Le genre Trithrinax rassemble des palmiers à feuilles en éventail d’Amérique du Sud, originaires de Bolivie, du Brésil, du Paraguay, de l’Uruguay et d’Argentine, où ils vivent dans des savanes, des forêts sèches du Chaco et des collines rocailleuses. Ce petit genre ne compte que trois espèces, dont deux divisées en variétés, selon la révision de Cano, Perret et Stauffer (2013) suivie par Plants of the World Online (POWO). Ces palmiers de taille modeste se reconnaissent à leur stipe couvert d’une gaine de fibres tressées hérissée d’épines, et à leurs palmes rigides dont les segments se terminent par une pointe acérée. Leur croissance lente et leur armure en font des plantes de collectionneurs, mais Trithrinax campestris, le palmier trident à feuillage bleuté, compte parmi les palmiers les plus résistants au froid et à la sécheresse cultivés en France. Les anciens noms Trithrinax acanthocoma et Trithrinax biflabellata, encore employés dans le commerce, désignent aujourd’hui des variétés.
L’essentiel sur Trithrinax
- Nom accepté (POWO) : Trithrinax Mart. (1837), espèce type Trithrinax brasiliensis Mart.
- Nombre d’espèces acceptées : 3 espèces et 4 variétés (Cano, Perret et Stauffer, 2013 ; POWO)
- Anciens noms : Trithrinax acanthocoma (aujourd’hui Trithrinax brasiliensis var. acanthocoma) ; Trithrinax biflabellata (aujourd’hui Trithrinax schizophylla var. biflabellata) ; Copernicia campestris (basionyme de Trithrinax campestris)
- Famille : Arecaceae, sous-famille des Coryphoideae, tribu des Cryosophileae
- Noms communs : palmier trident (français, usage horticole) ; caranday, carandilla (espagnol) ; buriti, carandá, carandaí, buriti-palito (portugais du Brésil) ; blue needle palm, Brazilian needle palm (anglais)
- Répartition naturelle : Bolivie, Brésil, Paraguay, Uruguay, Argentine
- CITES : aucune espèce inscrite à notre connaissance (non vérifié sur Species+)
- Conservation : taxons jugés vulnérables à en danger par la révision de 2013 ; Trithrinax brasiliensis « en danger » dans le Rio Grande do Sul (voir Réglementation et conservation)
- Rusticité documentée : de −9 à −15 °C annoncés selon les sources pour Trithrinax campestris adulte en sol drainé ; données plus rares pour les autres espèces (voir Culture)
- Exposition et substrat : plein soleil, sol très drainant
- Toxicité : aucune toxicité documentée ; risque de blessure par les épines (voir Toxicité et précautions)
Caractères du genre Trithrinax
Un Trithrinax se distingue des autres palmiers de sa région par quatre traits : sa taille assez réduite, ses feuilles palmées, les gaines foliaires épineuses qui persistent sur le stipe et ses fleurs solitaires et hermaphrodites.
- Stipe : le plus souvent couvert des restes des anciennes feuilles, qui forment un manteau protecteur. Chez Trithrinax campestris, il atteint 6 m de haut pour 20 à 25 cm de diamètre.
- Gaines foliaires : leur aspect tressé, fait de fibres entrecroisées qui se prolongent en épines, est un caractère propre au genre. Ce sont ces épines qui rendent l’entretien délicat.
- Feuilles : palmées, en éventail arrondi, rigides. Chez Trithrinax campestris, elles mesurent environ un mètre, avec un pétiole très raide et épineux, des segments vert foncé à bleutés, plus clairs dessous, terminés par une pointe piquante. Le feuillage est d’autant plus bleu que l’exposition est ensoleillée.
- Fleurs : réunies en inflorescences très ramifiées, situées à la base des feuilles vivantes les plus basses ; elles sont hermaphrodites. Celles de Trithrinax campestris, blanches, mesurent de 10 à 12 mm.
Taxonomie et classification
Trithrinax est un genre accepté par POWO, rangé dans la sous-famille des Coryphoideae, celle de nombreux palmiers à feuilles en éventail, et dans la tribu des Cryosophileae, groupe de palmiers américains. Son classement n’a pas changé ; ce sont les limites entre espèces qui ont été révisées.
