Aeonium arboreum ssp. holochrysum

Au sein du complexe d’Aeonium arboreum, la sous-espèce holochrysum (H.Y.Liu) Bañares 2008 occupe la place du plus largement réparti des trois taxons reconnus par Plants of the World Online (POWO). Là où subsp. arboreum est confiné à Grande Canarie et subsp. korneliuslemsii à un secteur restreint du sud-ouest marocain, Aeonium arboreum subsp. holochrysum couvre quatre des sept îles canariennes — Tenerife, La Palma, La Gomera et El Hierro — du niveau de la mer jusqu’à 1 000 mètres d’altitude. C’est la sous-espèce que tout visiteur des Canaries occidentales aura rencontrée sur les escarpements rocheux ouverts, les falaises côtières et les pentes ouvertes du domaine du cardonal. C’est aussi celle qui a noué un réseau dense d’hybrides naturels avec les autres Aeonium sympatriques, donnant naissance à des taxons hybrides emblématiques comme Aeonium × wildpretiiAeonium × kunkelii ou Aeonium × holospathulatum. Et c’est enfin celle qui inclut la fascinante variété rubrolineatum, endémique de La Gomera, à feuillage à nervure centrale pourpre. Caractérisée par ses sépales glabres (caractère diagnostique vis-à-vis des deux autres sous-espèces), Aeonium arboreum subsp. holochrysum est l’une des sous-espèces les plus diverses et les plus écologiquement réussies du complexe, et l’une des plus présentes en culture horticole.

Comment reconnaître Aeonium arboreum subsp. holochrysum ?

Port et architecture

Sous-arbrisseau succulent vivace persistant, à port arborescent, de 60 centimètres à 1,5 mètre de hauteur en culture courante, exceptionnellement jusqu’à 2 mètres sur des sujets âgés in situ. La tige principale est ramifiée dès la base et le long du tronc — caractère typique de Aeonium arboreum au sens large, distinguant la sous-espèce des Aeonium à port solitaire comme Aeonium undulatum ou Aeonium urbicum. Les tiges sont lisses, gris-brun, de 1 à 3 centimètres de diamètre, et portent des cicatrices foliaires régulières.

Cette ramification multiple, présente toute la vie de la plante, donne à l’individu adulte une silhouette de petit arbuste à plusieurs rosettes terminales ouvertes, lisible de loin et caractéristique du paysage canarien littoral et de mi-altitude.

Rosettes

Les rosettes terminales mesurent 10 à 25 centimètres de diamètre, plus modestes que celles d’Aeonium undulatum (qui atteignent 30 cm) ou d’Aeonium canariense (qui dépassent souvent 40 cm). Elles sont relativement plates à légèrement bombées, formées de 25 à 40 feuilles disposées en spirale serrée, plus ou moins étalées selon l’âge de la plante et la saison.

Feuilles

Les feuilles sont obovales-spatulées à oblongues-spatulées, atteignant 5 à 15 centimètres de longueur sur 2,5 à 5 centimètres de largeur, et 1,5 à 3 millimètres d’épaisseur. La surface est glabre, lisse à légèrement luisante, sans trace de pubescence — caractère qui distingue immédiatement subsp. holochrysum des Aeonium de la section Canariensia (à feuillage velouté). Les marges portent des cils fins caractéristiques du genre, et le sommet est arrondi à brièvement apiculé.

La couleur foliaire est typiquement vert clair à vert frais, parfois légèrement jaune-vert dans les stations très ensoleillées. En exposition vive et en stress hydrique, les feuilles peuvent prendre des reflets cuivrés ou rougeâtres sur les marges, sans toutefois atteindre les pigmentations pourpres du cultivar ‘Zwartkop’ ni les teintes rouge-marron prononcées de subsp. arboreum sauvage de Grande Canarie.

Inflorescence et le caractère diagnostique des sépales glabres

L’inflorescence est une panicule conique-hémisphérique de 8 à 15 centimètres de hauteur (parfois davantage sur les très grands sujets), portant de nombreuses petites fleurs étoilées jaune doré franc. Chaque fleur compte 9 à 11 pétales linéaires-lancéolés, glabres. La floraison survient au printemps, entre mars et juin selon l’altitude et la latitude.

