Le genre Trachycarpus, palmier de Chine et palmiers chanvre

Le genre Trachycarpus rassemble une dizaine d’espèces de palmiers à feuilles en éventail originaires des montagnes d’Asie : de l’Himalaya (Inde, Népal) au sud de la Chine, au nord du Myanmar et jusqu’aux montagnes de Thaïlande, du Laos et du Vietnam. Son représentant le plus connu, le palmier de Chine ou palmier chanvre (Trachycarpus fortunei), est l’un des palmiers les plus rustiques en climat tempéré et sans doute le plus planté en pleine terre en Europe de l’Ouest, de la Méditerranée à la Bretagne et aux îles Britanniques. Le palmier de Chine a longtemps circulé sous les noms de Chamaerops fortunei et Chamaerops excelsa, et la forme compacte vendue sous le nom de Trachycarpus wagnerianus est aujourd’hui rattachée par Plants of the World Online (POWO) à Trachycarpus fortunei. Son ennemi principal en Europe est le papillon palmivore (Paysandisia archon), dont les larves peuvent tuer un palmier en quelques mois.

L’essentiel sur Trachycarpus

  • Nom accepté (POWO) : Trachycarpus H.Wendl. (1861), publié dans le Bulletin de la Société botanique de France 8 : 429
  • Nombre d’espèces acceptées : 10 selon POWO (liste relevée par extraits, non lue directement sur POWO)
  • Anciens noms encore recherchés : Chamaerops fortunei Hook. et Chamaerops excelsa hort. pour le palmier de Chine ; Trachycarpus wagnerianus Becc., synonyme de Trachycarpus fortunei pour POWO
  • Famille : Arecaceae (palmiers), sous-famille des Coryphoideae, tribu des Trachycarpeae, sous-tribu des Rhapidinae
  • Noms communs : palmier de Chine, palmier chanvre (français) ; Chinese windmill palm, Chusan palm (anglais)
  • Répartition naturelle : de l’Himalaya au centre-sud de la Chine et à l’Indochine (Thaïlande, Laos, Vietnam)
  • CITES : aucune inscription trouvée pour le genre (Species+ non consulté)
  • Statut IUCN : variable selon les espèces ; Trachycarpus fortunei préoccupation mineure, Trachycarpus nanus en danger (voir Réglementation)
  • Réglementation particulière : Trachycarpus fortunei ne peut plus être vendu ni donné en Suisse depuis le 1er septembre 2024 (plante exotique envahissante)
  • Rusticité documentée : Trachycarpus fortunei classé H5 par la Royal Horticultural Society (−15 à −10 °C) ; les autres espèces sont peu documentées en culture (voir Culture)
  • Exposition et substrat : soleil ou mi-ombre, sol drainant qui ne se dessèche pas complètement en été
  • Toxicité : Trachycarpus fortunei non toxique pour le chien et le chat selon l’ASPCA (voir Toxicité et précautions)

Caractères du genre Trachycarpus

Un Trachycarpus se reconnaît à ses feuilles palmées, en éventail presque circulaire, portées par un stipe souvent enveloppé d’un épais manchon de fibres brunes. C’est cette bourre fibreuse, issue des gaines des anciennes feuilles, qui vaut au palmier de Chine son nom de palmier chanvre.

  • Port : la plupart des espèces ont un stipe unique et dressé, mais le genre compte aussi des palmiers nains, comme Trachycarpus nanus ou Trachycarpus geminisectus, qui ne dépasse pas un à deux mètres. Trachycarpus fortunei peut dépasser une dizaine de mètres avec l’âge.
  • Fibres : très abondantes chez Trachycarpus fortunei, dont elles protègent le stipe.
  • Feuilles : le limbe est divisé en segments rigides ou retombants selon les espèces ; chez Trachycarpus princeps, la face inférieure est couverte d’une cire blanche.
  • Pétioles : chez Trachycarpus fortunei, finement dentés sur les bords, sans les longues épines du palmier nain.
  • Fruits : leur aspect est à l’origine du nom du genre (voir Étymologie).

Taxonomie et classification

Trachycarpus est un genre accepté par POWO. Il appartient à la famille des Arecaceae, sous-famille des Coryphoideae, et se range dans la sous-tribu des Rhapidinae, aux côtés de Chamaerops, Rhapis, Rhapidophyllum, Guihaia et Maxburretia. Cette parenté explique pourquoi le palmier de Chine a d’abord été décrit dans le genre Chamaerops.