La révision de 2013
En 2013, Angela Cano, Mathieu Perret et Fred W. Stauffer ont publié une révision du genre dans la revue Phytotaxa. Fondée sur l’étude de populations naturelles en Argentine, au Brésil et au Paraguay, sur l’analyse morphologique de spécimens d’herbier et sur une recherche bibliographique exhaustive, elle retient trois espèces et quatre variétés :
- Trithrinax brasiliensis Mart., avec Trithrinax brasiliensis var. brasiliensis et Trithrinax brasiliensis var. acanthocoma (Drude) Mattos ;
- Trithrinax campestris (Burmeist.) Drude & Griseb. ;
- Trithrinax schizophylla Drude, avec Trithrinax schizophylla var. schizophylla et Trithrinax schizophylla var. biflabellata (Barb.Rodr.) Án.Cano & F.W.Stauffer.
Pour le lecteur, cela signifie que Trithrinax acanthocoma, nom sous lequel ce palmier circule encore chez les pépiniéristes, n’est plus une espèce distincte mais une variété de Trithrinax brasiliensis ; de même, Trithrinax biflabellata est devenu une variété de Trithrinax schizophylla. POWO suit ce traitement.
Étymologie et histoire du genre
Le nom vient du grec : tri, « trois », et thrinax, « trident », probablement en référence à la division des feuilles, selon les sources consultées (Wikipédia en anglais) ; le protologue n’a pas été consulté pour confirmer l’intention de Martius.
Le genre a été décrit en 1837 par le botaniste allemand Carl Friedrich Philipp von Martius dans son grand ouvrage sur les palmiers, Historia Naturalis Palmarum (vol. 2, p. 149–150). L’espèce type, Trithrinax brasiliensis, avait été récoltée pour la première fois par F. Sellow dans le sud du Brésil. Trithrinax campestris a d’abord été décrit par Burmeister en 1861 sous le nom de Copernicia campestris, dans le récit de son voyage dans les États de La Plata, puis transféré dans Trithrinax par Drude et Grisebach en 1879. Trithrinax schizophylla a été décrit en 1882 d’après des récoltes de d’Orbigny à Santa Cruz, en Bolivie, et de Weddell au Mato Grosso, au Brésil.
Noms communs
En français, « palmier trident » est le nom employé par les pépinières et les sites de jardinage, surtout pour Trithrinax campestris ; aucune flore de référence ne l’atteste.
- Trithrinax campestris : caranday (Argentine, Uruguay) et carandilla (Argentine) ; « blue needle palm » ou « caranday palm » en anglais.
- Trithrinax brasiliensis : au Brésil, buriti-palito, et selon les États buriti, carandá, carandaúba, carandaí, palmeira-buriti, palmeira-de-leque (Rio Grande do Sul), buriti-carandá (Paraná) ; « Brazilian needle palm » en anglais.
- Trithrinax schizophylla : carandilla en espagnol, carandaí en portugais.
Ces noms sont ambigus : « caranday » et « carandilla » s’appliquent à plusieurs Trithrinax.
Biogéographie et écologie
Les Trithrinax occupent les vastes zones subtropicales du sud de l’Amérique du Sud, souvent dans des milieux secs, rocailleux ou soumis à des hivers frais.
- Trithrinax brasiliensis : du sud-est du Paraguay au sud du Brésil (POWO). La variété brasiliensis va du centre et du sud du Rio Grande do Sul à l’Uruguay ; la variété acanthocoma, du sud-est du Paraguay au sud du Brésil.
- Trithrinax campestris : nord-est et nord-ouest de l’Argentine, et Uruguay. Présent dans les savanes, il monte jusqu’aux sommets des sierras de Córdoba et de San Luis, sur des sols arides, rocailleux et bien drainés.
- Trithrinax schizophylla : de l’est de la Bolivie au centre-ouest du Brésil et au nord de l’Argentine (POWO), dans les forêts sèches du Chaco argentin, paraguayen et bolivien, avec une étroite bande dans le sud-ouest du Mato Grosso do Sul.
Réglementation et conservation
Aucun Trithrinax n’est, à notre connaissance, inscrit à la CITES, mais le genre est menacé dans la nature. La révision de 2013 a évalué ses taxons selon les critères de l’UICN : ils vont de « vulnérable » à « en danger », surtout à cause du recul de leur aire d’occupation et de la dégradation de leurs habitats. Sur la Liste rouge de l’UICN, Trithrinax brasiliensis figure comme « données insuffisantes » (ancienne évaluation, catégories de 1994) ; la liste des espèces menacées de l’État du Rio Grande do Sul le classe « en danger ».
