettes en coupe peu profonde mesurant à peine 5 cm de diamètre, ses feuilles vertes légèrement collantes ourlées de cils marginaux en forme de perles caractéristiques, ses stries longitudinales brun-tannique sur la face inférieure du limbe et son port en buissons denses tortueux qui colonisent les fissures rocheuses des hauts massifs canariens, Aeonium spathulatum est l’un des compagnons végétaux les plus typiques de la pinède de pin canarien (Pinus canariensis) et des étages supérieurs de la flore canarienne. C’est l’Aeonium « miniature » par excellence, un coussin compact qui rappelle davantage un Sempervivum arctique-alpin qu’un Aeonium canarien classique, et dont le port chétif masque une remarquable robustesse écologique.

Comment reconnaître Aeonium spathulatum

Aeonium spathulatum possède une combinaison de caractères qui le rendent identifiable au sein du genre, à condition d’observer attentivement la stature, les rosettes et la marginalité des feuilles.

Port général. Petit sous-arbuste succulent vivace densément ramifié, atteignant typiquement 30 à 60 cm de hauteur, exceptionnellement davantage chez les sujets très âgés bien établis. Cette stature en fait l’un des Aeonium les plus modestes du genre, comparable seulement à Aeonium sedifolium, Aeonium goochiae ou Aeonium smithii parmi les espèces canariennes. Le port est caractéristique : buisson dense aux ramifications nombreuses, courtes et tortueuses, donnant des sujets en boules ou en coussins étalés. Cette physionomie est radicalement différente de celle des Aeonium arborescents (Aeonium arboreum, Aeonium urbicum) ou des sous-arbustes peu ramifiés (Aeonium percarneum) : Aeonium spathulatum offre une silhouette presque chamaephyte (à bourgeons proches du sol), adaptation à la pression mécanique des vents d’altitude.

Tiges. Grêles (caractère diagnostique majeur), ligneuses, ramifiées dès la base, contournées et nouées chez les vieux sujets. Le diamètre des tiges principales dépasse rarement 5-8 mm, donnant à la plante une apparence chétive qui contraste avec la robustesse réelle de l’espèce. Les ramifications sont nombreuses et courtes, de l’ordre de 5 à 15 cm chacune, portant chacune une petite rosette terminale.

Rosettes. Terminales sur chaque ramification, petites à très petites, mesurant typiquement 3 à 5 cm de diamètre, exceptionnellement davantage. Forme caractéristique : plates à distinctement en coupe peu profonde (« cup-shaped »), avec les feuilles internes plus ou moins dressées, et les feuilles externes étalées presque horizontalement. Cette physionomie en coupe partielle évoque le caractère « cupuliforme » des espèces de l’ancienne section Greenovia (aujourd’hui intégrée à la section Aeonium sensu lato), avec laquelle Aeonium spathulatum partage parfois une position de sœur phylogénétique selon les analyses moléculaires. Le nombre de rosettes par sujet adulte peut atteindre plusieurs dizaines, formant l’effet visuel d’un buisson constellé de petites étoiles vertes.

Feuilles. Spatulées (en forme de spatule, d’où l’épithète spathulatum) — caractère qui donne son nom à l’espèce. Charnues mais petites, mesurant typiquement 1,5 à 2,5 cm de long sur 0,7 à 1 cm de large — donc nettement plus petites que les feuilles de la majorité des autres Aeonium canariens. Légèrement collantes au toucher : c’est un caractère diagnostique notable de l’espèce, dû à la sécrétion glanduleuse modérée de la surface foliaire. Ce caractère est partagé avec les espèces de la section Goochiae (Aeonium goochiae, Aeonium saundersii, Aeonium sedifolium), qui sont nettement plus glanduleuses-pubescentes que spathulatum, mais qui établissent une connexion morphologique potentielle.

Plusieurs caractères diagnostiques distinguent les feuilles de Aeonium spathulatum :

  • Couleur vert moyen à vert foncé, virant légèrement au rouge sous lumière intense estivale, sans toutefois atteindre les tonalités cuivrées spectaculaires de certains autres Aeonium.
  • Stries longitudinales brun-tannique sur la face inférieure du limbe — caractère diagnostique remarquable. Plusieurs courtes lignes parallèles à l’axe foliaire courent sur la face inférieure, créant un motif strié évoquant celui présent chez Aeonium simsii (mais nettement moins prononcé chez ce dernier).
  • Cils marginaux en forme de perles (« bead-shaped cilia », cils glandulaires à apex globuleux) — c’est le caractère le plus distinctif et le plus immédiatement diagnostique de l’espèce. Ces cils glandulaires courts et globulaires confèrent aux marges foliaires un aspect perlé sous la loupe ou la binoculaire, contribuant au caractère légèrement collant de la plante. Ce type de cilium est rare dans le genre et permet à lui seul, dans la grande majorité des cas, d’identifier Aeonium spathulatum avec certitude.

Inflorescence. Panicule terminale dense, conique à pyramidale, portée par une hampe robuste de 10 à 25 cm s’élevant nettement au-dessus du feuillage. Les fleurs sont nombreuses (parfois plus de cinquante par inflorescence), serrées, créant un effet visuel doré qui justifie le nom de section : Chrysocome (chevelure dorée).

Fleurs. Jaune doré, étoilées, à pétales étroitement lancéolés. Floraison printanière à début d’été, principalement de mai à juillet selon les altitudes — les populations de basse altitude fleurissant plus tôt que celles de haute montagne. Chaque rosette florifère est strictement monocarpique : elle meurt après floraison, mais la ramification abondante de l’espèce assure la persistance du sujet sans difficulté.