Du genre Chamaerops au genre Trachycarpus

Le palmier de Chine a été publié par Hooker en 1860 sous le nom de Chamaerops fortunei, dans le Botanical Magazine. Dès 1861, Hermann Wendland l’a transféré dans un genre nouveau, Trachycarpus, d’où le nom actuel Trachycarpus fortunei (Hook.) H.Wendl. Auparavant, Martius l’avait décrit en 1850 sous le nom illégitime de Chamaerops excelsa, que l’on retrouve encore sur d’anciennes étiquettes. Attention : Chamaerops excelsa Thunb. est un autre nom, qui désigne le palmier bambou, Rhapis excelsa.

Le cas de Trachycarpus wagnerianus

La plante vendue sous le nom de Trachycarpus wagnerianus Becc. est une forme à petites feuilles rigides, de taille plus modeste, connue seulement en culture. POWO, à la suite de la World Checklist of Palms de Kew, la place en synonymie de Trachycarpus fortunei : d’un point de vue botanique, c’est donc le nom Trachycarpus fortunei qu’il faut utiliser, éventuellement suivi du nom de groupe de cultivars ‘Wagnerianus’. Le nom wagnerianus reste néanmoins le plus employé dans le commerce.

Des espèces décrites récemment

Le genre s’est beaucoup enrichi depuis les années 1990. Trachycarpus princeps a été décrit en 1995 par Gibbons, Spanner et Chen, Trachycarpus oreophilus et Trachycarpus latisectus en 1997, Trachycarpus geminisectus en 2003 (revue Palms), Trachycarpus ukhrulensis en 2006 par Lorek et Pradhan, et Trachycarpus ravenii en 2014 par Averyanov et ses collègues (Nordic Journal of Botany). Les décomptes varient selon les sources : dix espèces pour POWO, neuf à douze ailleurs.

Étymologie et histoire du genre

Le nom Trachycarpus vient du grec trachys, « rugueux », et karpos, « fruit » : il fait allusion à l’aspect des fruits. L’épithète fortunei honore Robert Fortune, collecteur de plantes écossais. Le genre a été décrit par le botaniste allemand Hermann Wendland en 1861 ; son espèce type est Trachycarpus fortunei.

Selon Trees and Shrubs Online, les premières graines ont été envoyées du Japon à Leyde par Philipp Franz von Siebold en 1830 ; un plant confié à Kew en 1836 fut cultivé en serre tropicale, faute de connaître sa rusticité. Robert Fortune, qui avait vu ce palmier sur l’île de Chusan (aujourd’hui Zhoushan) en 1843, en envoya des plants à Kew en 1849 ; l’un d’eux, planté en plein air, a survécu aux hivers anglais. L’île a donné son nom anglais à l’espèce, Chusan palm.

Noms communs

En français, Trachycarpus fortunei est appelé « palmier de Chine » dans le commerce horticole et « palmier chanvre » ou « palmier à chanvre » en référence à ses fibres ; en Suisse romande, les autorités emploient aussi « palmier du Tessin ». En anglais, les noms usuels sont Chinese windmill palm, windmill palm et Chusan palm. Trachycarpus takil est appelé Kumaon palm en anglais, d’après la région de l’Himalaya indien où il pousse. Aucun nom français attesté n’a été trouvé pour les autres espèces.

Biogéographie et écologie

Les Trachycarpus sont des palmiers de montagne. POWO situe le genre de l’Himalaya au centre-sud de la Chine, et les espèces décrites récemment étendent son aire vers l’Indochine. Plusieurs espèces vivent entre 1 500 et 2 700 m d’altitude, sous des climats où la neige et le gel ne sont pas exceptionnels, ce qui explique leur intérêt pour les jardins tempérés.

  • Himalaya : Trachycarpus takil dans le Kumaon (Uttarakhand) et l’ouest du Népal, entre 1 800 et 2 700 m, où il reçoit régulièrement neige et gel ; Trachycarpus martianus au Népal et dans les monts Khasi (Meghalaya) ; Trachycarpus latisectus au Sikkim ; Trachycarpus ukhrulensis au Manipur.
  • Chine : Trachycarpus princeps, endémique du Yunnan, sur les falaises calcaires de la vallée de la Salouen, entre 1 500 et 1 900 m ; Trachycarpus nanus, sur des pentes sèches du Yunnan ; Trachycarpus fortunei, que POWO situe du centre-sud de la Chine au nord du Myanmar, et dont l’aire naturelle exacte reste incertaine, car il est cultivé depuis longtemps en Chine et au Japon.
  • Indochine : Trachycarpus oreophilus sur les falaises calcaires du Doi Chiang Dao, dans le nord de la Thaïlande ; Trachycarpus geminisectus dans le nord du Vietnam ; Trachycarpus ravenii dans le centre du Laos.