Les grands sujets de Trithrinax campestris vendus en Europe sont souvent des plantes prélevées dans la nature en Argentine, puis remises en culture plusieurs mois en pépinière pour s’enraciner de nouveau ; leur reprise est en général bonne. Ces importations ont eu une conséquence lourde : selon l’OEPP, le papillon palmivore (Paysandisia archon), originaire d’Argentine et d’Uruguay, a probablement été introduit en France avec des Trithrinax campestris adultes importés d’Argentine entre 1992 et 1998, avant d’être découvert en 2001 dans le Var et en Catalogne. Les bases officielles (Species+, Liste rouge de l’UICN) n’ont pas pu être consultées directement en septembre 2026 ; vérifiez la réglementation en vigueur auprès d’elles et préférez des plants issus de semis.
Culture des Trithrinax
Les Trithrinax se cultivent comme des plantes de rocaille : plein soleil, sol très drainant, peu d’eau une fois installés. Leur croissance est lente et peu de pépiniéristes les multiplient.
- Exposition : plein soleil ; à l’ombre, la croissance ralentit et le feuillage s’étiole.
- Sol : drainant ; en sol argileux, planter sur une butte ou en rocaille, en compagnie de yuccas, d’aloès ou de puyas.
- Arrosage : dans le sud-est de la France, les plantes en place depuis deux ou trois ans peuvent se passer d’arrosage ; une à deux irrigations par semaine en été gardent un plus bel aspect.
- Fertilisation : un engrais organique à libération lente au printemps.
- Ravageurs : Trithrinax campestris est un hôte du papillon palmivore, mais les plantes résistent en général à ses attaques et n’en meurent pas dans des conditions normales.
Contexte français
Les données publiées sur la rusticité des Trithrinax sont des valeurs rapportées, souvent divergentes, et non des relevés. Pour Trithrinax campestris, les sites de jardinage français annoncent de −10 à −12 °C pour un sujet bien enraciné en sol filtrant, et environ −10 °C pour un jeune sujet ; Wikipédia indique que l’espèce tolère de −9 à −15 °C hors période de croissance, en perdant alors ses feuilles. Des cultures réussies sont signalées jusqu’en Bretagne, sur des plantes bien établies, sans date ni température relevée ; l’espèce est réputée moins exigeante en chaleur estivale que la plupart des palmiers. Pour Trithrinax brasiliensis var. acanthocoma, des pépinières des îles Britanniques avancent des valeurs très différentes, de −5 à −10 °C, avec une protection conseillée. Aucune donnée fiable n’a été trouvée pour Trithrinax schizophylla.
Aucun résultat documenté n’a été trouvé zone par zone (littoral méditerranéen, façade atlantique, intérieur, montagne), ni aucun épisode de froid daté avec des dégâts relevés sur des Trithrinax en France. Comme pour les autres palmiers, l’enracinement, le drainage du sol et un réchauffement rapide après le gel comptent autant que la température minimale.
Toxicité et précautions
Aucune toxicité n’est documentée pour les Trithrinax, ni pour l’humain ni pour les animaux ; l’absence de données ne prouve pas l’innocuité. Le danger réel est mécanique : les épines des gaines foliaires et les pointes des segments des feuilles blessent facilement, y compris aux yeux. Pour retirer les feuilles mortes, portez des lunettes de protection et des gants épais, et plantez ces palmiers à l’écart des allées et des jeux d’enfants. En cas d’ingestion ou de blessure qui s’infecte, consultez un médecin ou un vétérinaire.
Espèces du genre Trithrinax
Les trois espèces et les variétés acceptées par POWO, d’après la révision de 2013 :
- Trithrinax brasiliensis var. acanthocoma (Drude) Mattos : du sud-est du Paraguay au sud du Brésil ; vendu sous le nom de Trithrinax acanthocoma.
- Trithrinax brasiliensis var. brasiliensis : du Rio Grande do Sul à l’Uruguay ; espèce type du genre.
- Trithrinax campestris (Burmeist.) Drude & Griseb. : Argentine et Uruguay ; le palmier trident, à feuillage bleuté, jusqu’à 6 m de haut ; importé en grand nombre en Europe.
- Trithrinax schizophylla var. biflabellata (Barb.Rodr.) Án.Cano & F.W.Stauffer : ancien Trithrinax biflabellata.
- Trithrinax schizophylla var. schizophylla : Chaco de Bolivie, du Paraguay et d’Argentine, sud-ouest du Mato Grosso do Sul.
FAQ sur les Trithrinax
Combien d’espèces compte le genre Trithrinax ?
Trois. Depuis la révision de Cano, Perret et Stauffer (2013), suivie par POWO, le genre compte Trithrinax brasiliensis, Trithrinax campestris et Trithrinax schizophylla, les deux premières étant divisées en variétés.
Trithrinax acanthocoma est-il une espèce ?