La section Chrysocome : une espèce isolée dans le genre

Aeonium spathulatum est traditionnellement placé dans la section Chrysocome, traitement adopté par Praeger (1932), Liu (1989), Bañares (2015) et la monographie récente de Cristini (2022). Cette section monospécifique signale l’isolement morphologique et phylogénétique de l’espèce au sein du genre.

L’origine du nom. Chrysocome dérive du grec ancien χρυσοκόμη (khrusokomê), composé de χρυσός (khrusos, « or ») et de κόμη (komê, « chevelure »), signifiant littéralement « chevelure dorée ». L’épithète a été choisie en référence aux inflorescences denses jaune doré qui couronnent les rosettes en fin de printemps, créant un effet visuel de petites masses florales dorées sur les buissons compacts. Cette dénomination élégante reflète une tradition botanique grecque-classique de désignation par caractère ornemental. Le nom de section a été utilisé historiquement pour désigner d’autres groupes de Crassulaceae dans la littérature ancienne (notamment certaines sections de Sempervivum) avant d’être restreint au seul Aeonium spathulatum dans le genre actuel.

Position phylogénétique instable. Les analyses moléculaires récentes ne placent pas Aeonium spathulatum de manière cohérente au sein du genre. Selon les marqueurs utilisés et les méthodes d’analyse, l’espèce apparaît :

  • Soit comme sœur de la section Greenovia (aujourd’hui intégrée à la section Aeonium sensu lato), selon certaines analyses anciennes basées sur l’ADN chloroplastique. Cette position serait cohérente avec le caractère cupuliforme partiel des rosettes de Aeonium spathulatum, qui rappelle le caractère cupuliforme intégral des anciennes Greenovia.
  • Soit comme sœur d’Aeonium smithii, selon d’autres analyses notamment moléculaires nucléaires. Cette position serait cohérente avec le port nain partagé par les deux espèces et avec leurs distributions montagnardes. Aeonium smithii est une autre espèce de petit format endémique de Tenerife, à port également ramifié et à fleurs jaunes.

L’instabilité phylogénétique de la position de Aeonium spathulatum peut s’expliquer par plusieurs facteurs : signal phylogénétique faible dû à une évolution rapide, hybridation ancienne ayant brouillé les signaux moléculaires, ou conservation de caractères ancestraux qui rendent l’espèce difficile à placer définitivement. Quelle que soit l’explication, cette singularité justifie le maintien d’une section taxonomique propre à l’espèce — la section Chrysocome.

Sous-section. Selon Wikispecies et certaines classifications, la section Chrysocome peut être divisée en deux sous-séries : la sous-série Chrysocome contenant Aeonium spathulatum, et la sous-série Simsii contenant Aeonium simsii. Cette dernière espèce — la seule du genre à être polycarpique — serait alors rapprochée morphologiquement de Aeonium spathulatum malgré sa distribution restreinte à Gran Canaria et son écologie distincte. Le hub Aeonium de succulentes.net suit cependant un traitement plus strict en ne plaçant que Aeonium spathulatum dans la section Chrysocome, et en laissant Aeonium simsii en position sectionnelle isolée du fait de sa polycarpie unique.

Hybrides naturels et obtentions horticoles

Aeonium spathulatum est sympatrique avec plusieurs autres Aeonium canariens sur les cinq îles où il est présent, ce qui a donné naissance à au moins un hybride naturel documenté.

Aeonium × sanchezii. Hybride documenté entre Aeonium spathulatum et Aeonium rubrolineatum (autre endémique des Canaries occidentales, à feuilles marquées de stries rouges). L’hybride Aeonium × sanchezii combine certains caractères des deux parents : port plus robuste hérité de rubrolineatum, mais avec la stature compacte et le caractère légèrement collant des feuilles hérité de spathulatum. Cet hybride apparaît dans les zones de chevauchement écologique entre les deux espèces sur Tenerife. Son nom honore probablement un botaniste canarien (Sánchez) impliqué dans sa description.

Hybridations potentielles non documentées. Aeonium spathulatum est sympatrique avec Aeonium urbicum, Aeonium ciliatum et plusieurs autres Aeonium sur Tenerife, et avec Aeonium nobile et Aeonium davidbramwellii sur La Palma. Les hybrides interspécifiques avec ces espèces ne sont pas formellement décrits dans la littérature, peut-être en raison du décalage phénologique entre la floraison printanière de Aeonium spathulatum (mai-juin à mi-altitude) et celle plus tardive ou plus précoce des autres espèces sympatriques.

Cultivars horticoles. Aeonium spathulatum est très peu utilisé en hybridation horticole, à l’inverse d’Aeonium arboreum et Aeonium haworthii qui ont donné naissance à de nombreux cultivars commerciaux. Cette absence relative s’explique par la stature modeste de Aeonium spathulatum qui le rend moins attractif que les espèces plus imposantes pour les producteurs de plantes ornementales en série. Les sujets commercialisés en pépinière spécialisée correspondent généralement à l’espèce pure, sans variétés horticoles formellement décrites.

Variétés et formes — un cas instructif de synonymisation

Aeonium spathulatum présente une variabilité morphologique notable au sein de son aire de répartition, qui a donné lieu à de nombreuses descriptions variétales et spécifiques au cours du XIXᵉ siècle, aujourd’hui toutes ramenées en synonymie. Ce cas illustre la difficulté d’établir des frontières taxonomiques fines au sein d’espèces à variabilité géographique marquée.

