Cycas laotica

Cycas laotica appartient au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels. C’est une espèce du Laos, décrite seulement en 2014, remarquable à plusieurs titres : c’est l’un des très rares cycas dont l’aire connue est centrée sur ce pays encore mal exploré sur le plan botanique, et il se distingue par ses grandes feuilles planes et luisantes portées par des pétioles courts et désarmés. Il pousse sur les reliefs calcaires du centre du Laos.

Comment reconnaître Cycas laotica ?

C’est un cycas arborescent de taille moyenne, dont le tronc atteint 2 à 2,5 m chez les sujets âgés, avec une base nettement renflée. Le caractère le plus frappant est le feuillage : les feuilles sont grandes, droites, planes (non carénées) et d’un vert luisant, portées par un pétiole très court et désarmé (sans épines) — une combinaison inhabituelle qui aide à reconnaître l’espèce. Comme chez tous les cycas, les folioles portent une nervure médiane unique et les jeunes feuilles émergent enroulées en crosse.

L’espèce est dioïque. Les mégasporophylles femelles ont une lame stérile large, en triangle inversé (obtriangulaire), à apex tronqué et pectiné, sans épine apicale proéminente bien distincte — un autre caractère diagnostique. Les sujets peuvent parfois atteindre la maturité reproductive alors qu’ils sont encore de petite taille.

Hybrides connus

Aucun hybride horticole nommé ni hybride naturel formellement décrit n’est attesté pour Cycas laotica. L’espèce n’a été décrite que récemment et reste peu connue en dehors de ses populations sauvages.

Confusion avec d’autres espèces

Cycas laotica a été comparé, dès sa description, à Cycas pectinata et à Cycas siamensis, deux cycas continentaux du Sud-Est asiatique qui présentent eux aussi une base de tronc renflée. Il s’en distingue nettement par ses grandes feuilles droites, planes et luisantes, par ses pétioles très courts et désarmés, et par la lame obtriangulaire de ses mégasporophylles, à apex tronqué et pectiné dépourvu d’épine apicale marquée. Sa répartition, centrée sur le centre du Laos, est également un indice. Il ne faut pas le confondre avec les autres cycas signalés du Laos, qui y sont pour la plupart des espèces à large répartition continentale (par exemple Cycas pectinata, Cycas micholitzii, Cycas macrocarpa, Cycas nongnoochiae ou Cycas petraea), et non des endémiques.

Taxonomie

Cycas laotica a été décrit en 2014 par Leonid V. Averyanov, Nguyễn T. Hiệp et Nguyễn S. Khang, dans le Nordic Journal of Botany (32(6) : 783), au sein d’une étude d’ensemble sur les gymnospermes du Laos. L’identifiant nomenclatural IPNI est 77144557-1. L’holotype (L. Averyanov et al. LA-VN 234) a été récolté en mars 2013 dans la province de Khammouane (district de Mahaxay, village de Than En), vers 300 m d’altitude ; il est conservé à l’herbier de l’Université nationale du Laos (NUOL), avec des isotypes notamment à Saint-Pétersbourg (LE). L’épithète laotica renvoie au Laos, pays d’endémisme de l’espèce.

Sur le plan de la classification infragénérique, Cycas laotica présente des affinités morphologiques avec Cycas pectinata et Cycas siamensis, espèces rattachées à la section Indosinenses (cycas continentaux d’Indochine à sporophylles mâles fermes et sclérotesta lisse) ; ces affinités plaident pour un rattachement à cette section, mais le placement formel mérite confirmation par des travaux dédiés, l’espèce étant de description très récente.

Dans la nature

Cycas laotica est connu du centre du Laos. La population type se trouve dans la province de Khammouane (district de Mahaxay), à environ 300 m d’altitude ; une autre population a été découverte plus à l’ouest, dans la province de Vientiane (district de Kasi), sur des reliefs calcaires rocheux, à une altitude bien plus élevée (de l’ordre de 1 600 à 1 650 m). L’espèce y croît sur substrat calcaire, où elle se régénère normalement — un comportement un peu inhabituel pour ce groupe de cycas. Dans la population d’altitude, on la trouve en compagnie de conifères comme Amentotaxus argotaenia, Cephalotaxus mannii et Podocarpus neriifolius.