Le caractère diagnostique le plus important pour distinguer subsp. holochrysum des autres sous-espèces du complexe Aeonium arboreum réside dans la glabrescence des sépales. Cette glabrescence des organes floraux se retrouve aussi chez subsp. arboreum (Grande Canarie), mais distingue nettement les deux taxons canariens de subsp. korneliuslemsii du Maroc, qui présente un calice et des rameaux d’inflorescence pubescents-glanduleux. Pour distinguer subsp. holochrysum de subsp. arboreum, il faut s’appuyer sur des caractères plus subtils — port souvent plus compact chez holochrysum, dimensions et proportions de l’inflorescence, et surtout l’aire géographique (les deux sous-espèces ne sont jamais sympatriques : subsp. arboreum est confiné à Grande Canarie, où subsp. holochrysum est absent).

Les variétés de Aeonium arboreum subsp. holochrysum

Le système taxonomique actuel, validé par POWO et précisé par Cristini (2022), reconnaît deux variétés au sein de subsp. holochrysum :

Aeonium arboreum subsp. holochrysum var. holochrysum

La variété type, la plus largement répandue à travers les quatre îles d’occurrence (Tenerife, La Palma, La Gomera, El Hierro). Présente l’ensemble des caractères diagnostiques décrits ci-dessus : feuillage vert clair sans nervure colorée distincte, port arborescent typique, fleurs jaune doré franc.

Aeonium arboreum subsp. holochrysum var. rubrolineatum

La variété rubrolineatum (Svent.) H.Y.Liu, décrite par Eric Sventenius en 1950 sous le binôme Aeonium rubrolineatum Svent. (Boletín del Instituto Nacional de Investigaciones Agronómicas, vol. 10/23, p. 9), puis abaissée au rang de variété par Liu en 1989 et finalement reclassée comme variété de subsp. holochrysum, est endémique de La Gomera. Elle se distingue de la variété type par :

  • Une nervure centrale foliaire pourpre bien visible, qui parcourt la longueur du limbe.
  • Des fleurs aux nervures et marges pétalines rougeâtres, contrastant avec le jaune clair de la corolle.
  • Un port légèrement plus compact, avec des feuilles oblongues-spatulées légèrement plus étroites.
  • Une hauteur typique de 1 à 1,5 mètre.

L’épithète rubrolineatum dérive du latin ruber (« rouge ») et linea (« ligne, nervure »), en référence à la nervure centrale pourpre caractéristique. Cette variété, plus rare en culture que la variété type, est très intéressante pour les collectionneurs souhaitant explorer la diversité morphologique du complexe Aeonium arboreum. Elle est protégée au titre de l’Annexe II de la flore canarienne.

Une note historique : l’épithète rubrolineatum est parfois rencontrée comme « rubrolineata » dans la littérature horticole, par accord du genre — mais le nom valide selon les règles de nomenclature est rubrolineatum (forme neutre, accordée avec Aeonium).

Hybrides naturels

Sa large distribution sur quatre îles canariennes met Aeonium arboreum subsp. holochrysum en sympatrie avec un grand nombre d’autres Aeonium, ce qui en fait l’un des taxons les plus actifs en hybridation naturelle au sein du genre. Plusieurs hybrides naturels documentés impliquent cette sous-espèce :

Aeonium × wildpretii

Hybride Aeonium canariense subsp. christii × Aeonium arboreum subsp. holochrysum, observé à La Palma là où les deux parents sont sympatriques. Cet hybride présente des caractères intermédiaires : taille moyenne, feuilles légèrement pubescentes (héritage atténué de canariense), rosettes plus petites que chez canariense mais plus grandes que chez arboreum, fleurs aux teintes mêlées entre jaune doré et jaune pâle. Le nom rend hommage à Hermann Wildpret, botaniste suisse-canarien du XIXe siècle, longtemps directeur du Jardin botanique d’Acclimatation d’Orotava (Tenerife).

Aeonium × kunkelii

Hybride Aeonium davidbramwellii × Aeonium arboreum subsp. holochrysum var. holochrysum, observé à La Palma. Aeonium davidbramwellii, espèce de la section Leuconium à fleurs roses-blanchâtres, transmet à l’hybride une partie de sa coloration florale, donnant des inflorescences aux teintes intermédiaires. Le nom rend hommage à Günther Kunkel, botaniste allemand spécialiste de la flore canarienne.