Aeonium bentejui Webb ex Christ — espèce synonymisée

Décrit par Webb (publication ex Christ, 1887) sous le nom honorant Bentejuí, chef indigène guanche de Gran Canaria, mort lors de la conquête castillane de l’île à la fin du XVᵉ siècle. La désignation correspondait à des populations de Gran Canaria présentant des rosettes légèrement plus grandes ou des feuilles légèrement plus larges que la forme nominale.

POWO traite aujourd’hui Aeonium bentejui en simple synonymie sous Aeonium spathulatum, considérant que les différences morphologiques observées entrent dans la variabilité naturelle de l’espèce. Le nom bentejui reste néanmoins occasionnellement utilisé dans les ouvrages horticoles canariens et dans certaines collections, en particulier auprès des jardins botaniques de Gran Canaria qui valorisent la dimension culturelle locale du nom.

Aeonium spathulatum var. cruentum (Webb & Berthel.) Praeger — variété synonymisée

D’abord décrite comme espèce distincte par Webb et Berthelot en 1840 sous Aeonium cruentum, puis ramenée au rang de variété par Praeger en 1929 sous Aeonium spathulatum var. cruentum. L’épithète cruentum (« sanglant », du latin cruor = sang) évoquait la coloration rougeâtre intense des feuilles sous fort ensoleillement chez certaines populations. POWO et la monographie de Cristini (2022) considèrent cette variété comme une simple expression phénotypique de l’espèce sous stress lumineux et l’ont synonymisée. Les sujets commercialisés sous l’étiquette Aeonium spathulatum var. cruentum présentent effectivement une coloration rouge plus intense, mais sans valeur taxonomique formelle.

Aeonium strepsicladum Webb & Berthel. — espèce synonymisée

Décrit par Webb et Berthelot en 1840 dans leur Histoire Naturelle des Îles Canaries. L’épithète strepsicladum dérive du grec strepsis (torsion) et klados (rameau), signifiant « à rameaux tordus » — référence aux ramifications très tortueuses des sujets âgés. Cette espèce a également été combinée dans le genre obscur Aldasorea par F. Haage et E. Schmidt en 1930, sous Aldasorea strepsiclada. Aldasorea est le même genre commercial créé dans un catalogue de pépinière allemand qui avait également accueilli Aldasorea percarnea (synonyme commercial d’Aeonium percarneum). Toutes ces désignations sont aujourd’hui ramenées en synonymie sous Aeonium spathulatum.

Synthèse

Cette histoire de descriptions et synonymisations multiples illustre la difficulté d’identifier les frontières d’une espèce à variabilité géographique marquée comme Aeonium spathulatum. Sa présence sur cinq îles aux conditions écologiques contrastées (de l’humidité atlantique de La Palma occidentale aux versants secs de Gran Canaria centrale) génère une diversité phénotypique réelle qui a tenté plusieurs générations de botanistes de la séparer en espèces distinctes. La révision moderne, fondée sur des analyses morphologiques globales et sur les méthodes phylogénétiques moléculaires, ramène toutes ces formes à une espèce unique au caractère variable. Cette approche est cohérente avec celle adoptée pour Aeonium ciliatum, Aeonium canariense (qui maintient cinq sous-espèces) et d’autres espèces multi-insulaires du genre.

Confusions possibles

La confusion la plus fréquente est avec Aeonium smithii, autre petite espèce du genre endémique de Tenerife. Les deux espèces partagent le port nain ramifié et les fleurs jaunes en panicule. Cependant, Aeonium smithii présente des feuilles plus larges et plus pubescentes, sans le caractère légèrement collant et les cils en perles caractéristiques de Aeonium spathulatum. Le port de Aeonium smithii est légèrement plus dressé et les rosettes plus grandes (jusqu’à 8 cm de diamètre). La distribution départage également les deux espèces : Aeonium smithii est restreint à Tenerife, alors que Aeonium spathulatum occupe cinq îles.

Avec Aeonium goochiae (endémique de La Palma) : les deux espèces partagent le port nain ramifié et les feuilles légèrement glanduleuses. Aeonium goochiae est cependant nettement plus glanduleux-pubescent, avec une senteur résineuse caractéristique au froissement, et des fleurs blanches avec une bande médiane rouge sur les pétales — radicalement différente du jaune doré de Aeonium spathulatum.

Avec Aeonium sedifolium : les deux petites espèces partagent le port nain et l’aspect glanduleux. Aeonium sedifolium a cependant des feuilles beaucoup plus succulentes, presque cylindriques (« sedi-folium » = à feuilles de Sedum), sans le caractère spatulé typique de Aeonium spathulatum. Les fleurs sont jaune chez les deux espèces, mais l’inflorescence est plus lâche chez sedifolium.

Avec un Sempervivum : la confusion peut survenir chez les amateurs débutants devant les sujets de Aeonium spathulatum à port très bas. Les caractères distinctifs sont les mêmes que pour les autres Aeonium (origine, structure florale en panicule, etc.).

Avec Aeonium simsii : malgré un placement sectionnel parfois commun (section Chrysocome), les deux espèces sont radicalement différentes en port — Aeonium simsii est tapissant et stolonifère, Aeonium spathulatum est en buisson densément ramifié non stolonifère. La confusion est rare en pratique.

Taxonomie

Aeonium spathulatum (Hornem.) Praeger est le nom accepté selon POWO (Plants of the World Online, Royal Botanic Gardens, Kew, consultation 2026). L’histoire taxonomique de l’espèce est complexe, avec une description originale en 1819 et une combinaison dans le genre Aeonium tardive en 1929, soit 110 ans plus tard.