Réglementation et conservation

Le genre n’est pas protégé dans son ensemble, mais plusieurs espèces sauvages sont rares, alors que le palmier de Chine est devenu envahissant hors de son aire.

  • Espèces menacées : Trachycarpus nanus est classé en danger sur la Liste rouge de l’IUCN ; une étude publiée en 2025 dans le Journal of Threatened Taxa propose de classer Trachycarpus takil en danger, une évaluation qui n’est pas encore celle de la Liste rouge officielle. Trachycarpus fortunei est classé en préoccupation mineure. Ces statuts ont été relevés par des sources secondaires ; la Liste rouge n’a pas pu être consultée directement.
  • CITES : aucune inscription n’a été trouvée pour le genre.
  • Une espèce envahissante en Suisse : introduit au XIXe siècle dans les jardins du sud de la Suisse, Trachycarpus fortunei s’est répandu depuis une cinquantaine d’années dans les forêts du Tessin, où il concurrence la flore indigène. La Suisse l’a inscrit à l’annexe 2.2 de l’ordonnance sur la dissémination dans l’environnement : depuis le 1er septembre 2024, il est interdit de le vendre, de le donner ou de l’importer, sans obligation d’arracher les sujets déjà plantés.

En France, aucune réglementation particulière n’a été trouvée pour le genre. Ces informations ont été consultées en octobre 2026 ; la réglementation doit être vérifiée auprès des sources officielles.

Culture des Trachycarpus

Trachycarpus fortunei est le palmier le plus facile à réussir dans la plus grande partie de la France, à condition de lui offrir un sol drainant et de le surveiller contre le papillon palmivore. Les autres espèces sont des plantes de collection, dont la culture en France est très peu documentée.

  • Exposition : soleil ou mi-ombre ; à l’abri des vents violents, qui déchirent les grandes feuilles de Trachycarpus fortunei.
  • Sol : drainant, sans eau stagnante en hiver, mais pas complètement desséché en été ; en sol lourd, planter sur une butte.
  • Ravageurs : Paysandisia archon, papillon d’Amérique du Sud signalé dans le Var depuis 2001, pond de préférence sur les palmiers couverts de fibres ; Trachycarpus fortunei figure parmi les palmiers les plus souvent attaqués en France. Sans surveillance ni traitement préventif, sa culture devient risquée dans les zones infestées.

Contexte français

Le palmier de Chine est planté partout en France, du littoral méditerranéen au nord du pays, mais les résultats publiés et datés sont rares. La Royal Horticultural Society le classe H5, c’est-à-dire rustique dans la plupart des régions des îles Britanniques même lors d’hivers rigoureux (−15 à −10 °C), et lui a décerné son Award of Garden Merit. Des pépinières et jardineries françaises annoncent −15 à −18 °C pour des sujets adultes bien installés, et seulement −8 °C environ pour de jeunes plants ; ce sont des valeurs commerciales, non des relevés. Aucune observation datée n’a été trouvée sur le comportement des Trachycarpus lors des grands hivers français (1956, 1985, février 2012), ni de résultat zone par zone pour la façade atlantique, la Bretagne, l’intérieur ou la montagne.

Les seules observations de première main publiées sur Succulentes viennent du Var. Au Jardin zoologique tropical de La Londe-les-Maures, exposé au mistral, on a vu des Trachycarpus fortunei plier à 45 degrés sous les rafales puis se redresser, mais leurs grandes palmes se déchirent en lanières dans les situations très ventées. On y a planté trois sujets de la forme vendue sous le nom de Trachycarpus wagnerianus dans une partie nord du jardin, moins ensoleillée mais très exposée : cinq ans plus tard, ils portaient environ 1,50 m de stipe et leurs palmes, plus petites et plus rigides, gardaient leur forme après les coups de mistral (5 palmiers résistants au vent).

Hors de France, le palmier de Chine réussit sous des climats frais, des îles Britanniques à l’ouest de l’Allemagne. Pour les espèces himalayennes d’altitude comme Trachycarpus takil, la présence de neige et de gel dans l’habitat naturel est documentée, mais aucune mesure de rusticité en culture n’a été trouvée dans une source fiable.

Toxicité et précautions

Trachycarpus fortunei figure parmi les plantes non toxiques pour le chien et le chat dans la base de l’ASPCA, le centre antipoison animal américain. Aucune donnée n’a été trouvée pour les autres espèces, ni pour l’humain ; l’absence de données ne prouve pas l’innocuité, et les fruits ne doivent pas être consommés. Les bords finement dentés des pétioles peuvent griffer : des gants sont utiles lors du nettoyage du stipe. En cas d’ingestion, contactez un centre antipoison, un médecin ou un vétérinaire.

