Cycas hoabinhensis appartient au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels. C’est un cycas calcicole strictement endémique du centre du nord du Vietnam, dans la région de la province de Hòa Bình, dont il tire son nom. Paléoendémique à aire très restreinte, étroitement lié aux karsts calcaires de basse altitude, il a été décrit en 2004 et figure parmi les cycas vietnamiens les plus menacés, en raison notamment d’un prélèvement intense pour l’ornement.
Comment reconnaître Cycas hoabinhensis
C’est un cycas de petite taille. Le tronc, le plus souvent non ramifié, est tantôt aérien et court (jusqu’à environ 60 cm de haut pour 5 à 12 cm de diamètre), tantôt presque absent (plante acaule), couronné d’une rosette de 2 à 12 feuilles. Les feuilles, d’un vert vif et luisant, mesurent 70 à 130 cm de long et comptent 40 à 70 folioles, le rachis se terminant en général par une paire de folioles ; les jeunes feuilles sont couvertes d’un tomentum blanc. Le pétiole, épineux, mesure 35 à 55 cm. Comme chez tous les cycas, chaque foliole porte une nervure médiane unique et les jeunes feuilles émergent enroulées en crosse.
L’espèce est dioïque. Les cônes mâles, jaunâtres, mesurent 12 à 18 cm de long ; les microsporophylles sont molles et finement apiculées (un caractère utile pour le situer au sein de son groupe). Les mégasporophylles femelles, à tomentum brun, portent 2 à 4 ovules ; les graines sont ovoïdes, de 1,8 à 2,2 cm de long, à tégument charnu (sarcotesta) jaune. Conformément à la section Stangerioides, les ovules sont glabres et le sclérotesta verruqueux.
Hybrides connus
Aucun hybride horticole nommé ni hybride naturel formellement décrit n’est attesté pour Cycas hoabinhensis. Son isolement, sur des massifs calcaires séparés, et sa floraison irrégulière limitent par nature les occasions d’hybridation.
Confusion avec d’autres espèces
Dans la classification de Hill, Cycas hoabinhensis se place dans la section Stangerioides, sous-section Stangerioides, parmi les espèces à folioles simples et microsporophylles finement apiculées, aux côtés de Cycas chevalieri et de Cycas fugax. C’est de ces deux espèces qu’il est le plus proche et avec lesquelles la confusion est possible ; la distinction repose sur des caractères fins des feuilles, des cataphylles et des sporophylles, et sur la répartition. Il se sépare aisément des cycas calcicoles voisins du nord du Vietnam à feuilles carénées (Cycas tropophylla) ou à tomentum roux marqué (Cycas ferruginea), ainsi que des espèces à folioles divisées (Cycas micholitzii, Cycas multipinnata).
Taxonomie
Cycas hoabinhensis a été décrit en 2004 par Phan K. Lôc et Nguyễn T. Hiệp, dans la révision du genre au Vietnam publiée par Ken Hill, Hiệp T. Nguyễn et Phan K. Lôc (« The Genus Cycas (Cycadaceae) in Vietnam », The Botanical Review 70(2) : 134-193, l’espèce étant traitée pages 153-155, figure 5). L’identifiant nomenclatural IPNI est 60436308-2 et l’holotype (Phan K. Lôc P3194a) provient de la province de Hòa Bình. Le nom vernaculaire vietnamien est thiên tuê hòa bình. L’épithète hoabinhensis renvoie à la province de Hòa Bình, dans le nord du Vietnam, où l’espèce a été découverte.
L’espèce est rangée dans la section Stangerioides, le vaste groupe sino-vietnamien caractérisé par des mégasporophylles à apex pectiné, des ovules glabres, des graines jaunes à sarcotesta non fibreux librement détachable, et un sclérotesta verruqueux. Au sein de cette section, elle relève de la sous-section Stangerioides (apex de la mégasporophylle peu différencié des épines latérales). On notera que les travaux phylogénétiques récents montrent que la section Stangerioides, telle que circonscrite, n’est pas strictement monophylétique (ses espèces y forment un grade), ce qui n’affecte pas l’identité de Cycas hoabinhensis mais rappelle le caractère encore évolutif de la classification infragénérique du genre.
Dans la nature
Cycas hoabinhensis est un sténoendémique (endémique à très petite aire) du centre du nord du Vietnam, présent dans les provinces de Hòa Bình, Hà Nam, Hà Tây (aujourd’hui intégrée à Hanoï) et Ninh Bình. Il pousse dans les forêts sempervirentes de feuillus de basse altitude installées sur des roches carbonatées du Trias, entre 70 et 250 m, sous un climat tropical de mousson (températures moyennes annuelles de l’ordre de 23 °C, précipitations d’environ 1 800 à 2 000 mm). Il croît sur les pentes et escarpements calcaires, sur la roche et dans les poches de sol, en compagnie d’une flore associée très riche (de l’ordre de 130 espèces de plantes vasculaires recensées sur ses stations). Son cycle reproducteur est lent et irrégulier, étalé sur deux à trois ans, sans production de cônes des années consécutives.