Description originale. Sempervivum spathulatum a été décrit en 1819 par le botaniste danois Jens Wilken Hornemann (1770-1841), professeur de botanique à l’Université de Copenhague et directeur du jardin botanique de l’université, dans le supplément de son Hortus Botanicus Hafniensis (Jardin botanique de Copenhague), à la page 60. Hornemann travaillait sur les introductions de plantes succulentes dans les jardins botaniques européens du début du XIXᵉ siècle, et plusieurs autres espèces du genre Aeonium ont été décrites par lui ou ses collaborateurs à cette époque. La même publication contient également Sempervivum barbatum Hornem. à la page 61, désormais en synonymie sous Aeonium spathulatum.

Désignations alternatives au XIXᵉ siècle. Plusieurs descriptions concurrentes ont été proposées au cours des décennies suivantes, témoignant de la confusion taxonomique de l’époque autour des Crassulaceae canariennes :

  • A.H. Haworth (1819-1821) propose Sempervivum lineolare dans Supplementum Plantarum. La date exacte de cette publication varie selon les sources.
  • C.A. Meyer propose Aichryson pulchellum, désignant la même plante dans le genre voisin Aichryson. Combinaison plus tard transférée sous Sempervivum pulchellum (Walpers) puis ramenée en synonymie.
  • Lindley propose Sempervivum villosum Lindl., évoquant le caractère légèrement pubescent-glanduleux des feuilles. Désormais en synonymie.
  • Webb & Berthelot (1840) dans leur Histoire Naturelle des Îles Canaries décrivent trois noms différents désignant en réalité la même espèce : Aeonium × barbatum (page 188 — noter le rang de nothospecies !), Aeonium cruentum (page 186) et Aeonium strepsicladum (page 187). Cette diversité de noms reflète probablement l’observation de populations à variabilité phénotypique différente sur Tenerife et Gran Canaria.
  • H. Christ (1887) procède à plusieurs (re)combinaisons sous Sempervivum (S. bentejui, S. cruentum) dans Botanische Jahrbücher für Systematik 9 : 109, 117 et 160.
  • F. Haage et E. Schmidt (1930) proposent Aldasorea strepsiclada dans leur catalogue commercial — la combinaison dans le genre obscur Aldasorea qui avait également affecté Aeonium percarneum (sous Aldasorea percarnea). Aldasorea est resté sans postérité scientifique et est aujourd’hui considéré comme une création nomenclaturale commerciale sans validité formelle.

La résolution par Praeger (1929). Il a fallu attendre le travail systématique du botaniste irlandais Robert Lloyd Praeger dans les Proceedings of the Royal Irish Academy, série B, volume 38, page 482 (1929), pour que l’espèce soit transférée formellement dans le genre Aeonium sous Aeonium spathulatum (Hornem.) Praeger. Praeger, déjà cité comme auteur de la combinaison pour Aeonium lancerottense en 1932 et Aeonium nobile en 1932, a procédé dans les années 1925-1932 à la révision systématique majeure du complexe Sempervivum sensu lato qui a abouti à sa monographie de référence An Account of the Sempervivum Group (1932). Pour spathulatum, sa combinaison de 1929 — antérieure de trois ans à sa monographie — a définitivement clarifié la position générique.

Synonymie acceptée par POWO (2026). L’une des plus riches du genre :

  • Sempervivum spathulatum Hornem. (1819) — basionyme, Hortus Botanicus Hafniensis, Suppl. : 60.
  • Sempervivum barbatum Hornem. (1819) — Hortus Botanicus Hafniensis, Suppl. : 61.
  • Aeonium × barbatum Webb & Berthel. (1840) — Histoire Naturelle des Îles Canaries 3(2 ; 1) : 188. Notation de rang nothospecies dans la version Webb & Berthelot, désormais ramené en synonymie comme entité spécifique pure.
  • Aeonium bentejui Webb ex Christ (1887) — Botanische Jahrbücher für Systematik 9 : 109.
  • Aeonium cruentum Webb & Berthel. (1840) — Histoire Naturelle des Îles Canaries 3(2 ; 1) : 186.
  • Aeonium spathulatum var. cruentum (Webb & Berthel.) Praeger (1929).
  • Aeonium strepsicladum Webb & Berthel. (1840) — Histoire Naturelle des Îles Canaries 3(2 ; 1) : 187.
  • Aldasorea strepsiclada (Webb & Berthel.) F.Haage & E.Schmidt (1930) — combinaison dans le genre obscur Aldasorea.
  • Sempervivum bentejui (Webb ex Christ) Christ (1887).
  • Sempervivum cruentum (Webb & Berthel.) Christ (1887).
  • Sempervivum lineolare Haw. — Supplementum Plantarum.

Étymologie. Le nom de genre Aeonium dérive du grec ancien aiônios (αἰώνιος), « éternel » ou « sans âge », en référence à la longévité des rosettes. L’épithète spathulatum est formée du latin spathula (« petite spatule, palette »), signifiant donc « en forme de petite spatule » — référence à la forme caractéristique des feuilles, élargies à leur apex et rétrécies à leur base. Cette épithète est largement utilisée en botanique pour décrire des feuilles de cette forme, et elle s’applique avec une justesse particulière à Aeonium spathulatum dont les feuilles sont effectivement nettement spatulées dans leur expression la plus typique.