Aeonium × holospathulatum

Hybride Aeonium arboreum subsp. holochrysum × Aeonium spathulatum, observé à Tenerife et à La Gomera. Aeonium spathulatum, petite espèce arbustive d’altitude, transmet à l’hybride un port plus compact et des feuilles plus petites et plus charnues. Ce taxon hybride existe sous plusieurs formes selon les variétés parentales :

  • nothovar. holospathulatum — issu de la variété type holochrysum
  • nothovar. sanchezii — issu de la variété rubrolineatum, endémique de La Gomera

Autres hybrides documentés

Outre les hybrides nommés ci-dessus, des hybrides spontanés impliquant subsp. holochrysum avec d’autres Aeonium sympatriques sont signalés mais n’ont pas tous reçu de nom formel. Cette propension à l’hybridation reflète à la fois la compatibilité génétique forte au sein de la section Aeonium et la large distribution de subsp. holochrysum qui multiplie les opportunités de rencontres avec d’autres taxons.

Hybrides horticoles

À la différence de Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ (cultivar issu de subsp. arboreum de Grande Canarie selon certaines sources) ou de subsp. arboreum ‘Atropurpureum’, subsp. holochrysum n’a pas donné lieu à des cultivars horticoles emblématiques. Les sélections clonales de la sous-espèce circulent dans le commerce sous le nom Aeonium holochrysum ou Aeonium arboreum subsp. holochrysum, sans nom de cultivar associé.

Confusion avec d’autres taxons

Avec les autres sous-espèces du complexe Aeonium arboreum

  • Aeonium arboreum subsp. arboreum. La sous-espèce type, endémique exclusivement de Grande Canarie. Distinction par l’aire géographique (les deux sous-espèces ne sont jamais sympatriques) et par des caractères morphologiques subtils. Subsp. holochrysum tend à avoir un port plus compact et des rosettes plus petites.
  • Aeonium arboreum subsp. korneliuslemsii. Endémique du sud-ouest marocain. Distinction immédiate par les sépales pubescents-glanduleux chez korneliuslemsii (vs sépales glabres chez holochrysum) et par la marge foliaire à denticulation plus prononcée chez korneliuslemsii.

Avec d’autres espèces du genre Aeonium

  • Aeonium undulatum. Plus grand, port solitaire, rosettes plus massives, feuilles aux marges ondulées. Endémique de Grande Canarie. Voir fiche dédiée.
  • Aeonium urbicum. Port solitaire, feuilles glauques, fleurs blanches-roses (et non jaunes). Endémique de Tenerife, mais sympatrique avec subsp. holochrysum sur cette île.
  • Aeonium canariense. Feuilles veloutées, port en touffe basse, rosettes très grandes. Section Canariensia.
  • Aeonium ciliatum. Espèce sympatrique sur Tenerife, plus petite, à rosettes moins denses et à port légèrement différent. Confusion possible sur jeunes sujets.
  • Hybrides naturels. Les nombreux hybrides naturels impliquant subsp. holochrysum circulent parfois dans le commerce sous le nom de l’un de leurs parents — vigilance lors de l’identification de matériel non documenté.

Taxonomie et nomenclature : une histoire complexe

L’histoire taxonomique de Aeonium arboreum subsp. holochrysum illustre les difficultés de la nomenclature des plantes cultivées et des taxons à large distribution.

Description originale et premières confusions

Le binôme Aeonium holochrysum a été établi par Webb et Berthelot dans leur Histoire naturelle des Îles Canaries (vol. 3, 1840), à partir de matériel récolté aux Canaries. L’épithète holochrysum dérive du grec holos (« entièrement ») et chrysos (« or »), signifiant « entièrement doré » — référence à la coloration jaune intense de l’inflorescence.

Cependant, comme l’a noté Praeger dès 1932 dans sa monographie de référence An Account of the Sempervivum Group, et comme l’a confirmé Liu en 1989 par l’examen des spécimens de l’herbier Webb, les feuilles d’herbier originales de Webb & Berthelot présentent des sépales pubescents, ce qui ne correspond pas à la plante actuellement reconnue sous ce nom (qui a des sépales glabres). Les plantes effectivement cultivées et étudiées sous le nom holochrysum tout au long du XXe siècle correspondent en fait à un taxon différent de celui décrit par Webb & Berthelot.