Non, plus aujourd’hui. Il est traité comme une variété de Trithrinax brasiliensis (Trithrinax brasiliensis var. acanthocoma). Le nom Trithrinax acanthocoma reste courant dans le commerce.
Le palmier trident résiste-t-il au gel ?
Oui, c’est l’un des palmiers les plus rustiques. Les valeurs annoncées pour Trithrinax campestris adulte vont de −10 à −15 °C selon les sources, en sol drainé. Ce sont des valeurs rapportées : les jeunes plants et les sols humides réduisent nettement cette résistance.
Le Trithrinax est-il dangereux ?
Oui, par ses épines. Les gaines du stipe et la pointe des feuilles sont très piquantes. Aucune toxicité n’est en revanche documentée.
Pourquoi le palmier trident pousse-t-il si lentement ?
Parce que c’est un trait de l’espèce, accentué par le manque de chaleur. Le plein soleil, un sol drainant, des arrosages d’été et un engrais au printemps aident, mais il reste un palmier lent : c’est pourquoi les grands sujets du commerce sont souvent des plantes importées.
Le papillon palmivore attaque-t-il les Trithrinax ?
Oui, mais rarement de façon mortelle. Trithrinax campestris est un hôte naturel du papillon dans son pays d’origine et c’est avec lui que le ravageur serait arrivé en France. Les plantes résistent généralement bien à ses attaques.
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Sites de référence
- Plants of the World Online (POWO), Trithrinax et taxons infragénériques : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:30044067-2 — genre accepté, trois espèces et quatre variétés, aires des taxons. Base de référence (Kew), autorité nomenclaturale du site, consultée par extraits.
- Archive ouverte de l’université de Genève, Cano, Perret et Stauffer (2013) : https://archive-ouverte.unige.ch/unige:171282 — résumé de la révision du genre, méthode, taxons retenus, évaluation de conservation. Littérature primaire, consultée par extraits.
- Wikipédia (en anglais), Trithrinax, Trithrinax campestris, Trithrinax brasiliensis : https://en.wikipedia.org/wiki/Trithrinax — étymologie, description de Trithrinax campestris, rusticité, statut UICN de Trithrinax brasiliensis. Source secondaire, utilisée faute d’accès direct.
- Embrapa, Espécies arbóreas brasileiras, vol. 4, Buriti-palito : https://www.alice.cnptia.embrapa.br/alice/bitstream/doc/1139840/1/Especies-Arboreas-Brasileiras-vol-4-Buriti-Palito.pdf — noms communs brésiliens de Trithrinax brasiliensis. Publication institutionnelle, fiable.
- Check List 11(4), 2015, Trithrinax schizophylla : https://checklist.pensoft.net/article_preview.php?id=19268 — aire de Trithrinax schizophylla, histoire de sa description. Article à comité de lecture, consulté par extraits.
- OEPP (EPPO), fiche Paysandisia archon : https://gd.eppo.int/taxon/PAYSAR/download/datasheet_pdf — introduction du papillon palmivore avec des Trithrinax campestris importés. Base de référence phytosanitaire.
- ArgentiNat, Trithrinax campestris : https://www.argentinat.org/taxa/366111-Trithrinax-campestris — nom vernaculaire carandilla. Plateforme naturaliste, fiable pour l’usage local.
- Au jardin, Palmier trident : https://www.aujardin.info/plantes/trithrinax-campestris.php — rusticité annoncée, culture en Bretagne. Site de jardinage, donnée rapportée.
- The Palm Centre, Trithrinax acanthocoma : https://palmcentre.co.uk/products/outdoor-plants/garden-palm-trees/trithrinax-acanthocoma/ — rusticité annoncée. Pépinière, donnée rapportée.
Bibliographie
- Martius, C.F.P. von (1837). Historia Naturalis Palmarum, vol. 2 : 149–150. Munich. [Publication du genre et de Trithrinax brasiliensis ; relevé via la révision de 2013, texte non consulté.]
- Burmeister, H. (1861). Reise durch die La Plata-Staaten, vol. 2 : 48. Halle. [Description de Copernicia campestris ; relevé via une source secondaire.]
- Grisebach, A. (1879). Symbolae ad Floram Argentinam : 283. Göttingen. [Combinaison Trithrinax campestris (Drude & Grisebach) ; titre de l’ouvrage non vérifié.]
- Cano, Á., Perret, M. & Stauffer, F.W. (2013). A revision of the genus Trithrinax (Cryosophileae, Coryphoideae, Arecaceae). Phytotaxa 136(1) : 1–53. doi:10.11646/phytotaxa.136.1.1 [Révision de référence, à comité de lecture ; consultée par extraits.]