Section. Aeonium spathulatum est l’unique espèce de la section Chrysocome, position défendue notamment par le hub Aeonium de succulentes.net et par la monographie de Cristini (2022). Cette section monospécifique reflète l’isolement morphologique et phylogénétique de l’espèce.

Noms vernaculaires. En espagnol canarien, l’espèce est désignée sous le nom de bejeque común (« bejeque commun », en référence à sa large distribution sur cinq îles) ou simplement bejeque, terme générique pour les Aeonium aux Canaries. En anglais, Spoon-leaved Aeonium ou Tree Houseleek. En allemand, Spatelblättriges Aeonium.

Aeonium spathulatum dans la nature

Aeonium spathulatum possède la distribution géographique la plus vaste parmi les Aeonium canariens : il est présent sur cinq des sept îles principales de l’archipel — La Palma, El Hierro, La Gomera, Tenerife et Gran Canaria. Il est totalement absent de Lanzarote et Fuerteventura, les îles orientales arides où le climat ne lui convient pas. Cette distribution multi-insulaire en fait l’une des espèces les plus représentatives du genre dans son ensemble canarien occidental.

Étage altitudinal. L’espèce occupe une amplitude altitudinale exceptionnellement large, s’étendant de 250 à 2 500 mètres d’altitude environ — soit l’une des amplitudes les plus larges de toutes les espèces du genre. Cette tolérance écologique remarquable explique sa présence sur cinq îles et dans des biotopes très contrastés.

Habitat principal : la pinède canarienne. Aeonium spathulatum est l’un des compagnons végétaux les plus typiques de la forêt de pin canarien (Pinus canariensis), formation forestière endémique des Canaries occupant l’étage altitudinal moyen-supérieur (typiquement 800-2 200 m). Dans cette pinède aux conditions sub-montagnardes (températures fraîches en hiver, étés relativement doux comparés aux étages inférieurs, humidité atmosphérique apportée par les alizés condensés sur les versants), Aeonium spathulatum colonise les rochers, fissures basaltiques, vires, anfractuosités où il forme des coussins compacts caractéristiques. Les sujets de la pinède sont souvent les plus vigoureux et les plus représentatifs de l’espèce.

Habitat des hauts massifs. Au-dessus de la pinède, Aeonium spathulatum monte jusqu’à 2 500 m dans les étages subalpins canariens, notamment au pied du Teide à Tenerife et dans les sommets de La Palma. Ces stations supérieures, exposées à des conditions plus rigoureuses (gelées hivernales fréquentes, fortes amplitudes thermiques diurnes-nocturnes, vents puissants, rayonnement UV intense), sélectionnent les sujets les plus compacts et les plus rustiques. Les écotypes d’altitude de Aeonium spathulatum sont parmi les plus rustiques au froid de tous les Aeonium.

Habitat de basse altitude. À l’autre extrémité de l’amplitude altitudinale, des populations de Aeonium spathulatum descendent jusqu’à 250 m d’altitude, généralement dans des stations rocheuses fraîches (versants nord, ravines ombragées) où le microclimat compense partiellement l’altitude basse. Ces populations marginales sont moins représentatives de l’espèce mais témoignent de son adaptation écologique étendue.

Cohabitation. À ces différentes altitudes, Aeonium spathulatum coexiste avec une cohorte d’autres Aeonium canariens : Aeonium ciliatum, Aeonium urbicum, Aeonium tabuliforme, Aeonium smithii sur Tenerife ; Aeonium nobile, Aeonium davidbramwellii, Aeonium goochiae sur La Palma ; Aeonium decorum, Aeonium gomerense, Aeonium saundersii sur La Gomera ; Aeonium valverdense, Aeonium hierrense sur El Hierro ; Aeonium percarneum, Aeonium simsii, Aeonium arboreum subsp. arboreum sur Gran Canaria. Cette cohabitation extensive multi-îles fait de Aeonium spathulatum l’un des « fils conducteurs » écologiques du genre dans l’archipel canarien occidental.

Statut de conservation. Aeonium spathulatum n’est pas évalué actuellement sur la Liste rouge globale de l’UICN. Compte tenu de sa très large distribution multi-insulaire, de son amplitude altitudinale étendue et de la fréquence des populations dans plusieurs habitats, l’espèce n’est pas globalement considérée comme menacée. Certaines populations marginales ou de basse altitude pourraient être plus exposées aux pressions du tourisme et de l’urbanisation, mais l’aire totale est protégée par de nombreux espaces naturels (Parc national du Teide, Parc national de la Caldera de Taburiente, Parc national de Garajonay, Parc rural du Nublo, etc.).

Une espèce de la pinède canarienne

L’écologie de Aeonium spathulatum est intimement liée à la forêt de pin canarien (Pinus canariensis), formation forestière endémique caractéristique des étages moyen-supérieurs des Canaries occidentales. Cette association mérite un développement particulier car elle situe Aeonium spathulatum dans un contexte écologique unique, sans équivalent dans le genre.

La pinède canarienne. Pinus canariensis est un pin endémique des Canaries occidentales, présent sur cinq îles (les mêmes que Aeonium spathulatum, sauf que le pin est aussi absent de La Gomera selon les traitements). C’est l’un des conifères les plus remarquables au monde par sa résilience au feu (capacité à régénérer ses aiguilles après des incendies majeurs grâce à des bourgeons adventifs sous l’écorce épaisse) et par sa longévité (sujets de plusieurs centaines d’années). La pinède canarienne occupe typiquement les altitudes 800-2 200 m, formant une ceinture forestière entre la laurisylve humide d’altitude moyenne et les sommets minéraux.