Le rattrapage taxonomique de Liu (1989)

Face à cette divergence entre l’application historique du nom et le matériel-type original, Hsiu-Ying Liu a pris en 1989 une décision pragmatique dans sa monographie Systematics of Aeonium (NMNS Taiwan Special Publication 3) : conserver l’épithète holochrysum en raison de son usage horticole et botanique très répandu, mais la traiter formellement comme un nom nouveau, retypifié selon les conventions établies, pour désigner la plante à sépales glabres largement répandue sur les quatre îles canariennes occidentales. Cette décision a permis de stabiliser l’usage du nom sans contredire les règles de nomenclature.

Liu a alors traité le taxon au rang de variété : Aeonium arboreum var. holochrysum H.Y.Liu (1989).

L’élévation au rang de sous-espèce par Bañares (2008)

En 2008, Ángel Bañares Baudet, Manuel V. Marrero Gómez et Stephan Scholz ont publié dans Willdenowia (vol. 38, p. 475-489) une révision taxonomique des Crassulacées canariennes, incluant l’élévation de la variété holochrysum au rang de sous-espèce : Aeonium arboreum subsp. holochrysum (H.Y.Liu) Bañares. Cette élévation reflète la reconnaissance que le taxon présente une cohésion morphologique, géographique et écologique suffisamment marquée pour mériter un rang taxonomique supérieur à celui de simple variété.

POWO accepte aujourd’hui ce traitement au rang de sous-espèce, qui est le statut actuel valide.

Synonymes

De nombreux synonymes existent dans la littérature historique. POWO recense notamment :

  • Aeonium arboreum var. holochrysum H.Y.Liu (1989) — basionyme de la sous-espèce
  • Aeonium holochrysum Webb & Berthel. (1840) — nom appliqué historiquement, retypifié par Liu
  • Aeonium frutescens (Haw.) Webb & Berthel.
  • Aeonium vestitum Svent.
  • Sempervivum frutescens Haw.
  • Sempervivum holochrysum (Webb) Webb, Berthel. & Linding.
  • Sempervivum urbicum Lindl. (synonyme historique trompeur, sans rapport avec l’actuel Aeonium urbicum)

Aeonium arboreum subsp. holochrysum dans la nature

Aire de répartition : quatre îles canariennes occidentales

La sous-espèce holochrysum est endémique des Canaries occidentales, où elle occupe quatre des cinq îles de l’archipel occidental :

  • Tenerife — la plus grande île, où la sous-espèce est largement présente du Macizo de Anaga à la Punta de Teno, et dans le sud aride.
  • La Palma — la « belle île », où subsp. holochrysum partage son habitat avec plusieurs autres Aeonium et donne lieu à de nombreux hybrides naturels.
  • La Gomera — territoire de la variété rubrolineatum, où subsp. holochrysum est sympatrique avec d’autres taxons endémiques de l’île.
  • El Hierro — l’île la plus jeune et la plus occidentale de l’archipel, limite ouest de l’aire de répartition de la sous-espèce.

L’absence sur Grande Canarie (où subsp. arboreum est dominante), sur Lanzarote et sur Fuerteventura (où Aeonium arboreum au sens large est absent du fonds endémique) délimite clairement l’aire native de subsp. holochrysum aux îles occidentales.

Au-delà des Canaries, des populations naturalisées sont signalées dans la péninsule ibérique, sur la côte marocaine et dans plusieurs sites du bassin méditerranéen, mais ces populations sont considérées comme néophytes (introduites, naturalisées) et non comme indigènes.

Habitats préférentiels

Subsp. holochrysum est l’un des Aeonium les plus tolérants à des conditions ouvertes et ensoleillées. Ses habitats préférentiels incluent :

  • Falaises côtières et escarpements basaltiques, du niveau de la mer à 1 000 mètres d’altitude.
  • Pentes rocheuses ouvertes du domaine du cardonal (formation à Euphorbia canariensis), étage basal-canarien.
  • Tabaibales (formations à Euphorbia atropurpurea ou Euphorbia balsamifera), particulièrement à Tenerife.
  • Murs anciens, terrasses agricoles et talus rupicoles, où la sous-espèce s’installe spontanément.
  • Lisières du fayal-brezal et marges de la laurisylve, à la limite supérieure de son aire altitudinale.

Cette préférence pour les stations sèches et ensoleillées distingue subsp. holochrysum des taxons plus mésophiles comme Aeonium canariense, et fait de cette sous-espèce le « Aeonium arborescent typique » du paysage canarien littoral à mi-altitude — celui que tout visiteur des îles aura immanquablement remarqué sur les bords des routes, les murets et les falaises.