Espèces du genre Trachycarpus

Les dix espèces acceptées par POWO, regroupées par région d’origine :

Himalaya et nord-est de l’Inde

  • Trachycarpus latisectus : Sikkim ; décrit en 1997.
  • Trachycarpus martianus (Wall.) H.Wendl. : du centre de l’Himalaya au nord du Myanmar ; stipe peu fibreux.
  • Trachycarpus takil Becc. : Kumaon et ouest du Népal, entre 1 800 et 2 700 m ; décrit en 1905.
  • Trachycarpus ukhrulensis Lorek & Pradhan : Manipur ; décrit en 2006.

Chine

  • Trachycarpus fortunei (Hook.) H.Wendl. : palmier de Chine, cultivé dans le monde entier ; inclut la forme ‘Wagnerianus’.
  • Trachycarpus nanus Becc. : Yunnan ; palmier nain des pentes sèches, en danger.
  • Trachycarpus princeps Gibbons, Spanner & San Y.Chen : Yunnan, vallée de la Salouen ; revers des feuilles blanc.

Asie du Sud-Est

  • Trachycarpus geminisectus Spanner, Gibbons, V.D.Nguyen & T.P.Anh : nord du Vietnam ; petit palmier de 1 à 2 m, décrit en 2003.
  • Trachycarpus oreophilus Gibbons & Spanner : nord de la Thaïlande ; décrit en 1997.
  • Trachycarpus ravenii : centre du Laos ; décrit en 2014.

FAQ sur les Trachycarpus

Le palmier de Chine résiste-t-il au gel ?

Oui, c’est l’un des palmiers les plus rustiques. La Royal Horticultural Society le classe H5 (−15 à −10 °C), et les pépinières annoncent davantage pour des sujets adultes. Les jeunes plants, les palmiers en pot et ceux qui ont les racines dans un sol détrempé sont beaucoup plus fragiles.

Trachycarpus wagnerianus est-il une espèce à part ?

Non, pas pour POWO. C’est une forme cultivée de Trachycarpus fortunei, à feuilles plus petites et plus rigides. Elle reste utile en jardin venté, car ses palmes se déchirent moins.

Quelle différence entre Trachycarpus et Chamaerops ?

Le port et les pétioles. Trachycarpus fortunei pousse en général sur un seul stipe haut et fibreux, avec des pétioles finement dentés ; Chamaerops humilis, le palmier nain, forme une touffe basse de plusieurs stipes aux pétioles armés de longues épines. Les deux genres sont proches parents.

Le palmier de Chine est-il interdit ?

En Suisse, oui pour la vente : depuis le 1er septembre 2024, il ne peut plus être vendu, donné ni importé, car il envahit les forêts du Tessin. Aucune interdiction n’a été trouvée en France. Les sujets déjà plantés en Suisse peuvent rester en place.

Le palmier de Chine est-il toxique pour le chat ou le chien ?

Non, selon l’ASPCA, qui le classe parmi les plantes non toxiques pour ces deux animaux. En cas de doute après une ingestion, demandez conseil à un vétérinaire.

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Sites de référence

Bibliographie

  • Hooker, W.J. (1860). Chamaerops fortunei. Curtis’s Botanical Magazine 86 : t. 5221. [Basionyme du palmier de Chine ; relevé via IPNI et POWO, texte original non consulté.]
  • Wendland, H. (1861). Bulletin de la Société botanique de France 8 : 429. [Publication du genre Trachycarpus et de la combinaison Trachycarpus fortunei ; relevé via POWO, texte original non consulté.]
  • Beccari, O. (1905). Le palme del genere Trachycarpus. Webbia 1. [Révision ancienne du genre ; description de Trachycarpus takil en page 52. Pagination complète non vérifiée.]
  • Gibbons, M., Spanner, T.W. & Chen, S.Y. (1995). Trachycarpus princeps. Principes 39(2) : 65–74. [Revue de l’International Palm Society ; description de l’espèce. Titre exact non relevé.]
  • Spanner, T.W., Gibbons, M., Nguyen, V.D. & Anh, T.P. (2003). [Description de Trachycarpus geminisectus.] Palms 47(3) : 143–148. [Revue de l’International Palm Society ; titre exact non relevé.]
  • Averyanov, L.V., Nguyen, K.S., Nguyen, T.H., Pham, V.T. & Lorphengsy, S. (2014). Trachycarpus ravenii sp. nov. (Arecaceae, Corypheae) from central Laos. Nordic Journal of Botany 32(5) : 563–568. [Article à comité de lecture.]