Les compagnons végétaux. Dans la pinède canarienne, Aeonium spathulatum coexiste avec une cohorte d’espèces caractéristiques : Cistus symphytifolius (ciste de Gran Canaria), Cytisus proliferus (« tagasaste », arbuste fourrager endémique), Lotus campylocladus, Adenocarpus foliolosus, Pterocephalus dumetorum, et plusieurs orchidées endémiques (Habenaria tridactylites, Orchis canariensis). Cette flore de pinède est elle-même fortement endémique, témoignant de l’isolement biogéographique des Canaries.

L’adaptation physiologique. La présence de Aeonium spathulatum dans la pinède canarienne implique des adaptations spécifiques :

  • Tolérance à l’ombre partielle des pins, plus importante que chez les Aeonium xérophytes côtiers
  • Tolérance aux feux périodiques par sa stratégie d’établissement dans les fissures rocheuses qui protègent partiellement les sujets des incendies de surface
  • Adaptation aux pluies orographiques importantes en pinède, avec une dormance estivale moins marquée que chez les espèces de basse altitude
  • Tolérance aux gelées brèves d’altitude, fréquentes dans la pinède supérieure

Le caractère « spatulé » comme adaptation. La forme spatulée des feuilles, très caractéristique, peut être interprétée comme une adaptation à l’environnement de la pinède : la base étroite des feuilles facilite leur insertion dans les rosettes compactes, tandis que l’apex élargi maximise la surface photosynthétique sous lumière partielle. Le caractère légèrement collant des cils marginaux et de la surface foliaire pourrait également jouer un rôle dans la rétention de l’humidité atmosphérique condensée par les alizés sur les versants nord-est de la pinède.

Culture

La culture de Aeonium spathulatum est généralement aisée pour qui maîtrise les bases du genre, avec une particularité notable héritée de son origine montagnarde de pinède : c’est l’un des Aeonium les plus rustiques au froid du genre, propriété qui élargit sensiblement les possibilités de culture en pleine terre. Les paramètres de culture ci-dessous valent pour la France métropolitaine, en distinguant les conditions méditerranéennes et les conditions atlantiques tempérées.

Exposition. Plein soleil à mi-ombre claire. En climat méditerranéen côtier, le plein soleil est tolérable mais une légère ombre l’après-midi en plein été préserve l’aspect frais du feuillage et l’expression du caractère légèrement collant des cils marginaux. Le plein soleil intensifie la coloration rougeâtre des feuilles sous stress lumineux. En climat atlantique tempéré, le plein soleil est généralement bien toléré et préférable.

Substrat. Mélange à drainage soigné mais avec une part organique appréciable, en cohérence avec l’origine de pinède où s’accumulent un peu d’humus forestier. La combinaison recommandée est environ 50 % de terreau de qualité (peu fibreux, bien décomposé), 35 % de pouzzolane fine ou pumice, et 15 % de sable grossier de rivière. Le pH neutre à légèrement acide convient parfaitement, en cohérence avec la nature volcanique légèrement acide des sols de pinède canarienne. Inclusion de quelques fragments de pouzzolane grossière ou de scories volcaniques pour reproduire les conditions d’enracinement dans les fissures rocheuses.

Arrosage. Plante à croissance hivernale-printanière et dormance estivale, comme l’ensemble du genre, mais avec une dormance estivale modérément marquée comparée aux Aeonium xérophytiques côtiers. Arroser régulièrement de septembre à juin dès que les deux premiers centimètres du substrat sont secs au toucher. En été, réduire les apports sans les supprimer totalement : un arrosage tous les quinze à vingt jours en juillet-août en climat méditerranéen sec maintient le sujet en bonne santé. Aeonium spathulatum tolère mieux que la plupart des autres Aeonium une certaine humidité résiduelle estivale.

Fertilisation. Apports modérés d’engrais liquide équilibré dilué (NPK 5-10-10 ou équivalent succulentes) une fois par mois pendant la saison de croissance. Aeonium spathulatum répond bien aux apports nutritifs, en cohérence avec sa croissance ramifiée énergétique.

Conduite en pot. Excellent comportement en pot, particulièrement adapté pour cette espèce de petite stature. Privilégier les contenants en terre cuite naturelle de taille modérée (15-20 cm de diamètre pour un sujet adulte). La petite stature de Aeonium spathulatum permet sa culture en bonsaï ou en composition miniature, avec un effet ornemental remarquable. Rempotage tous les deux à trois ans en début de saison de croissance.

Conduite en pleine terre. En climat méditerranéen côtier (zone USDA 9b à 10a) et en climat continental méditerranéen modéré (zone 9a en sites abrités), Aeonium spathulatum peut être conduit en pleine terre dans les rocailles drainées et les jardins exotiques. Sa silhouette compacte et son caractère relativement rustique en font une espèce particulièrement précieuse pour les rocailles montagnardes méditerranéennes. En climat atlantique tempéré sur la frange littorale et les microclimats abrités, la pleine terre reste possible avec un drainage exemplaire.

Multiplication

Aeonium spathulatum fait partie des Aeonium relativement simples à multiplier, avec quelques nuances liées à sa stature compacte.

Bouture de tige. Méthode de référence. À l’automne (septembre-novembre) ou au début du printemps, prélever une rosette terminale avec 3 à 5 cm de tige à l’aide d’un sécateur stérilisé. Le matériel de bouturage est de petite taille en raison de la stature modeste de l’espèce, mais la prise est aisée. Laisser cicatriser à plat à l’ombre pendant trois à cinq jours, puis mettre en pot dans un substrat très drainant à peine humide. L’enracinement intervient en deux à trois semaines à 18-22 °C.