Statut de conservation

La sous-espèce dans son ensemble n’est pas évaluée comme menacée. Ses populations sont localement abondantes sur les quatre îles, et sa capacité à coloniser les habitats anthropiques (murs, terrasses) lui confère une certaine résilience. La variété rubrolineatum de La Gomera, plus restreinte géographiquement, bénéficie quant à elle d’une protection légale au titre de l’Annexe II de l’Ordre régional de protection de la flore canarienne (1991).

Écologie : la sous-espèce xérophile du complexe

Au sein du complexe Aeonium arboreum, subsp. holochrysum représente le pôle xérophile, optimisé pour les conditions méditerranéennes-canariennes des étages bioclimatiques inférieurs. Ses adaptations écologiques s’inscrivent dans la cohérence de son habitat préférentiel : stations rocheuses ouvertes, exposition vive, sécheresses estivales prolongées, sols superficiels à faibles ressources.

Ces adaptations incluent :

  • Réserves hydriques foliaires importantes, permettant de traverser les sécheresses estivales canariennes (juin à septembre, parfois sans précipitations significatives).
  • Cuticule épaisse et glabrescence foliaire, limitant l’évapotranspiration excessive en exposition vive (la pubescence des sections Canariensia et Leuconium n’a pas d’équivalent ici).
  • Phénologie saisonnière inversée, classique du genre Aeonium, avec croissance hivernale-printanière et dormance estivale lorsque les températures s’élèvent et que les pluies cessent.
  • Système racinaire compact et adventif, capable de coloniser des fissures rocheuses et des poches de substrat minimes.
  • Métabolisme CAM partiel (Crassulacean Acid Metabolism), réduisant les pertes hydriques par stomates en limitant l’ouverture diurne.

Cette « robustesse xérophile » de subsp. holochrysum, par contraste avec la mésophilie de Aeonium canariense ou la nature urbano-rupicole de Aeonium urbicum, illustre la diversité des stratégies écologiques au sein d’un même genre soumis à une radiation insulaire de plusieurs millions d’années.

Culture en climat méditerranéen

Exposition

Plein soleil sur la frange littorale méditerranéenne. Sous-espèce particulièrement tolérante au plein ensoleillement au sein du complexe Aeonium arboreum, en cohérence avec son habitat naturel. À mi-ombre, la croissance reste correcte mais les rosettes sont moins compactes et les marges foliaires perdent leurs reflets cuivrés caractéristiques. Dans les arrière-pays plus chauds (Provence intérieure, Languedoc continental), un soleil légèrement tamisé l’après-midi peut prévenir les coups de chaleur en pleine canicule.

Substrat

Substrat drainant standard pour Crassulacées : 50 % de terreau de qualité, 50 % de matériau drainant minéral (perlite, pumice, pouzzolane fine). En pleine terre méditerranéenne, plantation sur butte, en rocaille ou sur muret de pierres sèches. Sur sols argilo-calcaires lourds, amendement minéral généreux. La sous-espèce s’accommode de substrats minéraux pauvres, en cohérence avec ses habitats naturels rupicoles.

Arrosage

Cycle classique du genre. En saison de croissance (de l’automne au printemps en climat méditerranéen), arroser quand les deux ou trois premiers centimètres du substrat sont secs — typiquement tous les 7 à 14 jours en pot. En pleine terre méditerranéenne, les pluies hivernales suffisent généralement aux sujets bien établis.

En été, réduire fortement les arrosages. Subsp. holochrysum, plus xérophile que les autres sous-espèces du complexe, tolère bien les dessèchements estivaux prolongés — caractère utile dans les jardins méditerranéens en restriction d’eau, et propice à une intégration dans les compositions de jardin sec sans irrigation.

Fertilisation

Engrais liquide équilibré pour plantes succulentes, dilué de moitié, mensuel pendant la saison de croissance. Aucune fertilisation pendant la dormance estivale. Sous-espèce peu exigeante.

Conduite

Le port arborescent ramifié de subsp. holochrysum demande peu de taille. Si la plante devient déséquilibrée ou trop élancée, étêter les rosettes (boutures de 10-15 cm) en fin d’automne pour rajeunir la silhouette et favoriser la ramification basale.

