Euphorbia regis-jubae

Euphorbia regis-jubae Webb & Berthel. est un arbuste semi-succulent endémique des îles Canaries orientales, appartenant à la famille des Euphorbiaceae. Proche de la section des Euphorbes des Canaries, elle présente des caractères intermédiaires entre Euphorbia balsamifera et Euphorbia lamarckii. Son nom spécifique rend hommage au roi Juba II de Mauritanie (50 av. J.-C.–23 ap. J.-C.), dont on dit qu’il aurait décrit l’usage médicinal des euphorbes.

Classification et nomenclature

Position systématique et statut taxonomique

Euphorbia regis-jubae appartient à l’ordre des Malpighiales, famille des Euphorbiaceae. Son statut taxonomique est l’un des plus débattus parmi les euphorbes des Canaries. Deux interprétations coexistent dans la littérature botanique :

  • Espèce distincte — endémique de Lanzarote, Fuerteventura et Lobos ; présente aussi à Tenerife, La Palma, Gran Canaria selon certains auteurs
  • Hybride naturel — issu du croisement entre E. balsamifera et E. lamarckii, ce qui expliquerait ses caractères morphologiques intermédiaires

Les analyses moléculaires récentes tendent à confirmer une origine hybride ancienne stabilisée, avec une variabilité intraspécifique importante selon les îles.

Synonymes

Tithymalus regis-jubae (Webb & Berthel.) Sojak ; Euphorbia balsamifera subsp. balsamifera var. regis-jubae (Webb & Berthel.) Maire & Weiller.

Description morphologique

Port et dimensions

Euphorbia regis-jubae forme un arbuste dense ou petit arbre, généralement de 1 à 4 mètres de hauteur. Son port est très ramifié, avec de multiples tiges charnues émergeant d’une base ligneuse souvent épaisse et tordue avec l’âge. Cette base épaissie, bien visible sur les vieux exemplaires du Parque del Drago à Icod de los Vinos, lui confère un aspect particulièrement vénérable et sculpté.

Euphorbia regis-jubae troncs noueux Parque del Drago Icod Tenerife
Euphorbia regis-jubae (Webb & Berthel.) — Parque del Drago, Icod de los Vinos, Tenerife. Vieux spécimens aux troncs épais et tordus, caractéristiques de l’espèce, en début de feuillaison.

Tiges

Les tiges sont cylindriques, charnues, inermes (sans épines). L’écorce des vieilles tiges est grise à brun-grisâtre, tandis que les nouvelles pousses sont plus vertes. La ramification est dense et dichotomique.

Feuilles

Les feuilles constituent le principal critère morphologique distinguant E. regis-jubae de ses espèces proches. Elles sont lancéolées à linéaires-lancéolées, de 20 à 50 mm de long et 4 à 10 mm de large, glauques (vert-bleu cendré), disposées en rosettes lâches aux extrémités des rameaux. Leur forme est intermédiaire entre les feuilles obovales de E. balsamifera et les feuilles très linéaires de E. lamarckii. Caduques en saison sèche.

Cyathes et reproduction

Les cyathes — structures florales caractéristiques des Euphorbes — sont vert-jaunâtres, regroupés en cymes terminales. La floraison intervient en hiver-printemps. L’espèce est monoïque. Les fruits sont des capsules trigones.

Écologie et distribution

Aire de répartition

Euphorbia regis-jubae au sens strict est endémique des îles orientales des Canaries : Lanzarote, Fuerteventura et l’îlot de Lobos. Des populations présentes sur Tenerife, Gran Canaria et La Palma sont parfois rattachées à cette espèce, bien qu’elles puissent représenter des formes hybrides locales ou des taxons proches. Le spécimen photographié au Parque del Drago d’Icod de los Vinos illustre la présence de l’espèce (ou de formes très proches) à Tenerife.

Habitat

Espèce des zones arides et semi-arides côtières, entre 0 et 600 m d’altitude. Elle colonise les pentes rocailleuses et volcaniques, les ravins et les talus en compagnie d’autres xérophytes canariens : Euphorbia canariensis, Kleinia neriifolia, Opuntia spp., Mesembryanthemum crystallinum.

Comparaison avec les espèces proches

  • vs E. balsamifera : feuilles plus longues et lancéolées (non obovales) ; latex moins aromatique
  • vs E. lamarckii : feuilles plus larges ; port généralement moins érigé ; répartition différente
  • vs E. canariensis : tiges non colonnaires, inermes (sans côtes ni épines)

Culture en collection

Plus robuste que E. lamarckii et plus facile que E. balsamifera en culture. Demande un ensoleillement maximum, un substrat très drainant et une bonne chaleur estivale. Tolère de courtes gelées légères (−3 à −5°C si substrat sec). Arrosages modérés en végétation, réduits en hiver.

Bibliographie

Webb, P.B. & Berthelot, S. (1836–1850). Histoire Naturelle des Îles Canaries. — Molero, J. & Rovira, A.M. (1992). Euphorbia subg. Euphorbioideae in the Canary Islands. — Rincón-Barrado, M. et al. (2024). Phylogenetics of the Euphorbia balsamifera complex in Macaronesia.