Sur le plan de la conservation, l’espèce est évaluée « En danger » (EN, critères A2cd ; B1ab(ii,iv,v)) sur la Liste rouge de l’UICN. La fragmentation de l’habitat et, surtout, un prélèvement intense de plantes sauvages pour le commerce ornemental (en particulier vers Hanoï) constituent les principales menaces. Elle est toutefois présente dans plusieurs aires protégées : le parc national de Cúc Phương (Ninh Bình), la réserve naturelle de Hương Tích (ancienne province de Hà Tây) et la réserve naturelle de Thượng Tiến (Hòa Bình). Comme toute la famille des Cycadaceae, l’espèce relève de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture.
Culture
L’origine calcicole et rupicole de Cycas hoabinhensis oriente vers un substrat très drainant, volontiers calcaire (alcalin), une exposition lumineuse à mi-ombragée (l’espèce poussant en forêt et sur des pentes parfois ombragées) et un climat chaud, tropical à subtropical. Les arrosages sont réguliers durant la végétation, mais le drainage doit être impeccable, l’espèce étant adaptée aux pentes calcaires où l’eau ne stagne pas. Sa petite taille et son tronc compact le rendent adapté à la culture en pot. La croissance est lente, comme chez la plupart des cycas, et l’espèce reste rare en culture légale.
Multiplication
La multiplication se fait par semis, à partir de graines fraîches. L’espèce étant dioïque, l’obtention de graines viables suppose des pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle — d’autant plus délicate que la floraison est irrégulière et peu fréquente dans la nature. La sarcotesta charnue est nettoyée avant le semis ; les graines demandent de la chaleur et un substrat drainant maintenu légèrement humide pour germer, lentement. Compte tenu du statut « En danger » de l’espèce et de la pression de prélèvement, seul du matériel issu de semis et de sources légales doit être recherché : le cultiver à partir de graines légitimes contribue à sa conservation ex situ.
Maladies et ravageurs
Les ennemis sont communs à l’ensemble des cycas cultivés : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), particulièrement redoutable sous climat chaud et humide, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges. La chenille du papillon Luthrodes pandava (le « bleu des cycas »), ravageur des jeunes pousses de cycadales dans la région indo-pacifique, peut s’attaquer aux jeunes feuilles. La pourriture des racines et du tronc, liée à un excès d’humidité ou à un mauvais drainage, est le principal trouble physiologique — d’autant plus à surveiller chez une espèce adaptée aux substrats calcaires parfaitement drainés.
Rusticité
Issu des karsts tropicaux de basse altitude du nord du Vietnam (70 à 250 m), Cycas hoabinhensis est sensible au gel et réservé aux climats chauds (zones de rusticité USDA de l’ordre de 10 à 11). Aucun retour d’expérience chiffré et fiable spécifique à cette espèce n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés, ce qui s’explique par sa rareté et sa diffusion limitée. Partout où des gelées sont possibles, la culture en bac hivernée à l’abri, au chaud et à la lumière, reste la solution la plus sûre.
Usages traditionnels
Aucun usage traditionnel propre et fiablement documenté n’est associé à Cycas hoabinhensis. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. Le statut « En danger » de l’espèce et son inscription à la CITES proscrivent en outre tout prélèvement dans la nature.
FAQ
D’où vient le nom « hoabinhensis » ? De la province de Hòa Bình, dans le nord du Vietnam, où l’espèce a été découverte et décrite en 2004.
Où pousse-t-il à l’état sauvage ? Uniquement dans le centre du nord du Vietnam (provinces de Hòa Bình, Hà Nam, Hà Tây et Ninh Bình), sur les karsts calcaires de basse altitude, entre 70 et 250 m.
Quels sont ses plus proches parents ? Cycas chevalieri et Cycas fugax, avec lesquels il forme, dans la sous-section Stangerioides, le groupe à folioles simples et microsporophylles finement apiculées.
Est-il menacé ? Oui : il est classé « En danger » (EN) par l’UICN, surtout à cause du prélèvement de plantes sauvages pour le commerce ornemental et de la fragmentation de l’habitat.
Est-il protégé ? Oui, il est présent dans plusieurs aires protégées, dont le parc national de Cúc Phương, et la famille entière est inscrite à l’Annexe II de la CITES.
Sites de référence
Plants of the World Online (POWO) — nom accepté, répartition et statut : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:60436308-2
International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/60436308-2
Cycad List, The World List of Cycads (cycadlist.org) — type, étymologie et bibliographie : https://cycadlist.org/scientific_name/136
Bibliographie
Hill, K.D., Nguyễn, H.T. & Lôc, P.K. (2004). The genus Cycas (Cycadaceae) in Vietnam. The Botanical Review 70(2) : 134-193 (Cycas hoabinhensis décrit p. 153-155, fig. 5). [Protologue : description originale, diagnose et clé des espèces du Vietnam.]
Nguyen, H.T., Averyanov, L.V. et al. (2017). Cycas hoabinhensis, an endangered stenoendemic of Vietnam. [Étude détaillée de la morphologie, de l’écologie, de la pollinisation et des menaces ; réévaluation « En danger ».]
Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Étymologie des noms de cycadales : « en référence à la province de Hòa Bình ».]
Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]