Multiplication

Subsp. holochrysum se multiplie facilement par les modalités classiques du genre :

  • Boutures de tige. Méthode privilégiée et la plus fiable. Procédé standard : couper une tige de 10-15 cm portant une rosette, cicatriser 3-5 jours, planter en substrat drainant légèrement humide, racines en 2-4 semaines. Taux de réussite supérieur à 90 %.
  • Semis. Possible et utile pour la conservation génétique. Graines fines, à semer en surface d’un substrat drainant et stérile, à 18-22 °C. Germination en 2 à 6 semaines.
  • Étêtage et rejets. Comme chez d’autres Aeonium ramifiés, on peut étêter une tige et obtenir simultanément une bouture (la rosette prélevée) et la régénération de la souche par émission de nouvelles ramifications dormantes.

Maladies, ravageurs et accidents physiologiques

  • Pucerons sur les hampes florales en saison.
  • Cochenilles farineuses en aisselles foliaires, surtout en intérieur et serre.
  • Acarien des galles de l’Aeonium, qui provoque des déformations ligneuses irréversibles. Suppression des parties atteintes.
  • Pourritures fongiques en cas de surarrosage estival sur substrat saturé. Drainage et discipline d’arrosage.
  • Brûlures solaires au-dessus de 38 °C en exposition plein sud sans aération — moins fréquentes chez subsp. holochrysum que chez les sous-espèces ou cultivars à pigmentation pourpre, mais possibles en condition de canicule extrême.
  • Étiolement en cas de luminosité insuffisante prolongée — relocalisation en plein soleil.

Rusticité de Aeonium arboreum subsp. holochrysum

La sous-espèce présente la rusticité classique du complexe Aeonium arboreum :

  • −1 °C : seuil de prudence ; protection souhaitable au-delà.
  • −2 à −3 °C bref et en air sec : survie probable des sujets bien établis, généralement avec perte d’une partie du feuillage.
  • −4 °C ou en deçà : dégâts sévères probables, mort fréquente du feuillage et risque de mort de la charpente.

En métropole française, la culture en pleine terre est viable dans les zones 10a les plus chaudes du littoral méditerranéen : Côte d’Azur abritée, presqu’île de Giens, Cap d’Antibes, Côte Vermeille, Corse littorale. Partout ailleurs, la culture en pot avec hivernage sous abri lumineux non gélif est la solution recommandée.

L’humidité hivernale aggrave la sensibilité au gel : un froid de −3 °C en air sec est mieux toléré qu’un froid de −1 °C accompagné de pluie persistante. Dans des sites limites, une couverture temporaire pendant les épisodes froids et humides protège efficacement les sujets en pleine terre.

Usages au jardin et en composition

Subsp. holochrysum est probablement la plus accessible et la plus indulgente des sous-espèces de Aeonium arboreum en culture méditerranéenne. Ses qualités ornementales tiennent davantage à la silhouette graphique et à la robustesse en exposition vive qu’à la pigmentation foliaire — elle reste majoritairement verte, parfois nuancée de cuivré aux marges. Quelques contextes où elle excelle :

  • En sujet isolé ou en groupe, dans les rocailles méditerranéennes et les jardins secs sans irrigation, où elle reproduit les conditions de ses habitats canariens naturels.
  • Sur muret de pierres sèches, où elle s’installe spontanément dans les fissures dès qu’elle est plantée à proximité — comportement directement hérité de son habitat rupicole naturel.
  • En association avec d’autres Aeonium et succulentes méditerranéennes (Aloe striataAgave attenuataEcheveria spp., Sempervivum spp.), comme support « vert » contre lequel les pigmentations sombres ou colorées des autres sujets se détachent.
  • En contenant sur terrasse, dans un pot de moyennes dimensions (20-40 cm de diamètre).
  • En collection des sous-espèces de Aeonium arboreum, aux côtés de subsp. arboreum (Grande Canarie) et subsp. korneliuslemsii (Maroc), pour une démonstration vivante de la radiation biogéographique du complexe.
  • La variété rubrolineatum en sujet de collection, pour mettre en valeur sa nervure centrale pourpre caractéristique — élément ornemental subtil mais distinctif, peu commun dans le commerce général.

La sous-espèce est résistante aux cervidés, considérée comme non toxique pour l’homme et les animaux domestiques, et tolère bien les embruns salins — qualités héritées de son origine canarienne et précieuses pour les jardins littoraux.

Foire aux questions pour Aeonium arboreum subsp. holochrysum

Quelle est la différence entre Aeonium arboreum subsp. holochrysum et subsp. arboreum ?