Sur le plan de la conservation, ses habitats sont jugés vulnérables aux incendies de forêt, à l’exploitation minière, à la construction de routes et à la surexploitation commerciale ; les auteurs de la description estiment que l’espèce mérite une protection complète sur l’ensemble de son aire. Aucune catégorie formelle de la Liste rouge de l’UICN stabilisée n’est associée à ce taxon de description récente, ce qui invite à la prudence quant à un statut chiffré. Comme toute la famille des Cycadaceae, l’espèce relève de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture.

Culture

La culture de Cycas laotica est quasi inexistante hors du Laos et l’espèce reste exceptionnelle en collection. De son écologie — reliefs calcaires du centre du Laos, sous climat tropical, de la basse altitude jusqu’à plus de 1 600 m —, on peut déduire les besoins d’un cycas appréciant la chaleur, une lumière vive, et surtout un sol parfaitement drainant, volontiers calcaire (alcalin). Les arrosages sont réguliers durant la végétation, plus mesurés en saison fraîche, sans eau stagnante. Le fait qu’une partie de l’aire se situe en altitude laisse supposer une tolérance à des conditions plus fraîches que chez les cycas strictement tropicaux de plaine, mais cela demande confirmation. La croissance est lente, comme chez la plupart des cycas.

Multiplication

La multiplication se fait par semis, à partir de graines fraîches. L’espèce étant dioïque, l’obtention de graines viables suppose des pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. La sarcotesta charnue est nettoyée avant le semis ; les graines demandent de la chaleur et un substrat drainant maintenu humide pour germer, lentement. Compte tenu de la rareté de l’espèce et de la vulnérabilité de ses habitats, seul du matériel issu de semis et de sources légales doit être recherché.

Maladies et ravageurs

Les ennemis sont communs à l’ensemble des cycas cultivés : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), particulièrement redoutable sous climat chaud et humide, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges. La chenille du papillon Luthrodes pandava (le « bleu des cycas »), ravageur des jeunes pousses de cycadales dans la région indo-pacifique, peut s’attaquer aux jeunes feuilles. La pourriture du tronc et des racines, liée à un excès d’humidité ou à un mauvais drainage, est le principal trouble physiologique.

Rusticité

Issu de reliefs calcaires tropicaux du centre du Laos, Cycas laotica est globalement à réserver aux climats chauds (zones de rusticité USDA de l’ordre de 10 à 11). L’existence d’une population à plus de 1 600 m d’altitude suggère toutefois une tolérance possible à des conditions plus fraîches, mais aucun retour d’expérience chiffré et fiable spécifique à cette espèce, encore très rare en culture, n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés. Partout où des gelées sont possibles, la culture en bac hivernée à l’abri reste la solution la plus sûre.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre et fiablement documenté n’est associé à Cycas laotica. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. La rareté de l’espèce et son inscription à la CITES proscrivent en outre tout prélèvement dans la nature.

FAQ

D’où vient le nom « laotica » ? Du Laos, pays sur lequel se concentre l’aire connue de l’espèce — d’où son nom de « cycas du Laos ».

Qu’est-ce qui le distingue des autres cycas indochinois ? Ses grandes feuilles droites, planes et luisantes, ses pétioles très courts et désarmés, et la lame obtriangulaire de ses mégasporophylles à apex tronqué et pectiné, sans épine apicale marquée.

Où pousse-t-il à l’état sauvage ? Dans le centre du Laos : la population type est dans la province de Khammouane (vers 300 m), une autre dans la province de Vientiane (vers 1 600-1 650 m), sur substrat calcaire.

À quel groupe se rattache-t-il ? Ses affinités le rapprochent de Cycas pectinata et Cycas siamensis, donc vraisemblablement de la section Indosinenses, mais ce placement formel reste à confirmer.

Est-il menacé ? Ses habitats sont jugés vulnérables (incendies, mines, routes, surexploitation) et les auteurs réclament une protection complète, mais aucune catégorie UICN formelle stabilisée n’est encore associée à ce taxon récent.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté et répartition : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:77144557-1

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/77144557-1

Cycad List, The World List of Cycads (cycadlist.org) — type, étymologie et bibliographie : https://cycadlist.org/scientific_name/653

Bibliographie

Averyanov, L.V., Nguyễn, T.H., Nguyễn, S.K. et al. (2014). Gymnosperms of Laos. Nordic Journal of Botany 32(6) : 765-805 (Cycas laotica décrit p. 783). [Protologue : description originale, écologie, répartition ; clé des gymnospermes du Laos.]

Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Étymologie des noms de cycadales : « en référence au pays d’endémisme ».]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]