Rejets. Aeonium spathulatum produit régulièrement de petits rejets à la base des sujets adultes, qui peuvent être détachés en automne et plantés directement.

Semis. Possible et particulièrement intéressant pour cette espèce à variabilité géographique marquée. Les graines sont très fines, à semer en surface sur un substrat fin et humide à 18-22 °C, sous couvert humide. Germination en deux à trois semaines. Croissance lente la première année, accélération marquée à partir de la deuxième saison. Le semis peut révéler la diversité phénotypique cachée de l’espèce, notamment chez les amateurs souhaitant explorer les variants à coloration rougeâtre intense (anciens cruentum) ou à port plus tortueux (anciens strepsicladum). Attention : si le sujet mère est cultivé à proximité d’autres Aeonium canariens en floraison simultanée, l’hybridation interspécifique reste possible bien que rare en raison du décalage phénologique de Aeonium spathulatum.

Maladies et ravageurs

Aeonium spathulatum est généralement très peu affecté par les ravageurs et maladies en culture, en cohérence avec sa robustesse écologique remarquable.

Cochenilles farineuses. Planococcus citri et Pseudococcus longispinus peuvent coloniser le cœur des rosettes serrées et la base des ramifications. Inspection régulière en fin d’été et début d’automne. Traitement par tampon imbibé d’alcool isopropylique à 70 % en application localisée, ou pulvérisation de savon insecticide en traitement étendu.

Pucerons sur les jeunes inflorescences au printemps. Pulvérisation de savon noir dilué.

Pourriture racinaire consécutive à un arrosage excessif sur substrat insuffisamment drainant. Risque modéré chez cette espèce qui tolère relativement bien une humidité résiduelle modérée comparée aux Aeonium xérophytiques côtiers.

Limaces et escargots en climat océanique humide, sur les jeunes pousses printanières. Granulés à base de phosphate ferrique ou ramassage manuel nocturne.

Caractère légèrement collant. Le caractère légèrement glanduleux des feuilles offre une protection partielle contre certains insectes broyeurs et pourrait également piéger des spores fongiques. Cette qualité est l’une des explications possibles à la robustesse écologique remarquable de l’espèce dans son habitat naturel exposé.

Rusticité

Aeonium spathulatum est probablement l’un des Aeonium les plus rustiques au froid parmi les espèces canariennes, héritage direct de son origine de pinède canarienne et des stations subalpines qu’il occupe jusqu’à 2 500 m d’altitude. L’espèce tolère brièvement des températures de l’ordre de –3 à –5 °C en condition sèche, et certaines sources horticoles spécialisées rapportent des survies à –6 à –7 °C ponctuellement chez les sujets bien établis sur substrat exemplairement drainé. Cette rusticité supérieure à la moyenne du genre élargit sensiblement les possibilités de culture en pleine terre.

En France métropolitaine, la zone USDA 9b représente le seuil acceptable pour la culture en pleine terre de l’espèce, avec une bonne tenue jusqu’aux limites des zones 9a dans les microclimats favorables. Les stations littorales abritées des zones 10a — frange méditerranéenne très protégée des vents froids du nord et du nord-est, microclimats du golfe du Morbihan, Île de Bréhat, Belle-Île, certaines portions de la côte de Granit Rose, Île de Ré dans les zones les plus douces — lui conviennent particulièrement bien. Au-delà, la culture en pot avec hivernage en serre froide hors gel ou en véranda lumineuse à 5-10 °C devient obligatoire.

Comme pour tous les Aeonium, la combinaison froid + humidité hivernale prolongée est nettement plus dangereuse que le froid sec. L’origine d’altitude saisonnière contrastée n’a pas sélectionné l’espèce pour résister à des hivers humides océaniques prolongés sans drainage exemplaire.

Usages

L’usage horticole de Aeonium spathulatum en Europe reste relativement confidentiel mais l’espèce mérite davantage de reconnaissance pour plusieurs raisons spécifiques.

Sujet de rocaille montagnarde. Sa silhouette compacte en buisson densément ramifié et sa rusticité supérieure à la moyenne du genre en font un sujet idéal pour les rocailles montagnardes méditerranéennes drainées. Là où les Aeonium arborescents (Aeonium arboreum) sont trop imposants pour les compositions miniatures, Aeonium spathulatum offre une stature parfaitement proportionnée aux espaces réduits. L’association avec des roches volcaniques sombres (lave broyée, pouzzolane grossière) en mulch reproduit l’aspect visuel de son habitat naturel de pinède canarienne.

Composition à thème pinède canarienne. Pour les jardiniers attentifs à la cohérence biogéographique, Aeonium spathulatum peut être associé à Cistus symphytifolius (cistier de Gran Canaria), à des cytises endémiques canariens, à Pterocephalus dumetorum — pour reconstituer une micro-flore de pinède canarienne botaniquement cohérente, fragment vivant d’archipel canarien transposé en jardin méditerranéen ou atlantique tempéré. Cette approche thématique donne du sens à la composition.

Sujet de collection sectionnelle. Pour le collectionneur cherchant à représenter la diversité sectionnelle du genre Aeonium, Aeonium spathulatum est obligatoire en tant qu’unique espèce de la section Chrysocome. Sa présence dans une collection aux côtés des espèces des autres sections (Aeonium sensu stricto, Canariensia, Leuconium, Goochiae, Patinaria, Pittonium et l’ancienne Greenovia) permet de représenter l’ensemble de la diversité sectionnelle du genre.