Subsp. arboreum est endémique exclusivement de Grande Canarie ; subsp. holochrysum couvre quatre autres îles canariennes (Tenerife, La Palma, La Gomera, El Hierro). Les deux sous-espèces ont des sépales glabres (caractère commun), mais diffèrent par des caractères morphologiques subtils : port souvent plus compact chez holochrysum, dimensions et proportions de l’inflorescence légèrement différentes. La principale clé d’identification est donc l’aire géographique d’origine.

Que signifie l’épithète « holochrysum » ?

L’épithète dérive du grec holos (« entièrement ») et chrysos (« or »), signifiant « entièrement doré ». Elle fait référence à la coloration jaune doré franc des inflorescences de la sous-espèce. Il est intéressant de noter que ce nom a été à l’origine appliqué par Webb & Berthelot (1840) à un taxon différent (à sépales pubescents), mais a été conservé par Liu (1989) en raison de son usage horticole et botanique très répandu, retypifié pour désigner la plante actuellement reconnue.

Qu’est-ce que la variété rubrolineatum ?

Une variété endémique de La Gomera, distinguée par sa nervure centrale foliaire pourpre et ses fleurs aux nervures et marges pétalines rougeâtres. Décrite par Sventenius en 1950 et abaissée au rang de variété par Liu en 1989, elle fait partie aujourd’hui du système taxonomique Aeonium arboreum subsp. holochrysum var. rubrolineatum. Plus rare en culture que la variété type, elle bénéficie d’un statut de protection légal aux Canaries.

Cette sous-espèce s’hybride-t-elle naturellement avec d’autres Aeonium ?

Oui, c’est l’une des sous-espèces du genre les plus actives en hybridation naturelle. Plusieurs hybrides ont reçu des noms formels : Aeonium × wildpretii (avec A. canariense subsp. christii), Aeonium × kunkelii (avec A. davidbramwellii), Aeonium × holospathulatum (avec A. spathulatum) — ce dernier sous deux nothovariétés (holospathulatum et sanchezii).

Subsp. holochrysum est-il rustique en France métropolitaine ?

Comparable à la rusticité globale du complexe Aeonium arboreum : tolère brièvement −2 à −3 °C en air sec sur sujets bien établis. Culture en pleine terre viable seulement dans les zones 10a les plus chaudes du littoral méditerranéen. Partout ailleurs, culture en pot avec hivernage sous abri lumineux non gélif.

Cette sous-espèce est-elle toxique ?

Non. Le genre Aeonium n’est pas considéré comme toxique pour l’homme ni pour les animaux domestiques. Aucun composé toxique majeur n’est documenté.

Pourquoi cette sous-espèce est-elle moins connue dans le commerce que ‘Zwartkop’ ou ‘Atropurpureum’ ?

Parce que les cultivars ‘Zwartkop’ et ‘Atropurpureum’, issus probablement de subsp. arboreum ou de mutations indépendantes, présentent une pigmentation pourpre sombre absente du fonds génétique typique de subsp. holochrysum (qui reste majoritairement vert). Le cultivar à coloration sombre étant plus spectaculaire commercialement, il a éclipsé les sous-espèces sauvages dans le commerce horticole grand public. Subsp. holochrysum reste cependant largement diffusé dans les pépinières spécialisées et les jardins botaniques, et constitue un sujet ornemental remarquable de par sa robustesse.

Comment distinguer subsp. holochrysum de subsp. korneliuslemsii ?

Le critère diagnostique le plus fiable est l’examen du calice et des rameaux d’inflorescence. Subsp. holochrysum a des sépales et rameaux glabres. Subsp. korneliuslemsii (Maroc) a des sépales et rameaux pubescents-glanduleux. À cela s’ajoute la marge foliaire à denticulation plus prononcée chez korneliuslemsii, et bien sûr l’aire géographique (continentale africaine vs insulaire canarienne).

Subsp. holochrysum est-elle sympatrique avec Aeonium canariense ?

Oui, sur plusieurs îles. Cette sympatrie a permis l’apparition de l’hybride naturel Aeonium × wildpretii (subsp. holochrysum × A. canariense subsp. christii), documenté à La Palma et El Hierro. Cette capacité d’hybridation entre sections différentes du genre est rare et souligne l’intérêt biologique du complexe canarien.

Sites de référence

Bibliographie

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Linné, C. (1753). Species Plantarum, vol. 1, p. 464. [Description originale de l’espèce parente Aeonium arboreum sous Sempervivum arboreum.]

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