Couvre-sol succulent miniature. Sa stature modeste et sa ramification dense en font un excellent couvre-sol succulent pour les espaces restreints. La densité du buisson permet une couverture efficace du substrat, complétant utilement les espaces entre des sujets plus structurants.

Sujet de bonsaï succulent. Son port naturellement compact, ses ramifications tortueuses chez les sujets âgés et sa petite taille en font un excellent candidat pour le bonsaï succulent. Quelques cultivateurs spécialisés exploitent cette caractéristique en taillant les ramifications pour accentuer le caractère noueux et créer des sujets miniatures d’aspect noble.

Tolérance saline. L’espèce supporte modérément l’embrun salin, qualité utile pour les jardins de bord de mer méditerranéens — bien que sa préférence écologique demeure pour les altitudes supérieures à la zone littorale.

L’espèce est considérée comme non toxique, sans danger en présence d’enfants ou d’animaux domestiques.

FAQ

Pourquoi Aeonium spathulatum est-il classé dans une section à lui tout seul ? Sa morphologie distinctive (port nain, rosettes minuscules, cils marginaux en perles, feuilles légèrement collantes, stries tanniques sur la face inférieure du limbe) et sa position phylogénétique instable dans les analyses moléculaires justifient le maintien d’une section taxonomique propre. Selon les analyses, Aeonium spathulatum apparaît parfois comme sœur de la section Greenovia (espèces à rosettes cupuliformes), parfois comme sœur d’Aeonium smithii, parfois en position isolée — ce qui rend impossible son rattachement ferme à une autre section. La section monospécifique Chrysocome est donc maintenue dans tous les traitements modernes.

Mon Aeonium spathulatum a des feuilles légèrement collantes — est-ce normal ? Oui, c’est un caractère diagnostique normal de l’espèce. Les feuilles produisent une sécrétion glanduleuse modérée qui les rend légèrement collantes au toucher, particulièrement perceptible sur les jeunes feuilles et au niveau des cils marginaux en forme de perles. Ce caractère est partagé avec les espèces de la section Goochiae (qui sont nettement plus glanduleuses) et constitue l’une des signatures tactiles de l’espèce. Pas de raison de s’inquiéter — c’est même un signe de bonne identification.

Comment distinguer Aeonium spathulatum d’Aeonium smithii ? Plusieurs caractères les distinguent. Aeonium spathulatum est présent sur cinq îles des Canaries, Aeonium smithii est restreint à Tenerife. Aeonium spathulatum a des feuilles légèrement collantes avec cils marginaux en perles, Aeonium smithii a des feuilles plus pubescentes sans cils glandulaires perlés. Les rosettes de Aeonium spathulatum sont plus petites (5 cm max) que celles de Aeonium smithii (jusqu’à 8 cm). Le port de Aeonium spathulatum est plus tortueusement ramifié.

Peut-on cultiver Aeonium spathulatum en pleine terre dans le sud de la France ? Oui, sur la frange littorale méditerranéenne (Var, Bouches-du-Rhône, Alpes-Maritimes, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, Corse côtière) en zone USDA 9b à 10a. Sa rusticité supérieure à la moyenne du genre — héritage de son origine de pinède canarienne et de stations subalpines — facilite la conduite en pleine terre. Les microclimats abrités de zone 9a peuvent également convenir. L’amendement drainant et un emplacement plein soleil à mi-ombre claire sont les conditions de la réussite.

Que valent les sujets vendus sous Aeonium bentejui ou Aeonium cruentum ? Ce sont des synonymes de Aeonium spathulatum selon POWO et les traitements modernes. Les sujets commercialisés sous ces noms historiques peuvent effectivement présenter des particularités phénotypiques (rosettes plus grandes pour bentejui, coloration rougeâtre plus intense pour cruentum), mais ces différences entrent dans la variabilité naturelle de l’espèce sans valeur taxonomique formelle. Pour le collectionneur attentif, il peut être intéressant d’acquérir simultanément des sujets sous différentes étiquettes pour explorer la diversité phénotypique cachée derrière le nom unique Aeonium spathulatum.

Mon Aeonium spathulatum fleurit, va-t-il mourir ? Comme tous les Aeonium (à l’exception notable d’Aeonium simsii), chaque rosette est strictement monocarpique : la rosette qui fleurit meurt après floraison. Mais Aeonium spathulatum étant abondamment ramifié, la mort d’une seule rosette florifère parmi les nombreuses rosettes terminales du sujet est imperceptible à l’échelle de la plante entière. Couper la hampe florale fanée et la rosette morte pour soigner l’aspect d’ensemble.

Sites de référence

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International Plant Names Index (IPNI) — Aeonium spathulatum : https://www.ipni.org/n/272258-1

GBIF — Global Biodiversity Information Facility : https://www.gbif.org/species/4197615

iNaturalist — observations d’Aeonium spathulatum : https://www.inaturalist.org/taxa/824666-Aeonium-spathulatum

World Flora Online (WFO) — fiche taxonomique : https://www.worldfloraonline.org/taxon/wfo-0000521708

Banco de Datos de Biodiversidad de Canarias : https://www.biodiversidadcanarias.es/

Endémicas Canarias — flore endémique des Canaries : https://endemicascanarias.com/

International Crassulaceae Network (ICN) : https://www.crassulaceae.ch/

Royal Horticultural Society — fiche culturale : https://www.rhs.org.uk/plants/search?query=aeonium+spathulatum

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